Les quelques jours qui suivent ma rupture avec Hunter ne sont pas les plus difficiles.
Je passe le weekend dans un état second, je ne réalise pas ce que j’ai fait parce que je m’occupe de Kai, qui essaie de ne pas prendre une nouvelle dose et ce n’est pas beau à voir du tout. Il est complétement agité, stressé, il se tortille dans tous les sens, frotte son visage, tremble… C’était déjà très impressionnant dans la chambre de motel, mais il était déjà plus loin dans le processus d’abstinence, il avait diminué ses doses, son corps s’était habitué à en recevoir moins depuis quelques jours. Ça n’a rien à voir cette fois, je vis avec lui les premières heures, celles où il est agité comme un électron sur ressort, presque paranoïaque, ingérable. Je suis incapable de le renfermer dans une pièce, de revivre le traumatisme de son sevrage, les jours que j’ai passé contre lui à le tenir dans mes bras en pleurant, à éponger son corps, à caresser son visage… Je ne crois pas que j’ai la force en moi de prendre soin de lui dans l’immédiat et ça me terrifie, parce que je sais qu’il n’y arrivera pas tout seul.
Et effectivement, il craque le dimanche soir. Il m’assure qu’il veut juste aller aux toilettes et je le retrouve dix minutes plus tard en train de planer dans la salle de bain avec un sourire aux lèvres.
C’est lorsque Kai est inconscient que je réalise ce que j’ai fait, parce son « coma » me permet enfin d’avoir un peu de temps pour moi, pour souffler après quarante-huit heures à gérer mon frère. Le point positif, c’est que ma peur s’est un peu calmée dans son appartement, puisque ça fait deux nuits que je dors ici et qu’il ne s’est rien passé. Je suis toujours inquiète mais assez calme pour me lover dans le canapé avec mon téléphone. Mon cœur palpite pendant le petit temps qu’il prend pour s’allumer, je suis aussi addicte que Kai, je tremble presque à l’idée de lire les messages qu’Hunter a dû m’envoyer depuis vendredi soir et l’attente est insoutenable.
Mais c’est là que je me prends la claque qui me remet les idées en place. Lorsque je constate que je n’ai pas de message, aucun, alors que j’en avais eu pendant des semaines la dernière fois. C’est là que je réalise ce que j’ai fait, que je n’ai pas simplement disparu sans donner de nouvelles mais que je l’ai véritablement quitté et qu’il n’a donc aucune raison de m’envoyer quoi que ce soit. Je viens de mettre fin à notre relation, nous ne sommes plus un couple, nous ne sommes plus un tout, nous sommes désormais Hunter et Hestia, chacun de notre côté, pour le reste de nos vies qui ne s’entremêleront plus.
Mes yeux sont rivés sur mon téléphone, sur les quelques messages d’Alma et d’Eden qui me disent qu’ils sont là pour moi, que je n’ai qu’à leur faire un signe… des messages dont je me fiche, parce qu’il n’y a qu’un prénom que je voulais voir s’afficher dans mes messages et il ne s’affichera plus jamais. Ce n’est même plus de la tristesse qui s’abat sur moi, c’est une vague de panique, parce que je crois que je ne peux pas vivre sans Hunter. Je saute sur mes pieds, je range mon téléphone dans mon sac à main alors que mes mains se mettent à trembler comme des feuilles et qu’un mal de ventre fulgurant me retourne les tripes.
Je suis à deux doigts de m’écrouler, d’en mourir de chagrin, alors dans un réflexe primaire, je préfère laisser éclater une colère noire au fond de mon corps. Une haine qui me maintient en vie, qui m’aide à rester dans le déni quelques heures de plus. Une haine puissante, dévorante, envers Kai que j’accuse de tous mes maux, de tout mon chagrin, de tout mon malheur et surtout, de ma rupture avec Hunter. Et c’est cette dernière accusation qui me permet de faire ce que je fais ensuite : sevrer Kai. Pas à la manière douce comme la première fois, non, à la manière dure, sans empathie, sans une once de pitié alors que la drogue est à l’origine de tout ce qui est en train de me détruire.
Je fonce dans une épicerie ouverte de nuit, j’achète des barres de céréales par dizaines, des mouchoirs, une couette, un oreiller, un plaid, une dizaine de verrous et un foutu tournevis.
Lorsque je retourne à l’appartement, je jette les barres de céréales, la couette et l’oreiller dans la salle de bain, à même le sol autour de Kai. Je me précipite ensuite à sa ceinture, pour en retirer l’arme qui s’y trouve bien trop souvent. Je fouille ses poches, pour y chercher le sachet de la cam qu’il vient sans doute de prendre mais je ne la trouve pas. Un coup de génie me percute lorsque je me rappelle des petits bruits métalliques que j’avais entendu il y a quelques semaines, et je vérifie la grille d’aération au-dessus de sa baignoire. Je trouve sa foutue réserve, avec toute sa drogue et tout son matériel pour la prendre. Je me fais un plaisir de prendre la boite métallique avant de partir en claquant la porte avec toute ma violence pour aller jeter tout ça à la poubelle.
Je passe la demi-heure suivante à fixer six verrous dans sa fichue porte de salle de bain, à la sécuriser comme un foutu coffre-fort, à la rendre plus solide pour l’empêcher de la défoncer. Les vis sont longues, dures à enfoncer avec ma petite force et je sue comme un bœuf mais ça me fait du bien. Je brûle la rage qui me consume en m’acharnant contre le bois de la porte, ça me canalise suffisamment tandis que je barricade Kai sans une once de pitié, sans une seule envie d’aller le tenir dans mes bras ou lui caresser la joue. Je termine mes travaux par la porte d’entrée, pour y fixer les quatre derniers verrous et la sécuriser également parce qu’il est hors de question que je passe une seconde nuit la peur au ventre à en vomir… ce qui pourrait arriver ce soir puisque Kai est dans les vapes et qu’à cause de lui, je ne peux plus appeler Hunter à la rescousse. Je le déteste, bon sang je le déteste pour m’avoir fait quitter Hunter.
Dès que je suis en sécurité derrière mes nombreux verrous, la pression redescend et j’attrape l’immense plaid tout doux que je viens d’acheter. Je pose l’arme de Kai sur la table de nuit, ce qui m’apporte un sentiment de sécurité absolument dingue alors que j’ai pourtant horreur des armes à feu habituellement. Elles ont tendance à me terrifier jusqu’à la moelle quand des types louches les sortent de leur pantalon, mais je dois bien avouer que lorsque c’est sur moi que cette arme veille alors que je suis enfermée dans un quartier malfamé au sein même d’un bâtiment de dealer dangereux…. Je la déteste un peu moins. Je m’enroule dans mon plaid avec une boite de mouchoir et j’ouvre enfin les vannes que j’étais terrifiée d’ouvrir depuis que j’ai réalisé ma rupture.
Je m’effondre littéralement en laissant la réalité me percuter de plein de fouet, en rejouant le moment où j’ai découvert que je n’avais pas de message, parce que je ne suis plus rien pour lui, plus personne.
*
Nous passons la première semaine enfermés chez lui sans bouger et heureusement pour mes études, ce sont les vacances de février. Alors que Kai lutte contre ses démons, je lutte contre les miens. Nous gémissons autant l’un que l’autre, nous pleurons autant, nous crions autant, nous nous débattons dans nos enfers. Nous luttons contre nos addictions, Kai se désintoxique de la drogue tandis que j’essaie de me remettre de la perte d’Hunter et le tout n’est pas joli à voir. Il est enfermé nuit et jour dans sa salle de bain crasseuse, et je ne sors que pour aller à l’épicerie du coin de la rue et de temps en temps chez moi, je me sers de ces lieux pour le minimum vital sans salle de bain de disponible ici.
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La deuxième semaine est différente, elle s’améliore. J’ai assez pleuré pendant sept jours pour que ma tristesse lancinante et douloureuse ne devienne plus qu’un trou béant au milieu de ma poitrine. Ça reste douloureux, comme si j’étais sans cesse oppressée par mon chagrin, mais les larmes ne coulent plus et mon esprit est vide, ce qui me permet de retourner à l’université, pour assister uniquement aux cours obligatoires. Je suis comme un robot, vide d’émotion, vide de toute lueur de vie, mais je suis fière de réussir à aller à la fac. Pour cette deuxième semaine, Kai est autorisé à sortir de la salle de bain et je retrouve le confort de pouvoir m’en servir sans avoir à filer au coin de la rue la journée et me retenir toute la nuit. L’ambiance est morose entre nous, Kai essaie de m’approcher, de me toucher, de parler avec moi, mais il est face à un roc. Je le rejette tellement que je refuse qu’il dorme avec moi, et il couche sur le canapé tandis que je prends le lit. C’est à la fin de cette semaine-là que je rentre dormir chez moi pour la première fois depuis presque quinze jours, lorsque je réalise que je ne suis pas en situation d’urgence comme au motel mais que cette vie horrible qui se dessine devient ma vie, que ce sera mon quotidien et plus l’attente d’une fin de sevrage…
Le choc de la révélation est violent, mais ça me fait immédiatement du bien de retrouver Julia, et je passe tout le weekend avec elle. Elle me réconforte, me laisse lui parler d’Hunter pendant des heures en pleurant dans ses bras, lui dire à quel point la vie est injuste et comme il me manque. Elle ne guérit pas ma douleur mais elle m’aide à accepter la rupture, à comprendre que c’est terminé et que je dois aller un minimum de l’avant. Elle me fait supprimer mon fond d’écran avec lui, réaliser que je dois pardonner Kai ou bien le laisser tomber, me remettre à travailler un peu mes cours, donner un semblant d’organisation à ma vie.
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La troisième semaine, mon quotidien est désormais rôdé.
Kai va beaucoup mieux, il est redevenu comme pendant notre séjour au motel, il est heureux, il rit tout le temps et m’offre des sourires éblouissants toute la sainte-journée. Je ne sais pas si j’ai déjà vu Kai aussi heureux que depuis que j’habite chez lui la moitié du temps, que nous repassons nos soirées à regarder des films et manger des pizzas, à nous câliner et discuter tous les deux…
Il n’a plus de travail et malgré une quantité astronomique d’entretiens auxquels il m’annonce se présenter, il ne se fait pas embaucher. Alors il continue son activité illégale, il passe des nuits à errer pour vendre sa cochonnerie, il a réussi à rembourser entièrement sa dette, à payer ses factures en retard, à remplir son frigo et même à mettre un peu de côté. Tout ça sans replonger, et c’est une foutue victoire.
Quant à moi ? C’est une catastrophe.
Je ne remonte pas la pente pour redevenir celle que j’étais, je suis stabilisée mais je ne me reconnais plus. Je suis toujours malheureuse, morne et de mauvaise humeur… Je zappe pendant des heures devant la télé, je bois de l’alcool fort pour oublier ma peine et ma moyenne a dégringolée. Je ne suis jamais retournée en cours magistral, je fais simplement des pieds et des mains pour récupérer les cours auprès de camarades et je les travaille deux ou trois fois par semaine chez moi, simplement pour les lire en travers et me donner bonne conscience.
Je suis cassée, véritablement cassée, et je crois que je suis encore plus triste de me rendre compte que Kai ne le remarque pas. Il est plongé dans le bonheur sans même se rendre compte que je suis plongée dans les ténèbres. J’ai quitté ma vie pour lui, pour son bonheur, et ça a marché… mais il imagine que je suis aussi heureuse que lui, que je gazouille comme un oiseau, sans même voir qu’il m’a mise en cage le jour où il m’a fait quitter Hunter.
Ma vie est un cauchemar, je ne ressens plus rien, je n’ai plus envie de rien, je me nourris à peine, je ne vais plus en cours, j’enchaine les mauvaise notes, je traine avec un voyou et je flirte avec l’alcoolisme. Mais haut les cœurs, Kai est heureux.
*
Ma rechute arrive en ce troisième weekend.
Nous sommes samedi soir, ça fait trois semaines et un jour que j’ai quitté Hunter, c’est officiellement la période la plus longue que j’ai passé sans le voir, sans me plonger dans ses yeux, sans entendre sa voix, sans sentir ses bras qui se referment dans mon dos… Trois semaines que le trou béant dans ma poitrine ne se referme pas et je sais bien qu’il ne se refermera jamais. J’ai compris que je ne serai plus jamais avec lui, j’essaie d’accepter qu’il puisse être en train de refaire sa vie avec quelqu’un, mais le plus dur pour moi est de ne plus le voir.
Kai est dehors, dans les rues, je suis donc seule chez lui à tourner rond. Ma peine est plus intense que depuis bien longtemps, les plaies de mon cœur se rouvrent et je n’arrive plus à respirer, j’étouffe littéralement, j’ai besoin d’air, urgemment, je ne supporte plus de me sentir enfermée entre ces quatre mur. C’est tellement violent que je me demande si je ne fais pas une crise de panique et pour la première fois depuis que j’ai mis les pieds dans cet immeuble, je me dirige à la fenêtre pour observer le parking en prévision de sortir prendre l’air. Jusqu’à maintenant, je m’en tenais au strict minimum, aller à la voiture et aux poubelles, mais je ne supporte plus d’être un foutu oiseau en cage, j’ai besoin d’air.
Le parking n’est pas vide, il y a les fidèles voyous en train de discuter, réunis autour du coffre d’une voiture d’où sort de la musique forte, mais ils sont peu nombreux ce soir, trois ou quatre, et ils regardent dans la direction opposée en riant comme des ânes. J’entrouvre la porte pour mieux observer les lieux, et je confirme rapidement qu’il n’y a qu’eux alors j’ose faire quelques petits pas sur le palier pour inspirer l’air frais du soir dont j’avais tant besoin. Il n’y a pas de lune ce soir et ils n’ont pas allumé leurs habituels grands feu qui baignent les lieux de lumières orangés, je suis donc dans le noir, bien cachée de leur vue et ça me met en confiance. Je n’ai de toute façon plus aussi peur d’eux depuis un bon moment, depuis que je dors ici aussi souvent et que je constate qu’ils n’ont pas encore assassiné qui que ce soit dans le bâtiment. Ajoutons à ça les quelques fois où Kai leur a pointé une arme dessus quand nous rentrions d’ici ou ailleurs et je présume qu’ils savent que je suis sous bonne garde, alors je les vois mal risquer de me faire du mal le seul soir où je mets un orteil dehors.
Je laisse la porte de l’appartement ouverte pour un repli d’urgence, et je me glisse discrètement jusqu’à l’escalier pour m’assoir sur la dernière marche. La porte de Kai n’est qu’à quelques mètres derrière moi, elle est la plus proche des escaliers et si qui que ce soit sortait subitement de chez lui, je n’aurais qu’à rentrer en quatrième vitesse.
J’inspire de grandes goulées d’air, les bras serrés autour de mes jambes pour prendre le moins de place possible, pour me faire toute petite et passer inaperçue, simplement pour observer le ciel étoilé et sentir le vent sur mon visage.
Ma petite crise de panique se calme très vite, mais le manque d’Hunter est toujours aussi violent. Je donnerais tout, tout ce que j’ai, simplement pour pouvoir l’observer bouger, respirer, rire et parler… Pour être une petite souris cachée dans son appartement, simplement pour être près de lui, pour entendre sa voix chaude et l’admirer pendant des heures sans qu’il ne le sache. La douleur me découpe en deux et je croise mes mains derrière ma nuque en baissant la tête pour absorber le mal que ça me fait, j’affiche son beau visage dans mon esprit mais elle n’est pas assez nette, je veux le voir bon sang.
Mon addiction se réveille plus férocement que depuis des jours, des semaines même. Le besoin de voir son visage est viscéral, je n’arrive plus à penser à quoi que ce soit d’autre et j’étranglerais Julia à mains nues de m’avoir fait supprimer mon fond d’écran. J’aurais dû garder une photo, la mettre dans un dossier où Julia n’aurait pas pu la trouver, j’aurais…
Je relève la tête vivement, alors qu’un bruit blanc résonne dans mes oreilles tant je suis abasourdie. Mes mains se mettent à trembler sous l’excitation cette fois, sous l’euphorie qui se déverse en moi pour la première fois depuis trois longues semaines. J’attrape mon téléphone et chaque cellule de mon corps reprend vie alors que je clique sur l’application de nos photos partagées.
Dès que je termine de taper le mot de passe, elle s’ouvre, et c’est comme une bouffée d’oxygène, bien plus efficace encore que ma sortie nocturne actuelle. Cet oxygène que je n’arrive pas à capter depuis des semaines s’engouffre dans mes poumons, atténue enfin ma douleur de fond et je clique sur la première photo de lui. Dès qu’il apparait, torse nu dans le lit, les bras derrière la tête avec son sourire ravageur, je porte une main à mes lèvres sous le choc. J’observe la photo longtemps, très longtemps, avant de passer à la suivante. Je continue comme ça jusqu’à la fin de l’album, où je tombe cette fois sur la vidéo qu’il avait prise alors que nous nous câlinions dans le lit, que je me réservais évidemment pour la fin.
Je règle le son au plus bas pour éviter de me faire repérer, j’appuie sur « play », et je suis hypnotisée.
Je l’observe enfin bouger, je l’observe semer des baisers sur ma peau avec des yeux caressants. Je me vois de dos, assise sur ses cuisses, à pencher la tête pour le laisser embrasser mon épaule tandis qu’il nous filmait dans le lit et c’est merveilleux. J’ai le nez pratiquement collé à l’écran, j’admire chaque recoin de son torse que mon dos ne cache pas, chaque regard qu’il pose sur moi, chaque moment où ses lèvres se posent. Puis vient le doux moment où je tourne la tête pour l’embrasser vraiment, où j’ai le bonheur de nous voir nous embrasser avec passion, de voir à quel point il a l’air aussi amoureux et désireux que moi. Je serre l’écran de mon téléphone entre mes mains à mesure que nos baisers s’intensifient, je revis le moment comme si j’y étais, je sens presque ses lèvres contre les miennes et la caresse de sa langue qui me faisait perdre la tête. Dès que son bras se serre sur mon dos en vidéo, je me souviens de la sensation avec vivacité, sentir mon corps se faire presser contre le sien au moment où ses baisers redescendent sur mon cou et que la caméra devient moins bien cadrée. Je le regarde me dévorer, j’écoute nos souffles qui s’affolent et nos murmures luxurieux, et enfin, sa voix.
- « Bordel, qu’est-ce que ça m’excite d’imaginer que je pourrai voir et entendre ça à n’importe quel moment… »
J’aperçois mes ongles qui s’enfoncent dans sa nuque, mon corps qui se redresse et la vidéo se coupe. Elle est à peine éteinte que je rappuie dessus, que je rappuie dessus à chaque fois qu’elle se termine, pendant des heures, toute la nuit visiblement puisque c’est le retour de Kai qui me ramène dans la réalité.
- Bébé ? Mais qu’est-ce que tu fous dehors ?!
Je suis gelée jusqu’à l’os, les hommes du parking sont rentrés sans même que je n’en ai eu conscience, et le jour se lèvera bientôt. Ma rechute a été intense, je n’ai pas vu le temps passer, j’ai été incapable de bouger ou de décrocher les yeux de mon téléphone qui n’a plus que quelques pourcents de batterie.
- Je… je prends l’air, réponds-je en clignant des yeux plusieurs fois pour me ramener entièrement dans le présent.
Kai arrive à mon niveau et il me relève avec douceur en attrapant mes mains :
- Bordel mais tu es gelée…, s’inquiète-t-il.
Il m’attrape par la taille pour me ramener à l’intérieur alors que je plane complétement, portée par les images que je viens de voir et par les sensations que j’ai éprouvées. Je suis sur un nuage, très loin de ma réalité horrible et il est bien plus facile pour moi de comprendre pourquoi les drogués rechutent. Je suis Kai sans me poser de question, il enlève ma veste délicatement pour que je sois en pyjama, puis il m’enroule dans mon grand plaid avec application avant de m’installer contre lui dans le lit, où il me frotte le dos en me gardant contre son flanc pour me réchauffer.
- Tu te sens bien mon petit bébé ? Tu n’en as vraiment pas l’air…, s’angoisse-t-il en posant un bisou au sommet de ma tête.
- Je vais bien, je vais très bien même, je crois que ça fait longtemps que je n’ai pas été aussi bien, réponds-je d’une petite voix rêveuse.
Il allume la télé et je pose ma tête au creux de son épaule, les images de la vidéo rejouant devant mes yeux alors qu’un petit sourire se glisse sur mes lèvres.