Nouvelles d'ici et d'ailleurs
— Regarde, ils sont juste là !
Le scientifique se jeta à plein ventre dans le marais, sous les yeux exorbités de sa stagiaire. Avant qu’elle ne puisse se plaindre, l’elfe lui attrapa le bras et la força à s’allonger à ses côtés. La jeune femme serra les dents alors que l’eau froide détrempait sa blouse blanche qui n’avait plus de blanc que le nom.
Dans les fourrés, elle distingua une énorme forme allongée sur son flanc, qui respirait avec difficulté. Une autre bête broutait des algues quelques mètres plus loin, à moitié enfoncé dans la vase des abords du Lac Filmiur.
— Je les cherche depuis si longtemps, s’extasia le scientifique. Ils ont presque disparu des forêts depuis la Grande Guerre.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Des canipopotames ! Un des herbivores les plus anciens de cette région.
La jeune fille fit un effort de concentration. Elle avait déjà entendu ce nom. Comme beaucoup des créatures de ces bois, les canipopotames étaient des chimères issues des laboratoires elfes, conçus pour réparer l’écosystème détruit par le grand incendie qui avait ravagé la forêt de Qerod, près de deux siècles avant sa naissance. Malheureusement, le laboratoire avait fini ravagé par les flammes et avait laissé s’échapper dans la nature toutes les créatures qu’il renfermait, les bonnes, comme ces placides animaux… Comme celles qui n’auraient jamais dû en sortir, telles que les fées, qui causaient des ravages dans toute la région et s’attaquaient aux voyageurs isolés.
— De quoi sont-ils faits ? demanda-t-elle.
— À la base ? Ils sont le mélange d’une espèce d’hippopotame nain auquel on a rajouté des gênes de chien pour les rendre plus dociles. Lorsqu’ils se sont échappés, pour une raison que nous n’expliquons pas, ils ont commencé à se joindre à des troupeaux de cerfs. Nous pensions que les canipopotames ne pouvaient pas se reproduire, mais un grand scientifique a dit un jour que la vie trouve toujours un moyen. Ils sont maintenant une espèce à part entière. Et je vais te le prouver aujourd’hui.
— Comment ?
Le scientifique pointa de la main l’immense créature allongée. Il n’eut besoin de rien dire. La bête poussa soudain un long meuglement, à la manière d’une vache enrouée, et poussa de toutes ses forces. L’autre individu, à ce son, sortit immédiatement de l’eau pour le rejoindre. Il lui renifla la tête affectueusement, avant de pousser l’autre créature du museau.
— Elle est en train de mettre bas, dit le scientifique.
La femelle prit une autre inspiration et accompagna la convulsion suivante d’une poussée interminable. Enveloppé dans un sac amniotique, une petite créature fut subitement éjectée par l’arrière. La mère, poussée par l’instinct de survie, ne perdit pas de temps et se releva sans tarder. Elle se secoua, à la manière d’un chien se débarrassant d’un trop plein d’énergie, puis se retourna. Elle renifla la forme étendue au sol, puis, sans grande tendresse, le poussa de son museau.
Le petit poussa un gémissement pitoyable, avant de s’extraire en rampant de son sac de protection. Il ressemblait aux parents : le poil brun et humide, à l’exception de la croupe nue et rugueuse comme la peau de ses ancêtres hippopotames. Ses naseaux s’ouvraient et se fermaient frénétiquement sur le même rythme de ses oreilles affolées, qui battaient dans tous les sens. Il ne portait pas de cornes, elles pousseraient bien plus tard, si bien qu’il ne ressemblait en vérité qu’à un gros chien avec une large tête.
La mère le poussa de nouveau. Le jeune poussa sur ses jambes instables et fit quelques pas maladroits. Le scientifique sourit largement. Comme tous les mammifères sauvages, les jeunes devaient être autonomes le plus rapidement possible pour échapper aux prédateurs. La jeune femme se demanda bien quels genres de bêtes pouvaient bien chasser des animaux de cette taille, mais l’expérience lui avait appris qu’on trouvait toujours plus gros que soi dans cette forêt.
Une fois stable, le petit alla têter sous la femelle, qui regarda autour d’elle, attentive. Son regard finit par se poser sur eux. Elle poussa un grognement féroce, les oreilles plaquées sur son crâne.
— Je ne crains qu’il soit l’heure de partir, soupira le scientifique.
Pas assez vite au goût du mâle, qui, sans demander son reste, les chargea subitement, faisant trembler la terre sous ses pas. Le scientifique se mit à courir, la stagiaire sur ses pas. Il les repoussa hors des marais, avant de faire demi-tour, victorieux. Le scientifique sourit à la jeune femme.
— Voilà, vous avez de quoi nourrir votre dossier de fin d’études !
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CANIPOPOTAME (CANIPOTAMUS POTAMUSMUS)
Dangerosité : Inoffensif tant qu’il ne se sent pas menacé
Répartition : Rare
Type : Mammifère
Ordre : Herbivore
Lieu d’habitation : Berges du Lac Filmiur et du Fleuve Miroir
Taille : 190 à 250 cm au garrot
Poids : 500 à 700 kg
Espérance de vie : 40 à 50 ans
Description physique : Aussi haut qu’un ours et large qu’un hippopotame, le canipopotame a une tête d’hippopotame avec une paire de cornes de cerf sur la tête et deux paires de défenses. Son corps est poilu comme celui d’un chien, blanc, noir, marron ou abricot, avec des zones dégarnies, ce qui lui donne l’air d’un caniche. Ses pattes sont griffues.
Comportement : Le canipopotame est un animal placide qui passe la majorité de son temps dans l’eau à manger des algues. Il vit généralement en couple, un individu qu’il a choisi pour toute la vie. Il n’est pas agressif et préfère généralement la fuite devant le danger. Néanmoins, s’il a un petit, il n’hésite pas à charger. Le canipopotame est en voie d’extinction, chassé par les alchimistes qui utilisent ses cornes dans leurs potions.
Reproduction : Les canipopotames peuvent se reproduire à partir de cinq ans. Ils choisissent un partenaire pour la vie et ne le quitte plus. Un couple donne naissance à un petit tous les quatre ans environ. Il restera à leurs côtés pendant un an et demi avant de quitter le nid pour fonder sa propre famille avec une femelle plus âgée.