J’adore être chez Sélène, mais je savoure mon premier réveil à la maison après trois semaines. Je m’étire dans tous les sens en profitant du lit, ce qui ne manque pas de faire rire Hunter de bon matin.
- Tu étais fatiguée après notre longue route et notre arrivée tardive, mais je ne pensais pas que c’était à ce point, m’embête-t-il.
- Je suis bien reposée, mais il n’y a rien de tel que de retrouver son lit, gazouille-je en me tortillant un peu plus.
Sa jolie petite tête apparait dans mon champ de vision au-dessus de la mienne :
- Tu as pourtant passé autant de temps dans celui de Sélène que dans celui-là, souligne-t-il en souriant.
- Ça n’a rien à voir, déclare-je impérieusement. Ce lit est mon lit, peu importe le temps que j’ai pu passer dedans, et il est le plus confortable dans lequel je n’ai jamais dormi… Sûrement un matelas hors de prix de mon vieux cinquantenaire… Forcément, tes vieux cons d’employés doivent te bassiner avec leurs matelas qui soulagent leurs maux de dos… Le vin, les matelas orthopédiques… La retraite est proche mon amour…
Il affiche une tête outrée et je glousse déjà comme une bécasse avant même qu’il ne me saute dessus pour entamer une bagarre à base de chatouilles et de rires, de quoi me mettre de bonne humeur.
Quelques minutes plus tard, je prends ma tasse de café en tendant la sienne à Hunter et je trottine joyeusement sur ma jolie terrasse, mon jardin d’Eden, qui m’a manqué. Dès que je mets le nez dehors, je me fige de surprise en apercevant les nombreuses plantes qui l’habillent désormais.
- Oh mon dieu ! Hunter ! crie-je.
Il me rejoint trente secondes plus tard, alors que j’ai déjà fait trois fois le tour du balcon, et je le tire par la main pour un quatrième, histoire de bien lui montrer toutes les jolies plantes au cas où il ne les ait pas vues.
- Forcément mon chat, tu as planté tes pousses il y a plus d’un mois…, dit-il en admirant les jolies fleurs de fraisiers que je lui pointe.
- Tu imagines ? Nous pourrons bientôt récolter des fraises ! m’extasie-je.
- Je te ferai une tartelette, répond-il pensivement en s’accroupissant.
Il est soudain beaucoup plus intéressé par mon potager maintenant qu’il s’imagine me cuisiner des plats avec, et nous buvons nos cafés en vaquant d’une jardinière à l’autre avec les mêmes yeux impatients. Finalement, nous nous installons à la petite table pour discuter, et ce n’est qu’au bout d’une petite demi-heure que l’évidence me percute :
- Tu n’es pas censé être au travail dans ta tour de l’angoisse ? Nous sommes tout de même rentrés pour ça ?
- Si… Mais… Je sais déjà que je vais être très occupé les deux semaines à venir… tu ne me verras pas beaucoup, j’ai… de nouvelles choses en tête, de nouvelles affaires à gérer, des rendez-vous qui s’ajoutent donc à tout ce que j’allais déjà devoir faire…, répond-il avec des yeux dépassés.
- Que se passe-t-il ? m’inquiète-je.
- Rien mon petit chat, ne t’en fais pas, mais j’ai eu une nouvelle idée… Je ne sais même pas encore s’il est possible que je le fasse, c’est le bazard mais je vais retomber sur mes pattes, j’arrive toujours à mes fins.
- Parce que tu es un génie, glousse-je en me penchant vers lui pour réclamer un bisou.
Il me l’offre évidemment et nous discutons encore un petit peu, jusqu’à ce qu’il rentre se préparer. Je suis très surprise en le voyant sortir en costume de la buanderie.
- Tu as une visite d’entreprise ? Un déjeuner d’affaires ? m’étonne-je.
- Non, plusieurs rendez-vous important avec des avocats, des banquiers, des notaires… ça va être le défilé toute la semaine…
- Alors ce sera costume toute la semaine…
Il soupire avec zèle et je ris un peu plus en lissant son col avec tendresse.
- Et toi ? Qu’est-ce que tu vas faire ? demande-t-il.
- Je ne sais pas… sans doute trainer sur le balcon avec Alma, mais nous risquons d’avoir chaud, réponds-je pensivement.
- Oh bordel…, chuchote-t-il en lançant un regard vers mon jardin d’Eden.
- Quoi ?
- Je voulais t’acheter un petit jacuzzi, j’ai complétement oublié d’en parler à Lia… J’ai trop de choses en tête.
- Non mais ça ne va pas ?! me récrie-je. Il ne manquerait plus que ça ! Que tu achètes un jacuzzi à Princesse Hestia ! Je rêve.
Il rit et m’embrasse une dernière fois avant de partir.
J’appelle Alma dans la foulée, qui se fait une joie de venir passer la journée avec moi pour qu’on papote sur nos transats, et je retrouve même mon Youki et Eden, qui arrivent avec elle. Après des retrouvailles digne d’un film avec le loup, nous nous installons sous le parasol tous les quatre pour discuter et vers seize heures de l’après-midi, je découvre encore ce que sortir avec Monsieur Grimmal signifie.
Il est parti à onze heures ce matin, et j’ouvre pourtant la porte sur quatre hommes avec un coli énorme, qui passent les trois quart d’heures suivant à nous installer un jacuzzi sur la terrasse, là où Princesse Hestia l’ordonne, alors que je suis médusée par la situation.
He : « Tu es complétement dingue ! »
Hu : « Comme si j’allais laisser ma princesse cuire au soleil… C’est mal me connaitre. »
He : « Tu n’es même pas là pour en profiter avec moi, tu travailles… ☹ »
Hu : « Travailler me dérange encore moins maintenant que je vois concrètement pourquoi je le fais… Une photo ? »
Je ne peux pas lui résister et je me prends donc en photo dedans malgré l’eau encore fraiche, avec mon cocktail dans une main, ma casquette verte hideuse et mes jolies lunettes de soleil.
He : « Merci mon prince charmant. »
Hu : « La vie de princesse est ce qui te va le mieux au teint. »
Je glousse comme une idiote, et je passe les deux heures suivantes à écouter Alma me dire avec humour à quel point elle est jalouse tandis qu’Eden fait la sieste sur un transat.
*
Je ne vois en effet pas beaucoup Hunter de la semaine. Il part le matin vers huit heures et ne rentre qu’à dix heures du soir, comme les périodes où il est très pris, sans un seul jour de repos. Ajoutons à ses horaires de travail impossible ses séances de sport, et nous nous voyons à peine deux heures par jour. Je ne m’ennuie heureusement pas grâce à mes amis, mais il me manque, et je suis ravie le mardi de la semaine suivante, lorsqu’il rentre « tôt », à neuf heures.
Il vient m’embrasser sur le canapé, puis repart à la cuisine pour déposer de nombreux documents sur le comptoir.
- Tu ramènes du travail à la maison ? demande-je tristement.
- Non, ce sont des documents que tu dois signer, ça ne te prendra que quelques minutes, mais il faudrait que ce soit fait avant demain matin…
- Moi ? m’étonne-je en fronçant les sourcils.
- Oui, toi, répond-il en me lançant un coup d’œil amusé.
Je me lève, plus que curieuse et il s’explique en tirant la pile vers moi.
- Ce sont des accords de confidentialité, de la paperasse pour mes Winston, rien d’important… C’est normal, une procédure classique, explique-t-il évasivement en agitant la main.
Je lis en effet le premier document, un accord de confidentialité qui ne m’autorise pas à dévoiler quoi que ce soit des conversations que je peux avoir avec Hunter. J’hausse les sourcils, un poil vexée, mais je prends tout de même le stylo qu’il me tend.
- Ce n’est rien mon cœur, c’est la procédure pour mes avocats, ne te prends pas la tête. Je t’ai mis des post-it partout où tu dois signer…
- D’accord…, marmonne-je.
Je signe donc ses fichus accords, et il soulève le bas des pages pour moi, pour que je n’ai qu’à signer dans les petits encarts qu’il me présente.
- Quel cirque, marmonne-je.
- Excuse-moi mon amour… c’est juridique, dit-il en embrassant mon front.
- Oh… oui… ça ne m’étonne pas… Tes hommes m’ont assez fait me sentir comme une moins que rien… Je te parie qu’il y a là-dedans un document ou deux qui m’empêchent d’une façon ou d’une autre de mettre la main sur ta fortune ou je ne sais quel truc dans ce genre-là…
Il éclate de rire et je lui lance un regard amusé en finissant de signer la pile de papier.
- Et bien, ils en ont au moins en six exemplaires… Bandes de vautours mal lunés…, grommèle-je.
Il rit un peu plus avant de remettre les documents dans sa sacoche en cuir, qu’il pose près de la porte avant d’enlever sa veste et sa cravate avec un sourire satisfait aux lèvres.
- Je te fais à manger ? propose-t-il.
- Oh non, sûrement pas ! C’est moi qui te nourris ce soir ! réplique-je en retrouvant le sourire.
- Ah bon ? demande-t-il d’une voix charmée en posant ses mains sur mes hanches.
- Oui… mais il y a une règle très stricte…, chuchote-je.
- Laquelle ? demande-t-il en observant mes doigts se poser sur son premier bouton de chemise.
- Je te fais à manger uniquement si tu te promènes en caleçon, glousse-je.
Il éclate de rire en me laissant déboutonner sa chemise et lorsque je la retire de ses épaules, ses yeux sont très taquins :
- Puis-je t’appliquer la même règle… ?
- Tu peux, minaude-je.
Autant dire que je n’ai pas l’occasion de lui faire à manger tout de suite, puisqu’il m’attrape pour m’emmener dans la chambre dès l’instant où je me mets dans la tenue autorisée.
*
Nous dinons donc en tête à tête sur la terrasse une bonne heure après, et nous ne résistons pas à un petit bain nocturne dans notre beau jacuzzi dont il n’a pas eu l’occasion de profiter jusqu’à maintenant puisqu’il rentrait tard, passait encore des appels, mangeait rapidement et se couchait peu de temps après.
Je suis ravie de partager ce petit moment en amoureux. Il est à moitié allongé d’un bout à l’autre du jacuzzi, les pieds posés sur l’assise d’en face, et je suis étalée sur lui, dans ses bras.
- Alors ? Quelles sont les nouvelles à l’usine à rêve ? demande-je.
- Rien de passionnant, des rêves à la pelle…, rit-il.
- Il y a eu beaucoup d’heureux depuis notre retour de vacances ?
- J’ai beaucoup de choses sur le feu, mais un heureux élu a été sélectionné.
- Et mes Bûcherons… ? Tu leur as annoncé la mauvaise nouvelle… ? soupire-je.
- Non… ma décision n’est pas encore prise, c’est en cours… La date officielle du choix est fixée à samedi, les heureux élus auront leur réponse ce jour-là. Après ça, tout se calmera, je pourrai reprendre un rythme plus doux et passer du temps avec toi avec du travail à distance.
- Je ne vois pas ce qui peut bien te prendre autant de temps, la décision est prise dans le fond…, ronchonne-je.
Il attrape mon menton pour me faire le regarder par-dessus mon épaule en affichant ses yeux les plus sévères :
- Arrête de grommeler ou je sévis, menace-t-il gentiment malgré son regard.
- Je ne grommèle pas, j’ai de toute façon décidé de ne plus me mêler de tes histoires de boulot… Tout ça me dépasse, les Winston m’arracheraient les yeux et je ne supporte pas qu’on me juge comme ils le font…
Il est sans doute peiné par mes mots, parce qu’au lieu de sévir, il me réconforte avec toute sa douceur et son amour.
*
Le reste de la semaine ressemble à celle qui vient de passer, à savoir beaucoup de temps avec Eden et Alma, mais très peu avec Hunter.
Nous sommes désormais vendredi midi, je viens de manger avec mes amis et nous nous reposons tous les trois, les doigts de pieds en éventail dans nos transats attitrés. Je ne fais que de penser à mes Bûcherons, mes pauvres Sinclair, qui verront sans doute leurs rêves se faire briser dès demain, date officielle de l’annonce… Plus le temps passe et plus une vilaine idée se glisse dans ma tête. J’avais en effet décidé de ne plus fourrer mon nez dans le travail d’Hunter comme je lui ai dit mardi soir, mais je suis tout de même impliquée dans ce choix entre les Alimentaires et les Bûcherons… Plus je repense à leur façon de m’observer, le mal être qu’ils m’ont fait ressentir, leurs yeux inquiets quand j’ai tenté de convaincre Hunter… et plus j’ai envie de leur faire un sale tour.
- Ça vous dérange si je vous laisse ? demande-je subitement.
Alma hausse les sourcils avant de baisser ses lunettes de soleil pour me regarder :
- Pour aller où ? demande-t-elle.
- J’ai envie d’aller faire un tour au travail d’Hunter…, réponds-je d’une petit voix.
- Sérieusement ? Qu’est-ce que tu veux aller faire là-bas ? s’étonne Eden.
- Voir Hunter… lui faire un bisou… Il me manque, je ne le vois pas depuis deux semaines, réponds-je innocemment.
- Je peux comprendre, acquiesce-t-il en hochant la tête.
- Je peux prendre ta voiture pour m’y rendre ? demande-je.
- Bien sûr que oui, je te rappelle qu’Hunter veut qu’on la partage ! Tu la prends quand tu veux Titi ! Surtout quand je bronze au bord de ton jacuzzi ! rit-il.
Je glousse un peu et je les laisse en amoureux pour aller me préparer. Au moment de choisir une tenue, un sourire de diable se glisse sur mes lèvres lorsque mes yeux tombent sur la jolie robe que m’a donné Ophélia… La jolie robe que je portais toute la journée où j’ai donné des sueurs froides aux Winston… Ravie à l’idée de leur donner une petite dose de stress post-traumatique, je l’enfile donc en ricanant avant d’aller me coiffer et me maquiller un peu, pour être la plus présentable possible en sachant que je pars pour la tour de l’angoisse, remplie de tous ces hommes et toutes ces femmes apprêtés.
Dès que je suis prête, je sautille jusqu’à la voiture d’Eden et je me mets en route pour l’usine à rêves.