Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 123 : Deux lions face à face

Par bzllrose

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Chapitre 123 : Deux lions face à face


Lorsque je me réveille, il fait jour, et je ne peux pas croire que je trouve Hunter réveillé. Son visage trahit sa fatigue, son épuisement même, et je comprends qu’il a effectivement veillé toute la nuit, il a tenu sa promesse, il a veillé sur nous alors qu’il n’avait rien demandé. Une fille est entrée dans sa vie pour la compliquer, pour la rendre invivable, pour lui briser le cœur et le faire mourir d’inquiétude… Hunter n’avait rien demandé, il s’attendait simplement à trouver l’amour et vivre une vie heureuse, sans nuage…

Et il se retrouve à veiller toute une nuit sur un homme qu’il déteste viscéralement, à veiller pour que sa petite-amie dorme, alors même que c’est elle qui l’entraine dans les abîmes comme je suis en train de le faire… Je suis tellement horrifiée de réaliser la situation que je me remets à pleurer de bon matin.

Il me prouve encore une fois qu’il me comprend sur toute la foutue ligne :

-         Ce n’est rien Hestia, ce n’est rien. Ne pleure pas, je t’aime, je fais tout ça de bon cœur pour toi, ce n’est pas de ta faute, c’est entièrement de la sienne.

-         Je suis tellement désolée Hunter, je crois que tu ne peux pas imaginer…, sanglote-je.

-         Si et arrête tout de suite. Repousse les vilaines pensées qui doivent jaillir dans ta tête. Je t’aime Hestia ! Je suis avec toi, je suis là pour toi !

-         Je ne fais que compliquer ta vie, la rendre triste et morne, te déranger et te stresser… Bon sang je suis tellement désolée Hunter… Je te mens, puis je te dis la vérité mais je t’entraine avec moi dans les histoires… Tu ne mérites pas tout ça, tu ne mérites pas tout ça ! m’énerve-je.

-         Arrête je t’en prie, Hestia ne pars pas sur cette piste, je t’en supplie ! Je sais ce que tu pourrais vite décider et il est hors de question que je te laisse faire, hors de question ! Tu m’entends ?! panique-t-il.

Je relève le nez pour le regarder et il fond sur mes lèvres avec désespoir. Il presse ma tête contre la sienne avec une force démesurée, comme pour me garder près de lui alors que mes larmes roulent toujours sur mes joues.

Plus il m’embrasse, plus je me calme, et il le ressent visiblement, parce qu’il est de plus en plus doux. Il relâche la pression de sa main sur ma tête, ses lèvres se font plus tendres et il finit même par caresser tout doucement ma joue de son pouce, en asséchant mes dernières larmes.

-         Merci d’être venu, chuchote-je.

-         C’est normal mon cœur, et tu sais, je n’aurais pas pu fermer l’œil à la maison non plus… Je n’aurais jamais pu dormir une seule minute en te sachant je ne sais où avec… ce …

Il ne termine pas mais sa mâchoire se contracte alors qu’il fixe Kai de ses yeux les plus mauvais. Je ne peux pas le réprimander, il est honnêtement insupportable de le voir dormir comme un bébé bienheureux après le cirque qu’il a fichu dans notre soirée.

-         Je te jure que j’ai envie de le jeter par terre pour le réveiller, gronde-t-il.

-         Ne fais pas ça… il est dépendant, ce n’est pas facile pour lui non plus, réponds-je faiblement.

-         Je ne vais pas tarder à devenir dépendant au fait de le frapper… seras-tu aussi clémente envers mon addiction ? ronchonne-t-il.

Il m’arrache mon premier petit rire depuis que Kai m’a appelé et je l’en remercie en me replongeant sur ses lèvres, pour tenter de lui faire passer un meilleur réveil que sa nuit blanche.

-         Je t’aime Hunter, de tout mon cœur et pour toute ma vie, murmure-je finalement.

-         Moi aussi, tu le sais bien.

Kai remue à côté de nous, il est visiblement en train de se réveiller doucement et Hunter se contracte des pieds à la tête :

-         Laisse-moi me lever ! dit-il avec urgence en essayant de me descendre de ses genoux.

-         Pourquoi ? couine-je.

-         Parce que je vais l’éclater si je suis à côté de lui quand il se réveillera, annonce-t-il avec le plus grand sérieux.

Je descends de ses cuisses et il fait quelques pas sous mes yeux ahuris.

-         Je n’ai pas dormi de la nuit mon chat, je suis gentil et compréhensif mais il ne faut pas trop m’en demander, surtout en considérant qu’il m’insultera à la seconde où il me verra.

-         Mais non…

-         Bien sûr que si.

Kai remue un peu plus et Hunter s’éloigne encore, pour aller s’assoir à la table, loin de mon frère. Il tapote vivement la table de ses doigts, visiblement sur les nerfs, et je trottine jusqu’à lui pour prendre ses joues dans mes mains :

-         Reste calme, je t’en prie…

-         Même s’il m’insulte ?! râle-t-il.

-         Oui… s’il te plait… Je ne veux pas de bagarre… Kai est difficile, je n’arriverai pas à le canaliser, alors je t’en prie, reste calme, supplie-je en caressant ses joues.

Il finit par hocher un peu la tête :

-         Je ne te promets rien, mais je vais essayer…, soupire-t-il.

-         Merci mon amour.

-         De rien… va donc t’occuper de ton déchet préféré au monde, répond-il avec toute sa mauvaise humeur.

-         Appelle-le Kai…, le réprimande-je gentiment en souriant.

-         Hors de question, ce type est mon bourreau, je le sais. Il est à deux doigts de réaliser mes pires craintes et je suis encore là, à veiller sur lui… Je suis décidemment trop con.

-         Non, tu es un exemple Hunter, de gentillesse et d’amour bienveillant…

-         Je vais te perdre à cause de lui Hestia, je le sais, ce qui fait de moi un homme beaucoup trop con, murmure-t-il.

-         Ne dis pas de bêtises, le rassure-je en fondant sur ses lèvres.

Je le convaincs encore quelques minutes jusqu’à ce que Kai pousse un petit grognement en baillant et je me précipite à genoux à côté de sa tête, dont les yeux gris papillonnent.

-         Kai ? Tout va bien ? Comment tu te sens ? m’angoisse-je.

-         Mon bébé… mon tout petit bébé… tu es venue…, chuchote-t-il alors que ses yeux deviennent ensoleillés.

-         Bien sûr que je suis venue, mais je t’en veux beaucoup ! Tu m’avais promis de ne plus y toucher !

-         Je suis désolé mon bébé, désolé… Je n’y toucherai plus cette fois… Et tu peux m’en vouloir putain…

Il attrape ma nuque pour me tirer contre lui, pour caler son nez au creux de ma gorge en se repaissant de ma présence. Je lance un coup d’œil inquiet à Hunter, qui a été obligé de détourner le regard pour observer la fenêtre à côté de lui alors que l’intégralité de ses muscles palpitent sous la fureur.

-         Je ne suis pas fière Kai, grogne-je en essayant de m’extirper de ses bras.

-         Tu n’es jamais fière de moi ! répond-il en me souriant de toutes ses dents.

Et revoilà le Kai insouciant, doux, heureux… je commence à prendre conscience que ses humeurs n’ont pas autant à voir avec la drogue que ce que j’imaginais mais plutôt avec ma présence…

J’arrive enfin à me détacher de ses bras pour me relever et Kai se redresse :

-         Je meurs de faim bébé… je t’emmène manger un petit déjeuner ?

Dans son dos, je vois Hunter qui hausse les sourcils en fixant toujours la fenêtre, et sa jambe se met à tressauter pour le retenir de sauter sur ses pieds et d’agresser Kai. Mais sur ce coup, je le comprends entièrement.

-         Tu te fiches de moi là ?! m’énerve-je. Tu veux qu’on aille manger un petit déjeuner ?! Alors que tu m’appelles en milieu de soirée pour que je vienne à ta rescousse, après que tu as rechuté malgré le mal qu’on s’est donné pour te faire décrocher ! J’avais des projets hier soir, que j’ai encore dû abandonner pour voler à ton foutu secours en ayant la peur au ventre que tu ne décèdes ! Alors il est hors de question que nous allions « prendre un petit déjeuner » !!

-         Des projets avec l’autre débile ? Putain mais qui en a quelque chose à faire ? Ce type se fou complétement de toi…, râle Kai.

Il est beaucoup moins agressif qu’hier dans sa voiture et heureusement, parce que sa réflexion plutôt douce pour Kai, fait grimper Hunter dans les tours :

-         Je te conseille vivement de faire attention à ce que tu dis si tu tiens à rester en vie ! aboie-t-il avec fureur.

Kai sursaute d’abord, puis il se retourne en se décomposant quand il aperçoit Hunter, avant que la rage ne saisisse chacun de ses traits pour enlaidir son beau visage.

-         Putain mais qu’est-ce que ce connard fou chez moi ?!! hurle-t-il.

Il saute sur ses pied encore vacillants pour foncer sur Hunter, et ce dernier se lève d’un bond, visiblement plus que prêt à le réceptionner. Heureusement pour moi, Kai a un temps d’arrêt, sans doute face à la taille d’Hunter qui le domine. Ce détail, couplé au fait qu’il se soit réveillé il y a deux minutes après un « trip », doit le faire réfléchir pour la première fois de sa vie à deux fois avant de sauter au cou de son adversaire.

 En tout cas, ce temps d’arrêt me permet d’intervenir et de me glisser entre eux pour empêcher le combat d’éclater.

-         Je vais me barrer Hestia, annonce Hunter d’une voix plus que tendue. Je vais me barrer avant de lui en mettre une, parce que je ne pourrai pas m’en empêcher s’il m’approche encore.

Kai est toujours en attente, je sais qu’il lutte pour ne pas agresser Hunter, et je crois qu’il est effectivement préférable que ce dernier s’en aille avant que les choses ne dégénèrent. Je me retourne donc pour accompagner mon amour vers la porte alors qu’il est à deux doigts d’exploser.

-         Il faut que j’aille bosser de toute façon…, continue-t-il en attrapant les clés d’Eden, comme pour se donner une bonne raison de partir.

-         Prends la tienne, je prendrai celle d’Eden, dis-je en lui donnant ses clés et en prenant celles qu’il tient.

-         Tu me tiens au courant par message, dit-il en hochant la tête.

Il commence à peine à ouvrir la porte que je mets un point d’honneur à glisser un baiser sur ses lèvres pour le remercier de sa venue : grave erreur.

Dès que je l’embrasse, Kai attaque. Il saute littéralement sur Hunter pour agripper son col avec violence et j’ai à peine le temps de voir les traits de mon amour se métamorphoser que sa droite part toute seule. Elle est tellement violente que Kai est projeté par terre un mètre plus loin, où il s’étale de tout son long alors que je pousse un petit cri aigu. Les yeux de Kai papillonnent, il est si sonné qu’il a du mal à revenir dans la réalité alors qu’Hunter attrape mes joues pour m’embrasser une seconde fois :

-         Je suis désolé mon cœur, désolé, murmure-t-il avec tension.

-         Ce … ce n’est rien, pars, vite…, bafouille-je.

Il hoche la tête avant de passer la porte et je me retourne pour observer Kai qui ne s’est toujours pas remis du coup qu’il vient de prendre alors qu’il porte ses doigts à ses lèvres pour y regarder avec un air halluciné le sang qui en dégouline.

-         Il t’avait prévenu ! couine-je d’une voix mal assurée.

-         Putain mais quel … mais quel fils de…, balbutie-t-il en observant le sang abondant sur ses doigts. 

-         Kai ! crie-je.

-         Parce que tu vas le défendre ?!

-         Evidemment ! Il t’a prévenu de ne pas l’approcher ! continue-je.

Je suis pas particulièrement fière d’Hunter, mais non seulement il l’avait prévenu, mais en plus, il a passé sa nuit à veiller sur lui, alors il est hors de question de ne pas être de son côté.

Kai doit être vraiment sonné par le coup de poing qu’il a pris, parce qu’il ne réagit pas plus que ça. Je suppose qu’il est en état de choc, il se relève sans insultes, sans courir à la suite d’Hunter, il s’assoit simplement à sa table en observant toujours ses doigts qui ne cessent d’agglutiner du sang à chaque fois qu’il les porte à ses lèvres fendues.

Ce n’est pas si étonnant dans le fond, je suppose que matraquer des punchingball quatre fois par semaine donne une détente capable de remettre les idées en place d’un homme, même aussi hargneux que Kai…

-         Ça va ? demande-je.

-         Super, je viens de me faire péter la mâchoire par ton mec, je suis au top, réplique-t-il d’une voix bien plus calme qu’il ne l’aurait sans doute voulu.

-         Arrête, elle n’est pas cassée, sinon tu ne parlerais pas normalement, tempère-je.

Il lève simplement des yeux ahuris sur moi, comme s’il ne comprenait pas que je défende encore Hunter, alors que c’est Kai qui a merdé de bout en bout, Hunter n’a fait que se défendre. Je vais tout de même chercher un petit linge à la salle de bain, pour l’humidifier et éponger les lèvres fendues de Kai.

-         Arrête de t’en faire, je m’en remettrai, dit-il.

-         Je ne m’en fais pas, je savoure le spectacle, plaisante-je. Si j’avais sa force, je t’aurais mis la même pour te punir d’avoir rechuté.

Il a un petit rire :

-         Dans tes rêves, tu serais bien incapable de me frapper, même avec de la force bébé.

-         Peut-être bien…

-         Tu sors avec un malade mental, tu en as conscience au moins ?

-         Arrête…, soupire-je. Tu lui aurais fait bien pire s’il ne s’était pas défendu avant.

-         Défendu ?! Il m’a agressé ! beugle-t-il.

-         Tu l’as agressé Kai ! Arrête de croire que nous ne t’avons pas vu le chopper ! C’est toi qui as été mis k.o. et qui est susceptible d’oublier des choses, pas nous ! Et maintenant ça suffit, je ne veux pas t’entendre te plaindre alors que je suis en colère contre toi comme rarement je l’ai été.

-         Si tu prends soin de moi quand tu es en colère, c’est que je n’ai pas beaucoup de soucis à me faire, fanfaronne-t-il.

-         Tu es insupportable… mais je te trouve bien calme… Il t’a frappé si fort que ça ?

-         Mais non, mais j’ai tellement déconné hier soir… je m’en rends compte tu sais… Je ne te crierai plus jamais dessus comme ça, et j’essaierai de ne plus jamais le faire devant toi. J’ai passé mon après-midi entier à réfléchir bébé, à réaliser des choses… Tu as été patiente avec moi, bien plus que tu n’aurais dû l’être et je ne fais que merder encore et encore… Je ne t’imposerai plus jamais tout ça, je ferai tout pour que tu n’aies rien à me reprocher, même quand ton foutu débile m’attaque.

-         Kai, je suis très touchée par tout ce que tu me dis, je te le promets. Si vraiment tu tiens ta parole, alors je serai la plus heureuse du monde… mais…

-         Mais ?

-         Mais c’est toi qui l’as agressé, arrête d’inverser les rôles ! m’amuse-je en lui mettant une petite tape sur l’épaule.

Il éclate de rire et je reste avec lui encore une bonne heure, à soigner ses plaies ainsi qu’à le réprimander d’avoir rechuté. Il m’écoute calmement lui faire la morale et il ne s’offusque même pas quand je lui dis que je dois le laisser pour aller en cours. Il m’assure simplement qu’il va se reposer un peu dans son canapé pour se remettre de son « agression », ce qui nous fait encore rire lorsque je m’en vais.

Dès que je suis dans la voiture d’Eden, j’appelle Hunter.

-         « Tout va bien ? »

-         Très bien mon cœur, je t’appelle simplement pour te dire que je pars de chez lui, je vais poser la voiture d’Eden et je file en cours, je suis presque en retard !

-         « Il n’a rien dit ? Rien de bizarre ? Il ne t’a pas donné d’ultimatum ? De choix ? Des menaces quelconques ? »

-         Bien sûr que non, qu’est-ce que tu racontes ?! ris-je.

-         « Rien… C’est étrange… ça m’étonne énormément… »

-         Arrête, il ne t’en veut pas, il doit bien savoir qu’il l’avait mérité.

-         « Je n’aurais jamais dû le frapper… j’aurais dû le laisser me tabasser… je suis trop con bordel. Maintenant qu’il sait que je peux largement lui tenir tête si on se battait vraiment, il va utiliser des moyens plus vicieux… »

-         Mais qu’est-ce que tu racontes Hunter ? Arrête d’être si paranoïaque ! m’agace-je. C’est dingue, quand c’est Kai qui reste calme, c’est toi qui deviens fou !

-         « Je ne suis pas fou, je suis… dégoûté, fataliste… je sais que j’ai raison mais tu ne voudras jamais l’admettre. »

-         Mais raison sur quoi ?!

-         « Je vais te perdre… bordel je vais te perdre Hestia… »

Sa voix est paniquée, brisée, complétement torturée et c’est un supplice de l’entendre comme ça.

-         Bien sûr que non Hunter ! Je t’aime de tout mon cœur, arrête de t’inquiéter ! couine-je.

-         « Je sais mon amour, je le sais, ce n’est pas le problème… Je t’aime aussi, pour toujours, pour toute ma foutue vie, tu le sais ? Dis-moi que tu le sais. »

-         Je… je le sais Hunter… je ne supporte pas de t’entendre comme ça… tu veux qu’on se voie ? J’ai quelques TD mais…, hésite-je.

-         « Non, va en cours mon chat, c’est important. »

-         On se voit ce soir à la maison, le rassure-je.

-         « Je l’espère de tout mon cœur… »

Je le rassure et après de nombreux mots d’amour comparé à d’habitude, il me laisse raccrocher.

*

Après ma journée de cours, je suis très surprise de tomber sur Kai, qui m’attend dans sa voiture en bas de chez moi. Heureusement, c’est par là que je passe pour rentrer chez Hunter et je m’arrête donc au niveau de sa voiture :

-         Kai ? Tu n’es pas au travail ?! m’inquiète-je.

-         Je me suis fait virer, répond-il calmement.

-         Quoi ?!

-         J’ai merdé bébé, comme la merde que je suis.

Je saute dans la voiture, complétement retournée par l’information, et il m’explique qu’après notre dispute hier dans sa voiture, il est allé au travail… avant d’en partir subitement au milieu de l’après-midi sans prévenir qui que ce soit. Son contrat a donc sauté, et l’usine refusera de le reprendre après un coup pareil. J’ai envie de lui crier dessus, mais je n’en fais rien face à son attitude. Il est calme, triste, et visiblement extrêmement coupable. Il n’a rien à voir avec le Kai habituel et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec sa promesse d’être irréprochable.

-         De toute façon, j’ai replongé Hestia, annonce-t-il de sa voix la plus sérieuse.

-         Ça va aller…, commence-je.

-         Non… Non ça n’ira pas. Je ne veux pas te mettre la pression, c’est la dernière chose que je veux… alors je préfère ne pas te dire les choses.

-         Dis-les moi ! couine-je immédiatement.

-         Non Hestia, parce que si je te dis la vérité, tu vas croire que je te la dis pour t’influencer, que je te demande des choses, que j’attends des choses de toi… et ce n’est pas le cas. Je ferai face, j’affronterai ma vie de merde en te laissant tranquille avec Hunter, tout ira bien pour toi.

Je suis aussi choquée par le fait qu’il m’appelle Hestia que par le fait qu’il appelle Hunter par son prénom au lieu de l’insulter. L’heure est visiblement très grave.

-         Kai, je veux savoir la vérité, j’encaisserai, je ne me laisserai pas influencer !

-         Tu me le promets ?

-         Bien sûr.

Il hoche la tête doucement avant de river ses yeux sur son volant en organisant la longue tirade qu’il ne tarde pas à sortir :

-         Si j’ai réussi à décrocher, c’est en grande partie parce que tu m’as enfermé évidemment… mais la vérité Hestia, c’est que c’est grâce à toi et uniquement à toi. J’aurais pu m’enfiler une aiguille sous la peau à la seconde même où tu es partie de chez moi, à la seconde même où tu as ouvert la porte de cette chambre de motel en me faisant confiance… et c’est ce que j’aurais fait si n’importe qui d’autre m’avait aidé à décrocher, n’importe qui.

-         Kai… bien sûr que non, réponds-je d’une voix douce.

-         Bien sûr que si. Tout ça est lié à toi… Tu ne comprends donc pas ? Depuis que je suis gamin, je suis perturbé c’est clair, mais c’est toi qui m’as maintenu à flot. Si tu n’avais pas été là, j’aurais été incarcéré bien avant, dans une prison pour mineur ou ce genre de conneries… J’aurais sans doute déjà tué des adversaires de bagarre, ou fait je ne sais quoi… mais tu étais là, tu comptais sur moi, tu avais besoin que je rentre à l’orphelinat le soir, alors je n’ai jamais franchi les limites défendues, jamais. Jusqu’au jour où je suis sorti, où je n’habitais plus avec toi, où tu étais encore mineure et moi majeur, qu’on ne me laissait donc pas venir te voir… c’est là que j’ai déconné pour de vrai. Je suis devenu fou d’être loin de toi, complétement fou et ça a malheureusement retiré les limites que tu me fixais sans même t’en rendre compte. Je suis parti en taule, et on s’est perdu de vue.

Les larmes me montent au yeux face à ce qu’il me dit, à la vérité pure et brute qu’il me sort avec un visage douloureux.

-         Quand je suis sorti de taule, tu n’étais plus là, j’étais seul, sans ma lumière, sans mon phare dans la brume… Je suis tombé dans ce réseau, je te cherchais sans y croire, je pensais à toi tous les putains de jours… j’espérais de tout mon cœur qu’on se retrouverait… Et c’est arrivé…

Son visage s’illumine alors qu’il fixe toujours le volant, comme s’il revivait le bonheur qu’il a ressenti en me voyant, alors qu’il affichait pourtant son visage le plus neutre pour me protéger de son gang ce jour-là.

-         J’étais encore cinglé à ce moment-là, je criais, je frappais dans tout ce qui passait, je t’engueulais… Mais nous nous sommes revus, encore et encore, puis tu m’as fait le plus beau cadeau de toute ma vie, tu m’as aidé à décrocher. Passer autant de toi avec toi a fait fondre la colère que j’avais en moi, je me suis rendu compte que j’avais muri depuis l’orphelinat, que j’arrivais à être un mec presque normal simplement en étant à ton contact. J’ai enfin ressenti de l’espoir, pour la première fois de ma vie, l’espoir d’avoir une vie normale, rangée, avec un travail et surtout toi… Toi encore et encore, tous les jours de ma vie… C’était un rêve Hestia, un putain de rêve qui me bercera pour le restant de mes jours. Parce que tu sors avec Hunter, tu es heureuse et amoureuse, et c’est vraiment ce que je te souhaite. Mais je sais qu’il n’y aura pas de fin heureuse pour moi, que je ne décrocherai plus, que je n’en ai de toute façon même pas envie si je ne t’ai pas avec moi…

-         Ne dis pas ça, murmure-je.

-         C’est la vérité. Je ne t’empêcherai pas d’être heureuse avec lui, c’était une réaction de merde, primaire, de jalousie pure et dure. Mais tant que tu es avec lui, il n’y aura pas de fin heureuse pour moi… Je l’ai accepté tu sais, je ne te demande rien, je suis résigné pour la vie qui m’attend, même si ça me meurtri de ne plus t’avoir dedans… Peut-être que je l’écourterai si la drogue ne s’en charge pas pour moi… je sais pas, je verrai au jour le jour.

-         Mais comment peux-tu dire une chose pareille ?! m’affole-je. Je serai là, nous sommes inséparables Kai ! Nous nous verrons ! Peut-être pas tous les jours mais pas loin, et puis tu finiras peut-être par t’entendre avec Hunter !

Il sourit tristement avant de poser ses yeux sur moi :

-         Non mon tout petit bébé… C’est impossible, je ne pourrai jamais l’accepter et je crois que tu le sais au fond de toi. C’est lui ou moi Hestia… Et je ne veux pas que tu aies à choisir entre rester avec un homme que tu apprécies et t’occuper de ton crétin de Kai, qui t’en fait voir de toutes les couleurs depuis ta plus tendre enfance.

Il caresse une mèche de mes cheveux avec douceur, les yeux complétements perdus dans ses pensées alors que je n’arrive même plus à lui répondre.

-         Ça ira Hestia, tu vivras heureuse, tu accompliras de grandes choses… J’ai toujours été un boulet dans ta vie… Malheureusement pour moi, je n’ai jamais été bon qu’à être avec toi… Il n’y avait que toi pour m’offrir une fin heureuse, il n’y a toujours eu que toi…

-         Mais qu’est-ce que tu me demandes Kai ? sanglote-je.

-         Je ne te demande rien Hestia, je ne voulais même pas te parler de tout ça, c’est toi qui as insisté. Mais… je ne m’en sortirai jamais si tu restes avec lui, je ne serai jamais sobre, je ne pourrai jamais te montrer que je suis un mec bien, digne de ton amour, capable de m’occuper de toi comme je l’ai toujours fait… Oh comme j’aurais aimé avoir cette chance, cette chance d’avoir une vraie vie, parce que je n’ai que toi… Mais tant pis pour moi. Je vais te laisser maintenant, te dire au revoir pour de bon, te laisser aller vivre ta petite vie heureuse que tu mérites.

Il se penche pour attraper ma joue, pour poser un long baiser sur la deuxième. C’est le baiser le plus tendre qu’il ne m’ait jamais fait, le plus doux, le plus empreint de son amour pour moi et je ne peux définitivement plus arrêter les larmes de couler sur mes joues.

Parce que ma décision est déjà prise, je n’ai même jamais eu le choix quand ça concernait Kai. Depuis qu’il s’est occupé de moi quand tout le monde me rejetait, qu’il est devenu la seule famille que je n’ai jamais connue, qu’il a serré ma petite main d’enfant en me promettant qu’il serait toujours là pour moi… Je me suis fait une promesse moi aussi ce jour-là, celle de toujours veiller sur lui, de ne jamais l’abandonner, de toujours le choisir lui plutôt que moi.

 Mon bonheur amoureux ne vaudra jamais une vie sobre, rangée et heureuse pour Kai. Il n’a que moi, il n’a toujours eu que moi, alors qu’Hunter pourra trouver des centaines de femmes prêtes à l’épouser… qui ne l’entraineront pas dans des histoires tordues, compliquées et illégales… qui ne lui mentiront pas pendant des semaines… qui ne le traineront pas dans les abîmes comme je suis en train de le faire alors qu’il mérite tout le bonheur du monde… Le constat qui s’impose à moi est tellement douloureux que j’en ai du mal à respirer, je pleure de plus en plus sous la peine qui me déchire en deux, sous mon cœur qui se brise en milliers de morceaux…

Hunter est le prince charmant, mais je ne suis pas la princesse. 




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés