VIRELLIA - Livre 1

Chapitre 6 : L’Écho des Titans

Par soazig

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Le Temple de Kael’Mar — Cour d'entrée — Fin de matinée


​Le Temple de Kael’Mar, autrefois havre de silence mystique où seul le murmure des prières osait troubler l'air, vibre d’un souffle nouveau, presque électrique. Les portails de transports sont refermés. Dans la cour d'entrée, les trois mentors sont enfin réunis, formant un triangle de forces contradictoires sous les arches millénaires.


​Autour d’eux, les neuf élèves convergent. Chacun porte l’uniforme de son académie, mais tous semblent écrasés par la majesté du sanctuaire, où la lumière filtrée par les vitraux runiques dessine des arabesques bleutées sur les dalles de marbre blanc.


​D’un côté, Kaelis Thenara, se tient droite, ancrée dans le sol, d'une sérénité presque surnaturelle. Sa peau mate capte la lumière comme si elle en était la source. À ses côtés, les trois élèves du Sanctuaire d’Aegis se tiennent dans une posture de respect absolu. Yhessa, d'ordinaire si enjouée, triture nerveusement le bas de sa tunique nacrée, jetant des regards inquiets vers le duo de mentors qui se fait face à quelques mètres de là.


​Car, à l’opposé de l’autel, Lynara Velsen fulmine. Sa petite silhouette semble contenir la pression d'un volcan. Bras croisés, elle fixe son homologue de la Forge des Ombres comme une braise prête à incendier le dallage.


​En face d’elle, Vaelran Solhen est d'une nonchalance qui frise l'insulte, il laisse son manteau noir flotter au gré des courants d'air. Ses yeux vert émeraude brillent d’une insolence délectable tandis qu’il fait tourner une pièce de métal entre ses longs doigts, un geste répétitif et agaçant.


​— Je t’ai dit d’arrêter de me couper la parole devant mes élèves, Solhen, crache Lynara, la voix basse mais vibrante d'une fureur contenue.


— Je ne te coupais pas la parole, Utahime... je te complétais. Tu as tendance à oublier les nuances, murmure Vaelran avec un sourire en coin.


— Tu es insupportable.


— J’entends ça si souvent que je devrais le faire broder en lettres d'argent sur la doublure de mon manteau.


​Les élèves, figés, n’osent plus bouger. Kelvar lève les yeux au ciel, exaspéré par ce manque de décorum. Seyla glousse derrière sa main, visiblement ravie de voir Vaelran pousser Lynara à bout. Kaelren d’Ethea, la crinière rousse en bataille, fronce les sourcils :


— Est-ce que ça va péter… ? murmure-t-elle à son camarade Nerion, qui reste aussi immobile qu'une statue de granit.


​La voix de Kaelis s'élève, tentant de napper la discorde de son calme légendaire :


— Nous sommes ici pour faire front commun, mes amis. Pas pour transformer ce parvis en arène de foire.

​— Il m’a touché l’épaule, Kaelis. Je t’avais dit de ne pas recommencer, Vaelran ! gronde Lynara.


​Elle lève une main. L’air se sature instantanément de chaleur. Une gerbe de braises tourbillonnantes s’enroule autour de ses doigts, crépitant de rage.


— Oh non..., souffle Yhessa en reculant d'un pas.


​Vaelran sourit, un éclat dément dans le regard. Il tend la main à son tour. Un cercle d’ombre visqueuse et flottante se matérialise dans sa paume.


— Allez, Lynara. Tu veux danser un peu devant la galerie ?


— Avec plaisir, Solhen. Je vais t'apprendre l'humilité !


​Le sol explose. Un golem de pierre, invoqué par la frustration tellurique de Lynara, surgit du marbre fissuré dans un fracas assourdissant. Vaelran glisse en arrière dans une spirale d’ombres, évitant le premier coup de poing massif avec une grâce insolente. Il atterrit accroupi, ses cheveux argentés balayant son visage. Il rit, un rire clair qui résonne sous les voûtes.


​— Tu fais toujours ça devant les élèves ou je suis un privilégié ?


— Tais-toi et esquive !


​Un disque de feu pur fend l’air, rasant les dalles. Vaelran riposte par une triple illusion, apparaissant simultanément à trois endroits de la cour. Seyla éclate de rire devant ce chaos, tandis que Talyor de l'académie d’Ethea, soupire bruyamment :


— Super. On est dirigés par des gamins de six ans qui ont le pouvoir de raser une ville…


​Kaelis, dont la patience vient d'atteindre sa limite, lève simplement deux doigts vers le dôme. Une pulsation d’énergie bleue, pure et implacable, traverse le sol. Tout s’arrête instantanément. Le feu s’éteint. Le golem se désagrège en poussière. Les illusions de Vaelran s’évaporent.


​Une voix d’outre-tombe tonne dans le silence :


— Assez.


​Le roi Silas IV est là, silhouette massive et royale, flanqué de l'Oracle Seraphis. Il dégage une telle autorité que même le vent semble cesser de souffler.


​— Si vous souhaitiez faire une démonstration de votre immaturité, c’est chose faite, tranche-t-il d'un ton glacial. Mais si vous voulez montrer à ces jeunes ce que valent leurs mentors... apprenez d’abord à ne pas vous mordre la gorge au premier sarcasme.


​Lynara se redresse, le visage cramoisi mais la nuque raide. Vaelran remet ses mains dans ses poches, haussant un sourcil avec un air faussement contrit.


— Moi, je trouve que ça crée de l’ambiance, Majesté.


​— Tais-toi, Solhen, grondent Kaelis et Lynara d’une même voix, unies pour une seconde dans l'exaspération.


Un rire discret parcourt les rangs. Le regard de Lynara l’éteint aussitôt. Le roi ne sourit pas.


— Vous avez tous une mission. Vos élèves seront séparés en trois équipes. Trois équipes pour trois lieux… et trois sceaux instables.


Un silence s’installe, tous se redressent, le roi fait signe à tous d’entrer.




Grande salle d’audience



La grande salle d’audience du Temple de Kael’Mar résonne d’un silence inhabituel.

Les neuf élèves sont alignés en trois rangées, chacun aux couleurs de son académie : robes amples bleues, tuniques sombres, étoffes spirituelles aux tons nacrés.


Face à eux, le trône d’argent du roi.

Silas IV, debout, mains croisées derrière le dos, observe longuement les jeunes visages. Son regard ne trahit rien… sauf peut-être une gravité nouvelle.


Derrière lui, les trois mentors patientent. Trois ombres si dissemblables qu’on jurerait qu’elles viennent de mondes opposés.


— Avant que ne débute la première phase de votre formation commune…, commence Silas, d’une voix calme mais ferme, …il est juste que vous connaissiez ceux à qui j’ai confié vos vies.


Il se tourne lentement vers les mentors.

— Présentez-vous.


Lynara fait un pas en avant. Elle paraît minuscule à côté des deux autres, mais sa posture est droite, stricte, presque tranchante. Sa robe de cérémonie bleue ondule à peine. Ses cheveux roux brillent comme des flammes sous la lumière des vitraux.


— Lynara Velsen. Sa voix, bien qu’assez aiguë, est sèche, posée. Mentor de l’Académie d’Éthéa. Élémentaliste de formation, spécialisée dans la convergence tellurique et les invocations brutes. Ici, je vous enseignerai la maîtrise. Pas seulement celle de la magie. La vôtre.


Elle lance un regard rapide à Vaelran, qui esquisse un sourire en coin.

— Et non, ajoute-t-elle froidement, sans se retourner, j’ai pas vingt ans. Je ne suis pas naine. Et oui, vous me devez le respect.


Quelques ricanements fusent. Le regard de Lynara les éteint aussitôt.


La seconde mentor s’avance. Elle n’a pas besoin d’imposer le silence. Il s’installe naturellement autour d’elle.


Kaelis Thenara, drapée dans des voiles spirituels aux tons nacrés, marche avec une lenteur presque méditative. Sa peau mate capte la lumière. Ses longs cheveux sombres sont relevés en demi-chignon, dégageant un visage paisible, marqué par la sagesse. Ses yeux, d’un noir profond, semblent sonder l’âme de chaque élève.


— Je suis Kaelis Thenara. Sa voix est douce… mais porte au plus profond. Je suis là pour veiller sur l’équilibre. L’équilibre des corps, des esprits, et de ce qui les lie.


Elle incline légèrement la tête.

— N’attendez pas de moi des hurlements. Mais sachez que même le silence peut trancher.


Un léger frisson parcourt certains élèves. Même Kelvar baisse brièvement les yeux.


Puis, d’un geste théâtral, le dernier mentor s’avance comme s’il était sur scène.

Vaelran Solhen, silhouette élancée, drapé de noir. Son manteau claque doucement derrière lui. Ses yeux brillants de malice balayent l’assemblée avec amusement.


— Vaelran Solhen. Enchanté, je suppose.


Un silence tendu suit.


— On m’a dit de vous parler de contrôle, de discipline et d’éveil intérieur… Il hausse les épaules. On verra plus tard. Pour l’instant, souvenez-vous juste d’une chose : dans cette école, l’ombre ne ment jamais. C’est vous qui vous y perdez.


Il lance un clin d’œil à Kelvar, un regard appuyé à Seyla, puis s’accoude nonchalamment… sur la tête de Lynara.


— Et elle, c’est ma grande sœur spirituelle. Enfin… en âge. En taille, on cherche encore.


Lynara explose. Un golem miniature surgit sous ses pieds, mais Vaelran a déjà reculé avec un ricanement.

Kaelis, toujours impassible, soupire.

Le roi Silas ferme les yeux.


— Je vois que vous êtes… prêts. Le rite des équipes aura lieu demain à l’aube. Reposez-vous. Et retenez leurs noms.





Salle des Mentors — La Répartition (nuit tombée)



Le silence règne dans la salle des mentors, vaste pièce circulaire aux murs de pierre noire, sertis d’éclats d’Essence gravés. Chaque fragment pulse doucement dans l’obscurité, tel un cœur ancien qui bat au rythme du Temple.


Au centre : une table basse hexagonale, ciselée dans du bois sacré d’Anétheris. Trois sièges. Trois figures. Lynara est droite comme une flèche, ses bras croisés sur sa poitrine, le visage fermé. Kaelis, les mains posées à plat devant elle, observe les noms qui flottent déjà dans l'éther. Et Vaelran… il est debout, le dos tourné, occupé à contempler un éclat suspendu. Il rayonne d’une énergie mal canalisée, faisant tournoyer sa cape d'un mouvement d'épaule agaçant.


Kaelis, d'une voix douce mais ferme :


— Il est tard, Vaelran. Tu vas te consumer debout… ou t’asseoir et parler comme un adulte ?


Il sourit sans se retourner, son reflet brillant dans l'éclat d'Essence :


— Mais je suis un adulte, Kaelis. Juste un peu plus… incandescent que les autres.

Il se retourne brusquement en faisant claquer sa cape avec une théâtralité assumée et finit par s'asseoir. Lentement. Avec un manteau qui flotte un peu trop dramatiquement sur le bois sacré.


Lynara, agacée :


— Arrête de faire claquer ta cape. On est là pour répartir les élèves, pas pour assister à ton opéra personnel. On a des sceaux à lier, pas du temps à perdre.


Vaelran, un sourire moqueur au coin des lèvres :


— Toujours aussi charmante, Lynara. Tu sais que j’adore quand tu prends ce ton glacial… On croirait entendre ton golem quand il a un caillou coincé dans l'engrenage.


Kaelis, sans même lever les yeux, pose une main sur le parchemin :


— Vaelran.


Il s’interrompt, l’air faussement contrit, et s'installe enfin. Kaelis déroule le parchemin au centre de la table. Elle y appose les trois sceaux rituels. Les noms apparaissent lentement, illuminés par une lueur dorée qui danse sur les murs sombres.


— Trois écoles. Neuf élèves. Trois groupes, commence Kaelis. Les missions approchent, et leurs affinités sont claires. Mais nous savons tous que cette répartition est autant politique que stratégique.


Vaelran murmure, désinvolte, en faisant jouer ses doigts au-dessus des noms :


— Toujours autant de cérémonial pour un simple tirage au sort…


Lynara, sans lever les yeux, le coupe sèchement :


— Ce n’est pas un tirage. C’est une affectation réfléchie. Chaque équilibre doit être calculé.


— Réfléchie, peut-être. Mais ça prend quand même trois pages de protocole pour dire que ton Talyor est allergique à la spontanéité.


— Il est structuré, Solhen. Contrairement à certains.


— Il est verrouillé, Lynara. Il a un balai dans le…


Kaelis lève la main, un geste simple qui étouffe le sarcasme. Le silence retombe.


— Commençons.


Vaelran ne lui laisse pas le temps de finir :


— Je prends Ilharan Velis.


Lynara le regarde avec suspicion :


— Tu t’appropries les élèves comme des pièces de théâtre, Vaelran. Pourquoi lui ?


— Je les choisis comme des notes de musique. Ilharan, c’est une basse constante. Un cynisme de fond qui stabilise mes envolées. Et j’ai déjà assez de tambours dans mon académie.


— Tu comptes prendre Seyla aussi ? demande Lynara d'un ton qui n'admet pas de plaisanterie.


Il sourit, et pour une fois, l'expression semble presque tendre :


— Évidemment.


— Elle est insubordonnée, Vaelran. Elle a failli brûler ses chances deux fois cette année.


— Elle est brillante. Et l’insubordination, c’est juste de la lucidité mal canalisée.


— Elle est dangereuse. Pour elle et pour les autres.


— C’est aussi pour ça que je la prends. On n'envoie pas des agneaux contre Tatsuma.


Kaelis, tranchante mais douce, intervient :


— Et Talyor ?


Vaelran s'adosse à son siège, triomphant :


— Avec moi.


Lynara le fixe, les yeux étincelants de fureur :


— Tu l’as fait exprès. Tu veux le briser juste pour voir comment il se remonte.


— Oui, répond-il simplement. Il a besoin d'un peu de chaos pour apprendre à respirer sans demander la permission.


Kaelis hoche la tête et note sur le parchemin : Groupe de Vaelran : Seyla, Ilharan, Talyor.


— Et Kelvar ? demande Lynara, le ton neutre mais chargé d'une attente précise.


Vaelran sourit plus froidement, ses doigts effleurant le nom de son élève :


— Kelvar a besoin d’être contrarié. Il se croit déjà arrivé au sommet parce qu'il porte mon blason. Rien de mieux qu’une autre autorité pour l'obliger à descendre de son piédestal.


Kaelis reste impassible. Lynara choisit à son tour, sa voix posée :


— Eshan. Nérion. Et… Nilwen.


Vaelran redresse légèrement la tête, presque surpris, son masque d'arrogance se fissurant une seconde.


— Tu prends Nilwen ?


— Elle est instable, je le sais, répond Lynara. Mais elle écoute. Et elle n’est pas qu’une ombre, Vaelran. Je veux qu’elle apprenne à tenir dans la lumière sans s’y dissoudre. Elle a besoin de terre, pas de fumée.


Kaelis ramasse les trois noms restants, clôturant la danse :


— Kelvar. Yhessa. Kaelren. Ça me va.


Vaelran arque un sourcil, dubitatif :


— Kelvar chez toi, Kaelis ? Je croyais que tu n’aimais pas les lames dégainées trop vite et les ego de sang-pur.


— Il a besoin d’apprendre à respirer, Vaelran. Pas à briller. Il doit comprendre que la puissance n'est rien sans la tempérance.


— On dirait un proverbe d’Aegis, raille-t-il.


Kaelis esquisse un fin sourire, ignorant la pique. Lynara, plus attentive, demande :


— Tu es sûre, Kaelis ? L’un est rigide, l’autre est feu, la troisième est brume… Tu ne veux pas un peu plus de douceur ?


Kaelis, d'un calme olympien :


— Yhessa est la douceur. Elle sera leur lien. Kelvar n’a pas à me plaire, il devra juste tenir. Et Kaelren… elle apprendra à contenir sa flamme ou elle nous brûlera tous. Ça ne m’inquiète pas.


Elle ajoute dans un souffle, presque pour elle-même :


— Puis c’est pas comme si j’avais le choix avec vous deux…


Elle sourit doucement, un éclat de malice passant dans ses yeux sombres.


Vaelran :


— Il tiendra, Kaelis. Kelvar est terriblement prévisible, ce garçon. Comme une équation qu’on récite en boucle pour se rassurer. Il a besoin d’échec pour enfin respirer


Les trois affectations sont désormais inscrites sur le bois sacré. Les noms illuminés par les sceaux rituels flottent entre les trois mentors, projetant des lueurs ambrées sur leurs visages.


Un silence plane. Dense. Presque lourd. Kaelis prend doucement la fiche de Nilwen entre deux doigts, la faisant pivoter vers la lumière.


— C’est elle, ta silencieuse ? Ta perle d'ombre ?

Vaelran répond, les yeux fixés sur le centre du parchemin, son ton ayant perdu toute trace de moquerie :


— Oui. Elle ne parle pas, c'est vrai. Mais elle entend ce que tous les autres passent leur vie à fuir. Elle est le témoin de ce qui ne devrait pas être.


Lynara soupire, rangeant nerveusement une mèche rousse derrière son oreille.


— Je la garde à l’œil, Vaelran. Je ne tolérerai aucune dérive ésotérique dans mon groupe. J'ai déjà assez à faire avec la logique binaire d'Eshan et la rigidité de Nerion.


— Fais donc, Lynara. Surveille-la, répond Vaelran avec un sourire en coin. Mais n’oublie jamais que c’est toujours le silence qui précède les tempêtes les plus dévastatrices. Si elle se met à parler, c'est que le monde est déjà fini.


— Elle n’a pas besoin d’un showman comme mentor, rétorque-t-elle sèchement. Elle a besoin de structure.


Vaelran rit bas, un son granuleux. Il ne conteste pas. Il sait que Lynara cherchera à la "réparer", alors que Nilwen a juste besoin d'être acceptée dans son vide.


Les trois sceaux s’enclenchent avec un déclic cristallin. Les noms brillent une dernière fois, liés par une force plus ancienne qu’eux, avant de s'imprimer définitivement dans la fibre du bois sacré. Le pacte est scellé. Vaelran se penche soudain sur la table, ses yeux émeraude brillant d'un éclat sombre, presque fiévreux.


— Qu’importe ce qu’on planifie ici, à l'abri de ces murs... Qu'importe l'équilibre qu'on a tenté de créer. Ils ne sortiront pas indemnes de cette mission. Aucun d'entre eux.


Kaelis le fixe, sa voix tombant comme un baume sur une plaie :


— Ce n’est pas notre but qu'ils restent indemnes, Vaelran. Notre but est qu'ils survivent à ce qui arrive.


Vaelran redresse la tête, un sourire amer aux lèvres, ajustant son col avec une nonchalance retrouvée :


— Survivre... mourir... Parfois, la différence est si mince qu'on s'y perd. Demandez à Seyla ce qu'elle pense de la survie.


Lynara détourne les yeux, déjà lassée par ses envolées dramatiques. Elle se lève, sa silhouette minuscule projetant une ombre immense sur le mur de pierre noire.


— Demain à l'aube, ils sauront. Tâche d'être à l'heure, Solhen. Pour une fois.


— Je serai là, promet-il avec un clin d'œil insolent. J'ai déjà choisi ma tenue pour le premier jour du reste de leur vie.


Kaelis observe les lueurs des sceaux qui s’éteignent une à une, laissant la pièce replonger dans une semi-obscurité. Elle soupire doucement, consciente du poids qu'ils viennent de poser sur des épaules si jeunes, car les disciples aussi compétants soient-ils, ont tous entre 17 et 19 ans.

Vaelran, lui, reste assis un instant de plus, il sourit à demi, un sourire qui ne monte pas jusqu'à ses yeux. Comme s’il savait ce que même le silence et les oracles ignorent encore.


— Allez, murmure-t-il pour lui-même en se levant dans un claquement de cape parfaitement inutile. Que le spectacle commence.


Le silence reprend ses droits, mais la mèche est allumée.





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