Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 97 : Le camé

4537 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/04/2026 11:49

Chapitre 97 : Le camé


Lorsque nous nous garons sur son parking, il m’entraine une fois de plus rapidement chez lui en lançant des coups d’œil de tous les côtés.

-         Peux-tu arrêter de me donner l’impression qu’on va nous sauter à la gorge pour nous tuer ? grommèle-je.

-         Alors arrête de prendre les choses à la légère ! Ma vie craint Hestia ! tonne-t-il.

Je soupire avant de me laisser tomber dans son canapé, où il me rejoint. Il a l’air agité, comme avant notre promenade dans les bois. Il a des petits mouvements nerveux, il n’arrête jamais de bouger et il me contamine :

-         Arrête de gigoter comme ça ! l’accuse-je. Tu me stresses !

-         Je ne fais pas exprès, je vais me calmer ! répond-il en frottant son visage dans ses mains.

Pourtant, il change trois fois de position en une minute à peine.

-         Kai ! gronde-je.

-         Excuse-moi ! Je me calme… je me calme, dit-il comme s’il se convainquait lui-même.

J’hoche la tête lentement en constatant qu’il se force à rester immobile malgré les efforts que ça lui coûte visiblement.

-         Parle-moi de quelque chose, distrais-moi ! demande-t-il avec force.

-         Mais enfin, pourquoi dois-je sans cesse te distraire ? De quoi dois-je te distraire exactement ?! Ta porte est fermée à clé, nous sommes chez toi… ? demande-je sans comprendre.

-         Distrais-moi de ce qu’il se passe dans ma tête, ce n’est pas beau à voir et je n’ai pas envie de m’étaler.

-         D’accord…, murmure-je lentement. Tu as une jolie voiture…

-         Oui, admet-il en me souriant un peu.

-         Elle a dû te coûter cher… ?

-         Assez, quand je te disais que ce métier payait bien, je ne rigolais pas… et encore, je suis presque le dernier maillon de la chaine. Le problème, c’est quand ça merde.

-         Et pourquoi ne vends-tu pas ta voiture pour rembourser tes dettes ? demande-je.

-         Parce que si je dois en arriver à me séparer de cette caisse pour payer mes dettes, alors je n’aurai vraiment plus rien. Cette bagnole est le seul bien auquel je tienne, je n’arrive pas à passer le cap de la vendre, chuchote-t-il en passant ses mains sur son visage. Mais je l’envisage … j’essaie juste de m’en sortir sans avoir à m’en séparer.

J’hoche un peu la tête avant d’observer son appartement, qui est dans un état pitoyable, même si nous sommes loin de la dernière fois.

-         J’avais tout nettoyé Kai… Ça t’aurait vraiment coûté tant que ça d’entretenir chez toi ? m’agace-je.

-         Excuse-moi bébé… je suis un bon à rien… tu me connais… et je suis tellement stressé bordel, répond-il en s’agitant à nouveau.

Je ne supporte plus de le voir dans cet état, il m’oppresse pratiquement alors je me lève pour me rendre utile, en commençant à ranger chez lui.

-         Arrête, ce n’est pas pour ça que je te fais venir chez moi ! s’énerve-t-il.

-         Oui et bien tu ne me donnes pas le choix ! siffle-je. Tu te verrais Kai, franchement !

Il affiche une drôle de tête mais au lieu de dépenser de l’énergie inutilement, il se met à m’aider. Nous nettoyons donc son appartement, il n’est pas efficace pour deux sous, ses mouvements sont maladroits et trop vifs, il renverse plus de choses qu’il n’en range mais je vois qu’il essaie alors je ne dis rien.

Nous mettons une petite heure à tout ranger puis nettoyer sa vaisselle, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les sols mais son état devient tellement dur à gérer que je prends la décision la plus risquée de ma vie et je décide de lui donner l’argent d’Hunter.

-         Bon ça suffit, déclare-je en me tournant face à lui. Tu es tellement stressé que tu ressembles plus à un électron qu’à un être humain !

-         Un électron ? demande-t-il.

-         Une chenille, un asticot, un moucheron, je ne sais pas ! Tu t’agites dans tous les sens !

-         Excuse-moi.

-         Ce n’est pas grave, tu es trop stressé après tout… Imaginons que je t’avance une grosse somme… ça te calmerait ? demande-je.

Il me jauge quelques secondes avant de répondre :

-         Hestia, ce n’est pas à toi de gérer mes problèmes. Je suis celui qui te protège et t’aide, pas l’inverse. Je refuse de prendre tes économies.

-         J’ai de l’argent Kai, une grosse somme… pour être honnête avec toi… ce sont les économies d’une de mes connaissances.

Ses yeux s’allument dès l’instant où je mentionne que cet argent ne m’appartient pas et ça m’inquiète.

-         Si je te prête cet argent, tu dois jurer de me le rembourser, le préviens-je. Il est hors de question que ma connaissance ne retrouve pas cet argent, hors de question.

-         Bien sûr ! Putain mais bien sûr Hestia ! Je ne te foutrai pas dans la merde ! s’exclame-t-il en sautant sur mes mains pour les serrer avec beaucoup trop de force.

-         Aïe, commente-je en fronçant les sourcils.

Il relâche mes mains dans la seconde en prenant un air contrit et je n’arrive plus à le suivre. Il est passé par plus d’émotions cet après-midi que je ne l’ai jamais vu en avoir, sans même parler de son agitation quasi constante…

Je sors la liasse de ma poche en soupirant et je lui tends :

-         Il y a mille deux cents euros alors… je suppose que ça te laissera un petit temps de répit et que ça te calmera… parce que tu me fais un peu peur aujourd’hui pour être honnête.

-         Oh bordel… Hestia, ta pote me sauve la vie, et je te jure qu’elle ne se rendra même pas compte que ce pognon a disparu… je la rembourserai le plus rapidement possible, chuchote-t-il en regardant la liasse entre ses doigts avec des yeux plein d’espoir.

-         Tu me le jure ? insiste-je.

Il relève le nez pour me regarder dans les yeux :

-         Bébé, je te le jure sur mon amour pour toi.

J’hoche la tête lentement et il sort son téléphone de sa poche, le faisant presque tomber par terre à cause de ses mains qui tremblent.

-         J’appelle mon patron, il faut que je lui dise, immédiatement. Imagine que des gars soient en chemin, explique-t-il rapidement.

Je suis de plus en plus angoissée, c’est comme si la boule dans ma poitrine ne cessait de croître depuis que je suis avec lui et à ce stade, je suis soulagée de me dire que son chef aura l’information puisque je m’attends presque à voir surgir des hommes par les fenêtres.

-         Allô patron ? demande-t-il prudemment.

Il s’éloigne de moi mais je me calme un peu en l’écoutant lui dire qu’il possède de quoi lui rembourser un bon pactole. Son patron a l’air de bien accueillir la nouvelle, puisque Kai se détend un peu et lorsqu’il raccroche, il soupire :

-         J’ai un délai, bordel merci bébé.

Il vient jusqu’à moi pour me prendre dans ses bras mais il est toujours fébrile.

-         Kai…Tu trembles… tout va bien… tout va bien…, murmure-je en le berçant gentiment.

Il hoche la tête doucement en me gardant serrée dans ses bras et lorsqu’il me relâche, il frotte encore son visage :

-         Je vais… Je vais aller me passer de l’eau sur le visage… essayer de me calmer un peu, je ne veux pas continuer à te faire flipper…, annonce-t-il avec des yeux désolés.

-         Fais-donc ça, confirme-je en écartant une longue mèche de son visage. Je vais aspirer pendant ce temps-là, et tu auras à nouveau un environnement acceptable.

Il me sourit faiblement avant de partir s’enfermer dans sa salle de bain et je le couve d’un regard angoissé lorsque mon portable vibre dans ma poche de veste.

Hu : « Je rentre à la maison, tu y es déjà ? ♡ »

Dès que je vois son prénom et la douceur de son message, c’est comme un tsunami de paix qui s’abat sur moi. J’ai l’impression que mes pieds se raccrochent enfin à la terre ferme et que la boule d’angoisse s’évapore de ma poitrine. Je relis plusieurs fois son message, comme pour prendre ma dose de sa douceur et de son amour… J’ai une envie irrépressible de me sauver en courant, de foncer le rejoindre et me blottir dans ses bras.

He : « Je ne vais pas tarder alors, j’attendais de tes nouvelles ♡ »

Hu : « Maison ou gymnase mon petit amour ? »

Je réalise alors que nous sommes samedi soir, qu’il est bientôt vingt heures et que oui, Hunter se défoule toujours contre son punchingball à cette heure-ci… particulièrement après une journée de travail…

He : « Je te rejoins au gymnase, commence ta séance puisque je ne sais pas dans combien de temps je serai là. Je t’aime. »

Hu : « Merci, et je t’aime, si tu savais… »

J’en rougis de plaisir avant d’attraper l’aspirateur que je passe joyeusement, le moral plus haut qu’il ne l’a été depuis qu’il est parti ce matin.

Lorsque les bras de Kai se referment autour de moi par derrière, j’en hurle de surprise, sautant pratiquement jusqu’au plafond alors qu’il éclate de rire comme un bossu.

-         Tu m’as fait peur ! couine-je en éteignant l’aspirateur.

-         Mh… ? marmonne-t-il en me retournant contre lui.

Il affiche une tête plus heureuse que jamais, il a l’air tout euphorique et joyeux, ça tranche carrément avec son attitude de tout à l’heure et je glousse alors qu’il me serre contre lui.

-         Et bien…, commente-je avec humour. Ce coup d’eau sur ton visage t’a fait un bien fou !

Il pouffe en me serrant plus près de lui, calant sa tête au-dessus de la mienne alors que ses bras sont enfin assurés autour de moi :

-         Rien à voir avec le coup d’eau, c’est toi bébé, c’est toi qui me fais du bien comme ça, répond-il avec affection.

Je serre sa taille dans mes bras, toute heureuse de le voir redevenu lui-même.

-         Tu vois, tout va mieux, dis-je. Je t’avais dit que ça allait s’arranger, nous allons trouver un moyen de rembourser tes dettes…

-         Mh…, marmonne-t-il encore en glissant ses mains dans mon dos. Je n’en ai rien à foutre de toute façon, je me démerderai, ils feront avec.

Décidemment, il a l’air beaucoup plus cool avec la situation qu’il ne l’était jusqu’à maintenant, on dirait même qu’il se fiche complétement des conséquences, que plus rien peut l’atteindre et je profite de ce revirement jusqu’à ce que ses mains glissent doucement vers mes reins. J’ai à peine le temps de froncer les sourcils qu’elles se posent sur mes fesses et que je me fige des pieds à la tête. Je pense d’abord à un petit dérapage incontrôlé, mais dès qu’elles se referment dessus pour les agripper, j’en sursaute :

-         Kai ? Mais qu’est-ce que tu fais ?! m’offusque-je.

Il rit doucement en remontant ses mains au creux de mes reins :

-         Oups ! dit-il simplement d’une voix amusée.

Je me détache de son torse autant que je le puisse puisqu’il me tient toujours fermement, mais j’arrive tout de même à relever le nez pour observer son visage. Il a un air tellement plus heureux et euphorique, il a littéralement changé de tête et d’humeur, ce qui commence à m’inquiéter :

-         Tu te sens bien … ? murmure-je.

-         Parfaitement bien bébé, merveilleusement bien même.  

Je le fixe sans ciller, me plongeant dans ses yeux gris qui sont pourtant bien plus sombres que d’habitude et je mets quelques seconde à comprendre que c’est parce que ses pupilles sont dilatées. Ça allume une petite alarme dans ma tête, au moment où je pense à Hunter et aux raisons qui font que ses yeux peuvent paraitre si sombres mais je n’ai même pas le temps de réagir qu’une révélation encore plus affreuse me tombe dessus. Toute ma joie s’évanouit instantanément au moment où je remarque son nez, ou plutôt la petite poudre blanche que je découvre dans sa narine.

Mon sang se glace dans mes veines et je m’écarte si violemment de lui qu’il me lâche alors que je recule comme une démente jusqu’à ce que sa porte d’entrée m’arrête. Je le regarde comme si je ne le connaissais pas, je vois son corps stable et calme, je me remémore toute son agitation et je me rends à l’évidence :

-         Kai, je ne vais te poser la question qu’une seule fois. Et tu as plutôt intérêt à me dire la vérité…

Son visage si goguenard se modifie enfin et je vois la crainte qui nait au fond de ses yeux.

-         Est-ce que… est-ce que tu te… drogues ? demande-je d’une voix cassée.

Un silence de mort s’abat entre nous, je le vois hésiter à mentir, je le vois passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel jusqu’à ce qu’il décide visiblement de ne pas foutre en l’air notre amitié :

-         Oui.

J’abats mes deux mains sur mes lèvres, tellement horrifiée que je sens l’effroi jusqu’au fond de mon ventre alors que j’essaie encore de reculer malgré la porte qui me retient.

Evidemment qu’il se drogue, évidemment bon sang. Il vient de se droguer, il vient de s’enfermer dans sa salle de bain pour se droguer…

Mes neurones sautent les uns après les autres alors que la révélation est trop insurmontable pour moi. C’est toute ma vie qui bascule, c’est mon cœur qui se brise de douleur, c’est notre enfance qui me percute la tête avec violence, c’est mon Kai qui explose en mille morceaux pour devenir ce type que je ne connais pas en face de moi.

Il comprend la gravité de la situation, parce qu’il se jette pratiquement à mes pieds :

-          J’étais trop stressé Hestia ! crie-t-il. Bordel il faut me comprendre, tu dois me comprendre ! J’ai une pression de malade sur les épaules, on me menace de me mutiler, de me tuer ! Putain tu ne sais pas ce que c’est !

Ses cris sont désespérés, il répète les mêmes choses en boucle, il me supplie de le pardonner et de le comprendre alors que je dois le fixer avec un visage livide. Je mets quelques minutes à reprendre mes esprits, le temps d’intégrer l’information et de réaliser que mon Kai est beaucoup plus perdu que je ne le pensais, bien plus enchevêtré dans ce réseau que je l’imaginais… Il n’est pas seulement un vendeur, il est un consommateur bon sang, et ça me retourne tellement que je vrille :

-         Comment oses-tu te droguer alors que je suis avec toi ?! hurle-je. Comment oses-tu me dire que tu vas te passer de l’eau sur le visage pour finalement te sniffer une ligne de je ne sais quelle substance ! Comment oses-tu me mentir ?!

-         Je ne t’ai pas menti ! Je t’ai dit la vérité ! Tu m’as posé la question et j’y ai répondu Hestia !

Il est littéralement à genoux devant moi et il agrippe mes cuisses fermement, avec un air si apeuré qu’il arrive encore à me faire de la peine mais je ne dois pas y céder.

-         Je refuse de t’aider si tu te drogues ! Je refuse de t’aider si tu ne t’aides pas toi-même ! tempête-je. Tu n’as pas une vie facile d’accord ! Tu n’arrives pas à te trouver un travail, je peux l’entendre ! Mais c’est ton choix et uniquement ton choix qui te pousse à te droguer ! Et je ne validerai jamais ce comportement, jamais !

-         Hestia je t’en supplie ! Je t’en supplie ! Ne m’abandonne pas, je n’ai que toi !! s’étrangle-t-il.

-         Tu te rends compte que c’est la drogue qui est à l’origine de ton enfance Kai ?! Que c’est à cause de la drogue que tes parents t’ont fait vivre l’enfer dans lequel tu étais avant d’atterrir à l’orphelinat ?! Comment peux-tu ne serait-ce que toucher à ça ?! J’étais déjà tellement horrifiée à l’idée que tu la vendes ! Que tu participes à un système qui t’a détruit et qui détruit des familles ! Mais comment as-tu pu y toucher bordel ?!!

Je suis folle, littéralement. Je sors de mon corps, je me transforme en une boule de colère et de déception alors qu’il pleure désormais à chaudes larmes à mes pieds en s’excusant, en s’époumonnant même de le pardonner à travers ses sanglots. Mais c’est trop, je ne suis plus capable de gérer tout ça, je veux retrouver ma sérénité, mon bonheur… je ne peux plus.

Je le dégage violemment de mes jambes pour attraper la poignée de la porte, qui ne s’ouvre évidemment pas puisqu’elle est verrouillée. J’essaie de tourner la clé dans la serrure, il se jette dessus pour m’en empêcher, il arrive à la retirer et je me hérisse des pieds à la tête sous ma colère vibrante :

-         Laisse-moi sortir !! vocifère-je.

-         Je t’en supplie Hestia, ne pars pas comme ça, je t’en prie comprends-moi ! Ne m’abandonne pas, je te supplie de ne pas me laisser tomber putain ! Je t’en prie, je n’y toucherai plus, plus jamais !

J’attrape son poignet pour lui arracher la clé des mains et dès que je la déverrouille, il se jette contre la porte pour m’empêcher de l’ouvrir en répétant encore et encore ses derniers mots.

-         Laisse-moi sortir !! répète-je. Je veux me barrer d’ici ! Je ne veux plus te voir !

-         JE T’EN PRIE HESTIA !

Il crie si fort que sa voix se casse et il se réagrippe à mes jambes mais je suis déjà en train d’ouvrir la porte :

-         Laisse-moi tranquille Kai ! Tu sais que je ne cautionnerai pas ça ! Tu pouvais tout faire sauf ça !

-         J’arrêterai ! Putain j’arrêterai ! Je te le jure sur ma vie ! Je ne t’ai pas menti, il n’y a pas de raison que je le fasse maintenant ! Je te promets que j’arrêterai ! s’époumonne-t-il.

Je sens que je faiblis, je sens qu’il est déjà en train de m’avoir, comme depuis toujours, et c’est insupportable bon sang. Je lui lance un petit regard et il s’enfile dans la brèche sans perdre une seconde en me jurant sur tous les dieux qu’il arrêtera, il manque presque d’air tant il promet encore et encore qu’il arrêtera. Fatalement, ma colère baisse de quelques crans et je deviens moins violente :

-         Alors laisse-moi du temps ! Laisse-moi tranquille ! Laisse-moi intégrer l’information ! J’ai besoin de m’en aller Kai, j’ai besoin de respirer, d’enregistrer ce que tu viens de faire !

-         Tu reviendras ? Tu ne m’abandonneras pas ? sanglote-t-il.

-         Je n’en sais rien ! J’ai besoin de réfléchir ! fulmine-je.

-         Hestia, s’il te plait. Jure-moi que tu me reverras. Si je te laisse passer cette porte pour réfléchir, pour te laisser le temps de souffler, alors jure-moi que je te reverrai au moins une fois… pour qu’on parle, pour que je te prouve que je n’y aurai pas retouché…

Sa voix n’est plus qu’une supplique, une voix torturée et blessée jusqu’à l’âme qui me serre le cœur.

-         D’accord, accepte-je. Si tu me laisses partir, alors je te reverrai, je te laisserai le bénéfice du doute et si tu n’as réellement pas retouché à la drogue d’aujourd’hui jusqu’au jour où je déciderai que j’accepte de te voir… alors nous verrons ce que nous ferons.

Il en ferme les yeux sous le soulagement pendant quelques secondes avant de se relever le long de la porte. Il attrape simplement ses clés de voiture dans le vide-poche pour me les tendre :

-         Ou bien tu me laisses te ramener ou bien tu la prends Hestia, mais il est hors de question que tu traverses ce quartier à pied ou que tu y prennes le bus, dit-il.

-         Mais…, commence-je.

-         Je me fous de quand tu la ramèneras. Tu peux bien la garder jusqu’à ce qu’on se revoie, je me démerderai… Je t’en prie, insiste-t-il en les glissant dans ma main.

Je plisse les yeux une dernière fois et il se décale enfin de la porte pour me laisser l’accès :

-         Je te jure que j’arrêterai Hestia. Pour toi, je t’en fais la promesse. Prends ma caisse, je ne m’en sers jamais de toute façon. Et je rembourserai ton amie. Je suis sérieux, tu peux me faire confiance, pour tout ça, comme tu as toujours pu le faire.

Après un dernier regard dans ses yeux meurtris, je passe la porte et je fonce à sa voiture pour me sauver le plus vite et le plus loin possible de ce maudit quartier.

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