Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 151 : Les candidats

4056 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 29/07/2026 12:42

Chapitre 151 : Les candidats


Ma fin d’après-midi est très solitaire.

Hunter s’enferme dans la chambre d’Eden pour travailler et je m’occupe donc tranquillement sur la terrasse en l’observant par la baie vitré. Nous nous sourions régulièrement, ce qui suffit à me rendre heureuse tandis que je jardine un peu et que je lézarde au soleil en lisant avec Youk.

Hunter fait une petite apparition pour le diner, simplement pour manger les pâtes au poulet que je lui ai fait et s’excuser pour son absence. Je le rassure en lui disant qu’il faut bien qu’il travaille sérieusement alors qu’il passe son temps à la maison avec moi, et que je savoure d’être ici en sachant que je dormirai avec lui plutôt que comme avant, où il ne travaillait pas trop devant moi mais où nous nous voyions très peu. Je me sens de toute façon très bien ici, et lorsqu’il disparait, je file prendre une bonne douche.

Lorsque j’en sors, j’enfile une nuisette et j’ai l’audace de me servir un verre de vin pour aller lire dans le lit, la baie entrouverte pour profiter de la brise tiède.

Je lis un moment mais je m’assoupis, puisque je rouvre les yeux à minuit, toutes lumières allumées. Je me redresse en m’étirant avant de ramener mon verre à la cuisine.

-         Mon chat ? Tu ne dors pas ? demande Hunter depuis son nouveau bureau.

Apprendre concrètement qu’il ne s’est pas endormi sur son travail et qu’il bosse encore vraiment me fait de la peine alors je remplis mon verre de vin avant de le rejoindre.

-         Un peu de courage, plaisante-je en lui tendant.

Il a un petit rire et je me plante à côté de sa chaise pour observer les dossiers étalés devant lui. Il boit tranquillement, appuyé dans sa chaise, et il caresse ma cuisse avec douceur, jusqu’à en remonter sur ma fesse.

-         Tu cherches à te distraire ? glousse-je.

-         Un peu, s’amuse-t-il.

Il remonte sa main dans mon dos, la glissant de mes reins jusqu’en haut lentement, avant de redescendre avec encore plus de lenteur, et il finit par attraper ma taille pour m’assoir sur ses genoux, afin de glisser ses lèvres aux creux de mon cou, qu’il embrasse avec férocité.

-         Je te boufferais mon chat…, murmure-t-il d’une voix grave.

Ma peau se réveille plus vivement, mais mes yeux sont happés par les documents sur le bureau que je lis en travers. Je constate que les deux dossiers bien remplis concernent deux entreprises différentes.

-         Tu vas investir dans deux entreprises en même temps ? demande-je.

-         Et non… ce sont deux candidats pour le premier semestre, répond-il en continuant ses baisers au creux de mon cou.

-         C’est là-dessus que tu bosses depuis des heures ? m’étonne-je.

-         Oui…, répond-il en riant face à mon air presque déçu.

Je tourne la tête pour le regarder et il m’observe simplement, les yeux rieurs.

-         Tu as passé des heures aujourd’hui à simplement étudier ces dossiers ? insiste-je.

-         Pas exactement, j’ai étudié ces dossiers, j’ai appelé Winston, puis d’autres Winston, pour prendre leurs avis. Puis j’ai réétudié ces dossiers tout seul, avant de faire un call groupé pour entendre les avis des uns et des autres suite à nos appels… puis j’ai encore étudié ces dossiers et ainsi de suite, répond-il d’une voix douce.

-         Mais pourquoi est-ce si long ?

-         Parce qu’il y a énormément de paramètres à prendre en compte, des années d’archives de leurs chiffres à scruter, leurs motivations à étudier… Le choix n’est pas aisé quand on parle de si gros investissements mon amour. Les deux se défendent et sont intéressants…

-         Et… tu ne peux pas choisir les deux ? Ma question est peut-être bête… mais j’ai cru comprendre que tu avais beaucoup d’argent… alors si les deux sont intéressants… ? hésite-je.

Il rit en me couvant de ses beaux yeux :

-         La question n’est pas bête, et dans l’absolu, je pourrais choisir les deux. Mais nous avons des budgets que nous respectons, pour éviter de s’éparpiller à droite et à gauche.

-         Des budgets ? Comment ça marche ? Et quels sont les atouts de ces entreprises ? Qu’est-ce qui te fait hésiter ? demande-je avec curiosité.

-         Ça t’intéresse vraiment ? s’étonne-t-il.

-         Oui, je t’assure, confirme-je.

Il pose son verre de vin sur le bureau et me cale plus près de son torse, pour passer les bras autour de moi afin de glisser les dossiers plus près du bord, sous mes yeux. Je suis toute contente qu’il m’explique et j’attrape son verre pour en boire quelques gorgées et l’interroger du regard.

-         Je vais essayer de t’expliquer tout ça simplement, je risque de faire de gros raccourcis mais c’est pour que tu comprennes, commence-t-il.

J’hoche la tête avec enthousiasme et il rit encore un peu avant de reprendre :

-         Mon entreprise possède de gros fonds, qui s’alimentent grâce aux actions que j’ai dans les entreprises dans lesquelles j’ai déjà investi. Ces chiffres sont surveillés de près, et chaque fin d’année, nous les mettons à jour pour savoir le budget total de l’année suivante. C’est clair ?

-         Oui, si tu gagnes cent euros l’année A, tu as cent euros à investir l’année B, puis si tu gagnes cinq cent euros l’année B, ton budget pour l’année C sera de cinq cent euros… Ton budget grossit tous les ans grâce aux nouveaux investissements fructueux de l’année précédente.

-         Exactement. Donc, chaque nouvelle année, nous avons notre budget, que nous divisons : un très gros pour l’année totale, un gros par semestre, un moyen par trimestre et une multitudes de petits, ceux de vingt à trente mille dont je te parlais. Ce qui nous donne ? s’amuse-t-il.

-         Un très gros, deux gros, trois moyens et une multitudes de petits, par an, réponds-je fièrement.

-         Ma première de classe…, répond-il en embrassant ma nuque avec tendresse.

-         Continue ! J’aime bien découvrir tout ça ! piaille-je.

-         Ce choix est donc celui du premier semestre, mon gros budget, donc je ne peux pas trop me permettre de me tromper puisque ce sont mes « très gros budgets » et mon « gros budget » qui feront du chiffre et me permettront d’investir dans la multitudes de petits budgets sans trop regarder.

-         L’usine à rêve, affirme-je. Les petites entreprises qui te touchent, les passionnés qui arrivent à te convaincre que leurs rêves valent le coup.

-         Exactement. Sauf que je me retrouve face à un choix cornélien, ce n’était jamais arrivé, parce que j’aurais foncé dans la sureté les premières années, mais maintenant que l’entreprise a pris cette importance et que j’ai vraiment de gros fonds, je suis très tenté par la seconde également.

Il pose les mains sur les deux dossiers sur le bureau et je tourne la tête pour regarder ce qu’il me montre.

-         A gauche, nous avons l’entreprise A, tu n’as qu’à les appeler les Alimentaires et à droite l’entreprise B, qu’on peut appeler les Bûcherons. Les Alimentaires sont une grosse entreprise de compléments alimentaires naturels à la capitale, en plein essor et très en vogue. Leurs ventes augmentent sans cesse, ils surfent sur le succès et aimeraient donc agrandir drastiquement leurs usines et leur laboratoire pour pouvoir produire de très grosses quantités.

-         Si ça fonctionne si bien, ils n’ont qu’à attendre d’avoir leurs propres fonds, souligne-je.

-         Justement pas mon chat, les compléments alimentaires naturels sont en vogue depuis peu, les gens commencent tout juste à se les arracher. En agrandissant immédiatement grâce à un gros apport de fond, ils vont tripler leurs ventes et leur marketing, leur permettant ainsi de s’installer comme les numéros un des ventes face aux entreprises qui n’auront pas les fonds dans l’immédiat. Une fois qu’une entreprise est au sommet, il est très difficile de l’y déloger. Tous les gens ne parlent que d’eux, leurs pubs tournent partout, les gens ont confiance et la machine est lancée.

-         Et les Bûcherons ?

-         Les Bûcherons, c’est une affaire de famille qui dure depuis plusieurs générations. Ils sont dans les montagnes, des menuisiers qui travaillent le sapin… A l’origine, c’était la famille de menuisiers du coin, mais leurs meubles ont plu et ils ont grandi avec les décennies et les générations. C’est beaucoup plus stable que les Alimentaires, on peut remonter leurs ventes jusqu’au siècle dernier et ils sont très clairs : Tant qu’il y a produit, il se vend.

-         Alors pourquoi hésiter ? Si l’un est sûr et pas l’autre ?

-         C’est plus compliqué… Les Alimentaires surfent sur une vague qui pourrait s’arrêter, mais je ne pense pas que ce sera le cas, je pense que ça ne va faire que prendre de l’ampleur et que le boum sera énorme. Les Bûcherons sont des ventes sûres, mais limitées, ils ont une seule grosse usine, qui produit un certain nombre de ventes par an et ça s’arrête là…

Je fronce les sourcils en observant le document des Bûcherons, dans l’incompréhension.

-         C’est étrange…, murmure-je. Autant la candidature des Alimentaires me semble logique, autant je ne sais pas… je n’avais pas l’impression que les Bûcherons feraient partie de tes candidats…

Il pouffe contre ma gorge :

-         Tu es tellement intelligente Hestia… Tu as tout à fait raison. Les Bûcherons vivent très bien, leur entreprise leur rapporte largement assez pour que les familles des frères qui la gèrent vivent très bien… ils ne cherchent pas vraiment l’expansion à l’origine, simplement à perdurer l’entreprise de leurs aïeuls…

-         Mais ?

-         Mais ils sont contraints par de nouvelles normes de changer leurs machines de production. S’ils n’ont pas mon budget, ils devront sans doute fermer, puisque plus aucune de leur machine ne sera légale… Ils ont besoin d’un très gros budget pour changer tous leurs engins d’un coup, et éviter de freiner la production trop longtemps. Les banques refusent de leur faire un prêt aussi important, car ils ne gagnent pas assez par mois pour rembourser les mensualités ahurissantes qu’on leur demanderait.

-         Les pauvres…, geins-je en attrapant le dossier des Bûcherons.

Je ne comprends pas tout, mais j’ai une peine terrible pour les Bûcherons, pour cette belle histoire de famille qui dure depuis des générations de père en fils… Je vois leur unique nom qui recouvre les documents, des photos en noir et blanc des premiers menuisiers… J’attrape le second dossier et les Alimentaires ne me font aucun effet… Les noms sont tous différents, il y a quelques investisseurs, des business plans, des études de marché par dizaines… ils me font l’effet de gens froids qui surfent sur une vague simplement pour le profit…

-         C’est un choix entre ton cœur et ta tête ? devine-je.

-         Exactement…, soupire-t-il. Les Alimentaires sont une assurance selon moi, des retours sur investissement gargantuesques, qui pourront me permettre de nourrir « l’usine à rêve » comme tu dis… Les Bûcherons sont… et bien le choix du cœur évidemment… je n’ai pas forcément d’arguments mis à part que les meubles sont magnifiques, que les sapinières sont gérées de façon éco-responsables et que c’est une belle affaire de famille… qu’ils ont préféré m’envoyer des photos et m’inviter sur leur terre plutôt qu’à un cocktail dans la capitale pour me présenter leurs prévisions sur les vingt prochaines années…

Hunter soupire encore et il me reprend le verre de vin que je n’étais pas loin de finir pour le faire à ma place. Je me lève donc de ses cuisses et je lui tends une main :

-         Viens, tu as assez travaillé pour aujourd’hui mon amour… Tu as le nez dans ces documents depuis des heures alors que tu hésites simplement entre le cœur et la raison.

Il hoche la tête et attrape ma main en éteignant la lampe du bureau de l’autre. Je passe par la cuisine pour remplir notre verre de vin, j’attrape le plaid du canapé et je l’entraine sur la terrasse pour qu’il prenne l’air. Il s’installe sur son transat et je me glisse contre lui, enroulée dans mon plaid, la tête posée contre la sienne. Nous observons les étoiles en sirotant à tour de rôle le verre et je ressens qu’il se détend peu à peu.

-         Merci d’être venue… ça me fait du bien de prendre l’air, chuchote-t-il finalement.

Nous nous embrassons une petite minute, je savoure le vin sur ses lèvres, l’odeur de sa peau et son bras derrière mon dos, heureuse de passer un peu de temps de qualité avec lui. J’arrête notre baiser lorsqu’il dérape doucement, parce que j’estime qu’il n’a pas suffisamment profité de l’air frais du soir après ces heures enfermé dans son bureau.

-         Et tu vas y aller ? demande-je finalement. Sur les terres des Bûcherons ?

-         Bien sûr… je vais toujours voir les entreprises que je rachète.

-         Tu ne les rachètes pas vraiment ?

-         Oui et non, je prends tellement d’action, de pourcentage, qu’elles deviennent à moi par la force des choses… Laisse tomber mon petit cœur…

-         Ce sont ça tes voyages d’affaires…, réalise-je. Lorsque tu te déplaces pour visiter tout ça…

-         Oui, je vais voir les locaux quand il y en a, je rencontre les gens, j’échange avec eux, j’écoute leurs prévisions, leurs projets… chaque rencontre est unique…

-         Comment ça ?

-         Et bien je peux partir deux jours en coup de vent rencontrer un passionné qui me parle de son projet dans des petits locaux qu’il loue en attendant de se lancer pour de bon, tout comme je peux visiter une entreprise déjà bien installée depuis des lustres, ou encore partir une semaine à l’autre bout du pays… avant de finalement repartir en avance pour rejoindre une jolie demoiselle qui souhaitait m’embrasser pour le nouvel an, conclut-il en me lançant un regard appuyé.

Je glousse comme une bécasse, un peu honteuse.

-         Quel projet ai-je donc mis en pause ? demande-je.

-         Oh… simplement mon très gros budget de l’année dernière, me réprimande-t-il gentiment.

-         Quoi ?! couine-je.

-         Et oui… J’ai… Pour te la faire courte, j’ai lancé de A à Z un énorme projet. Nous sommes partis de zéro… Un passionné d’écologie, qui avait un projet dingue… Bon sang, son business plan m’a happé, c’était… brillant, novateur, bienveillant… Je suis allé le rencontrer pour la première fois trois jours après avoir ouvert sa candidature, nous avons parlé des heures et des heures… Je lui ai dit immédiatement que j’étais avec lui alors que la somme était astronomique… Toute mon équipe désapprouvait, le pari est très risqué, mais j’y crois autant que le créateur…

-         Pourquoi ai-je reçu une photo de toi dans une usine désaffectée ? 

-         Parce qu’il avait tout prévu, cette usine à l’abandon était dans le projet, il voulait la racheter pour y placer la sienne. Je suis allée la visiter avec lui, nous sommes allés à la mairie vérifier qu’un permis de construire serait validé en cas d’achat… enfin c’est très long et barbant mon cœur, mais je me déplace rarement aussi longtemps, je n’investis jamais autant d’argent dans un projet sorti d’un chapeau… C’était un gros choix du cœur, la première fois que j’en faisais un avec un gros budget et mon équipe n’est pas sereine.

-         Et toi ?

-         Je ne suis pas forcément serein, mais ça vaut le coup d’essayer, parce que si ça marche, nous ferons du bien à la planète… et si ça échoue… alors tant pis, j’avais conscience que ça pouvait arriver. Mais ça explique pourquoi je ne peux pas faire comme je veux non plus, je ne peux pas faire uniquement des choix du cœur, par exemple parce que j’emploie énormément de gens, qui perdraient leur travail si je faisais faillite… c’est tout une machinerie… Alors malgré mon affect pour les Bûcherons, je vais sans doute devoir choisir les Alimentaires pour assurer mes arrières, notamment avec ce dernier gros projet du cœur… je ne sais pas si je suis clair.

-         Si, très clair… tu vas choisir ces cons d’Alimentaires et laisser tomber les pauvres Bûcherons uniquement parce que tous les Winston de ton entreprise t’y poussent, pour éviter de perdre leur travail, en grande partie parce qu’ils doivent être payés comme des pachas…, ronchonne-je.

Il éclate de rire un bon moment, jusqu’à me faire sourire, et lorsqu’il se calme, il écarte pensivement un pan de mes cheveux pour dégager mon visage qu’il observe avec amour :

-         C’est plus ou moins ça…, confirme-t-il.

-         Pauvre Bûcherons…, gémis-je tristement.

-         Je vais tout de même aller les voir… Peut-être que les Alimentaires me convaincront entièrement, que les Bûcherons me décevront…

-         Ou qu’ils te convaincront de les choisir eux, souligne-je.

-         Ça m’étonnerait, mais peut-être… après tout je n’y suis pas…, répond-il pensivement.

-         Ils le feront, affirme-je avec assurance en calant ma tête au creux de son épaule. Quand pars-tu les rencontrer ?

-         A la fin de la semaine… les Bûcherons m’ont invité à passer le samedi sur leur terre, ça leur tient à cœur car le vingt-sept mai est la date de création de leur entreprise en mille huit cent soixante-seize… Winston est donc en discussion avec les Alimentaires pour que nous nous y rendions le vendredi… Nous monterons à la capitale le vendredi matin, passerons l’après-midi et la soirée chez les Alimentaires, dormirons à l’hôtel et partirons le samedi matin chez les Bûcherons… Leur montagne n’est qu’à quelques heures de la capitale, faire les deux en un séjour nous gagne beaucoup de temps de route… Je rentrerai dans la nuit de samedi à dimanche, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’hôtels perdus dans les champs alpins de haute-montagne ! rit-il.

-         Je vois… tu pourrais gagner une ville proche ceci dit…

-         J’aime bien conduire de nuit mon chat, ne t’en fait pas pour moi.

J’enroule mes bras autour de sa nuque pour lui lancer un petit regard taquin :

-         Je comprends mieux ta belle voiture… Pour tous ces kilomètres… Et également que ce soit « ce qu’on attendait de toi »… Monsieur le directeur millionnaire dans sa belle Aston Martin…

Il sourit simplement avant de fondre sur mes lèvres, et nous ne tardons pas à très vite rentrer nous câliner au lit.

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