Voyages en Absurdistan
Chapitre 17 : Le bal pour la fiancée de Kochtcheï
1973 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 23/04/2026 11:37
Ce chapitre contribue au Défi Mots, sans être des maux (3) de moi-même (des mots imposés qui apparaissent en gras dans le texte)
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Le bal pour la fiancée de Kochtcheï
Il était une fois, dans un royaume lointain, le Vingt-Septième Royaume, vivait un tsar immortel et craint pour ses nombreuses connaissances, nul autre que Kochtcheï l'Immortel. Un jour, le terrible mage maléfique soupira en observant le gigantesque gâteau devant lui. Aujourd'hui c'était son anniversaire, mais il était seul dans son immense château, aucun courtisan, aucun serviteur, aucune famille, seulement sa garde personnelle, qui veillait à sa sécurité, était présente à chaque porte. Il pensa :
« Si seulement je pouvais trouver l'amour ! La solitude ne sied pas à un roi ! C'est une ombre dans mon existence ! L'immortalité du corps ne me suffit pas, je dois avoir une descendance... Mais où trouver une femme, une reine digne de moi ? »
Il se leva de son imposant trône et lévita jusqu'à la fenêtre, scrutant les nuages blancs qui cachaient le soleil, puis la foule vivante en contrebas qui s'agitait. Il sourit, s'éloigna de la fenêtre et s'arrêta devant la porte dorée.
— Sont-elles arrivées ? demanda-t-il en ajustant sa couronne d'un geste expert.
— Les délégations des différents pays d'Occident et d'Orient, illustre tsar, sont à vos portes, lui répondit un garde depuis sa position. Tous les tsars ont répondu à votre invitation et vous verrez les plus belles femmes du monde !
Il sourit et ordonna :
— Préparez les tables !
Le garde quitta la pièce. Le sorcier se rendit dans sa bibliothèque. Cette imposante salle d'or, de marbre et d'émeraude, était remplie de manuscrits sur les secrets de l'univers. Il s'accroupit au sol et activa un mécanisme connu de lui seul. Il sortit un coffre de la cache et l'ouvrit. Il en extirpa une bague de fiançailles et la rangea dans une poche de son manteau en hermine serti de pierres précieuses. Kochtcheï s'envola jusqu'à la salle du trône où les tables d'une essence rare étaient dressées avec des couverts d'or et d'argent et des gobelets.
« Maintenant, je vais me prêter au jeu de deviner les noms et les royaumes de ces délégués. » songea avec humour le roi en levant son sceptre décoré aux armes de la famille.
***
Des colonnes de jeunes femmes et d'hommes entrèrent dans la salle. Tous étaient élégamment vêtus. Les femmes portaient de longues robes avec des pierres précieuses et des voiles tout aussi gracieux qui mettaient en valeur la couleur de leurs yeux et de leurs cheveux très variés. Les hommes portaient des manteaux ou des robes royales ornés de pierres aux couleurs traditionnelles de leurs pays. Tous avancèrent calmement, malgré l'inquiétude et la crainte qui se lisait dans le regard de certains. Seul le visage de Maria Morevna exprimait un air de défi. Kochtcheï se leva, immobilisant ses invités par la magie et la prestance qui l'entourait. Les gousli auto-joueurs murmuraient un doux air qui endormait les méfiances.
— Mesdemoiselles et Messieurs, s'exclama le tsar d'un geste solennel, je vous invite à goûter l'hospitalité slave, mon pain et mon sel.
Il s'inclina respectueusement vers les invités et désigna d'un geste de la main les tables garnies.
— Et bien d'autres mets et boissons !
Les invités approuvèrent d'un geste discret et s'assirent dans le silence complet à la table du banquet. Une fois qu'ils mangèrent la soupe et l'entrée, tous se détendirent un peu et discutèrent des dernières nouvelles du monde.
***
Kochtcheï parcourut du regard les individus présents : des femmes vêtues de longues robes à la mode entre dix-huit et vingt-cinq ans.
« Toutes les femmes ici réunies, Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, Raiponce avec ses longues tresses blondes sur lesquelles mes serviteurs doivent jouer les équilibristes pour ne pas renverser les plats, la princesse sur un petit pois, le Petit Chaperon Rouge, toutes d'Occident », songea-t-il en un geste dédaigneux. « Elles me semblent vides et sans connaissances ! Des vraies poupées ! »
Il observa les autres invitées à sa droite. Puis, il vida sa tasse de thé.
« Vassilissa la Très belle, Maria la Très Sage, Anastasia, Maria Morevna. Shérazade, la Tisserande de Chine et encore beaucoup d'autres d'Orient dont j'ai oublié le nom de leurs petits pays. Toutes leurs connaissances me sont déjà familières ! Des véritables vipères ! »
Il se leva et s'exclama :
— Mesdemoiselles, je vous remercie d'être venu en grand nombre à ma demande ! Je suis Kochtcheï l'Immortel, votre potentiel mari, un homme qui a vu maintes civilisations naître et mourir !
Il leva ses mains dans les airs pour faire apparaître une sphère brillante qui défilait à une vitesse vertigineuse l'Histoire des mondes de tous les temps. Les yeux des princesses d'Occident s'agrandirent d'étonnement, ceux d'Orient se plissèrent.
— J'ai toute la bibliothèque d'Alexandrie dans mes propres rayons et même plus ! s'emporta le tsar, le regard scintillant.
La sphère changea de couleur et montra les étagères avec des livres en toutes les langues du monde — autant vivantes que mortes. Shérazade s'exclama en réajustant son voile multicolore :
— Kochtcheï Ier, illustre tsar, tous vos livres et votre savoir sont impressionnants, mais connaissez-vous vraiment l'histoire que je pourrais vous raconter ?
L'interpellé toisa la princesse arabe. Il devait reconnaître qu'elle était belle pour les yeux.
— Vous êtes audacieuse, Altesse Royale. J'ai le secret de l'immortalité, ne l'oubliez pas !
Le sorcier chanta une incantation en slavon. La sphère disparut instantanément. La Petite Sirène ouvrit la bouche pour commenter, mais le sorcier ne lui laissa pas le temps. Il claqua des doigts et elle disparut de la salle. Les autres invitées s'observèrent avec frayeur et un zeste d'admiration. Maria Morevna sortit avec beaucoup d'attention une aiguille de la manche de sa robe. Elle secoua sa tête, faisant virevolter sa blonde chevelure, et afficha un sourire narquois au sorcier. Elle s'avança sans crainte vers lui et éclata de rire avant de dire :
— Kochtcheï, votre immortalité est bien étonnante !
Elle montra l'aiguille qui brilla de mille feux. Le tsar blêmit.
« Elle a compris la vérité ! Je dois récupérer ma mort ! »
— Cette aiguille dans un œuf... commença la Russe.
— Taisez-vous ! Cessez de fanfaronner ! s'exprima-t-il en levant les mains au plafond.
À l'extérieur, un orage éclata et l'air ambiant de la pièce s'électrifia. Maria Morevna lui sourit et recula de quelques pas, analysant le tsar. Celui-ci pensa :
« Elle est bien audacieuse ! Maria Morevna, elle ose me défier ! Intéressant ! »
En un clin d'œil, il se leva de son siège et fit l'erreur de plonger son regard dans le sien. Un bleu ciel qui rencontra un bleu-gris. Malgré la distance qui les séparait, le cœur du tsar battit fort dans sa poitrine. Il se rassit pour ne pas se laisser emporter par sa curiosité de connaître la douceur de la peau blanche de la princesse qui l'attirait. Il affirma :
— Rangez cet objet, Maria Morevna.
Un silence s'installa, avant que le tsar reprit la parole après une gorgée de thé.
— J'ai un concours pour vous, mesdemoiselles !
Un sourire carnassier s'étira sur le visage du sorcier.
— Un concours qui vous sied bien et qui révélera au monde entier votre force, votre courage, votre grâce et votre esprit...
Il balaya du regard l'assemblée.
— La danse ! Vous devez le faire au rythme de mes gousli avec originalité, un mélange inédit de danse qui se marie avec la musique !
Le tsar claqua des doigts et les tables avec tous les mets disparurent en une poussière dorée, se dématérialisant progressivement. La salle se transforma en une immense salle de danse qui scintillait sous les lustres dorés. Le seul meuble était le trône du sorcier qui dominait la pièce.
Kochtcheï se leva de son siège et ordonna :
— Chacune dansera dans l'ordre que je déterminerai avec la chanson que je décide !
Il leva les mains dans les airs et fit apparaître un parchemin. Il énonça l'ordre des candidates, Cendrillon, puis la Belle au Bois Dormant, Maria Morevna jusqu'à la dernière, Shérazade.
— Que le spectacle commence !
Et toutes les femmes s'installèrent le long du mur pour laisser à la candidate l'espace pour exécuter sa chorégraphie. Toutes les femmes avaient les yeux rivés sur celle qui dansera. La première, Cendrillon, timide, fit quelques pas de danse au son de la Kalinka russe. Mouvements certes gracieux, un mélange de valse et de ballet classique, mais en total disharmonie avec la musique. Kochtcheï demeurait imperturbable, bien qu'il nota l'absence de créativité et d'improvisation.
— La Belle au Bois Dormant, ordonna le tsar en levant son sceptre.
La mentionnée avança en se concentrant. Elle exécuta une valse élégante et quelques pas de danse de claquettes avec un salto avant. Elle termina avec quelques pas de breakdance au son d'une musique rock. Son courage et son improvisation impressionnèrent le Kochtcheï, mais il lui manquait la créativité et l'harmonie avec la musique.
— Maria Morevna, murmura sévèrement le tsar.
La princesse slave exécuta une danse orientale avec une touche de troïka au son du Ya Ould Attir arabe. L'assistance était subjuguée par la grâce des pas et des gestes de la Russe qui suivait avec élégance et harmonie le moindre son. Elle s'adaptait comme l'eau mouvante au subtil changement des tonalités, volant dans les airs. À chaque geste de ses bras, l'aiguille brillait de la manche, laissant Kochtcheï inquiet et fasciné.
« C'est une force de la nature ! Créativité, improvisation, courage et harmonie, tous présents en un seul mouvement. Je n'en reviens pas. » s'émerveilla-t-il en son âme. « Elle est audacieuse et le résultat est époustouflant ! »
Et toutes les princesses dansèrent avec plus ou moins de grâce, mais elles semblèrent toutes des ombres comparées à Maria Morevna.
Et finalement Shérazade arriva sur la piste de danse au son de la Mo Li Hua chinoise. Elle improvisa totalement. Une touche orientale et originale entre la danse du ventre, la polka et le kolo. Le tsar remarqua immédiatement la créativité, l'improvisation et le courage, mais elle resta en retrait.
Lorsque le dernier pas de danse se termina, la salle changea de couleur, redevenant comme avant, majestueuse et impressionnante.
Toutes les candidates devant le trône attendirent le verdict du tsar qui demeurait silencieux. Plusieurs minutes, voire des heures, s'écoulèrent sans que personne ne dise un seul mot. La tension monta entre les femmes qui se lançaient des regards interrogateurs, essayant de deviner l'élue du cœur du roi. Kochtcheï, qui arrêta ses yeux sur Maria Morevna, sortit de son manteau la boîte contenant la précieuse bague et se leva.
— Mesdemoiselles, certaines étaient clairement honnêtes et humbles, d'autres malhonnêtes et arrogantes. Mais mon choix est fait !
Il avança d'un pas certain vers la Russe. Les mains moites, il s'agenouilla et lui murmura en ouvrant la boîte :
— Maria Morevna, acceptez-vous... de devenir mon épouse ?
La princesse guerrière sourit, versant des larmes de joie. Elle bredouilla :
— Oui !
Le tsar l'enlaça tendrement contre lui et chuchota :
— Préparez les festivités auxquelles vous êtes tous invitées, mesdemoiselles !
Kochtcheï se releva et enlaça sa future épouse. Maria rayonnait de joie; le sorcier sentit son immortalité plus légère à porter maintenant.