Voyages en Absurdistan
Chapitre 4 : Bon appétit, Ivan Vassilievitch !
545 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 25/02/2026 13:25
Ce chapitre contribue au Défi Défi 3,2,1 de PlumedePrune sur Nocteller (trois mots imposés, Lanterne, Poisson et Secret)
Fandom Ivan Vassilievitch change de profession
Bon appétit, Ivan Vassilievitch !
Le ciel nuageux semblait garder un lourd secret. Ivan le Terrible de ses yeux clairs scrutait Moscou en contrebas depuis la fenêtre du minuscule appartement d’Alexandre. Il se retourna et son ample robe de fourrure sertie d’or s’agitait avec grâce à chaque pas. Ignorant le salon aux murs blancs ornés d’affiches, il s’arrêta devant le cadre de porte de la cuisine et demanda à Alexandre :
— Le sorcier, ramène-moi ! Je me sens mal ici ! C’est étouffant ! Le boïard, c’est un endroit absolument indigne de vous et de moi !
Le Soviétique le fixa et lui montra la hache fichée dans la machine à remonter le temps qui reposait comme une reine blessée au centre de la table : un monstre métallique avec maints tuyaux, fioles et panneaux tournants.
— Illustre tsar, je ne suis qu’un scientifique !
Alexandre porta sa main à son cœur, froissant sa chemise à carreaux.
— J’ai inventé cette machine, mais l’un de vos gardes à lancer ce lourd machin qui a refermé le passage ! Je dois réparer la machine et je vous ramène à votre époque !
Le tsar soupira et marmonna :
— Éclairez ma lanterne, sorcier ! Comment mes hommes ont pu ainsi causer un dégât dans ta demeure ?
— Le temps que la brèche temporelle était ouverte, il y a cette communication, cette transparence entre les deux espaces. Bref, une distorsion spatio-temporelle où l’un peut influencer sur l’autre, si suffisamment maintenu. Et c’est ce qui est arrivé !
Le tsar rôda autour de la machine, l’observant minutieusement, lorsque les gargouillis de son ventre se firent entendre.
— Ah, boïard, allons nous sustenter !
Ivan le Terrible s’approcha du Russe des temps modernes.
— Qu’est-ce ta femme ou ta bonne a préparé ?
— Rien, je n’ai ni l’un ni l’autre. Je peux vous proposer des poissons en conserve. En voulez-vous ?
L’ingénieur sortit une conserve de sardines sur la table, du pain et peu de vodka. Le tsar s’assit et sortit son court poignard qu’il gardait à sa ceinture et prit d’un geste vif un poisson, le porta à son nez et le renifla.
— Vous craignez que je vous empoisonne avec ces poissons ? commenta l’ingénieur en passant une main dans ses cheveux aussi noir que les ailes d’un corbeau.
— Que nenni ! s’offusqua Ivan Vassilievitch avec une petite moue.
— Bon, allez, je vais vous convaincre !
Alexandre prit la nourriture et la mangea en une bouchée. Une fois qu’il mastiqua et avala la sardine, il s’exclama :
— Voilà ! Tout est sain ! Et je ne pense pas mourir de cette nourriture en conserve ! Mangeons ! Bon appétit ! Et après, je m’occuperais d’acheter les boulons manquants ! Longue vie à notre premier tsar !
« Si on peut appeler une longue vie mourir à… 53 ans… » songea l’homme de science.
Les deux hommes levèrent leur verre et le vidèrent d’un trait avant d’engloutir avidement les sardines et la petite salade de macédoine qui accompagnait le repas.