Voyages en Absurdistan
Ce chapitre contribue au Défi Le Tetris des Mots | Mots à caser de Myfanwi (insérer les mots imposés choisis, ceux-ci apparaissent en gras, listes 4 et 5)
Fandoms Contes et légendes Russes
La vie d’un tsar
Il était une fois au Vingt-Septième Royaume, au cœur d’un immense château, Kochtcheï l’Immortel, le tsar craint et redouté, était assis sur son gigantesque trône décoré aux armes de la famille : une chaussette ornée de motifs slaves. Le sorcier jouait avec son anneau d’or au chaton d’émeraude, en le retirant et en le remettant sur son index.
« Quand va-t-il venir, ce maire prétentieux ? » songea-t-il.
De ses sombres yeux, il balaya la salle vide de tous les courtisans, ministres et ambassadeurs avant de déposer sa lourde couronne sertie de diamants et d’émeraudes, symbole de sa fonction et de sa position sociale, sur la table afin d’ordonner ses cheveux. Il lévita jusqu’à la fenêtre où reposait sagement un vase rempli de roses. Le sorcier slave approcha sa main décharnée de la plante aux pétales aussi blancs que la neige pour lui donner une caresse. Il se remémora un souvenir d’enfance.
Âgé de quatorze ans, le petit Kochtcheï vit dans une bulle protectrice toujours entouré des servantes et des serviteurs qui réalisent le moindre de ses désirs. Il n’a pas l’habitude d’être contrarié. Un jour, il joue au piano et à l’orgue avec sa professeure, la Roussalka Anastasia. Il passe ses doigts sur le clavier de l’instrument qui émet un son horrible. Son institutrice lui dit gentiment :
— Kostia, il faut que tu te pratiques. C’est ainsi, et seulement ainsi, que tu deviendras un virtuose. Nous nous revoyons demain, illustre tsarévitch.
Elle s’incline respectueusement et quitte le salon. Ses pas résonnent encore longtemps dans la pièce, telle une ombre de sa présence. L’apprenti sorcier soupire et pense :
« Si seulement je pouvais partir à l’aventure ! Affronter des dragons et des plantes cannibales comme dans les contes que j’ai lus ! Si seulement je pouvais quitter ce foyer trop étouffant ! Si seulement je pouvais acquérir une renommée ! »
Son regard s’arrête sur la grande fenêtre entrouverte.
« Et si ? Pourquoi pas ? Je n’aurais pas besoin de tondre ma chevelure pour passer ! Mais avant, je dois prendre quelques vivres avec moi… »
Il part dans la cuisine et prend quelques biscuits au miel qui dorment sagement dans un pot en céramique orné de motifs orientaux complexes. Soudain, un écho de conversation lui parvient à ses oreilles. Le gamin transpire à grosses gouttes, craignant être pris en flagrant délit de vol ! Il ramasse les desserts dans la poche de son ample robe de lin en claquant des doigts et longe le mur carrelé pour sortir de la pièce. Il passe ainsi à côté des cuisiniers et de leurs aides sans que personne ne le remarque.
Il ouvre un peu plus la fenêtre, sourit à la rose en pot et lui murmure :
— Rose, petite plante, je te promets de bien m’occuper de toi si tu ne souffles mot à personne. Promis, juré, sur mon honneur !
Les feuilles vertes s’agitent en signe d’approbation. Le sorcier sort par la fenêtre et atterrit dans le jardin. Il continue à voler pour se rendre dans les rues de la capitale. En marchant le long de l’artère principale, il observe les maisons en marbre et en pierres précieuses. Kochtcheï remarque un grand homme de bleu vêtu aux cheveux aussi clairs que le blé mûr au soleil qui le fixe. L’inconnu s’approche de lui et murmure :
— Mon garçon, je connais ce qui est le plus convoité au monde… ce dont plusieurs hommes ont rêvé !
— Qu’est-ce que c’est ?
Les yeux de son interlocuteur brillent d’une lueur particulière.
— La vie éternelle !
Il scrute le garçon de son regard d’aigle et fait une imposition des mains avant de lui donner un grimoire doré aux lettres cyrilliques.
— Maintenant, tsarévitch, vous connaissez ce qui est le plus précieux en ce monde-ci !
Et le mystérieux personnage s’éclipse dans une lumière verte aveuglante devant une foule de piétons attroupés autour d’eux.
— C’est lui, chuchotent-ils. Le moine extatique et mystique ! Il a choisi notre tsarévitch Kochtcheï !
— À quoi pouvons-nous nous attendre pour notre futur ? gémissent certains.
Un sourire s’étire sur les lèvres du futur tsar, retenant un fou rire.
« La crainte est meilleure que la pitié ! Je dois être fort ! »
Le garçon ouvre le grimoire qui scintille tel un soleil ardent. Kochtcheï flotte au-dessus du sol avant de lire mentalement la formule magique pour gagner l’antre du dragon des contes en un instant. Il disparaît dans une lumière dorée.
Il arrive dans une forêt sombre devant un antre ténébreux. Il crie :
— Dragon à trois têtes et à une cervelle, sors de ton trou, le rat !
Dès que le monstre aux écailles écarlates émerge de sa demeure rudimentaire, rugissant, le jeune homme prononce un passage du grimoire. Le dragon s’effondre au sol, foudroyé par la magie noire. Le tsarévitch prend avec lui les nombreux coffres de pierres précieuses et d’or, ainsi que des manuscrits anciens et oubliés.
Ce premier exploit marque le début de sa carrière de sombre mage, craint et vénéré par ses sujets et par-delà son Royaume.
Le sorcier sortit de sa rêverie au son de la porte principale qui s’ouvrit toute grande. Un ambassadeur s’inclina devant lui et annonça solennellement :
— Alexandre Romanovitch vient d’arriver. Voulez-vous, Kochtcheï l’Immortel, que nous le laissons entrer ?
L’interpellé se retourna et afficha un sourire carnassier.
— Oui, qu’il vienne !
Un homme obèse aux joues joufflues se dandina paresseusement jusqu’au trône. Ce dernier était occupé par Kochtcheï qui portait fièrement sa couronne.
— Je reviens de voyage d’affaires, s’excusa Alexandre. Je n’ai pas oublié notre rencontre !
— Commençons par nous sustenter, mon ami !
Le tsar désigna d’un geste de la main la table garnie des mets les plus fins et des boissons les plus fortes. Le maire saliva.
— Puis, je vous expliquerai la raison de cette rencontre ! termina Kochtcheï sur une note mystérieuse.
Alexandre déglutit sa salive et trembla malgré lui. La situation comique arracha un éclat de rire tonitruant et incontrôlé du mage maléfique.
— Vous n’avez rien à craindre !
**
Une fois la dernière bouchée du dessert consommé, Kochtcheï murmura une formule en slavon, immobilisant le maire sur son siège. Il bougeait uniquement des yeux.
— Je vous annonce, Alexandre Romanovitch, que vous êtes viré !
Et le tsar claqua des doigts, le maire disparut instantanément. Kochtcheï se cala contre son siège royal et vida d’un trait sa coupe remplie de vodka.
— Passons au prochain dossier !
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Vingt-Septième Royaume — Un royaume lointain dans les contes russes.
Kochtcheï l’Immortel — Un sorcier des contes russes qui est très riche et réputé pour enlever les princesses. Il est immortel, parce que sa mort — au sommet d’une aiguille qui est, elle, dans un œuf, l’œuf dans un canard, le canard dans un lièvre et le lièvre dans un coffre — est cachée au sommet d’un chêne de l’île mythique Bouïane au milieu de l’Océan.
Roussalka — Une entité maléfique de la mythologie slave orientale, qui se manifeste près des champs de céréales, des forêts ou des points d'eau. Elle prend l'apparence d'une femme au teint pâle, arborant une longue chevelure verte. Cette créature peut tuer ses victimes en les chatouillant sans relâche ou en les noyant.