Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 111 : La rencontre de Kai et Hunter

3426 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 20/05/2026 12:05

Chapitre 111 : La rencontre de Kai et Hunter


Je me lève indécemment tard ce samedi-là, à midi.

Kai a profité de mon sommeil de plomb pour demander une deuxième séance d’essai à la salle de sport, qu’on lui a accordé, et il est même revenu avec des viennoiseries. Après ce délicieux mets et une douche bien méritée pour Kai, nous passons l’après-midi derrière mon ordinateur à lui créer un CV digne de ce nom, où nous arrivons à glisser une photo de lui où il ne fait pas trop méchant. Ça nous prend littéralement des heures et nous sommes déjà en fin de journée lorsque je fouine dans son sac à la recherche d’une tenue pour qu’il ait l’air le moins « voyou » possible.

Le plus simple serait de lui enfiler simplement un tee-shirt noir, mais j’ai bien l’impression que les brouillons qui lui servent de bras ne joueraient pas en sa faveur. J’opte donc finalement pour son jeans noir – déchiré forcément – et une veste de sport noire. Ça ne fait pas très sérieux pour chercher du travail, mais il n’est pas question que je l’habille avec son look de punk habituel.

-         Tu peux parler ! Tu t’habilles pratiquement comme une gothique…, ronchonne-t-il en enfilant sa veste de sport sans broncher.

-         Arrête d’exagérer… je ne porte pas de rouge à lèvres noir non plus…, soupire-je.

-         Je ne parle pas de toi mais de tes fringues ! On dirait une princesse de conte croisée gothique, ça n’a pas de sens ! se marre-t-il.

-         Ma coloc dit que je suis une « gothique romantique ratée », glousse-je.

-         Elle n’a pas tort…, dit-il distraitement en se regardant dans le miroir.

Il n’a pas l’air d’aimer ce qu’il voit et je soupire lorsqu’il retire sa veste de sport.

-         Il est hors de question que je m’habille comme ça bébé, non seulement je ne me reconnais pas mais en plus, c’est encore pire. On voit que j’ai voulu faire le mec qui se prend pour un autre simplement pour faire bonne figure ! Une hypocrisie pareille ne me servira pas !

Je suis plutôt d’accord avec lui alors je ne commente pas et je l’observe retirer sa veste qui dévoile ses bras.   

-         Si je suis une « gothique romantique ratée », alors tu es assurément un « punk voyou », Kai.

-         On est bien assortis ! réplique-t-il en me lançant un sourire éblouissant.

-         Tu parles…, soupire-je.

Je sais avec qui je suis bien assorti pour le coup, mais je ne préfère toujours pas risquer d’ouvrir cette porte dans mon cœur alors j’attrape ma clé USB contenant les CV pour me changer les idées puis nous nous mettons en route pour l’imprimerie avec toutes nos affaires puisque nous quittons définitivement ce motel.

*

Nous passons des heures à nous présenter à chaque boutique où nous estimons que Kai a une petite chance de se faire engager. La plupart nous écoutent simplement poliment mais quelques-uns n’ont pas l’air entièrement rebutés à l’idée, malgré l’honnêteté de Kai sur son séjour en prison. C’est une petite victoire en soit et nous terminons par la boutique d’électronique pour me dénicher le téléphone le moins cher qu’ils ont en magasin, un vieux portable à clapet reconditionné.

Nous sommes actuellement à une petite table, nous venons de finir notre repas et Kai est avachi dans sa chaise, un bras sur mon dossier tandis qu’il m’observe mettre en route mon antiquité.

-         Alors là bébé, c’est vraiment la classe. Une vraie fille connectée, je ne suis pas sûr que tu saches comment te servir de ce bijou de technologie, se moque-t-il.

-         Arrête ! glousse-je en observant le téléphone s’allumer après plusieurs minutes d’attente.

-         Non vraiment, tu pourrais hacker la NASA avec cet engin ! rit-il.

-         Kai ! pouffe-je.

Je découvre les applications, aussi sobres et laides que le téléphone en lui-même, en me retenant de rire face à l’hilarité de Kai qui ne s’éteint pas.

-         Mets ta carte SIM dedans, qu’on s’assure qu’il puisse passer des appels satellites ! plaisante-t-il.

-         Je ne l’ai pas, elle est dans mon sac dans la voiture…, réponds-je en souriant.

-         Je ne suis même pas sûr que tu puisses faire GPS avec un engin pareil… Tu es sûre qu’il se connecte à internet ?!

-         Je ne crois pas, admets-je en mordant ma lèvre pour m’empêcher de rire.

-         Au moins, tu n’auras pas de problèmes de batterie… ce genre de téléphone tiendra assurément la charge pendant six mois !

-         Ne te moque pas ! C’est un téléphone, c’est déjà ça !

Maintenant qu’il est mis en route, nous nous levons pour prendre la direction du parking, et je ne cesse de pianoter dessus pour lui trouver des qualités qu’il n’a pas.

-         Vivement que je te débarrasse de cette merde en t’achetant un vrai portable.

-         Ça ira très bien, le rassure-je.

-         Je te jure que ce sera mon premier achat dès que j’aurai épongé mes dettes… et puis tu peux prendre le mien, j’étais sérieux !

-         Avec ton écran tout cassé illisible ? Non merci, celui-là m’ira très bien, affirme-je.

-         Tu es sonnée bébé…

-         Je sais, réplique-je.

-         Range-moi ça avant que je ne te le vole pour te forcer à prendre le mien, me menace-t-il.

Je ferme le clapet dramatiquement en lui lançant une tête fière et il éclate de rire tandis que je le fourre dans ma poche. Il attrape ma main une seconde après, lorsque nous pénétrons sur le parking et qu’il tire ses clés de sa poche de sa main libre.

-         Il n’est pas si mal…, reprend-il d’une voix légère. Je suis sûr que tu peux prendre des photos en noir et blanc !

J’éclate de rire en lui lançant un regard hilare et il m’offre un sourire fier de sa bêtise.

-         Hestia ?!

Dès que j’entends sa voix, tout mon corps se fige.

Je tourne la tête, tout est au ralenti, comme dans les films. Dès que mes yeux se posent sur son immense silhouette, mon souffle se coupe face à sa beauté absolument surréaliste.

 Je plonge dans ses beaux yeux verts, qui ont hanté mes rêves pendant des mois et mes cauchemars plus récemment, lorsque je lutte pour le convaincre de me pardonner mais qu’il me tourne le dos. Et ses cheveux noirs de geais… qui font ressortir ses yeux émeraudes … bijoux dans lesquels j’aimerais me perdre encore et encore… qui fixent pourtant un point vers le bas de mon corps…

 Au moment où je réalise qu’il fixe avec une tête décomposée ma main enlacée à celle de Kai, j’ai l’impression que mon sang quitte mon corps. Je sais que je deviens livide, que je perds toutes mes couleurs, tous mes espoirs et je n’ai pas le temps de me mettre plus d’une seconde à sa place, de visualiser le tableau horrible qu’il a devant les yeux que Kai réagit violemment.

-         Qu’est-ce que tu veux toi ?! Pourquoi est-ce que tu la regardes comme ça putain ?! s’énerve-t-il.

Hunter tourne ses yeux les plus sauvages sur Kai, comme s’il était à deux doigts de lui sauter à la gorge et je ne suis toujours pas capable de réagir, bien trop sous le choc.

-         Non mais comment tu me regardes connard ?! aboie Kai en faisant deux pas en avant dans sa direction.

En avançant, il lâche ma main pour me caler derrière lui, en protection, alors qu’Hunter ne cille même pas de voir Kai foncer sur lui, il continue simplement de le fusiller du regard sans se démonter. Je vois ses épaules se tendre à mesure que Kai approche, je vois sa cage thoracique qui se soulève plus vivement et ses poings qui se crispent alors qu’il se retient visiblement de toutes ses forces d’en mettre une à mon frère de cœur.

C’est parce que je les connais aussi bien l’un que l’autre que je réalise à quel point la situation est sur le point de dégénérer, qu’ils sont aussi proches de mettre une droite à l’autre que je le suis de tomber dans les pommes. Kai est agressif, avec tout le monde, en tout temps… mais Hunter ne l’est que quand ça me concerne, et me tomber dessus après trois semaines de silence radio, main dans la main avec un type qui vient de l’insulter me semble être le summum du risqué.

C’est Kai qui attaque en premier, qui jette sa main en avant pour empoigner Hunter et ce dernier qui l’attrape violemment avant qu’il ne le touche. Je suis à peu près certaine qu’il va lui casser le bras dans la seconde alors je me jette en avant pour m’immiscer entre eux, en posant mes mains sur leurs deux bras.

 Dieu merci, ça arrête Hunter, qui ne prendrait pas le risque de se battre alors que je me trouve au milieu d’eux et il relâche la main de Kai rageusement quand je les sépare. Mais mon frère est trop impulsif et il attaque beaucoup plus violemment cette fois. Dans son mouvement brusque en avant pour sauter sur Hunter, il manque de me percuter, et Hunter réagit au quart de tour, il jure entre ses dent en poussant Kai violemment pour l’éloigner de moi, les yeux assassins.

-         Putain je vais le buter ! hurle Kai face à « l’agression » d’Hunter.

Je me jette sur Kai dans la seconde pour l’empêcher de sauter sur Hunter, pour le retenir de toute ma petite force, et j’y arrive puisqu’il ne veut pas me faire mal.

-         C’est ça ! Barre-toi espèce de connard !! hurle-t-il pendant que je le tiens toujours en place.

Je me retourne vivement pour voir Hunter qui repart vers sa voiture, plus tendu que je ne l’ai jamais vu, les poings complétement translucides tant il doit être en train de les serrer pour se contrôler et s’empêcher de revenir. J’attrape les clé de Kai, que je traine jusqu’à sa voiture tandis qu’il insulte encore Hunter de toutes ses forces et avec toute sa vulgarité. Je suis tellement dépassée par ce qu’il vient d’arriver que je suis encore en état de choc et je me liquéfie un peu plus lorsqu’Hunter ne démarre pas immédiatement et que je sais qu’il est en train d’hésiter à revenir au combat.

Je n’ai pas une minute à perdre, j’appuie sur la tête de Kai pour le fourrer dans la voiture tandis qu’il beugle toujours, puis je la contourne en quatrième vitesse pour vite démarrer avant qu’il ne ressorte du véhicule. Nous quittons le parking en trombe, alors que Kai est complétement fou.

-         Non mais qu’est-ce que c’est que ce connard ?! Qu’est-ce qu’il te voulait bordel ?! Tu le connais ?! C’est quoi son foutu problème ?!

Mes yeux papillonnent, j’entends à peine Kai vociférer, j’ai l’impression que l’image d’Hunter est gravée sur ma rétine, je le vois partout, je suis complétement en transe alors que je file en direction du quartier chaud. Je ne peux pas croire que notre premier contact après trois semaines soit celui-là, je supplie tous les dieux de me dire que ce n’était qu’une farce, que ça ne vient pas d’arriver, que je ne l’ai pas croisé avec Kai, qu’il n’a pas vu nos mains enlacées…

Mais plus la route défile, plus j’atterris et plus je me rends compte que si, c’est bien arrivé. Et les grossièretés de Kai dans mon oreille sont de toute façon bien là pour me rappeler que ça vient de se passer.

-         Je te jure que je vais le buter, si je recroise ce type, je le bute ! hurle-t-il encore.

Et enfin, je reviens à moi. Je réalise ce qu’il vient de se passer, la violence de Kai envers mon petit-ami, qui, même s’il parait extrêmement peu probable qu’il veuille encore de moi un jour, ne m’as pas officiellement quitté.  

-         NON MAIS TU VAS LA FERMER KAI !! me mets-je à hurler de toutes mes forces dans l’habitacle.

Voilà qui a le mérite de lui en boucher un coin, il tourne la tête vers moi, comme s’il ne croyait pas à ce que je viens de dire.

-         Non mais qu’est-ce qu’il te prend bébé ?!

-         Oui je le connais ! Je le connais très bien même et je ne te pardonnerai jamais d’avoir été aussi insultant envers lui ! hurle-je.

Ma réaction épidermique fait visiblement paniquer Kai, qui comme chaque fois qu’il panique, se remet à crier, moins vulgairement heureusement.

-         Tu connais ce con ?! Mais d’où tu le connais ?! Qu’est-ce que c’est que ces conneries bordel ?! Qui est ce foutu type qui connait ton prénom ?!

Je tourne enfin dans son parking et c’est un soulagement, parce que je ne sais pas combien de temps de plus j’aurais pu conduire vu l’état dans lequel je suis. J’éteins le moteur rageusement en me tournant vers lui :

-         Il s’appelle Hunter et arrête de l’insulter Kai ou je vais vraiment m’énerver !

-         Hunter… Hunter ?! C’est un des deux connards que tu as rencontré à la fac ?! Ce connard est ton pote ?! hurle-t-il comme s’il était possédé.

-         Il s’appelle HUNTER ! Et c’est mon copain ! m’époumonne-je.

Son visage se décompose plus que jamais et je sors de la voiture en trombe, je claque la portière de toutes mes forces, complétement hors de mon corps. Je traverse le parking qui m’a tant inquiété sans même vérifier s’il y a oui ou non les voyous qui trainent ici tous les soirs. Je m’en fiche, je me fiche de tout, absolument tout.

La rage brûle dans mes veines simplement pour retenir la tristesse et le morcellement, je suis plus en colère que je ne l’ai jamais été après Kai. A cause des emmerdements dans lesquels il m’a mis, à cause de son agressivité avec Hunter, à cause de sa violence envers lui, à cause de ma très prochaine rupture par sa faute.

Je lui mets tous mes malheurs sur le dos alors que je déverrouille sa porte si violemment que j’ai l’impression que je pourrais la casser. Je la referme en la claquant plus fort encore que la portière et elle s’ouvre la seconde suivante, quand Kai entre en trombe :

-         Ton QUOI ?! hurle-t-il.

Il approche vivement pour se planter devant moi, le visage complétement fou, les yeux plus animaux que je ne les ai jamais vu alors qu’il respire comme un forcené. On dirait qu’il est à deux doigts de m’étrangler.

-         Mon petit-ami ! lui crie-je au visage sans la moindre peur.

Son souffle accélère encore, ses mâchoires se contractent à s’en casser :

-         Dis-moi que tu n’es pas sérieuse Hestia… ?! chuchote-t-il de sa voix la plus sombre.

Sa colère palpite par chacun de ses pores, ses bras tremblent sous la rage qui doit le secouer et j’éclate en sanglots. Je laisse enfin exploser mes larmes, ma peur viscérale de le perdre pour toujours, elles coulent par centaines, inarrêtables sur mes joues :

-         Je suis complétement sérieuse ! C’est un homme bon, gentil, adorable avec moi ! Et tu viens peut-être de signer notre rupture avec ton comportement d’idiot ! m’étrangle-je dans mes sanglots.

-         Mais j’espère bien que je viens de signer votre putain de rupture ! Il est hors de question que tu sortes avec qui que ce soit ! Je te jure que si tu essaie encore de fréquenter ce connard Hestia, je te jure que je vais le tuer ! hurle-t-il avec toute ça méchanceté.

La claque part avant même que mon cerveau n’ait validé l’action et ma main s’écrase sur sa joue si violemment que ça en tourne sa tête. Il a un temps d’arrêt d’une seconde, avant de la retourner lentement pour me refaire face en plantant ses yeux dans les miens.

Pour la première fois de ma vie entière, lorsque je vois son visage se transformer pour devenir plus sombre encore, j’ai peur de Kai.

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