La Femme à l'Ombrelle

Chapitre 49 : La pente du silence

592 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/02/2026 18:40

Vanessa s’accroupit pour examiner plus à son aise la touffe de bruyères décharnée qui avait attiré son attention l'avant-veille lors de leur visite nocturne. Le buisson, poudré de givre, était nettement écrasé ; plusieurs branches avaient cédé, rompues net. Il n’y avait guère de doute : on avait traîné quelque chose de lourd… un corps, par exemple.

Elle laissa courir son regard le long de la pente. Quelques pierres avaient été retournées, dessinant comme un balisage involontaire, une sorte de sentier sinistre. Plus haut, une branche basse pendait, brisée.

— Bon… on l’a tué quelque part là-haut, puis on a traîné son corps jusqu’au fond de la combe… Drôle d’exercice. Notre tueur n’a pas choisi la facilité. Et il est costaud… surtout si c’est une femme.

L’excitation de la découverte la poussait à poursuivre immédiatement l’exploration, à fouiller chaque mètre carré, à traquer le moindre élément suspect. Mais elle savait d’expérience que la précipitation était l’ennemie la plus sournoise d’une enquête. Même si les chances de mettre la main sur un indice décisif demeuraient faibles, il était hors de question de polluer la scène. Elle se raisonna, se redressa avec précaution et redescendit vers le ruisseau où Cécile donnait déjà des instructions.

Deux heures plus tôt, à six heures précises, lorsque son réveil avait sonné, Vanessa avait eu l’impression de s’être assoupie à peine quelques minutes. Elle avait maudit la Guinness de la veille. Encore un peu comateuse, elle s’était levée en rêvant d’un café si noir qu’il aurait pu réveiller un mort.

Cécile l’attendait dans la cuisine, fraîche et pimpante, en tenue de jogging, une tasse de thé à la main. Cela ne l’étonnait même plus... Petit-déjeuner vite expédié, douches... Il faisait encore nuit lorsqu’elles avaient pris la route verglacée en direction de la combe.

En rejoignant Cécile, Vanessa manqua de s’étaler sur la pente gelée. La capitaine s’entretenait avec le lieutenant qui commandait le peloton de gendarmes mobiles tout juste arrivé. Salvi l’avait fait mettre à leur disposition afin de sécuriser la zone et d’organiser des relèves.

Le jeune officier — vingt-cinq ans à peine — se tourna vers elle et la salua réglementairement.

— Lieutenant Portal, commandant le deuxième peloton, Escadron 16/5 de Gendarmerie mobile. Mes respects, Madame la Commissaire.

— Salut… moi, c’est Vanessa.

— Madame la Commissaire ne maîtrise pas encore très bien nos "coutumes", lieutenant, mais elle est tout à fait fréquentable... pour un flic, lança Cécile.

Le lieutenant esquissa un sourire prudent.

— Je n’en doute pas, Capitaine. Très honoré, Madame la Com… enfin… Vanessa.

Cécile revint à l’essentiel.

— Alors ?

— Je ne m’étais pas trompée. On a traîné quelque chose — probablement notre mort — jusque là où on l’a retrouvé. Et il y a des traces plus haut. J’ai hâte de voir où elles mènent.

— Probablement à l’endroit où le malheureux s’est fait massacrer. On va faire intervenir la Cellule d’Identification Criminelle ; avec un peu de chance, ils trouveront quelque chose cette fois. L'autre jour, ils sont restés autour du corps. Lieutenant, je veux le périmètre bouclé sur cinquante mètres en amont et en aval du ruisseau, et jusqu’en haut de la côte.

— À vos ordres, Capitaine.




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