Les voyages en Absurdie et d'autres histoires
Ce récit est écrit pour le défi sur Nocteller : Un chrono de 30 minutes. Pas de retour en arrière. Donc si vous voyez des erreurs soyez indulgents !
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Le dragon fixait la princesse et celle-ci le regardait en retour. Puis, avec un soupir résigné, elle demanda :
— Satisfait ? Qu'est-ce qui t'a pris de m'enlever ? Si ta vue est défaillante, procure-toi des lunettes ! Tu ne vois pas que je ne suis pas ce que tu cherches ?
— Tu appartiens à la famille royale ? interrogea le dragon, perplexe face à cette réaction inattendue.
Son vis-à-vis acquiesça d'un mouvement de tête, les lèvres pincées d'agacement.
— Tu as une longue chevelure dorée qui cascade sur tes épaules ?
Même geste affirmatif, accompagné d'un roulement d'yeux exaspéré.
— Tu portes un chapeau orné de plumes colorées et majestueuses ?
Même pantomime, mais cette fois avec un soupir d'impatience :
— Alors pourquoi pas toi ? Tu corresponds parfaitement à ma liste de critères !
— Heu... Comment te dire… Au risque de te décevoir — bien que je sois de la famille royale, que j'ai les cheveux longs et soyeux et un chapeau à plumage des plus élégants, je ne suis pas une princesse ! Il y a un détail que tu sembles avoir négligé.
— Qui es-tu donc, si tu n'es pas une princesse ? interrogea le dragon complètement déconcerté, car tous les critères étaient réunis : sang royal, cheveux, chapeau, plumes. Son manuel d'enlèvement ne mentionnait aucune autre possibilité.
— Un prince, prononça le quidam en rougissant jusqu'aux oreilles, Charmant de mon état ! J'étais à la recherche d'une princesse à libérer, réveiller, enlever (rayez la mention inutile). « Et maintenant que vais-je faire, de tout ce temps que sera ma vie ? »
— Ce qui est sûr, tu n'as pas le talent de Gilbert Bécaud, que tu es en train de citer ! soupira le dragon en secouant sa tête écailleuse. Ta voix laisse franchement à désirer.
Le dragon regarda autour de lui à la recherche d'une solution pour consoler le prince et proposa, après un moment de réflexion :
— Tu pourrais me libérer moi ! De mes terribles griffes ! Les voici, les griffes... regarde comme elles sont effrayantes et dangereuses.
Il tendit en guise de preuve une patte massive et déploya les griffes comme le ferait un chat, avec une délicatesse surprenante pour une créature de sa taille.
— Et je suis mieux qu'une princesse, non ? Plus intéressant, plus cultivé, et certainement plus résistant au feu.
Le prince, Charmant de son état
Dragon de suite libéra,
Et très fier de son exploit,
Dans la foulée l'épousa !