Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 149 : Le jardin d'Eden

Par bzllrose

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Chapitre 149 : Le jardin d’Eden


Nous passons le reste de la matinée à ne rien faire de particulier, nous bullons simplement tous les deux dans notre bonheur, nous rangeons mes affaires à leur place, nous jouons aux échecs, nous cuisinons ensemble le repas du midi…

La journée est magnifique, le soleil brille en cette mi-mai et je sors sur la terrasse en décrétant que c’est ici que je veux que nous passions l’après-midi. Hunter m’emmène alors dans la cave de leur appartement et je découvre avec stupéfaction qu’ils ont des transats et des grandes jardinières. Alors que je piaille comme une dingue en portant du terreau, Hunter grimpe les étages avec les transats et les jardinières en m’expliquant qu’Eden avait une fille en vue férue de potager et qu’il avait voulu s’y mettre à l’époque. Ils avaient donc acheté ces jardinières, mis trois grammes de terreau dedans avant de se rendre compte qu’ils n’y connaissaient rien et ils ont tout abandonné à la cave dans la foulée. Puisqu’il n’est pas encore treize heures quand tout est monté chez nous, je convaincs Hunter de m’emmener à toute vitesse au marché du dimanche matin pour dégoter des petits plants et plus de terreau, puisque nous sommes en pleine saison. Alors que nous achetons la moitié du marché, je déclare que je vais transformer la terrasse en « Jardin d’Eden », le double-sens me fait beaucoup rire puisque c’est Eden qui avait acheté les premiers articles de jardin et Hunter valide le nom en riant avec moi.

*

Je passe une après-midi formidable, peut-être l’une des meilleures de ma vie vu le contexte.

La terrasse est gigantesque lorsqu’on retire les brises-vues que les garçons avaient installés à chaque bout pour se faire des terrasses privées au niveau de leur chambre. Hunter m’autorise à les enlever sans une once d’hésitation, puisqu’aucun ne se sert de sa partie plus que ça et qu’il décrète de toute façon que puisque je n’ai pas de chambre à moi, la terrasse sera mon territoire.

Je me fais donc un plaisir de rendre à l’immense balcon tout son potentiel en les dégageant, puis je répartis les nombreuses grandes jardinières ici et là, dans une jolie harmonie, avant d’y planter en gazouillant les dizaines de petits plants qu’Hunter m’a acheté ce matin. J’ai toujours rêvé d’avoir un potager à moi, je le visualisais dans ma future grande maison à la campagne et je suis plus qu’heureuse de pouvoir me lancer dans ce petit projet en avance.

Hunter est en short sur un transat, il prend le soleil en travaillant sur son ordinateur et en me couvant de son regard tendre tandis que je m’agite dans tous les sens. Je porte ma robe d’été la plus légère et mes claquettes, achetés pendant mon séjour chez Sélène, mais avec le soleil de plomb, je transpire abondamment. Ça me fait un bien fou et je finis même par attacher mes longs cheveux en un gros chignon sur le sommet de ma tête pour essayer de me rafraichir un peu.

-         Tu vas faire une insolation, viens t’allonger vers moi…, me rabroue-t-il avec inquiétude.

-         Mais non ! Je dois encore planter les fraises et les poivrons ! piaille-je.

Il rentre deux minutes dans l’appartement avant d’en ressortir avec une casquette de tennis, dont il n’y a qu’une visière. Il la cale sur ma tête avant de m’embrasser le bout du nez :

-         J’espère que ton chignon protègera suffisamment ta tête…, soupire-t-il.

-         Mais oui, le rassure-je en lui souriant.

Il me rend mon sourire en me détaillant :

-         Tu es adorable comme ça… Je te reconnais à peine mais j’aime tout autant te voir dans cette tenue si détendue…

-         Comment ça ?

-         Tu es toujours si élégante, dans tes robes gothiques, avec tes dentelles dans tous les sens, tes cheveux bien coiffés… Te voir dans une petite robe en lin avec une casquette de tennis sur la tête et les cheveux attachés n’est pas une image que je pouvais visualiser et pourtant, elle me plait tout autant…

Je rougis un peu en lui lançant mes yeux les plus charmés et il m’embrasse tendrement.

-         Allez mon cœur, au boulot ! Ces fraises ne vont pas se planter toutes seules ! m’embête-t-il.

Je glousse en m’y remettant et il abandonne son ordinateur pour jardiner avec moi. Il est bientôt quatre heures lorsque nous terminons, et après un coup de balai pour enlever le terreau qui traine par terre, la terrasse est méconnaissable. Elle est désormais pleine de verdure, j’ai aussi déplacé la petite table, ajouté les transat, mis un parasol et rangé tous mes petits outils dans un beau coffre en bois que j’ai trouvé à la cave.

Hunter observe le tout avec l’air vraiment ahuri :

-         On a tout de suite plus envie d’y passer du temps…, commente-t-il.

-         Je risque de passer tout mon été ici ! m’enthousiasme-je.

-         Oh mon dieu, mais oui ! s’exclame-t-il alors en me dévisageant avec des yeux choqués.

-         Quoi ?

-         J’avais oublié que tu serais là tous les jours, que l’année scolaire était terminée…, réalise-t-il. Bordel, je vais t’avoir tous les jours avec moi !!

Il m’a déjà attrapé pour me faire tourner en l’air dans ses bras et je ris aux éclats jusqu’à ce qu’il me ramène contre lui et que ses lèvres me fassent taire.

-         Et oui Monsieur Grimmal… je vais trainer ici, m’occuper de mon petit potager… quel dommage que nous n’ayons pas un jardin, je l’aurais entièrement réhabilité !

-         Arrête, ça me donne envie de déménager, soupire-t-il.

-         Mais non… et puis je ne vais quand même pas passer mon été à ne rien faire ici… surtout que tu seras au boulot… je vais me trouver un petit job étudiant…

-         Tu plaisantes j’espère ? Il est hors de question que je te laisse aller travailler mon cœur… Tu vas passer ton été à profiter, à buller au soleil, à t’occuper de ton petit potager et à te reposer après cette année éprouvante, ordonne-t-il en embrassant ma tempe avec force.

-         Mais tu ne seras pas là… et je ne vais pas jardiner tous les jours, je n’aurai pas grand-chose à faire.

-         Je serai là, je bosse énormément depuis la maison depuis que tu es dans ma vie… Et puis nous pourrions installer un petit jacuzzi dans un coin… Tu pourrais lézarder au soleil et profiter de baignades…

-         Arrête d’essayer de m’avoir ! ris-je.

Il se jette dans mon cou pour faire mine de le dévorer et me distraire, ce qui marche très efficacement et quelques minutes plus tard, nous nous allongeons dans les transat avec de l’eau pétillante glacée et des rondelles de citron dedans, comme les gens opulents que nous sommes.

 Hunter reprend le travail sur son ordinateur tandis que je me prélasse sur ma chaise longue en lisant, plus heureuse que jamais.

*

En fin d’après-midi, j’ai déplacé mon transat pour profiter au maximum des rayons du soleil et je suis donc face à la porte d’entrée. Lorsqu’elle s’ouvre d’une seconde à l’autre, je relève le nez pour voir Calyouk, complétement dingue de me retrouver chez eux. Il traverse l’appartement en deux secondes chrono pour venir me sauter dessus sur mon transat tandis qu’Eden le suit plus lentement avec des yeux ronds de découvrir la terrasse transformée.

-         Bienvenue dans le jardin d’Eden ! annonce-je en gloussant.

-         Nom de dieu… mais c’est génial…, souffle-t-il en découvrant le tout maintenant qu’il est dehors.

-         Oui ! gazouille-je.

Il observe Calyouk qui s’étend de bonheur le long de mon corps sur le transat, bien décidé à profiter d’un bain de soleil avec moi.

-         Je ne sais plus si c’est ton chien ou le mien à force ! plaisante-t-il.

-         C’est le nôtre ! pouffe-je en embrassant le museau de Youk avec amour.

-         Il n’est pas comme ça avec Alma, c’est dingue… il la tolère, point final…

-         Un lien indestructible s’est créé entre nous le jour où sa truffe a touché ma main pour la première fois, ronronne-je en enlaçant le cou de Cal, que je serre contre moi en câlin.

Hunter rit doucement en me voyant faire, et Eden lève les yeux au ciel avant de s’installer à la petite table près de son colocataire pour reprendre sa contemplation du balcon. Hunter lui explique fièrement tout ce que j’ai fait cet après-midi tandis que je gratouille Calyouk en rougissant de plaisir. Eden me félicite avec zèle, souligne à quel point c’est formidable une dizaine de fois et m’assure qu’il se fiche éperdument que j’ai supprimé sa terrasse personnelle. Quand l’euphorie du jardin d’Eden retombe, un petit blanc plane et il fait la navette entre Hunter et moi.

-         Bon alors… ? Vous deux ? Ça a l’air de rouler ? demande-t-il finalement sans trop de doute dans la voix.

-         Ça va parfaitement, confirme Hunter avec émotion. C’était juste un très gros malentendu, mais nous nous sommes expliqués… et… elle est là… pour de bon…

Il termine sa phrase dans un petit souffle heureux en me désignant et Eden a l’air aussi heureux que lui.

-         Et vous… tu lui as enfin… dit ? demande-t-il prudemment à Hunter.

-         Oui…

Eden se penche vers Hunter pour l’enlacer et je suis plutôt surprise, un peu plus lorsque je vois à quel point mon petit cœur est ému… mais je suppose que je ne devrais pas m’en étonner alors qu’il m’a confié à quel point il s’est confié à Eden sur ses craintes de ne jamais trouver une femme qui l’aime. Ça me rappelle même leur discussion au chalet, le jour où nous avions officialisé notre couple et qu’Eden avait sous-entendu à Hunter qu’il n’avait pas de souci à se faire à propos de « ses peurs qu’il avait » et qu’Hunter avait confirmé… Ça me bouleverse presque de me souvenir de ça, de comprendre qu’Hunter m’a dit vrai et que déjà au chalet, il ne doutait pas de moi et de mes bonnes intentions. Je suis encore plus émue de me dire que nous nous avouions notre amour quelques heures plus tard…. Mais Eden adore casser mes moments d’émotions :

-         Alors Titi ?! Qu’est-ce que ça fait de se dire qu’on a ferré le bon poisson sans même le savoir ?! se marre-t-il.

-         Eden ! s’exclame Hunter avec colère.

Je rougis jusqu’à la racine des cheveux en me concentrant sur Youk, extrêmement mal à l’aise tandis qu’Hunter incendie Eden dans les formes. Ce dernier s’excuse en ronchonnant et en disant qu’il rigolait mais le mal est fait et je me rends bien compte que ce genre de réflexion n’est que la première d’une très longue liste que je me prendrai dans les dents à l’avenir, que ce soit directement ou par des regards qui en disent long.

-         Ne faites pas ces têtes ! soupire Eden.

-         C’est un sujet sensible, précise Hunter en s’inquiétant de mon attitude renfermée.

-         Ça va, marmonne-je du bout des lèvres.

-         Non ça ne va pas, tu es vraiment con Eden ! s’agace encore Hunter.

Il se lève pour venir s’assoir sur mon transat, récoltant un regard peu avenant de Cal qui n’apprécie pas de devoir lui faire de la place. Pourtant, dès qu’il m’attrape pour me redresser dans ses bras, je me sens immédiatement mieux et je profite de son câlin réconfortant.

-         Si tu refais une réflexion de ce genre, je te vire de chez moi…, grommèle Hunter.

-         Tu crois pas si bien dire…, répond Eden.

Nous l’observons avec des regards interrogateurs tandis qu’il prend la place d’Hunter sur le transat pour s’allonger :

-         Bah… Vous êtes ensemble, Hestia habite ici… Et je passe mon temps avec Alma… Si je suis rentré ce soir, c’était pour poser Cal déjà, voir comment ça c’était passé entre vous ensuite, et aussi pour discuter un peu avec vous de la situation… parce que je me doutais que ça se passerait bien, explique-t-il.

-         Je ne comprends pas… ? demande Hunter.

-         C’est les vacances, la coloc d’Alma est rentrée passer l’été chez ses parents et ne sera donc pas de retour avant septembre… Alma restera en ville pour passer du temps avec moi, elle n’ira chez ses parents que ponctuellement, ils n’habitent pas bien loin de toute façon… alors on a plus ou moins discuté que j’emménage pour l’été chez elle. Je me suis dit que ce serait top, on aurait chacun notre intimité, et ça ne nous empêcherait pas de passer du temps tous les quatre tout en ayant nos bulles… Le seul problème, c’est Calyouk, je vois qu’il n’est pas bien chez elle, il n’a pas ses marques, il ne la porte pas vraiment dans son cœur… alors je voulais discuter de tout ça avec vous deux.

Nous sommes aussi soufflés l’un que l’autre par la nouvelle, et la perspective d’habiter juste avec Hunter pour les trois mois et demi à venir m’enchante.

-         Ça ne me dérange pas de m’occuper de Youk, glisse-je.

-         C’est ce que j’imaginais, confirme Eden. Et puis je le prendrai très régulièrement là-bas dans tous les cas, je viendrai le voir pratiquement tous les jours, mais j’imaginais qu’il serait heureux de dormir un peu ici si vous acceptiez de vous en occuper ces soir-là.

-         Mais bien sûr, insiste-je.

-         Et puis honnêtement Eden, ce serait tellement pratique que je puisse utiliser ta chambre…, intervient Hunter. J’envisageais de vider la buanderie pour y mettre mon bureau, pour pouvoir travailler tranquillement sans déranger Hestia…

-         Tu ne me déranges pas ! couine-je.

Il tourne la tête vers moi pour me regarder avec tendresse :

-         Je sais mon cœur, mais il m’arrive de travailler tard… je ne veux pas te tenir éveillée en passant des appels et en restant sur l’ordinateur jusqu’à pas d’heure…, explique-t-il.

-         Je pourrais dormir sur le canapé, propose-je. Je ne veux pas être une gêne…

-         Inutile Titi, autant qu’il prenne ma chambre si je n’y suis pas, ajoute Eden.

-         On pourrait décaler ton lit, répond pensivement Hunter. Si je range ta chambre et que je décale ton lit contre le mur, je pourrai même faire mes visio dedans…

Je n’ai même pas le temps de réagir que les garçons sont déjà dans la chambre d’Eden pour tout retourner. Lorsque je les rejoins, Eden est en train de fourrer la moitié de son dressing dans un gros sac de sport pendant qu’Hunter déplace les meubles pour caler le lit contre le mur du fond. Je suis donc le mouvement et je m’attèle au rangement du bureau.

Lorsque nous terminons, la pièce est méconnaissable.

Il n’y a plus rien qui traine, Eden a décroché toutes ses banderoles et ses médailles pour les ranger dans son dressing, le lit est dans un coin et le bureau est immaculé, avec l’ordinateur d’Hunter posé dessus. On dirait simplement un bureau qui peut servir de chambre d’amis et je suis touchée de voir qu’Hunter s’est arrangé pour avoir une vue sur la terrasse depuis le bureau, sans doute pour garder un œil sur moi si je me prélasse dehors pendant qu’il travaille.

Eden mange avec nous ce soir-là et nous appelons Alma en visio après le repas. Elle saute au plafond de joie en me voyant derrière l’épaule d’Eden et même si nous discutions tous les quatre à l’origine, je ne tarde pas à prendre le téléphone d’Eden pour l’emmener sur la terrasse afin de lui montrer mon petit potager. Je finis par m’installer sur un transat et je discute avec Alma pendant pratiquement une heure en tête à tête tandis que les garçons boivent des coups à la cuisine en riant comme des ânes.

Je lui raconte tout, tout ce que j’ai cru, tout ce qui m’a poussé à partir et elle est sens dessus dessous. Je conclus en lui expliquant qu’Hunter est finalement chef d’entreprise et qu’il gagne très bien sa vie, d’où ses mensonges, sans lui expliquer à quel point ni les tenants et les aboutissants. En fin d’appel, nous décidons qu’il est grand temps de nous revoir et j’invite donc Eden et Alma à passer l’après-midi ici.

Finalement, nous passons la semaine entière à nous voir tous les quatre.

Nous bullons sur notre belle terrasse qui contient deux transats supplémentaires dès le lundi. Nous discutons pendant des heures, nous faisons des grandes promenades avec Cal, nous sortons au restaurant plusieurs fois, nous jouons à des jeux tard le soir en buvant du vin…

Hunter passe beaucoup de temps au téléphone, mais rien d’inhabituel pour nous et je passe donc un début de vacances extraordinaire.

 




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