Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 160 : Le sable et les embruns

Par bzllrose

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Chapitre 160 : Le sable et les embruns


Le soleil est brûlant depuis quelques jours, il chauffe ma peau et j’alterne entre me baigner et comater tranquillement sur ma serviette. Mes yeux papillonnent, ils ont bien du mal à s’ouvrir malgré mes lunettes de soleil et ma casquette qui descend devant mon visage.

 Je me redresse pour observer la mer qui s’agite tranquillement devant moi, les coudes posés sur mes genoux relevés.

-         La sieste est finie ? se moque gentiment Hunter.

Je tourne la tête vers lui pour lui sourire. Il est allongé sur sa serviette, la tête posée sur notre sac et un de ses livres compliqués dans les mains. Son sourire est éclatant, il l’est même encore plus maintenant que sa peau est bronzée, mais je n’ai pas la chance de voir ses beaux yeux rieurs puisqu’ils sont cachés derrière ses lunettes.

-         Oui…, réponds-je.

-         Tu vas retourner te baigner je suppose ? Tu files toujours à l’eau quand tu émerges, dit-il en se redressant déjà pour m’accompagner.

-         Non… j’ai bien envie de faire un château de sable, avoue-je.

Il hausse des sourcils étonnés, mais il se rallonge contre notre sac pour reprendre sa lecture. Je l’observe en mordant ma lèvre, timide de lui demander de le faire avec moi puisque malgré mes tentatives lorsque j’étais venue seule, je n’ai jamais réussi à faire quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un château de sable. Je n’ose pas vraiment parce que je me trouve ridicule sur ce coup et je suis bien décidée à essayer toute seule avant. J’attrape donc le petit seau que j’ai acheté hier en rentrant de la plage, après avoir vu des enfants en faire toute la journée au loin, et je me dirige vers le bord de l’eau.

Hunter me lance des petits sourires régulièrement tandis que je lui cache mes piètres essais. Peu importe comment je m’y prends, dès que je démoule mon seau, le sable se décompose immédiatement. Au bout de vingt bonnes minutes, Hunter m’observe un peu plus longuement et il réalise sans doute que mes projets n’avancent pas beaucoup, parce qu’il se lève pour venir vers moi. Quand il arrive et constate les petits tas de sable devant moi, je baisse le nez, honteuse et malheureuse.

-         Je n’y arrive pas…, avoue-je tristement du bout des lèvres.

Il s’accroupit à côté de moi pour poser une main sur ma cuisse :

-         Mais ce n’est rien mon chat, ne te mets pas dans cet état…

-         Ça me frustre et ça m’attriste… Les enfants apprennent à faire des châteaux de sable avec leurs parents… Je suis majeure et vaccinée, et pourtant, je suis incapable de reproduire ce que des gamins de six ans réussissent les doigts dans le nez…

Il attrape le seau devant moi, déjà sur le coup.

-         Ça ne doit pas être bien sorcier…, marmonne-t-il pensivement.

-         Pourtant j’ai fait comme eux, j’ai pris du sable, je l’ai tassé dans mon seau et je l’ai retourné tout doucement… une bonne vingtaine de fois ! boude-je.

Il s’éloigne de quelques pas et je l’observe remplir mon seau avec du sable plus proche de l’eau. Lorsqu’il revient, il tasse le tout avant de le retourner. Il me lance un petit sourire en coin avant de le retirer et mes yeux s’écarquillent lorsque je vois la jolie petite tour qu’il vient de produire.

-         Quoi ?! Mais je suis si nulle que ça ?! m’exclame-je.

-         Mais non, ton sable était simplement trop sec ! répond-il en riant.

-         Mais oui… la physique… je suis stupide ! pouffe-je en retrouvant un sourire immense.

-         Tu es très loin d’être stupide… tu es simplement meilleure en biochimie, plaisante-t-il.

Il se penche pour m’embrasser et je passe la demi-heure suivante à construire une multitude de petites tours de sable autour de lui, puisqu’il est assis près de moi pour lire. J’y mets tout mon cœur et je passe un temps fou à sélectionner des coquillages pour orner mes petits tours enfantines sous les yeux doux d’Hunter.

L’activité est chouette mais bon sang, elle donne chaud puisque je me tortille dans tous les sens sous le soleil ardent et je commence à comprendre pourquoi les enfants passent le reste de leur temps dans l’eau. Je tends simplement une main à Hunter pour qu’il vienne se baigner avec moi et dès que nous sommes immergés, j’attrape ses épaules afin qu’il me promène dans l’eau comme il le fait toujours.

Je finis par passer mes bras entiers autour de son cou, pour le câliner d’un peu plus près en posant ma tête contre la sienne pendant qu’il nage.

-         Je n’arrive pas à croire que ça fasse déjà deux semaines que nous sommes ici…, soupire-je.

-         Deux semaines de tranquillité…, acquiesce-t-il.

-         Deux semaines sans Winston ! glousse-je.

Il rit avec moi et nous continuons notre petit tour dans l’eau.

*

Nous avons plus ou moins décidé de rentrer demain, sans vraiment réussir à nous faire à l’idée. Pour l’occasion, Hunter a tenu à m’emmener dans un restaurant célèbre de la côte et je me suis préparée en conséquence, en mettant ma deuxième robe de haute-couture qu’il m’a offerte à la capitale.

Le restaurant est luxueux, les gens parlent à voix basses pour éviter de se déranger les uns et les autres, une contrebasse joue de belles mélodies dans un coin de la terrasse en bois et j’observe la mer éclairée par la lune par-dessus la rambarde sur ma droite. J’accueille avec un sourire le petit courant d’air marin qui caresse mon visage et me rafraichit après la journée suffocante que nous avons eu. Nous sommes mi-juin désormais, le temps est très chaud pour la saison et la température ne redescend plus la nuit. J’ai attaché mes cheveux en un gros chignon vague, qui s’allie très bien à l’élégance de ma robe et mes boucles d’oreilles offertes par Hunter.

-         Tu es pensive mon cœur ? demande-t-il.

-         Je n’ai pas envie de partir, avoue-je en lui souriant. J’ai adoré nos vacances, j’adore de toute façon être ici, tu le sais bien, et j’ai du mal à me dire que nous rentrons demain…

Il soupire en attrapant son verre de vin, pour le siroter en observant la mer à son tour.

-         Je n’ai pas envie de partir moi non plus… Tu sais, c’est la première fois en quatre ans que je prends des vacances… il ne m’est jamais arrivé de ne pas travailler pendant deux semaines consécutives depuis que j’ai repris la boite…, chuchote-t-il pensivement.

-         Vraiment ?

-         Vraiment… ça m’a fait un bien fou, je te jure c’était parfait, j’ai pu décrocher pour de vrai, couper avec le boulot…

-         Mais ?

-         Mais je sens que ça revient me trotter dans la tête, ça fait deux jours que j’hésite à appeler Winston, à allumer mon ordinateur… Je me suis reposé, j’ai profité, et c’était génial…, confie-t-il d’une voix coupable.

-         Mais ton naturel revient au galop mon amour, finis-je à sa place. On ne réussit pas comme tu as réussi sans être un acharné de boulot… Je le sais et je suis fière de toi Hunter, merci pour ces magnifiques vacances en tête à tête.

Il m’offre un sourire triste :

-         Ça me tue de t’arracher de ton paradis pour bosser…, chuchote-t-il.

-         Ce n’est rien Hunter ! le rassure-je. J’aurais aimé quelques jours de plus, c’est vrai… mais ça me va aussi, c’était déjà formidable !

-         Combien de jours te manque-t-il pour faire ton plein de cet endroit ? demande-t-il en attrapant ma main.

-         Deux ou trois… quatre peut-être…, avoue-je en rougissant.

-         Ou peut-être même cinq, répond-il gentiment.

-         Mais non…, souffle-je en baissant le regard sur nos mains.

Un serveur nous interrompt pour remplir nos verres avec la bouteille qui se trouve pourtant sur notre table, puisque dans ce genre de restaurant huppé, les riches clients ont visiblement la flemme de lever le bras pour se servir.

-         J’ai une proposition à te faire, dit-il finalement.

Je l’interroge du regard en buvant quelques gorgées de notre vin délicieux, et je manque de le recracher dans mon verre en l’entendant.

-         Et si on se réservait une semaine de plus, une semaine pour que tu puisses te remplir un peu plus de cet endroit, une semaine où je pourrais reprendre doucement le travail à distance pour éviter de me faire submerger à mon retour ? Ça me semble honnête non ?

Je repose mon verre en ouvrant des yeux immenses :

-         Hunter ce serait… parfait ! Je t’assure qu’une semaine de plus est tout ce qu’il me manque pour partir d’ici le cœur en paix… et je me fiche que tu travailles, tu m’as déjà offert deux belles semaines en tête à tête… Je préfère largement que tu fasses ton travail à distance ici plutôt qu’à la maison… Tu imagines ? Je pourrai aller à la plage quand tu téléphoneras, me reposer dans le jardin pendant tes visio, te tenir la main les pieds dans le sable quand tu travailleras sur ton ordinateur…

-         Alors c’est acté.

Il attrape son téléphone pour appeler Sélène, sans doute inquiet que notre suite se fasse réserver alors que nous restons. Je le couve des yeux en l’écoutant plaisanter quelques minutes avec elle. Ils ont appris à se connaitre pendant nos vacances et se sont évidemment très bien entendu puisqu’ils sont deux des êtres les plus merveilleux de cette terre. Je ne me lasse pas de leur complicité, de voir qu’Hunter aime passer du temps avec elle, qu’il l’invite souvent au restaurant et la traine régulièrement à la plage avec nous.

Il raccroche en riant encore un peu et je me régale de son sourire à croquer. C’est un plaisir, j’apprécie Winston, il apprécie Sélène et nos meilleurs amis respectifs sortent ensemble… mais que demander de plus ?

-         Je suis trop heureuse de rester ! m’exclame-je soudain d’une voix aiguë.

Ses rires repartent de plus belle et il presse ma main dans la sienne alors qu’un serveur arrive avec nos plats, des langoustes grillées à la plancha. J’observe avec des yeux ronds les pauvres crustacés dans mon assiette et Hunter n’arrive plus à arrêter de rire cette fois, surtout lorsqu’il me voit pousser mes langoustes de ma fourchettes avec les yeux plissés.

Nous finissons la soirée dans la légèreté et l’humour, je me régale en découvrant encore un mets divin et Hunter règle galamment la note salée avant de me reconduire à l’hôtel.

*

Après une douche pour me rafraichir, j’enfile simplement l’une de mes nuisettes et je rejoins Hunter dans la chambre, qui est allongé sur le flanc dans le lit, le nez dans ses mails pour voir l’ampleur de ce qui l’attend demain. Je me cale contre le montant de notre porte fenêtre et j’observe la mer avec un sourire aux lèvres.

-         Ne me dis pas que tu as envie de faire un château de sable, m’embête-t-il.

-         Mais non, glousse-je. En revanche, je ne sais pas… j’ai bien envie d’aller marcher le long de la plage… l’air est étouffant ce soir et j’imagine qu’il fait meilleur au bord de l’eau…

-         Et pourquoi n’y allons-nous pas ? s’étonne-t-il.

Je me tourne pour le regarder en haussant les sourcils :

-         Je ne sais pas… nous sommes en pyjama…, bafouille-je.

-         Et donc ? répond-il en fermant son ordinateur pour se lever.

Je suis toujours étonnée et il attrape ma main :

-         Nous avons d’autres pyjamas si c’est le problème… J’ai bien envie d’une petite promenade à la belle étoile… ?

Un sourire se dessine sur mes lèvres et il embrasse ma main avant de m’entrainer dehors dans la nuit. La pleine lune brille de mille feux, elle éclaire suffisamment les environs pour que nous voyions bien et notre petite promenade est onirique. Nous marchons main dans la main au bord de l’eau, tempérés grâce aux vagues qui s’écrasent sur nos pieds.

-         Il est dingue de voir la plage complétement vide, commente-je en souriant.

-         Oui… qu’est-ce que c’est calme… Bon sang, nous aurions dû faire ça tous les soirs, notre chambre donne littéralement sur la plage, comment n’avons-nous pas pu y penser avant ? répond-il pensivement.

-         Il ne faisait pas si chaud au début, remarque-je.

-         C’est vrai… Il doit faire encore trente degrés…, soupire-t-il.

Nous marchons loin avant de revenir sur nos pas, la nuit progresse, la lune se déplace doucement dans le ciel et lorsque notre porte-fenêtre éclairée revient dans mon champ de vision, je m’arrête.

-          Je n’ai pas encore envie de rentrer … mais il doit être tard… ? murmure-je.

-         Il est très exactement l’heure d’un bain de minuit, répond-il en regardant sa montre.

Je l’observe sans savoir s’il plaisante ou non, mais lorsqu’il laisse retomber son bras, il m’interroge du regard.

-         Tu es sérieux ?

-         Plutôt, il fait tellement lourd, je ne cracherais pas sur une baignade… Voilà qui nous rafraichirait assurément avant de dormir… ? Et c’est un beau souvenir… ?

J’observe les eaux noires en gloussant nerveusement et il me lance un regard amusé face à mon hésitation.

-         Tu as peur ? rit-il.

-         Non ! Je ne sais pas si j’ai assez chaud, c’est tout ! mens-je.

-         Tu fais bien ce que tu veux, moi, j’y vais ! répond-il avec un sourire éclatant.

Sous mes yeux ébahis, il laisse tomber son short sur la plage et rentre dans l’eau comme en plein jour, avant de plonger pour nager quelques mètres sous la surface. Je ris encore nerveusement en observant à droite et à gauche le long de la plage, mais nous sommes bien évidemment seuls, et même s’il fait assez jour pour que nous voyions autour de nous, personne ne nous verrait de loin.

-         Ça fait un bien fou ! me lance-t-il depuis l’eau.

Je mords ma lèvre, et après un dernier coup d’œil circulaire, je retire ma nuisette et je le rejoins. Il est encore plus facile de rentrer dans l’eau que la journée, puisque le soleil ne nous brûle pas et que la mer parait donc beaucoup plus chaude.

C’est un pur bonheur, l’eau me rafraîchit enfin et à peine suis-je dedans que je n’ai plus envie d’en sortir.




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