Je suis inarrêtable, je ne le laisse toujours pas en placer une, je continue de hurler de ma voix la plus aiguë :
- Bon sang Hunter ! Tu as défoncé la porte ! Tu es entré et tu as terrifié une bande de malfrats ! Tu as apeuré comme des fillettes une partie des hommes les plus dangereux de cette ville ! Tu as surgi au milieu de la nuit pour venir me chercher ! Tu m’as sauvée !! Tu es entré dans leur repaire comme si tu étais chez toi, tu les as menacé avec …
Mes pensées se figent dès que le souvenir de son arme me revient en mémoire et je m’interromps subitement pour baisser les yeux sur l’arme posée entre nous. Je perds mon sourire et mes sourcils se froncent sous l’incompréhension :
- Tu as une arme… ? chuchote-je.
Il est décontenancé par mon changement soudain d’attitude, ses yeux se posent sur l’arme que je pointe du doigt et ses sourcils s’haussent alors qu’il met quelques secondes à répondre :
- Euh… oui, Eden voulait qu’on ait de quoi se défendre…, répond-il.
- Oh…
J’hoche la tête une seconde, dans un drôle d’état de mollesse qui tranche avec ma surexcitation des dernières minutes et je réalise que je ne l’ai toujours pas remercié :
- Merci d’être venu me chercher Hunter, du fond du cœur, murmure-je enfin en posant ma main sur la sienne pour la serrer doucement.
Ses yeux tombent sur nos mains et un petit éclat de bonheur y brille comme s’il ne croyait pas à ce qu’il est en train de se passer. Il retourne immédiatement sa main pour attraper la mienne dedans et la serrer avec douceur à son tour.
J’aimerais le remercier en me jetant à ses pieds, mais je n’arrive pas à y mettre plus d’entrain, parce que je me prends avec violence le contre coup de tout ce qu’il vient de m’arriver et l’adrénaline quitte finalement mon corps pour me laisser complétement vide d’énergie. Je m’affale presque sur moi-même, m’appuyant dans le dossier de mon siège pour me reposer, fébrile et épuisée d’une seconde à l’autre alors qu’il repose des yeux inquiets sur ma personne en me voyant m’effondrer comme ça.
- Est-ce que tu vas bien ? répète-t-il d’une voix douce.
- Je ne me sens pas très bien non, réponds-je avec honnêteté d’une petite voix.
Le contre-coup est vraiment dingue, je me sens si faible que j’ai peur de tomber dans les vapes et je tourne la tête vers mon immeuble :
- Je crois que j’aimerais rentrer chez moi, murmure-je.
- Je comprends …
J’observe mon bâtiment avec des yeux un peu inquiets. Je ne me sens pas de rentrer chez moi toute seule, mais j’ai peur d’exagérer en lui demandant de m’y accompagner, peur qu’il se sente obligé… Mais honnêtement, je suis tellement fébrile que je préfère qu’il le fasse en se forçant plutôt que de rentrer chez moi toute seule.
- Tu veux bien… me raccompagner chez moi… ? demande-je honteusement.
Il a l’air plus qu’étonné par ma demande, mais pas embêté du tout visiblement.
- Bien sûr que oui, répond-il vivement.
- Merci Hunter, vraiment, souffle-je en laissant tomber ma tête contre le siège sous le soulagement.
Il a l’air préoccupé par mon état, et je peux le comprendre, je suis passée d’une pile électrique à une limace en quelques minutes. Il sort de la voiture pour la contourner et venir ouvrir ma portière, puis il me tend ses mains pour me relever doucement de mon siège. Mes jambes ont bien du mal à me porter, je vacille un peu, et il glisse un bras autour de ma taille pour me stabiliser en me lançant un regard hésitant.
- Merci, chuchote-je en m’appuyant contre lui.
Visiblement rassuré, il raffermit sa prise pour me soutenir jusqu’à mon bâtiment tandis que je ferme les yeux pour profiter d’être plus ou moins dans ses bras. Il m’emmène jusqu’à ma porte d’entrée que je déverrouille et je suis soulagée lorsqu’il m’entraine à l’intérieur pour m’assoir sur l’une des deux chaises. Julia n’est pas là, dieu merci, puisque ça m’évitera de devoir lui mentir sur ce qu’il s’est passé ce soir et je bénis qu’elle ne dorme jamais là le samedi.
Il prend la chaise en face de moi et s’appuie sur ses coudes qu’il pose sur ses genoux, pour être penché vers moi :
- Comment tu te sens ? demande-t-il.
- Pas très bien… Je suis… je pense que je me remets de mes émotions je… c’était…, bafouille-je en haussant les sourcils.
- Ils ne t’ont rien fait ? Ils ne t’ont pas touchée ou malmenée ? murmure-t-il avec angoisse.
- Non… tu es arrivé avant, réponds-je en souriant faiblement.
Il me retourne le même, timide et discret et nous échangeons un regard long. Je me plonge enfin dans ses beaux yeux, je retrouve la quiétude qu’ils m’apportent, je les laisse m’envelopper de leur douceur et je sens qu’ils me réparent déjà. Ils me réparent de cette soirée, de ces longues semaines sans lui… Ils apaisent le trou dans ma poitrine, qui commence à se refermer depuis que je suis avec lui.
J’ai un besoin dingue de son contact et je tends la main vers lui avant de me souvenir honteusement que je l’ai quitté. Je laisse donc retomber mon bras tristement et il m’offre le plus beau des cadeaux, il attrape immédiatement ma main au vol pour la serrer dans la sienne. Mes yeux tombent sur nos mains, sur son pouce qui caresse le dos de la mienne et l’émotion me serre la gorge, elle me déferle dessus alors que je saute encore d’humeur. Toute ma tristesse me saute au visage, tout ce que j’ai gâché, tout le mal que je me suis fait en le quittant et je fonds en larmes.
- Hunter… je suis tellement désolée… tellement désolée…, m’étrangle-je entre mes sanglots.
Je suis secouée par mes pleurs comme ça m’est rarement arrivée et je comprends vite que c’est encore le contre-coup, que j’exorcise un peu plus tout ce que j’ai ressenti ce soir. J’ai mon deuxième cadeau de la soirée, plus beau encore que le premier, lorsqu’il m’attrape pour me glisser sur ses cuisses en me calant tout contre lui, ma tête au creux de son cou, alors que ses bras se referment enfin autour de moi. Je m’agrippe à son sweat et mes larmes s’intensifient, elles redoublent, elles m’agitent de petits spasmes.
- C’est très bien, pleure mon cœur, évacue tout ça…, murmure-t-il avec tendresse en resserrant son étreinte autour de moi.
Et alors là…
Il ouvre toutes les vannes en moi, il ouvre la porte à tout ce que je ressens depuis deux mois, tout. J’exorcise les litres d’anxiété qui ont coulé dans mes veines mais surtout ma tristesse, ma tristesse déchirante, lancinante, toutes les émotions négatives que j’ai ressenti, et dieu sait qu’il y en a. Je pleure pendant un temps infini, je pleure tout ce que j’ai à pleurer, je pleure son absence bien sûr mais je réalise que je pleure la vie que j’ai mené également, cette vie qui ne me plaisait pas et me rendait malheureuse. Je pleure chaque verre de tequila que j’ai bu, chaque signe que j’ai fait aux voyous, chaque salutation à Ben, chaque câlin à Kai… Kai…
La douleur devient écrasante, je pleure avec hystérie, je pleure Kai comme s’il était mort, parce qu’il l’est en un sens, je sais que je ne lui pardonnerai jamais ce qu’il m’a fait, que je ne le laisserai plus me détruire comme il l’a fait et je pleure donc tout l’amour que j’éprouve pour lui en sachant que cette fois, c’est terminé.
Les rôles changent, je ne pleure plus Hunter dans les bras de Kai, mais Kai dans les bras d’Hunter, et alors que je le fais, je réalise que c’est dans ce sens-là ça aurait dû se passer dès le début. Ça n’aurait jamais pu être autrement.
*
J’ai pleuré deux heures dans les bras d’Hunter, deux longues heures où il n’a pas bougé une oreille, où il m’a laissé évacuer tout ce que j’avais à évacuer. Je suis enfin calme, depuis quelques minutes, après une boite de mouchoir vide et un sweat trempé pour lui.
- Je suis désolée, croasse-je d’une voix enrouée par mes larmes.
- Tu te sens mieux ?
- Beaucoup… j’en avais besoin…
- J’ai vu ça… c’était de très grosses larmes, commente-t-il avec douceur.
Je relève enfin le nez de son cou et il tourne la tête pour me regarder dans les yeux, approchant de fait son visage tout près du mien, ce qui déclenche mon rougissement. Ça fait deux mois que je n’avais pas rougis comme ça, de bonheur et de plaisir, d’être proche de l’homme que j’aime.
- Oui… Je… J’ai coupé les ponts avec Kai, je crois que j’ai énormément pleuré pour ça, avoue-je du bout des lèvres.
- Je peux te demander pourquoi ?
- Parce que tu avais raison Hunter, sur toute la ligne. Il n’est pas sain pour moi, il m’a demandé de choisir entre toi et lui, il m’a dit qu’il ne serait jamais heureux si je restais avec toi, qu’il n’arriverait jamais à décrocher… Il m’a promis qu’il arrêterait si je te quittais et j’ai voulu lui laisser une chance d’être heureux, j’ai voulu le choisir lui plutôt que moi, son bonheur. Il a replongé, il me l’a caché, il m’a laissé être malheureuse comme les pierres alors qu’il ne respectait pas sa promesse…
- Je suis désolé pour toi, murmure-t-il avec sincérité.
- Je ne l’ai pas vu replonger, il a changé de substance, les symptômes que je surveillais n’étaient plus les mêmes, je n’ai pas compris ce qu’il se passait. Il se droguait depuis des semaines, il était de plus en plus instable, coupé de la réalité… Au point de m’emmener là-bas…, souffle-je.
Il ne répond pas, il me fixe simplement avec inquiétude et je continue de ma voix tremblante, je lui explique qu’il m’emmené chez ces hommes dangereux pour attiser leur sympathie, pour éviter de se faire tuer, avant que tout dérape et que je devienne la monnaie d’échange.
Hunter ne supporte pas ce que je lui dis, il essaie de me le cacher, il détourne simplement la tête pour fixer le sol de ma cuisine, mais je vois à quel point ce que je lui dis le tue. Sa mâchoire est contractée à se casser, ses veines crépitent toutes, son corps est tellement tendu qu’il en devient inconfortable et de ce que j’en vois, la flamme noire au fond de ses yeux est en train de revenir. Je comprends vite qu’il faut que je désamorce ça tout de suite, car j’ai le sentiment qu’il est à deux doigts de foncer prendre sa voiture pour aller tuer Kai de ses mains.
Je sais comment je l’aurais calmé avant… Et comme je n’ai pas d’autre idée, je suis mon instinct et je me penche pour embrasser sa joue en posant une main sur sa joue opposée pour serrer son visage contre mes lèvres. Immédiatement, il ferme les yeux et il cale l’une de ses mains sur la mienne pour la maintenir contre sa joue. J’ai l’impression que nous nous rechargeons autant l’un que l’autre, sa main presse la mienne contre sa joue, mes lèvres ne veulent plus quitter sa peau et je passe mon bras libre autour de sa nuque pour le câliner un peu mieux.
C’est lui qui relâche ma main en premier, et je me résous donc à cesser d’embrasser sa joue puisqu’il n’en a visiblement plus envie. Mais il me surprend en tournant le visage tout doucement vers le mien, jusqu’à ce que nos nez se touchent presque alors qu’il garde les yeux baissés, comme s’il était incertain, comme s’il craignait de venir trop près, comme s’il avait peur de me cabrer alors que nous sommes plus proches que nous ne l’avons été depuis des semaines. C’est en tout cas ce que j’espère qu’il ressent, mais je ne peux pas le savoir, et puisque c’est moi qui l’ai quitté, c’est à moi d’ouvrir mon cœur au risque d’être rejetée, pas à lui.
- Je n’aurais jamais dû te quitter Hunter, murmure-je. Il n’y a pas un seul jour où je ne t’ai pas regretté, où tu ne m’as pas manqué, où je n’ai pas pensé à toi… Pas un jour où je n’ai pas rêvé du conte de fée qu’étais ma vie lorsque j’étais avec toi…
Il relève les yeux pour les planter dans les miens et je frémis des pieds à la tête face à ce regard qui me perce jusqu’à l’âme, face aux sentiments que je lis au fond de ses beaux yeux à chaque fois qu’il me regarde.
Et comme dans le plus doux de mes rêves, il franchit les derniers centimètres entre nous pour poser ses lèvres contre les miennes. Il m’embrasse, enfin, avec plus de douceur et d’hésitation que jamais.
Mon corps tout entier reprend vie à ce moment-là, ce baiser me bouleverse, il comble le trou de ma poitrine, comme s’il me réparait enfin complétement, après des semaines à me sentir brisée et cassée…
J’approfondis notre baiser timidement et il me suit, m’embrassant avec plus d’intensité en posant sa main sur ma joue avec la légèreté d’une plume. A partir de là, nous montons crescendo, gravissant chacun notre tour une étape de plus, un appui plus prononcé, un baiser plus long que les autres, une caresse toute douce de ma langue sur ses lèvres, la sienne qui y répond dans l’instant, ma main qui attrape sa joue en retour, son corps qui se redresse…
Sa main glisse de ma joue à ma nuque, pour l’attraper fermement et me tirer plus fort contre son visage. Ce geste me donne l’impulsion, je l’embrasse plus intensément et notre baiser devient enfin langoureux, sans timidité, comme nous l’avons fait des centaines de fois. Il n’y a rien d’intéressé là-dedans, nous ne glissons pas dans la passion, nous restons dans la tendresse vibrante, nous nous reconnectons l’un à l’autre, physiquement du moins… Parce que quand je vois l’amour avec lequel nous nous embrassons actuellement, je ne peux que comprendre que nous ne nous sommes jamais déconnectés psychiquement malgré notre rupture physique.
Après un très long baiser, nous nous détachons pour reprendre nos souffles en nous observant, alors qu’il caresse le côté de ma gorge de son pouce.
- Je t’aime, murmure-je.
- Je t’aime moi aussi, pour toujours.
- J’avais si peur que tu imagines que ce n’était plus le cas, si peur que tu refasses ta vie tout en souhaitant pour toi que tu le fasses…
- Je n’ai jamais perdu l’espoir que tu reviennes, je ne pouvais pas imaginer que ce soit fini pour toujours, je ne pouvais pas envisager que tu ne reviennes pas… J’en serais mort Hestia…, souffle-t-il.
Mes yeux s’embuent alors qu’il glisse son regard sur mon visage en souriant avant de reprendre avec douceur :
- Je m’accrochais à mon espoir, chaque jour, pour m’empêcher de sombrer complétement… jusqu’à il y a quelques semaines…
- Tu as perdu espoir ? gémis-je.
- Non… j’en ai gagné au contraire, répond-il en souriant.
- Comment ?
- Quand j’ai ouvert nos photos comme tous les jours, quand j’ai découvert que tu les regardais… quand j’ai vu à partir de ce jour-là le temps que tu passais dessus chaque jour… j’ai cru rêver…, murmure-t-il avec émotion.
- Quoi… ? Tu pouvais voir… ? souffle-je.
Il hoche la tête doucement, les yeux remplit à ras bord d’amour :
- Le temps que nous passons sur l’application est indiquée… Dès que j’ai vu le temps que tu passais dessus… Oh Hestia si tu savais comme tu m’as manqué… Je n’ai jamais perdu espoir, conclut-il en caressant tendrement du bout des doigts mes boucles d’oreilles.
Les boucles d’oreilles qu’il m’a offertes, que je porte ce soir alors que nous ne nous sommes pas vus depuis deux mois.
- Elles sont des talismans, chuchote-je. Je les portais à chaque fois que j’avais peur que les choses tournent mal, comme si tu veillais sur moi… Et elles ont fonctionné, tu m’as répondu, tu es venu… tu es venu me chercher lorsque j’ai eu trop peur…
- Je te l’avais promis mon cœur, qu’importe l’heure, qu’importe le lieu, qu’importe la situation…
Mon cœur explose, il rayonne d’amour, il balaie tous les restes de tristesse sur son passage et je ne peux pas me retenir, malgré ce que je viens de lui faire vivre, ma vérité absolue est obligée de se manifester :
- Je ne veux plus jamais être séparée de toi, je veux me marier avec toi, demain ! couine-je.
Il se fend d’un immense sourire en replongeant sur mes lèvres et mon cœur rayonne plus fort alors que nous nous embrassons en souriant, incapables de contenir notre bonheur de nous être retrouvés.