Nouvelles d'ici et d'ailleurs

Chapitre 35 : Le Miroir | 2026

495 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 02/05/2026 09:34

Ce matin, je me suis levé et, comme chaque jour, mon miroir m’a renvoyé l’image d’une personne que je ne connais pas.


Elle a les cheveux longs, le teint pâle, le regard éteint.


Elle est moche.


Elle porte des vêtements qui ne lui vont pas. Tout le monde la complimente tout le temps sur ses vêtements. C’est quelque chose que font souvent les personnes autour d’elles.


Pourtant, elle est moche, cette fille.


Elle ne ressemble à rien. Elle est froide, elle est vide comme la coquille d’un œuf pourri.


Elle a ce corps qu’elle traîne derrière elle comme un boulet. Un corps de femme, avec des seins, des fesses et les regards des autres qui s’arrêtent sur elle. Elle a le corps trop courbé, trop flasque, trop bombé. Trop de tout. Trop.


Qu’elle est moche, cette fille.


Je ne la supporte plus.


Chaque jour qui passe, je me regarde dans le miroir. Je ne sais pas ce qu’il me renvoie, mais ce n’est pas moi.


Je ne veux plus les voir, ces petits seins rebondis et cette chevelure trop longue. Je ne veux plus de ces joues trop creuses.


Je ne veux plus de ce corps.


Pourtant, je suis prisonnier de ce corps qui n’est pas le mien. Ma mère insiste que c’est bien le mien, ni repris ni échangé, mais moi, je sais mieux qu’elle. Il y a eu une erreur dans le magasin. Il y a eu un problème à la conception.


On m’a placé dans le mauvais corps.


Les filles, ça ne devrait pas jouer dans la boue, disait ma voisine. Les filles, ça ne met pas le bazar dans sa chambre, me disait encore ma mère l’autre jour. Une fille, elle doit être belle à regarder. Une fille, elle doit se marier et avoir des enfants. Une fille, elle ne doit pas faire de vague. Une fille, elle accepte son corps et elle se tait.


Une fille, une fille, une fille.


Cette fille.


Celle qui me regarde.


La fille qui n’existe pas.


J’aimerais tant lui arracher les cheveux, lui aplatir les seins. Lui hurler de se trouver un autre corps et d’arrêter de m’imposer sa vie. Ce n’est pas sa vie.


C’est la mienne.


Je ne suis pas une fille.


Je ne l’ai jamais été.


Ce reflet dans le miroir n’est pas à moi.


Je suis né dans le mauvais corps.


Et si, pour le retrouver, un jour, je dois te charcuter, corps trop parfait, coquille vide, alors je te tuerai sans hésiter. Je te reformaterai comme tu m’as trop formaté.


Je te détruirai avant que tu me détruises.


Tu n’es pas moi.


Tu n’es que le corps du phénix, sur le point de flamber.


Il est temps que je sorte de tes cendres.

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