Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 171 : L’olivier
Une grosse semaine passe, je prends des nouvelles de Kai tous les deux jours, via Hunter, et je suis un peu déçue de réaliser que ses entretiens d’embauches ne mènent effectivement nulle part pour le moment.
Le vendredi matin, je fais une jolie récolte dans mon petit potager sur la terrasse et lorsque je vois la quantité de fraises, je ne peux pas m’empêcher d’avoir envie d’en apporter à Hunter, qui travaille au bureau. Il est stressé depuis quelques jours, je le vois bien, et il passe plus de temps dans ses locaux que d’habitude, ce qui me pousse à y aller, parce que je suis sûre qu’une petite visite surprise le rendra heureux.
Je suis désormais beaucoup plus à l’aise à l’idée de m’y rendre, je ne fais donc pas d’effort particulier, je prends simplement mon sac à main d’un bras, mon bol de fraise dans l’autre et je sors dans ma petite robe d’été légère.
Lorsque j’arrive devant le bâtiment, j’y entre comme si j’étais chez moi. Je ne me pose aucune question, je ne jette même pas un regard en direction de l’accueil et je file à l’ascenseur pour taper sur le dernier étage en ignorant les regards de quelques hommes que je croise, ceux qui ne m’ont jamais vu je suppose.
Je suis un peu déçue de ne pas trouver Lia derrière son bureau et je toque donc à la porte sans savoir si mon amour est là ou non.
- Entrez, lance-t-il d’une voix autoritaire que je ne connais pas.
J’ouvre donc et j’adore voir la seconde où il me fixe avec sa tête sérieuse… avant de se métamorphoser sous la joie dès qu’il me reconnait et je trottine jusqu’à son bureau, plus qu’heureuse de savoir que ce visage tout doux m’est uniquement réservé.
- Bonjour Monsieur Grimmal… je me suis dit que vous auriez peut-être envie d’un petit goûter pour votre pause de onze heures, le charme-je.
- J’ai une pause à onze heures ? demande-t-il en s’appuyant dans son dossier, bras croisés.
- Vous en avez une aujourd’hui, affirme-je en faisant le tour de son grand bureau.
Il m’observe m’assoir dessus avec des yeux qu’il veut durs, mais qui sont très clairement séduits, un peu plus lorsque je lui tends une fraise. Il la prend en me regardant dans les yeux, en n’oubliant surtout pas de sucer mes doigts au passage, et c’est maintenant moi qui suis sous le charme.
- Alors… Lia n’est pas là ?
- Non, elle est en vacances.
- C’est pour ça que tu es plus stressé que d’habitude ? demande-je.
- Tu le remarques tant que ça ? soupire-t-il avec des yeux coupables.
- Je te connais il faut dire… Que se passe-t-il ?
Nous mangeons mon petit bol de fraises pendant qu’il m’explique la situation, à laquelle je ne comprends pas grand-chose, si ce n’est qu’il semble y avoir des problèmes de comptes, mais il m’assure que ça n’a rien à voir avec ses dépenses récentes pour Eden, ses parents, Kai ou moi.
- Tu me le promets ? vérifie-je tout de même.
- Bien sûr, je n’ai pas de problèmes d’argent mon cœur tout va bien, simplement des problèmes qui paraissent rien mais qui pourraient avoir des impacts beaucoup plus embêtants…
- C’est-à-dire ?
- C’est-à-dire que je m’arrache les cheveux depuis des jours, parce qu’il y a des différences entre ce que je déclare et ce que je touche, ce qui est très grave et pourrait donner l’impression que j’essaie de blanchir de l’argent ou ce genre de chose alors que nous ne comprenons pas d’où vient le problème.
- C’est vraiment très grave ?
- Oh trois fois rien, je pourrais finir en prison mais…, rit-il nerveusement.
Je deviens sans doute livide, parce qu’il jure finalement entre ses dents pour s’insulter lui-même.
- Excuse-moi mon chat, nous n’en sommes pas là, je te le promets… je suis fatigué, tendu, je ne dors rien depuis des jours avec ces histoires et on pourrait sans doute casser du bois sur mes épaules… Je raconte n’importe quoi, pour l’instant tout va bien, mais il faut vite que je trouve ce qu’il se passe.
- C’est promis ? répète-je.
- Promis, et j’ai toute une équipe qui travaille là-dessus, je ne suis pas seul, pas d’inquiétude… Il faudrait simplement que je lève un peu le pied, que je prenne du recul… qu’un de ces idiots que je paie des fortunes fasse son travail… M’enfin…
Il soupire en posant ses coudes sur son bureau et son visage dans ses mains. Rassurée par la situation qui n’est pour l’instant pas critique, je m’attaque au problème actuel et je saute sur mes pieds pour me mettre derrière lui. J’attrape ses épaules pour le rassoir dans son dossier et il essaie de me lancer un petit coup d’œil, mais je garde de force sa tête droite :
- Ferme les yeux, ordonne-je.
Il obéit et je passe mes mains sur son visage pour le caresser, en appuyant un peu plus fermement sur les muscles de sa mâchoire, que je vois contractée depuis des jours. Dès qu’il comprend que j’essaie de le détendre et de lui faire du bien, il se laisse enfin aller dans son dossier pour s’y adosser et ses épaules s’affaissent d’un petit centimètre. Je prends le temps de masser doucement sa mâchoire, puis sa nuque avec application.
Je me penche un peu sur le côté pour admirer son visage en continuant mes petits massages, je me régale de son expression de bien-être et je crois que s’il était un chat, il ronronnerait drôlement fort. Je m’attaque ensuite à ses trapèzes, tendus comme des arcs, je souris lorsqu’il crispe les sourcils et entrouvre les lèvres, complétement transporté par ce que je lui fais. Je meurs d’envie de l’embrasser lorsque je vois cette expression sur son visage, c’est terrible, ça retourne les papillons dans mon ventre avec efficacité mais je reste concentrée sur ma tâche. Son visage suppliant ne va pas en s’améliorant et mes envies non plus, alors bien que j’arrive à ne pas l’embrasser, je ne peux m’empêcher de glisser mes mains dans son col pour caresser le dessus de ses pectoraux une petite seconde, juste une petite seconde avant de remonter vers ses épaules…
Trop tard, le sourire en coin qui me consume à chaque fois est déjà vissé sur ses lèvres et il attrape mes poignets en une fraction de seconde. Il tire doucement dessus pour ramener mes mains sous son tee-shirt et mon cœur accélère déjà lorsque je caresse le haut de son torse sensuellement. Il apprécie visiblement encore plus, il ne revient pas dans la réalité, il se laisse vibrer tranquillement sous les caresses que je lui fais et je n’arrive donc clairement plus à garder mes lèvres pour moi. Je les pose sous son oreille, que j’embrasse doucement plusieurs fois en passant mes mains sur son torse, en suivant ses muscles tendus. Ensuite, je caresse sa nuque de mes lèvres entrouvertes, du bas jusqu’en haut, où je dépose un baiser avant de recommencer la même chose sur l’autre versant avec douceur.
- Ça me fait du bien Hestia…, souffle-t-il tout doucement.
- Tu aimes que je te cajole ? murmure-je.
- Énormément…
Je prends une confiance folle, je n’ai plus peur de le distraire, je sais que je lui fais du bien et c’est tout ce qui compte pour moi. Je pose donc mes lèvres sur sa tempe, son front, sa joue… mes mains passent sur ses épaules dont je trace les muscles, les creux, les os…
Je promène mes lèvres jusqu’à sa mâchoire, je sème des baisers sur l’os de celle-ci, jusqu’à la commissure de ses lèvres… et il tourne la tête pour attraper les miennes au passage, pour m’offrir le baiser langoureux le plus chaud qu’il ait en réserve, lent mais agressif, qui me ferait presque tomber à la renverse. Mes ongles s’enfoncent doucement dans la peau de ses pectoraux sous ma tension qui grimpe, et il passe un bras derrière nous, pour attraper mes fesses sans quitter mes lèvres, afin de me tirer fermement plus près de lui, contre son dossier.
Il m’envoute en un claquement de doigts, je suis déjà complétement conquise, séduite, acquise même, et lorsqu’il relâche mes lèvres, il me fixe de ses yeux ardents :
- Tu sais ce dont j’ai vraiment envie pour me détendre, là, maintenant ? murmure-t-il.
- Je crois que j’ai deviné…, confirme-je avant de replonger sur ses lèvres en laissant éclater mon petit diable intérieur.
*
Nous sommes allongés depuis dix minutes dans le canapé confortable de son bureau, j’ai remis ma robe au cas où un de ses hommes viendraient le voir et nous nous observons de nos yeux qui clignent lentement sous notre détente maximale.
- C’est dingue…, murmure-t-il finalement. Chaque fois que j’ai un problème, tu es la solution…
- Je te retourne ce joli compliment…
Quelques minutes plus tard, son téléphone de bureau sonne et il se lève pour y répondre en annonçant qu’il rappelle dans deux minutes. Il s’étire ensuite largement en gémissant de bonheur avant d’ouvrir sa fenêtre pour laisser l’air de ce premier août rentrer.
- Ça va mieux ? demande-je gentiment en me levant.
- Si tu savais… Bon sang, je suis tellement bien, détendu, je plane pratiquement… Je crois que je ne suis plus bon à faire grand-chose maintenant…, rit-il en observant l’extérieur par son grand mur vitré.
- Oups…, glousse-je.
- Il fait tellement beau… J’ai plutôt envie de t’emmener au restaurant et de prendre mon après-midi, je n’arriverai pas à me remettre dans le boulot de toute façon… J’ai juste mon appel à passer mais si tu veux bien m’attendre, je t’emmène déjeuner en terrasse, décide-t-il.
- Avec plaisir, roucoule-je.
Je m’installe dans le fauteuil dans l’angle de son bureau en sortant mon téléphone et je lance un jeu de mots croisés en posant les pieds sur la petite table basse tandis qu’il m’observe avec des yeux brillants d’amour.
*
Nous quittons ses bureaux à midi et il m’emmène manger en terrasse, comme promis, où je me régale en papotant avec lui. Nous décidons ensuite de faire un petit tour dans une jardinerie, pour que je puisse choisir un bel olivier étant donné que j’ai fait l’erreur de lui dire hier à quel point je trouvais ces arbres jolis, qui me rappellent le jardin de Sélène. Les prix sont ahurissants pour de simples arbres en pots, mais j’ai appris à ne plus discuter les prix en sa compagnie et j’ai donc la tâche ridiculement difficile de choisir celui que je préfère pour orner notre terrasse sans me soucier du budget.
Nous patientons vers le bureau du responsable du magasin, puisqu’Hunter a demandé à ce qu’on nous livre l’arbre dans la journée, ce qui était impossible à l’origine mais qui est vite devenu possible lorsque les employés ont compris quel genre de client ils avaient en face d’eux. J’observe un petit présentoir en patientant, où sont exposés de magnifiques magnets d’insectes colorés sublimes, hors de prix.
- On te déroule le tapis rouge où que tu ailles…, le critique-je en pinçant gentiment sa joue.
- Tu vois bien que c’est faux, on vient de me dire non, souligne-t-il.
- Oui, jusqu’à ce que tu demandes le responsable pour lui graisser la patte, réplique-je en plissant les yeux.
- Je ne lui graisse pas la patte, je propose de payer trois fois le prix de livraison pour l’avoir aujourd’hui, se défend-il.
- C’est ce que j’appelle « graisser la patte », jeune homme…
- Je n’allais quand même pas tolérer que ma princesse attende quelques jours pour voir son bel olivier sur sa terrasse…, répond-il avec son sourire d’idiot que j’adore.
- Je n’en serais pas morte Hunter, tu jettes ton argent par les fenêtres… M’enfin, tu en as assez pour le faire… alors prends-moi donc ce petit magnet, déclare-je en attrapant la jolie libellule pour la mettre dans mon panier avec la guirlande d’extérieur que je viens de prendre.
Il éclate de rire et attrape ma mâchoire pour embrasser ma joue avant d’observer la jolie petite libellule que je lui montre. Le responsable sort finalement et nous annonce que notre olivier sera livré dans une trentaine de minutes chez nous.
*
Nous patientons sur notre terrasse en attendant les livreurs, Hunter est en short, allongé sur son transat et je lui expose ma récolte du jour dans mon petit jardin d’Eden, assise à côté de ses jambes.
- Ce sont nos premiers poivrons, rayonne-je en les sortant du panier.
Il se redresse vivement pour les prendre, très intéressé :
- Ça fait un moment que je les attends, je voulais essayer de faire un poulet aux poivrons… j’ai tout ce qu’il faut pour le faire ce soir, annonce-t-il en observant nos quelques légumes avec des yeux heureux.
- J’en ai déjà l’eau à la bouche ! m’excite-je instantanément.
- Mais qu’est-ce que je ferais sans ma petite jardinière ?! Qui m’offre des produits frais et de la meilleure qualité possible, ronronne-t-il en me charmant de ses beaux yeux.
- Cette jardinière ne serait pas très utile sans son incroyable chef cuisinier, réponds-je.
- En revanche, nous n’avons qu’un poulet entier… nous aurons de sacrés restes… nous pourrions peut-être réinviter Julia ? Elle nous avait tout de même intimé de l’inviter très vite, dit-il.
- A d’autres, je te connais Hunter, tu as envie d’entendre d’autres histoires sur sa vie amoureuse catastrophique ! glousse-je.
- Peut-être bien, admet-il en riant.
Je me lève donc pour aller appeler mon amie, qui accepte avec plaisir l’invitation, et j’en profite pour ouvrir aux livreurs, qui installent mon olivier où je leur ordonne.
*
L’après-midi est d’une qualité exquise.
Nous flânons sur la terrasse en discutant de mon petit potager, nous nous baignons dans le jacuzzi en nous câlinant, puis nous séchons dans nos transats sous le soleil en admirant le gros olivier qui orne désormais le coin de la terrasse et ombrage une partie de l’eau. J’ai également installé ma guirlande solaire le long de la rambarde du balcon, dont les grosses ampoules rondes s’allumeront d’une lumière chaude à la nuit tombée…
- Quand je pense à l’allure qu’avait cette terrasse avant que je n’emménage…, dis-je d’un ton ahuri. Elle avait deux paravents, une table en fer et quatre chaises… et ne servait pas !
- C’est clair…, acquiesce-t-il en haussant les sourcils. Alors qu’elle ressemble désormais à un petit jardin méditerranéen dans lequel nous passons tout notre temps… Tu as un talent certain pour embellir les lieux… pour embellir ma vie si je peux me permettre.
Il m’offre son sourire séducteur et je bats des cils pour l’amuser :
- Une croqueuse de diamants a plein d’idées en tête quand il s’agit de dépenser l’argent de son mari, réplique-je.
Evidemment, il éclate de rire, puis il m’attrape sur mon transat pour me tirer sur lui et m’allonger le long de son corps.
- C’est vrai qu’il ne fait pas assez chaud, l’embête-je en m’étalant pourtant confortablement sur lui.
- Nous irons nous baigner, réplique-t-il.
Son téléphone vibre et il observe la notification pendant que je bronze sur lui sans m’en soucier alors que j’aurais dû.
- C’est Kai…, annonce-t-il d’une voix un peu sombre. Il dit qu’il devient compliqué de trouver des entretiens maintenant qu’il a postulé dans toutes les boites qui cherchaient du monde…
- Tu penses qu’il fait vraiment tant d’entretiens que ça ? Peut-être qu’il nous dit ça pour nous donner l’impression qu’il cherche… Il ne peut quand même pas se faire embaucher nulle part… ? m’inquiète-je.
- Malheureusement oui… Avant de vous remettre en contact, je l’ai fait suivre par mon privé… Et c’est vrai mon chat, il essuie des dizaines de refus… Il n’a pas l’obligation d’annoncer avoir fait de la prison, mais les tatouages qui recouvrent son cou et ses mains le crient pour lui, sans même parler du fait qu’il n’a rien dans son CV à part trois pauvres semaines en usine… et en un coup de fil, les futurs employeurs apprennent que c’est lui qui a quitté son travail du jour au lendemain sans prévenir… Ce n’est pas l’idéal pour se faire embaucher…
- Le pauvre… Il doit déprimer… Il essaie tellement de s’en sortir, ça me brise le cœur…, geins-je.
Je pense à mon pauvre frère, qui tourne en rond dans sa chambre horrible de motel, à attendre des coups de fils positifs qui ne viennent pas et à s’abrutir devant la télé… Passer une petite soirée heureuse lui ferait du bien, pleine de rires, de gens normaux, de moi…
- Hunter… ? ose-je timidement.
- Tu veux l’inviter ce soir ?
- Comment tu le sais ? m’étonne-je.
- Comme souvent Hestia… j’attends que tu me poses la question depuis la seconde où je t’ai dit que le message était de Kai…
Je rougis un peu en serrant ses bras dans les miens :
- Qu’est-ce que tu en penses ? Tu ne veux pas qu’il sache où j’habite ? Je pourrais le comprendre après ce qu’il a fait, largement…, chuchote-je.
- J’y ai réfléchis et écoute… Je préférerais qu’il ne le sache pas, mais c’est parce que je me base uniquement sur ses comportements quand il était drogué jusqu’à la moelle… J’échange avec lui depuis des mois, je l’appelle régulièrement et honnêtement, ce n’est pas le même homme quand il est sobre. Je peux même enfin comprendre pourquoi tu tiens à ce type, parce que je t’assure que je ne comprenais pas quand je le voyais uniquement sous dope.
- Ça le change complétement, je ne le reconnaissais pas moi-même, confirme-je.
- Je choisis de lui faire confiance, je prendrai des mesures s’il replonge et qu’il nous pose des soucis.
Mon cœur rayonne et il lève son téléphone devant mes yeux pour inviter Kai, me laissant même écrire la fin du message pour lui intimer de prendre son maillot de bain.