Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 142 : Le lion ne mord pas

Par bzllrose

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Chapitre 142 : Le lion ne mord pas


 Je me détends peu à peu, je le sens, le voir aussi normal me permet de respirer et je casse même un petit bout de cookie pour le grignoter du bout des lèvres sans avoir peur de tomber dans les vapes. Il est tout heureux de me voir manger le cookie qu’il m’a acheté, un bonheur pur, sans vice.

-         Il est bon ? demande-t-il en souriant timidement.

-         Très, tu devrais goûter.

Il casse un petit bout à son tour et je suis aussi soulagée de voir qu’il le mange malgré mes craintes stupides de poison, qu’heureuse à l’idée de faire quelque chose d’aussi simple et rassurant que de partager un cookie avec lui. Il confirme qu’il est délicieux, puis il trouve un sujet :

-         Tu es toute bronzée… ça me rend curieux, je peux te demander où tu étais ? demande-t-il.

Mon océan. Voilà quelque chose dont je peux parler et qui ne changera pas ma vie.

-         Et bien, ce fameux soir où je suis partie, je suis allée à la gare, j’ai pris le premier train qui quittait la ville et… d’ailleurs, je suis désolée, j’ai utilisé ton argent ce mois-ci mais je… j’étais…, réalise-je honteusement en baissant le nez.

-         Je m’en fous Hestia, complétement… Je préfère largement savoir que tu avais de l’argent et un protecteur comme Cal, en fait, si j’avais su ce qui allait arriver, j’aurais mis au moins cinq mille euros dedans… Tu ne peux pas imaginer comme j’étais inquiet que tu tombes à court d’argent, s’angoisse-t-il.

-         J’avais largement assez, largement. J’en ai encore, je peux te rendre le reste d’ailleurs.

Je commence déjà à fouiller dans mon sac mais il m’arrête d’un geste, pour balayer la situation :

-         Je m’en moque Hestia, je ne le reprendrai pas. Raconte-moi plutôt la suite de ton histoire.

Je pose tout de même son portefeuille sur la table, qu’il ignore royalement en n’ayant d’yeux que pour moi, qui brillent de curiosité.

-         Et bien… je suis montée dans ce train, il a roulé pendant des heures, toute la nuit, avec de nombreux arrêts, pour une ville que je ne situais même pas sur une carte… Mais très tôt, je suis arrivée. Je suis descendue avec Youk et nous avons marché à travers les rues pendant un moment, l’air était différent là-bas, je sentais qu’il y avait quelque chose de différent… Nous avons marché encore et encore, jusqu’à ce qu’au bout d’une rue je…

Je suis perdue dans mes pensées, je me souviens du moment comme si j’y étais, de la délivrance que j’ai ressenti à ce moment-là.

-         Tu ? m’encourage-t-il.

-         Tout d’un coup je l’ai vu, pour la première fois… l’océan à perte de vue…, chuchote-je. Le soleil se levait sur l’horizon, c’était magnifique. J’étais tellement perdue, tellement sens dessus dessous, et pourtant, dès que j’ai vu ce paysage… c’était comme un rêve Hunter… comme s’il m’appelait… alors j’ai marché droit devant, jusqu’à la plage… J’ai senti le sable sous mes pieds nus, sa douceur… et j’ai avancé jusqu’à l’eau. Le jour se levait, Calyouk se baignait, les premières mouettes planaient au-dessus de moi et je… c’était… j’ai senti que j’étais où je devais être, que la mer m’apporterait ce calme que je venais chercher, dont j’avais désespérément besoin…

Il m’observe avec les yeux les plus attentifs du monde, penché en avant, comme s’il buvait mes paroles, comme s’il était perdu avec moi dans mon récit et ça me pousse à continuer.

-         J’ai marché le long de l’eau, je sentais les vagues qui me caressaient les pieds, leur bruit m’apaisait, le cri des mouettes, les jappements de Calyouk… et un calme profond s’est installé en moi. J’ai tout mis de côté à ce moment-là, toutes mes peurs, toutes ces histoires, j’ai laissé tout ce qui me tuait dans la ville et j’ai respiré l’air d’un nouveau départ, ou d’une pause onirique… J’ai marché jusqu’à tomber sur un hôtel au bord de l’eau, il n’était pas trop grand pour m’impressionner, pas trop petit pour me faire peur, il était parfait. Je suis allée au bureau d’accueil et j’ai rencontré Sélène, la gérante, qui m’a prise sous son aile immédiatement. Elle m’a demandé de lui raconter ce que je faisais là dans ce drôle d’état d’errance, je lui ai tout raconté et elle a accepté de me louer une chambre à moitié prix avec mon énorme loup alors que les chiens sont normalement refusés. Elle a été comme un ange gardien, l’ange du paradis dans lequel je venais d’atterrir… C’était incroyable…, murmure-je.

-         Tu avais l’air bien, dit-il d’une voix serrée par l’émotion.

-         Je l’étais… Je travaillais mes cours le matin, je me reposais l’après-midi et je me ressourçais le soir à la plage avec Youk. C’était dingue, un repos comme je n’en ai jamais vécu, sans téléphone, sans circulation, sans pression. Juste l’océan et moi, les vacances, le soleil qui chauffait ma peau, le vent qui caressait mon visage, les cigales qui m’apaisaient, la gentillesse infinie de Sélène… C’était comme une parenthèse dans ma vie étrange depuis quelques mois, une parenthèse de douceur et de calme pour me ressourcer.

-         Si tu savais comme ce que j’entends me rend heureux Hestia, souffle-t-il.

Ses yeux sont brillants d’émotion, il a l’air sincèrement plus que soulagé d’apprendre où j’étais. Son émotion me touche un peu trop, et je décide donc de ramener un peu de légèreté :

-         Enfin… si tu élimines les roustes que je me suis prise par Sélène pour que je travaille mes cours bien sûr, ris-je nerveusement.

-         Ah bon ? demande-t-il en riant doucement.

-         Oh oui… elle m’a laissé une semaine avant de mettre le nez dans mes études. Je lui ai raconté que j’étais en droit, major de promotion, mais que j’avais abandonné pour venir ici suite à l’histoire que je lui avais raconté. Elle m’a empêché d’abandonner, elle m’a dit que je ne savais pas de quoi demain était fait, que ma peine de cœur passerait peut-être et que je m’en voudrais toute ma vie de ne pas avoir passé mes examens alors qu’elle était sûre et certaine que je les aurais. Elle m’a dit qu’une fois les partiels passés, j’aurais quelques mois devant moi pour décider sur ce que je voulais vraiment faire, mais qu’elle ne me laisserait pas foutre en l’air mon année.

-         Une femme très bien, commente-t-il doucement.

-         Oui…, réponds-je en souriant pensivement. Je lui ai dit que j’étais forcément déjà virée et elle m’a pris dans la seconde un rendez-vous avec son médecin de famille, auquel elle est venue avec moi pour lui expliquer la situation. Il a bien vu que je ne mentais pas et que j’étais vraiment en détresse, alors il m’a fourni un justificatif que nous avons faxé à l’université pour me dispenser d’assiduité jusqu’à la fin de l’année. Après ça, j’ai travaillé tous les matins comme je te l’ai expliqué et … écoute je crois que j’ai plutôt très bien réussi mes partiels.

-         Je suis tellement fier de toi, tellement Hestia je… si tu savais…

Honnêtement, pas besoin qu’il me le dise, je le vois sur sa tête et ça me fait rougir. Lui raconter tout ça, voir les émotions sur son visage, ses expressions que je connais… Je suis enfin complétement détendue en sa présence, je me sens en sécurité et je passe un bon moment avec mon Hunter.

 Pour cacher mon trouble, j’attrape un plus gros morceau de cookie que je grignote avec appétit :

-         Je suis fière de les avoir passés… Je ne sais pas ce qu’il va se passer, ce qu’il adviendra de moi, où j’habiterai à la rentrée ou bien si je veux changer de ville une bonne fois pour toutes… Peut-être déménager là-bas, vers Sélène, transférer mon dossier dans le sud… Je verrais bien de quoi demain sera fait, mais en attendant, grâce à elle, je n’aurai pas gâché ma première année qui sera assurément validée.

Dès ma mention de déménager, Hunter s’est tendu, tout son visage s’est crispé et il se penche un peu plus vers moi :

-         Hestia, je suis désolé, je vais tout t’expliquer, tout, depuis le début, commence-t-il d’une voix angoissée.

-         Attends, le coupe-je. 

Evidemment, malgré mon bien être actuel qui me fait du bien jusqu’au fond du cœur, il va falloir que nous abordions le sujet qui fâche, le sujet qui changera ma vie… Ça me brise le cœur mais je ne peux pas simplement fermer les yeux… Je choisis en tout cas de nous accorder un dernier moment de douceur, d’Hunter et Hestia avant que les dés du destin soit jetés.

-         J’ai quelque chose pour toi, ajoute-je en fouillant dans mon sac.

-         Quelque chose pour moi ? s’étonne-t-il.

Je le mets dans mon poing et lorsque je le sors du sac pour lever ma main par-dessus la table, il tend la sienne en dessous avec curiosité en observant ma main fermée.

-         Je l’ai ramassé pour toi… je… je ne sais pas ce qu’il va se passer suite à notre discussion, à quel point les choses changeront ou non… je n’en sais rien Hunter… Mais je l’ai ramassé pour toi, en pensant à toi, à nous… et je tiens à te l’offrir avant que tout change… Un petit bout de mon paradis, pour toi, chuchote-je.

Je pose le joli coquillage blanc dans sa main et ses yeux se fixent dessus alors que tout son corps se ratatine pratiquement sous l’émotion qui le traverse. Il le fixe toujours, comme si ce petit coquillage était son bien le plus précieux, jusqu’à ramener sa main vers son torse pour y ajouter la deuxième et l’observer comme un enfant observe une relique. Il referme alors ses mains dessus pour les poser contre son cœur, relevant des yeux bouleversés sur moi :

-         Merci… Merci mon amour, merci d’avoir… pensé à moi, merci d’être toi, merci de… pour tout… Je t’aime tellement, tellement Hestia, si tu savais comme je t’aime et à quel point ce coquillage peut me faire du bien après… tout ça…, murmure-t-il d’une voix pleine à craquer de larmes.

Il rouvre ses mains et baisse le nez pour fixer encore son coquillage, avec son attitude toujours aussi enfantine, émue et aimante… et ça crée un véritable tsunami en moi.

C’est comme si tout l’amour pour lui que j’avais enchainé au fond de mon cœur se libérait, comme s’il envahissait chacune de mes cellules pour me noyer. Les larmes me montent aux yeux d’un coup, tous mes souvenirs avec lui jaillissent dans mon esprit, tous nos moments d’amour et de complicité, tous ces moments où je sais qu’il était sincère, où je sais qu’il ne m’aurait jamais fait de mal, peu importe son foutu travail.

Il ne me ferait jamais de mal, c’est Hunter.

Je revois ses yeux inquiets chaque fois que nous avons abordé le sujet de son travail ou de ses mensonges, la peur viscérale qu’il avait que je pète les plombs en apprenant qu’il m’avait menti… et tous ses rires, ses baisers, ses caresses, ses gestes tendres. Bon sang c’est mon Hunter, quoi qu’il fasse, il reste lui, il reste l’amour de ma vie.

Mes sanglots explosent et je me jette sur ses mains pour les attraper sur la table, pour me raccrocher à lui avec plus de force que jamais, pour rattraper ces longues semaines sans lui. Il relève le nez vivement, complétement choqué par ce retournement de situation mais il ne perd pas une seconde, il serre mes mains en retour et ma crise de larmes s’intensifie alors qu’une nouvelle panique me rattrape. Je n’ai plus peur de lui, j’ai peur de le perdre, peur que ce soit trop dingue, peur de perdre l’amour de ma vie simplement parce que son travail est un cauchemar et je ne peux pas le supporter… Je ne peux pas vivre sans lui, je suis indissociable de cet homme, dans le meilleur comme dans le pire.

-         Hunter ! sanglote-je. Je ne sais pas ce que notre discussion va donner, je ne peux pas te garantir que ça ne me dépassera pas et que je ne choisirai pas de partir… mais sache qu’en cet instant, je ne peux que croire que nous allons nous en sortir… C’est obligatoire, je vais t’aider, nous trouverons des solutions, nous ferons en sorte que ça marche, nous ferons en sorte de te sortir de tout ça… Je ne te laisserai pas tomber Hunter, je serai là, nous quitterons tout ça ensemble, tu viendras habiter dans ma chambre étudiante, nous nous serrerons la ceinture, nous vivrons de ma bourse tous les deux, nous trouverons un moyen, parce que nous nous aimons ! Dans le meilleur et le pire ! Je veux croire que nous nous en sortirons, je ne peux pas supporter l’idée de te perdre !

Mes larmes sont intarissables, Hunter est encore plus décontenancé par ce que je viens de lui dire, mais il serre mes mains avec force et je m’y raccroche en baissant le nez pour me laisser secouer par mes sanglots. Il se met à caresser doucement mes mains de ses pouces et sa tendresse me bouleverse un peu plus.

-         Mon cœur… je suis incroyablement touché par ce que tu viens de dire et je t’aime, je t’aime à la folie, pour toute ma vie … mais… je … Je ne comprends pas, répond-il doucement.

Je relève le nez en essuyant mes joues maculées de larmes avant de reposer mes mains dans les siennes :

-         Qu’est-ce que tu ne comprends pas ?

-         Je sais que je t’ai menti, énormément menti et c’est très grave, je ne remets pas ça en question je… simplement je ne comprends pas pourquoi tu veux me venir en aide… pourquoi tu veux t’occuper de moi je… je ne comprends pas pourquoi tu me dis tout ça…

-         Parce que je m’occuperai de toi, pour que tu quittes ton travail… nous nous en sortirons, nous trouverons un moyen, affirme-je d’une voix tremblante.

Il fronce un peu les sourcils :

-         Mais pourquoi veux-tu que je quitte mon travail… ? chuchote-t-il.

-         Parce que c’est dangereux… illégal… et vraiment moche…, murmure-je.

-         Quoi… ? Mais… Hestia tu ne connais même pas mon travail… ?

-         Je l’ai compris, deviné… tout s’est aligné ce soir-là Hunter, inutile de me mentir, précise-je du bout des lèvres. Je serai là…

Il est vraiment étonné, ahuri même, comme s’il essayait d’intégrer tout ce que je lui raconte mais que ça ne faisait pas sens dans sa tête.

-         Je peux savoir… ce que tu imagines avoir compris… ? demande-t-il d’une voix douce mais prudente.

-         Ne me force pas à le dire à voix haute Hunter, je t’en prie…, supplie-je alors que de nouvelles larmes roulent sur mes joues.

-         Je crois qu’il est nécessaire que tu me le dises… Je t’avoue que là… Dangereux et illégal… ? Hestia, parle-moi, insiste-t-il avec douceur.

Je détourne la tête pour observer autour de nous, abasourdie qu’il me demande de le dire à voix haute au milieu de ce café bondé et je me penche en avant pour reprendre de ma voix croassante :

-         Je sais qui tu es… ce que tu es… je sais que… tu es un grand… narcotrafiquant, murmure-je le plus bas possible en le regardant avec intensité.

Il hausse les sourcils en riant nerveusement et je grimace de tristesse et d’incompréhension face à sa réaction. Quand il voit que je suis sérieuse, il lâche mes mains pour s’adosser dans sa banquette, véritablement retourné par ce que je viens de lui dire. Il ne me quitte pas des yeux, les sourcils toujours perchés en haut de son front, jusqu’à poser une main sur ses lèvres :

-         Bordel… Oh bordel… tu es sérieuse… ? murmure-t-il.

-         Oui, je suis au courant Hunter, confirme-je.

Il écarquille un peu plus les yeux, comme s’il prenait une grande respiration avant de fixer la table en réfléchissant visiblement à cent à l’heure :

-         Oh bordel… je comprends mieux… je comprends mieux ton départ, ta peur, ta fuite…, souffle-t-il.

J’hoche la tête doucement, plus compatissante que jamais en voyant à quel point il a l’air retourné, mais il se défend :

-         Je ne suis pas un narcotrafiquant… ça me parait même absurde de le dire à voix haute.

-         Hunter, inutile de mentir… arrête les mensonges, arrête… je le sais, et je vais essayer de passer au-dessus, essayer de t’aider, essayer de nous construire une vie tous les deux… nous finirons nos études cachés dans mon logement étudiant, nous deviendrons avocats, nous fuirons cette ville… nous la fuirons dès demain…

Ses yeux papillonnent encore quelques secondes face à mes propos, puis il revient à lui. Il reprend mes mains et se penche au-dessus de la table pour planter ses yeux dans les miens :

-         Hestia, je ne suis pas narcotrafiquant.

Il ne cille pas, il m’observe avec toute sa vérité au fond des yeux, toute son assurance et je me prends encore une claque. Je comprends qu’il me dit la vérité, je comprends d’un coup que je me suis plantée et je ne comprends pas comment c’est possible.

-         Quoi… ?

-         Je ne suis pas narcotrafiquant, répète-t-il.

J’en lâche ses mains pour me terrer dans mon dossier à mon tour, incapable de le croire.

-         Mais… tout s’aligne, je ne comprends pas… tout correspond Hunter… tu me mens encore ? Je… Non… Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? Winston t’a trouvé dans la rue, comme Kai et son fournisseur… il t’a « montré les combines »… Tu as appris sur le tas, tu t’es fait de l’argent monstrueusement vite, tu t’es acheté une voiture de luxe tu… tu as honte de ton travail, tu avais peur que ça change les choses entre nous, tu te permets de me payer des séjours hors de prix, tu passes ton temps au téléphone à toute heure du jour et de la nuit, tu traines dans des usines désaffectées, tu as des tas de types sous tes ordres, tu gères des ventes de « noms codés », tu as parlé de délai et d’avance au téléphone avec Winston, tu as débarqué au milieu d’un repaire de dealer une arme à la main sans peur, tu … tu es devenu le patron de ton patron en gravissant les échelons, tu as des sommes astronomiques de liquide chez toi, dans tous les coins de pièce et un coffre-fort, tu … Tu es le grand patron, tu es le baron de la drogue de cette ville… tu… mens ? Bien sûr que tu mens ! Tu ne fais que ça depuis que je te connais ! m’affole-je.

-         Hestia, Hestia…, dit-il rapidement en reprenant mes mains pour me calmer.

Je le dévisage, les yeux exorbités, à ne plus savoir quoi penser.

-         Mon cœur, je n’ai jamais dit que j’avais honte de mon travail, j’ai dit que j’avais peur de ta réaction en l’apprenant, peur que ça change les choses entre nous, ce qui est différent. Quant au mensonge, je sais que je t’ai menti, mais je ne te l’ai pas entièrement caché. Je me souviens très clairement de t’avoir dit au chalet que oui, il était possible que je t’ai dit d’autres mensonges, mais que chacun que j’avais pu te dire était lié à mon travail, ce qui était vrai. Hestia, il n’y a pas un seul mensonge que je t’ai dit qui n’y soit pas lié, qui n’est pas été pour t’en éloigner, pour t’empêcher de comprendre… Je te le jure, je ne t’ai jamais menti sur quoi que ce soit d’autre, tu peux me faire confiance. Et je ne diminue pas la gravité de ces mensonges, mais je peux tout t’expliquer, répondre à chacune de tes questions, j’ai une explication pour chacun d’entre eux tout simplement parce que tous ces mensonges sont justifiés par mon travail et ne sortaient pas de nulle part.

-         Quoi… mais… Mais qu’est-ce que tu attends pour t’expliquer ?! m’exclame-je avec force. Bon sang Hunter ! Ça fait des semaines que j’imagine que tu es un baron de la drogue ! Si ce n’est pas le cas alors qu’est-ce que tu attends pour me dire les choses bon sang ?!

Beaucoup de clients tournent la tête vers nous, foutrement curieux d’écouter la suite de cette discussion vu les mots que je viens de prononcer et Hunter leur lance des regards noirs et agacés :

-         Il est hors de question que je t’explique toute ma vie et mon travail au milieu d’un café bondé Hestia !

-         Quoi ?! Mais qu’est-ce que nous fichons encore là ?! m’exclame-je encore.

-         C’est toi qui voulais me voir dans un lieu public ! répond-il en ouvrant les mains pour me ramener à la réalité. 

-         Parce que j’avais peur de toi ! Bon sang Hunter ! Tu me terrifies depuis des semaines ! Je… je ne peux pas croire ce que tu es en train de me dire… ton travail est légal ?! m’exclame-je à voix basse en me penchant tout près de lui.

-         Bien sûr que oui ! Bon sang, je te demanderais bien ce qu’il a pu te prendre de croire une chose pareille mais malheureusement, je te connais, tu as beaucoup trop fréquenté Kai et je dois reconnaitre que quand tu me sors tes arguments, je suis à deux doigts de croire moi-même que je suis un narcotrafiquant !

J’en ris, d’hystérie, de nerf, de soulagement, d’amour, d’incompréhension, de tout. Le poids qui s’envole de ma poitrine est si énorme que j’ai l’impression de flotter dans les nuages et je pose mes mains sur mes lèvres en clignant des yeux pour être bien sûr que je ne rêve pas.

-         Tu n’es pas un baron de la drogue ?! chuchote-je encore.

-         Mais bien sûr que non ! rit-il pour de bon.

Je ris avec lui et nous ne pouvons plus nous lâcher du regard maintenant que nos nerfs se relâchent enfin.

-         On y va ? demande-t-il, les yeux pleins d’espoir et un poil inquiets.

-         Oui ! Je … non…, réalise-je.

Je fronce les sourcils en fixant mon regard sur la rue, où Julia devrait arriver d’une minute à l’autre, bon sang, j’en pleurerais de frustration.

-         Non ? demande-t-il.

-         Je dois voir Julia à onze heures… bon sang elle va arriver je … je peux peut-être lui expliquer la situation, lui dire que je la verrai plus tard… je ne peux pas partir, je ne peux pas te laisser je … je vais annuler.

-         Non.

Sa réponse est tranchée, assurée, et je tourne la tête vers lui, véritablement choquée. Il observe la table en secouant doucement la tête, l’air perdu dans ses pensées.

-         Hunter ? Tu ne veux pas… tu ne veux plus qu’on… ? murmure-je avec inquiétude.

Il hoche finalement la tête tout seul, avant de reprendre mes mains et de me regarder avec sérieux :

-         Vois Julia, passe ton après-midi avec elle… Je… Ce n’est pas facile pour moi tu sais, avec toutes ces histoires, je me retrouve au pied du mur je… je vais te le dire, ne t’inquiète pas, aujourd’hui, mais ce n’est pas forcément facile.

-         Mais pourquoi ? Hunter, tu n’es pas un criminel… bon sang…, murmure-je.

-         Mais je ne l’ai jamais été Hestia ! Nous sommes dans l’exacte même situation qu’avant que tu n’imagines une bêtise pareille ! J’ai peur, peur de te le dire… Ce n’est pas facile à dire, je ne sais même pas comment m’y prendre ni la réaction que tu auras… Je vais te déballer tous les mensonges que je t’ai dit, tous les non-dit, l’histoire de ma vie qui m’a mené à ça, c’est … je ne sais pas, ça me … Je veux te le dire, je ne peux plus supporter tout ça… Je ne supporte plus qu’il y ait du mensonge entre nous, j’ai l’impression que c’est tout ce qui fait merder notre couple… tout ce qui pourrait le faire merder à l’avenir et je ne veux plus jamais risquer notre couple. Ça fait trois fois que je te perds, trois fois que je te vois passer la porte de chez moi et que je ne te revois plus pendant des semaines Hestia ! Tu n’imagines pas le mal que ça me fait, les traumatismes que ça me laisse !

-         Je suis navrée, murmure-je.

-         Tu vas aller voir Julia cet après-midi, je vais prendre ce temps pour réfléchir, pour me préparer, pour réaliser que ce soir, tu sauras tout. Je veux t’inviter chez moi, je veux t’inviter à un rendez-vous, à un diner chez moi en tête à tête… Je veux qu’on discute de tout ça, je veux tout te dire ce soir, répondre à toutes tes questions… Je veux qu’on mette toutes les cartes sur table, qu’on se dise toute la vérité et tout ce qu’on ressent. Je veux qu’on parte sur une base propre et nette, pour que si tu décides de rester, je n’ai plus jamais à te voir passer ma porte pour ne plus revenir.

Mes lèvres s’entrouvrent sous le choc, alors que je réalise que tout ça n’était effectivement qu’une bêtise qui n’a jamais existé, que nous sommes revenus au point de départ comme il dit et que ce soir, je vais enfin tout savoir. Ça fait des mois que j’attends ça, des mois que j’attends qu’Hunter m’explique tout, m’avoue les choses sur lesquelles il m’a menti… Je ne peux pas y croire et la seule chose que j’arrive à répondre est complétement idiote :

-         Un rendez-vous ? demande-je, le cœur battant.

Il a un petit rire :

-         C’est tout ce que tu retiens de ce que je viens de te dire ? s’amuse-t-il.

-         Oui… parce que ça me… ça me rend timide… Je t’aime Hunter, je t’aimais sans savoir ton travail et je ne doute désormais plus que je t’aimerai en le sachant… Alors je suis un peu timide à l’idée d’avoir un rendez-vous avec toi alors que je t’aime, que j’ai disparu dans la nature encore une fois, et que je n’ai pas vu l’homme qui fait chavirer mon cœur depuis un mois… C’est… intimidant.

Il secoue la tête en m’observant comme sa huitième merveille du monde :

-         Ce que tu viens de me dire a effacé mes derniers doutes Hestia. Je n’ai pas à me poser de question, rien à préparer si ce n’est un diner pour notre rendez-vous en tête à tête… Je veux que tu mettes ta plus belle robe, que tu accroches ton plus beau sourire sur tes lèvres et que nous nous retrouvions enfin ce soir, pour la dernière fois, pour ne plus jamais nous séparer…, murmure-t-il.

Julia débarque alors à notre table en fixant Hunter d’un très sale air et je me félicite de ne pas lui avoir dit toute la « vérité » au téléphone ce matin, parce que j’aurais eu l’air complétement stupide de lui dire une heure plus tard que je m’étais trompée sur toute la ligne, sans plus savoir le métier d’Hunter.

Quel cirque, je suis décidemment ravie que tout se termine ce soir.

Hunter se lève et il attrape ma main pour la porter à ses lèvres, pour l’embrasser longuement, avec tout son amour, tandis que je rougis des pieds à la tête. Julia comprend bien que les choses ont l’air d’aller drôlement mieux et elle fronce les sourcils :

-         Alors quoi ? On aime chouchounet ou ne l’aime pas finalement ? s’agace-t-elle.

-         On l’aime, rayonne-je en lui souriant de toutes mes dents.

-         Ah… alors ravi de te voir chouchounet !

Hunter rit et nous laisse entre filles tandis que j’essaie de réaliser ce qu’il vient de se passer.




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