Voyages en Absurdistan
Ce chapitre contribue au Défi a manque de vocabulaire de TheTeller (prendre au moins une des listes proposées et changer les mots par des synonymes, listes 2 et 4)
Fandom Contes et légendes Russes
Où es-tu ?
Par une belle journée d’août, au Vingt-Septième Royaume, un royaume lointain et mythique,
Baba Yaga contempla la porte, fatiguée d’espionner secrètement sa fille avec son grimoire.
« Où est cette gamine ? » pensa-t-elle. « Je lui ai bien dit de venir avant midi pour qu’elle m’aide. Mais elle fait à sa tête ! Et je n’ai pas le temps de guetter ses moindres pas. Les plantes appellent mes soins ! »
Elle se redressa et prépara le repas : un bortsch.
Une fois le tout terminé, elle s’attabla, mais toujours personne à l’horizon. La sorcière soupira bruyamment et chuchota :
— Pomme d’or, petite pomme d’or, roule sur l’assiette d’argent et montre-moi mon enfant, Maria !
Les artefacts de voyance volèrent délicatement jusqu’à elle, aussi légers que des plumes.
— Yaga, nous procédons à la géolocalisation de votre fille, révéla la pomme en tournant sur l’assiette.
— Cette opération prendra quelques minutes, répliqua l’assiette.
La mère de Maria expira.
« Un soupçon de patience… Patience… » se sermonna-t-elle en son for intérieur. « C’est une vertu que je n’ai pas… »
Elle jeta un bref coup d’œil au basilic en pot près de la fenêtre. Il semblait accablé, la terre craquelée par le manque d’eau. Elle l’arrosa pour passer le temps. La sorcière sauta jusqu’au plafond lorsque la pomme, d’une voix grave, affirma :
— Yaga, il est impossible de localiser votre fille. Maria a utilisé un puissant sort qui nous brouille toutes les pistes.
— Quoi ! ?
Prestement excédée, Baba Yaga fit crépiter de l’électricité statique autour d’elle, dressant sa blonde chevelure, tandis que quelques fenêtres éclataient.
— Probablement devrais-je moins me soucier pour ma fille, elle est une jeune femme responsable ? Pas du typed’insouciante qui visiteraient des endroits peu recommandables ou qui se donneraient au premier venu… Je dois être plus zen ! Plus calme ! Arh ! Facile à dire !
Imperceptiblement, toute la maison fut prise d’un tremblement de terre local qui devint de plus en plus fort. Puis, tout revint comme avant, sauf dix couverts dorés réduits en mille morceaux qui demeuraient étalés au sol.
— Je dois la retrouver… Il est impossible qu’un trou noir l’ait englouti ! Et la pomme d’or ne peut annuler les sorts. Ma boussole et quelques grimoires le peuvent…
Baba Yaga sortit de sa demeure à bord de son mortier, agitant son pilon pour naviguer dans les airs, plus anxieuse qu’à l’ordinaire. Elle s’éleva dans les cieux lumineux, ignorant les vivants en contrebas. Elle vola tellement rapidement que tout défila sous ses yeux et ressemblait à des points blancs, verts, bruns et bleus mouvants. Elle admira sa boussole magique accrochée sur le bord du mortier dans un entrelacement complexe. Elle ordonna à l’objet :
— Boussole, petite boussole, brise le sort dit Effacement de tout suivi instantané, et indique-moi la voie où est Maria !
L’aiguille tournoya dans tous les sens avant de scintiller d’un éclat particulier murmurant :
— L’enchantement est détruit avec succès.
« C’est certain que tu y arrives… C’est ton travail ! » songea-t-elle avec humour.
— Suivez-moi !
Et l’aiguille pointa vers le Sud-Est. La sorcière parcourut plusieurs kilomètres, traversant maintes villes et forêts pour arriver dans la banlieue d’une grande ville connue.
Baba Yaga descendit, lévitant les rues avec assurance et souriant à la frayeur qui se lisait dans le regard des passants qu’elle rencontrait.
Elle s’arrêta devant une petite maison en pierres avec deux jardins bien entretenus. Elle ressentit une magie encore inconnue qui entourait l’endroit. Son cœur se serra.
— C’est ici que se trouve ma fille, murmura-t-elle avec une lueur de crainte dans le regard. En souhaitant que ce ne soit pas un piège.
— Ce n’est pas un piège, lui répliqua la boussole, n’oubliez pas que les femmes mariées ont une magie différente de celle des fillettes, des jeunes vierges et des mères !
Baba Yaga approuva d’un signe de tête, s’approcha de la porte de fer à petits pas et frappa au battant, attendant que quelqu’un l’accueille. Ces quelques secondes lui semblèrent une éternité. Son cœur battit à tout rompre et des centaines de pensées se succédaient dans son esprit :
« Et si je me trompe ? Et si je suis indésirable ? Et si c’est une farce ? »
Et la porte s’ouvrit doucement, pour laisser entrevoir Maria. Une gracieuse et élégante jeune femme qui jouait avec ses bracelets d’or l’invita à l’intérieur d’un geste de la main. Un large sourire au visage, sa mère soupira. Elle voulut gronder Maria, mais aucun son ne sortit de sa gorge serrée. La colère fondit de son cœur, malgré elle, à sa vue, laissant place à un soulagement et à son amour maternel. Ses cheveux ne furent plus sous l’électricité statique, son cœur se calma. Elle lui donna une accolade silencieuse.
— Mon enfant…, où étais-tu ?
Elle marqua une pause, cherchant ses mots, le souffle court. Elle bredouilla :
— Pourquoi… n’es-tu pas revenue… à la maison ? Je… Je suis… morte d’inquiétude !
Un petit sourire coupable, le même que lorsqu’elle était enfant, se dessina sur le visage délicat de Maria, arrachant une joie attendrie dans le cœur de sa mère.
— Maman, s’expliqua-t-elle en ajustant son voile pour cacher la mèche rebelle et en baissant ses yeux brillants… Je… Je… m’excuse bien de ne pas laisser un mot…
Elle se retourna en se mordillant les lèvres :
— J’ai perdu la notion du temps au côté de mon mari, le brave chasseur André.
Baba Yaga et Maria se rendirent au salon et prirent des nouvelles. Entre deux biscuits, sa fille lui présenta l’élu privilégié de son cœur. André fit la connaissance de sa belle-mère autour d’une tasse de thé. Cette tasse que le mortel serra fortement entre ses mains, conscient de la puissance qui se tenait devant lui.
« Je n’ose pas fâcher ou décevoir ma belle-mère, sinon, tout va mal pour moi ! », pensa-t-il.
Quelques heures plus tard, Baba Yaga rejoignit sa maison surmontée de pattes de poule et referma la porte en grommelant :
— Ah cette jeunesse insouciante ! Au moins, Maria est chanceuse qu’André soit un homme sérieux et digne d’elle… Je suis certaine d’être bientôt grand-mère.