VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 1 : Cendres sous la pluie

Par soazig

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La pluie commence à tomber à l’orée de la forêt, une caresse glaciale qui se transforme vite en supplice. Pas une averse brutale qui vous rince d’un coup, mais une pluie fine, traîtresse, persistante. Elle s’infiltre sous les mailles de sa tunique, s’accroche à sa peau pâle comme une seconde couche de froid et rend chaque pas plus lourd.


Seyla marche droit, le regard ancré dans la boue. Ses cheveux noirs, coupés au carré, sont trempés et lui collent aux tempes ; au milieu du jais, des mèches argentés brillent sous l'eau comme des veines de métal froid, une signature génétique qu'elle porte comme une anomalie. Son visage est d'une pâleur de craie, accentuant ses yeux vairons qui scrutent l'obscurité. Le manteau qu’elle porte lui colle au dos : une loque dégoulinante, mitée, aux manches déchirées par les ronces. Sa capuche est tombée depuis longtemps, révélant cette nuque frêle qui la fait paraître si vulnérable.


Pourtant, sous cette silhouette mince et cette taille moyenne qui ne laissent rien deviner de sa puissance, Seyla cache une force nerveuse. Sa cape noire, celle qui portait fièrement le sceau de son école, gît quelque part à des lieues de là, abandonnée dans une ornière comme un cadavre de tissu.


— T’es un boulet, Vorenth. T’agis avant de penser. C’est pas comme ça qu’on survit ici.


La voix de Vaelran lui revient en écho. Trop nette. Trop calme. Elle revoit le mépris poli dans ses yeux verts. Il l’a virée devant tous les autres, sans l’éclat d’une colère qui aurait au moins prouvé qu’elle comptait. Non : il l’a fait avec ce ton moqueur, presque détaché, ce rictus au coin des lèvres qu’il arbore quand il a déjà tourné la page.


Elle serre la mâchoire à s'en briser les dents. Elle aurait tout donné pour qu’il crie. La haine est une reconnaissance, mais l'indifférence est une exécution. Il a posé sa sentence comme une lame propre. Et elle, elle est restée là. Droite, muette, incapable de mendier.


Il m’a jetée comme une élève de trop. Et pourtant, je l'aurais suivi cet enfoiré, jusqu’aux tréfonds du néant.


Ses bottes s’enfoncent dans la terre détrempée. Elle a mal partout, mais elle avance. Elle doit quitter le couvert des arbres avant que la nuit ne s'installe. Le village se dessine enfin à travers le rideau de pluie : quelques maisons de bois grisâtre, des toits moussus et des fumées grises. Une palissade en rondins entoure le tout, à moitié effondrée. C'est une halte. Un point anonyme.


En traversant la rue principale, elle sent les regards. Les villageois s'écartent. Elle voit ce qu'ils voient : une fille trempée, crasseuse, seule. Elle paraît si frêle, si mince, presque fragile avec sa peau diaphane. Mais elle est trop droite pour être une mendiante. Elle dégage une aura de danger latent qui fait baisser les yeux aux hommes les plus robustes. Elle s'en fout.


Elle pousse la porte de la seule taverne du centre. « Le Repos des Brumes ». À l’intérieur, l'air est épais, saturé d'odeurs de viande rôtie et d'alcool bon marché. Derrière le comptoir, un colosse à la barbe grise essuie un verre.


— T’as pas l’air d’ici, gamine, grommelle-t-il.


— J’cherche du boulot, répond-elle.


Sa voix est sèche. Fatiguée, mais vive comme un coup de fouet.


— J’peux porter, couper, laver. Ou cogner, si t'as besoin de faire le ménage.


Le tavernier l’examine du coin de l’œil. Elle est fine, presque menue, et il semble douter qu'elle puisse soulever autre chose qu'une pinte. Il désigne d’un geste une porte au fond.


— Va voir Mava. Elle a peut-être besoin de bras, si t'en as vraiment.


L’arrière-salle est plus sombre. Une femme s'y trouve, sèche comme un coup de fouet, le regard de juge.


— T’as quoi dans les bras, la petite ? À part de la boue ? Tu m'as l'air bien chétive pour le service.


Seyla ne répond pas. Elle s'avance vers un tonneau de bière plein, un bloc de chêne massif. Elle s'ancre au sol, ses doigts fins agrippant le rebord. D'un mouvement sec, sans que son visage pâle ne trahisse le moindre effort, elle le soulève à une main, le tenant en équilibre à hauteur de poitrine.


Mava plisse les yeux, surprise par cette force absurde logée dans un corps si mince. Elle hoche la tête.


— T’es engagée. Pas d’emmerdes, pas de questions.


Seyla acquiesce. Elle ne sourit pas. Elle ne remercie pas.


J’ai pas besoin de leur pitié. Je veux juste survivre.

Et une pensée s'enracine en elle tandis qu'elle attrape une serpillière : Le jour où il reviendra... je ne serai plus la même. Elle s'agenouille et commence à frotter le sol, ses cheveux retombant sur son visage, cachant l'éclat argenté de ses mèches et la fureur de ses yeux vairons.




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