J’ai les joues si rouge que je suffoque presque, je suis plus honteuse que jamais alors qu’il me couve toujours de ses beaux yeux rieurs.
- Hunter, je suis… désolée, je crois que tu ne peux pas imaginer à quel point je me sens idiote…, souffle-je finalement.
- Désolée ?! Mais de quoi ?! Tu me régales Hestia ! Si tu voyais ta tête, tes petites joues rouges à croquer… Bon sang, j’admirerai toujours ta capacité à bloquer sur des minuscules détails auxquels personne ne fait attention, tout en étant capable de manquer un truc aussi gros qu’une ville entière décorée pour la Saint-Valentin !
J’ouvre des yeux toujours plus immenses en reportant mon attention sur les deux petites boites devant moi sur la table.
- Je n’ai pas… je n’ai rien pour toi… Mon dieu mais quelle idiote…, bafouille-je sans croire à ma propre stupidité.
- Je m’en fiche, je suis avec toi, c’est tout ce qui m’importe.
- Je n’ai rien vu… J’étais tellement concentrée sur toi, je te trouvais tellement beau… je n’ai tellement pas pu détacher mes yeux de toi depuis que tu es venu me chercher… je n’ai même pas remarqué la décoration…, souffle-je.
- Je veux bien te croire, parce qu’il est difficile de rater la chose tout de même… Mais c’est très touchant et plaisant à entendre mon amour.
- Je vais me rattraper… je vais me rattraper à la maison… je n’ouvrirai pas ces boites avant de trouver quelque chose, n’importe quoi…, gémis-je.
- Hors de question. Je n’ai pas raté la Saint-Valentin, pas de raison que tu me punisses en refusant d’ouvrir tes cadeaux ! contre-t-il.
Ça me rend encore plus honteuse et je me confonds en excuses qu’il rejette en bloc jusqu’à ce que le serveur apporte nos desserts et interrompe ma longue flagellation. Maintenant que mes balbutiements ont cessé, mon esprit tourne à plein régime pour trouver quelque chose, une idée, une surprise, n’importe quoi qui pourrait lui faire plaisir. Je n’ai pas de budget, pas d’achats possible de toute façon, je n’ai que moi et ma créativité mais c’est déjà une bonne base.
J’écoute donc distraitement d’une oreille Hunter commenter ma réaction de surprise avec humour alors que la ville au complet est branchée sur la Saint-Valentin depuis des jours. Il soutient qu’il n’y avait que moi pour rater l’information, pour passer à côté d’une chose pareille tant je suis toujours absorbée dans le « monde d’Hestia ». Il se moque gentiment mais il soutient surtout que je suis la femme la plus fascinante du monde, qu’il ne pourra jamais se lasser de moi et de mes particularités à croquer. Je tiens la conversation en me confondant en excuse majoritairement mais j’arrive enfin à me détendre lorsque mes neurones s’allument et qu’une idée pointe le bout de son nez dans mon esprit. Elle est ridicule comparé à ce qu’il a fait pour moi aujourd’hui, digne du croisement d’une fillette de huit ans et d’une femme adulte, mais je m’apaise enfin, parce que je sais que l’idée lui plaira à tous les coups, et pas qu’un peu. Je reviens donc enfin au moment et à notre soirée maintenant que j’ai un plan d’action.
- J’ai quelque chose pour toi, lâche-je finalement.
- Quoi ?! Je croyais que tu n’avais rien, que tu avais oublié ? s’étonne-t-il en perdant son petit sourire moqueur.
- Je viens de l’inventer et il faudra que je le fabrique en rentrant, mais tu auras quelque chose ! couine-je.
Il éclate de rire encore plus fort :
- L’inventer et le fabriquer ?! Bon sang, on ne s’ennuie jamais avec toi mon cœur, jamais !
Il me redonne un sourire timide et je le couve des yeux en perfectionnant dans un coin de ma tête son petit cadeau fait main. Lorsqu’il calme ses rires, il pointe les cadeaux :
- Ouvre-les…
Il m’encourage et je finis par craquer, parce que je suis drôlement curieuse maintenant que j’ai un plan B. Je dénoue donc le ruban de la première boite, et lorsque je soulève son couvercle, je découvre un téléphone. Pas simplement un petit téléphone récent, le même modèle que le sien, la version plus petite, parce qu’il me connait et sait sans doute que je n’apprécierais pas de me promener avec un téléphone aussi gros que le sien.
Je referme à toute vitesse le couvercle en rougissant jusqu’à la racine des cheveux :
- Hunter ! Tu es dingue ! m’exclame-je à voix basse.
- Tu sais que j’aime qu’on ait les mêmes affaires, se justifie-t-il innocemment avec une moue adorable.
- Il est hors de question que j’accepte un téléphone dont le prix équivaut au salaire mensuel moyen d’un honnête travailleur ! chuchote-je avec urgence.
Il lève les yeux au ciel pour balayer ma réflexion d’un geste, avant d’enlever le couvercle que je viens de refermer pour découvrir le portable tout en posant le sien à côté :
- Je l’ai configuré pour toi, je l’ai chargé et j’ai mis un fond d’écran, m’explique-t-il fièrement en allumant « nos » deux écrans.
Seigneur, il est déjà en train de m’avoir.
Je meurs littéralement d’amour de voir « nos » téléphones à côté, le sien que je connais et « le mien », sa petite réplique exacte, alors que nous possédons désormais le même fond d’écran, à savoir la photo de nous deux que nous avions pris le jour de Noël, lorsque je souris de toutes mes dents et qu’il me regarde avec des yeux si amoureux que je suis étonnée de ne pas m’être rendu compte de ses sentiments pour moi la première fois que j’ai vu cette photo.
- Hunter c’est trop…, souffle-je, pourtant déjà complétement séduite par nos téléphones jumeaux.
- Chut. Et il y a un système de partage de localisation…, m’explique-t-il en me montrant comment faire pour l’allumer.
- Qu’est-ce que c’est ? demande-je.
- Et bien, depuis que tu m’as raconté que tu avais dû appeler Eden pour qu’il vienne te secourir au milieu du quartier chaud alors que tu ne savais même pas où tu étais… Disons que ça a développé quelques petites névroses chez moi… Si tu appuies sur ces boutons pour activer le partage de ta localisation, alors je saurai immédiatement où tu te trouves… et je pourrai venir te chercher, te suivre à la trace… Bon sang j’adore cet outil, je te déconseille de le laisser allumé en continu ou je risque de devenir encore plus dingue et de passer mon temps à regarder où tu te trouves ! plaisante-t-il.
Je ris avec lui en essayant de toutes mes forces de ne pas accepter son cadeau mais c’est peine perdue… Je l’ai déjà dans la main tandis qu’il me montre tout un tas de fonctionnalités dingues, notamment une application de musique grâce à laquelle nous pouvons partager une playlist dans laquelle il a déjà ajouté toutes les musiques que je lui ai joué au piano et mes chansons préférées de ses groupes de hard-rock qu’il écoute sans cesse.
Je suis conquise, sans parler des applications communes qu’il me montre, le simple fait d’avoir le même téléphone que lui est déjà l’argument qui le fait gagner la guerre, sans même mentionner que l’appareil est d’une élégance sans pareil… Je n’ai jamais eu un objet aussi luxueux et cher, je suis émerveillée par toutes les possibilités qu’il offre, et je suis obligée d’assommer gentiment Hunter lorsqu’il me dit qu’il a failli me prendre la montre connectée qui allait avec.
Ce merveilleux cadeau se conclut par un baiser plus long et plus appuyé que les autres, alors que je serre ses joues dans mes mains et qu’il sourit.
- Merci du fond du cœur, tu es dingue, répète-je pour la centième fois.
- Tu n’imagines pas comme il est doux de te voir enfin accepter mes cadeaux sans me les jeter au visage, murmure-t-il avec des yeux heureux.
- C’est ton argent… si tu veux le jeter par les fenêtres… grand bien te fasse après tout…, soupire-je avec un air résigné.
- Ouvre le deuxième, réplique-t-il simplement avec ses yeux brillants.
Je fronce les sourcils, parce que ce regard m’est plutôt destiné lorsque nous sommes au lit chez nous, pas en public. Voilà qui m’intrigue. Je soulève le deuxième couvercle et je le referme aussi vivement que le premier, pas pour la même raison, mais mes joues prennent littéralement feu pour la deuxième fois de la soirée alors qu’il rit.
- Personne ne peut savoir ce que ça signifie dans ce restaurant, tu en as conscience mon chat ? demande-t-il avec un sourire en coin.
- Je ne sais pas… moi j’en ai conscience et c’était déjà largement suffisant…, glousse-je.
Je suis timide, gênée… mais bon sang, je suis tellement émerveillée que cette fois, c’est moi qui rouvre la boite. Je suis obligée de poser mes doigts sur mes lèvres, complétement hypnotisée par le bijou qui s’y trouve.
Il l’a fait, il m’a acheté la chaine qu’il m’avait promis… la jolie chaine de taille en or, pour sublimer mes hanches lors de nos câlins, pour remplacer la petite chainette en toc que j’avais acheté… Elle est féminine et sensuelle, mais assez épaisse pour être lourde et solide… Je n’ose même pas imaginer le prix qu’un bijou pareil a dû lui coûter alors qu’elle est en or dix-huit carats selon le joailler. Je n’arrive toujours pas à m’en remettre, je ne peux plus la quitter des yeux, parce qu’elle n’est pas juste un beau bijou romantique comme mes boucles d’oreilles, non, c’est un bijou lourd de sens, de promesse, de drôlement beaux moments avec lui…
Je relève enfin les yeux :
- Elle est… mon dieu Hunter, elle est sublime…, souffle-je.
- Elle le sera bien plus encore attachée après ta taille… ce soir ? demande-t-il innocemment.
- Ce soir, assurément, confirme-je en hochant la tête, toujours choquée.
Ses yeux deviennent ravageurs, aussi séduits que séducteurs :
- Alors qu’est-ce qu’on attend pour rentrer… ? demande-t-il avec son sourire le plus coquin.
*
Bon, si j’ai déjà eu l’impression d’être Princesse Hestia dans ma vie, ce n’était assurément rien comparé à aujourd’hui.
Le contraste est encore plus fou que d’habitude maintenant que je viens de passer trois semaines enfermée dans un motel à travailler d’arrache-pied.
Hunter règle une note de plusieurs centaines d’euros pour nos deux repas, avant de me conduire dans son Aston, dans laquelle je suis en train de glisser ma carte SIM dans mon nouveau téléphone hors de prix. C’est presque risible, tout ça est tellement dingue que j’ai l’impression d’être dans une caméra cachée.
- Je vais vraiment finir par réenvisager cette histoire de mafia Hunter, soupire-je alors que mon téléphone se synchronise.
- Mais non, je ne suis pas italien ! pouffe-t-il.
- Pas sûre de cette information, réplique-je en jetant un coup d’œil à ses cheveux noirs de geais.
Nous sommes interrompus par Winston, qui appelle bien évidemment, comme pratiquement chaque fois que je monte dans cette voiture.
- Pas ce soir ! siffle-je en appuyant sur le téléphone rouge de l’écran de bord pour lui raccrocher au nez.
Hunter éclate de rire face à mon geste, un peu plus lorsque je recommence, puisqu’il rappelle dans la foulée. Il déconnecte finalement son Bluetooth et nous connectons mon nouveau téléphone à la place, pour mettre de la musique de notre playlist tout en piaillant avec animation des dizaines d’applications qu’il m’a installé.
*
Une fois à l’appartement, je ne perds pas de temps et je mets en place mon petit plan d’urgence en fonçant dans la chambre d’Hunter attraper des feuilles blanches que j’avais déjà repérées dans son bureau. J’en profite pour poser mon téléphone flambant neuf sur ma table de nuit sous les yeux amusés d’Hunter, puis je me tourne vers lui :
- Aurais-tu des crayons de couleurs ? demande-je.
- Quoi ?! s’esclaffe-t-il.
- Je suis très sérieuse !
Il part dans la chambre d’Eden en riant tandis que je vais attraper une paire de ciseaux à la cuisine et je m’installe à genoux devant la table basse du salon, avec tout mon petit matériel de coloriage.
- Mais qu’est-ce que tu m’inventes encore…, s’amuse-t-il avec tendresse.
- File de là ! ordonne-je lorsque tout est en place.
Il obéit docilement en partant à la cuisine pour se servir un verre de vin et lorsqu’il revient vers moi, il s’installe dans le canapé pour me regarder. Je manque de m’enflammer dès que je tourne la tête vers lui, il m’observe simplement, mais il faut voir le regard avec lequel il m’observe, son nœud papillon détaché qui pend de chaque côté de sa nuque, le verre qu’il savoure en glissant ses yeux sur moi…
J’en rougis des pieds à la tête et je me lève l’air de rien :
- Ne regarde pas ce que je fais ! le préviens-je.
- Je n’oserais pas… Mais quand tu m’auras offert ton joli dessin, je l’accrocherai sur le frigo… n’oublie pas de le signer et de mettre ton âge, m’embête-t-il avec malice.
- Très drôle Hunter, soupire-je en disparaissant dans la chambre.
Je fouine dans mon gros sac, à la recherche de sa deuxième « surprise », qu’il n’avait encore jamais vu. L’ensemble en dentelle, avec porte-jarretelle, et je suis plus fière que la fierté lorsque j’accroche ma nouvelle belle chaine de taille. Voilà qui devrait drôlement le faire taire et le rendre complétement fou en même temps. Pas de raison que je sois la seule à être obnubilée par sa personne, encore moins question qu’il se moque une seconde fois de la petite surprise que je lui fabrique avec amour.
Dès que je retourne au salon, il manque de s’étrangler avec son vin en me voyant arriver dans ma lingerie et après lui avoir ordonné de ne pas bouger tant que je n’ai pas terminé, je savoure le regard terriblement frustré que je sais qu’il pose sur moi alors qu’il est coincé sur le canapé.
Je découpe, je plie, je colorie, j’écris… je mets un petit quart d’heure à réaliser mon idée et lorsque je termine, je me relève pour aller lui sauter sur les cuisses dans le canapé. Il pose son verre par terre dans la seconde pour m’accueillir en posant ses mains désormais libre sur ma taille et en embrassant ma clavicule avec passion, totalement désintéressé par ce que je tiens dans ma main.
- Et ton cadeau ?! m’offusque-je.
Il relève des yeux déjà complétement étourdis en se détachant de ma peau et lorsque son regard glisse sur mes mains, il hausse les sourcils :
- Tu… m’a fait une cocotte en papier ? s’étonne-t-il.
- Oui ! réplique-je en souriant de toutes mes dents.
Il éclate de son plus beau rire en rejetant la tête en arrière, plié en deux par mon cadeau à l’apparence ridicule. Je rougis un peu, vexée, mais je reprends vite du poil de la bête :
- Tu dois choisir deux chiffres, un pair et un impair, ordonne-je.
- D’accord…, répond-il en calmant son rire. Alors deux et… cinq…
Sous ses yeux amusés, j’agite ma petite cocotte en papier deux fois, pour lui présenter les quatre petits points de couleurs qui s’offrent à lui :
- Choisis une couleur, ordonne-je encore.
- Rose…
Je soulève le pan où se situe la petite tâche de couleur rose, et je lis à voix haute le mot que j’ai écrit en dessous :
- Tes lèvres…, annonce-je mystérieusement.
J’agite ensuite ma cocotte cinq fois sous ses yeux curieux et je lui présente les quatre nouvelles couleurs, celles des nombres impairs.
- Jaune, dit-il.
- Non, choisis le vert, chuchote-je.
Il rit encore :
- Vert alors, répond-il en levant les yeux au ciel.
- Un baiser…, récite-je.
- Un baiser sur mes lèvres ? demande-t-il en me souriant.
J’hoche la tête et nous nous embrassons malgré son sourire attendri. Je lui demande ensuite deux nouveaux nombres et il choisit patiemment, jouant pour l’instant à un jeu de cours de récré sans se poser de question.
- Ton cou ! Alors, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire à ton charmant petit cou ?! chantonne-je.
Il sourit, visiblement de plus en plus attendri par mon jeu, et lorsque je fais le nombre impair et que les couleurs des « actions » apparaissent, il choisit le violet.
- Le sucer apparemment ! pouffe-je.
Ses yeux brillent de bonheur et je me glisse dans son cou pour lui faire un petit suçon alors qu’il caresse mes cuisses tendrement.
- C’est un petit jeu adorable mon cœur, commente-t-il lorsque je me détache de sa peau.
- Tu veux jouer encore ?
- Absolument… Mais je vais changer… je vais commencer par les nombres impairs, d’abord l’action.
Il est vraiment mignon de jouer le jeu comme ça. Quelle patience, c’est dingue, parce qu’il n’a pas encore compris.
- Une caresse, annonce-je lorsqu’il choisit l’orange.
- Mais où donc ? répond-il joyeusement en donnant un nombre pair, puis en choisissant le bleu.
- Ton torse !
Je déboutonne sa chemise doucement, sous ses yeux charmés, avant de passer mes mains sur son torse en souriant. Je le caresse lentement, avec légèreté, et il ferme les yeux pour profiter jusqu’à ce que je cesse.
- Allez, un autre ! piaille-je.
- Trois, dit-il.
Il observe en souriant ma petite cocotte qui s’agite sous ses yeux amusés et il sélectionne le dernier lieu, la petite tâche de couleur rouge. Je relève le papier alors que mes joues rosissent et qu’il me regarde avec curiosité.
- Alors ? Où ? demande-t-il en essayant de lire.
- Sous la ceinture, murmure-je.
Il relève les yeux pour planter son regard dans le mien, alors qu’il est en train de faire les calculs dans sa tête et d’enfin comprendre à quel jeu nous allons jouer.