The Darkside
Chapitre 12 : The Darkside, par delà le miroir
2585 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 08/07/2026 18:42
Pendant les trois jours qui suivirent, Ulysse et Susanna entreprirent de faire leurs bagages en prévision du voyage. Ils prirent soin d emporter avec eux quelques vivres et de l eau en suffisance, ainsi que plusieurs plantes médicinales, au cas-où un imprévu surviendrait. - Utiliser mon mana en permanence risque de m épuiser. Je ne veux pas que cela nous ralentisse plus que nécessaire, expliqua la jeune Ombre. Je préfère y avoir recours seulement si nous sommes en danger de mort... Tu comprends ?
Cette notion de magie laissait toujours l adolescent aussi perplexe que le premier jour, malgré les explications détaillées de la jeune rebelle.
- J oublie parfois que tu es étranger à notre monde, pardonne moi Ulysse, lui avait un jour lancé Susanna, le prénom du garçon lui semblant toujours aussi difficile à prononcer.
Ulysse avait soupiré, tout en contemplant les yeux ambrés de l Ombre où y dansait une lueur amusée. Ceux-ci continuaient d impressionner le jeune homme, malgré les nombreuses fois durant lesquelles il les avait observés.
Susanna enseigna également, durant ces quelques jours d accalmie, l art du tir à l arc à Ulysse. Lors de l une de leur séance, les mains du garçon tendirent la corde avec habilité, et décochèrent la flèche empennée de plumes. Le projectile se ficha en plein milieu de la cible ce qui fit applaudir la jeune Ombre.
- Mais c est que tu te débrouilles déjà comme un chef dis donc ! S exclama t elle, en replaçant la flèche, intacte, dans son carquois.
Il faut dire que cette discipline ne m est pas inconnue, songea Ulysse, en caressant l arc richement ornementé.
En effet, pendant les vacances d été, avant que le drame ne se produise, Ariane, Maman et lui partaient souvent faire du camping dans les Ardennes, où on y organisait des concours de tir à l arc. Bien sûr, tirer sur des cibles mouvantes qui elles-mêmes tentaient d attaquer, était beaucoup plus difficile que viser des arbres immobiles.
- Si tu continues comme ça, tu atteindras peut être mon niveau un jour, ajouta la jeune rebelle, en donnant un léger coup de coude dans l épaule du garçon.
Ulysse chancela, avant de demander avec ironie :
- Tu insinues donc je pourrais te surpasser ?
- Toi ? Me devancer sur une compétence que je pratique depuis toujours ? Jamais de la vie ! Tu rêves, mon pauvre !
Susanna ricana comme si elle était fière de flatter ainsi son égo.
- Il ne faut jamais dire jamais..., se contenta d avancer le jeune homme, bien qu il doutait que la rebelle ne l ait entendu.
***
Après cet entraînement quelque peu éprouvant, Ulysse passa sa soirée à dévorer des livres de magie et d histoires anciennes, tous volés à la bibliothèque de Nasca, la capitale, par plusieurs membres du Camp. Le garçon cherchait en effet à tout prix comprendre ce monde et les forces qui le composaient car si il voulait sauver Ariane, il se devait d en savoir un maximum sur les Terres d Obsidienne. Le jeune se replongea alors avec détermination dans une longue dissertation qui décrivait avec précision les murs et les colonnades du palais impérial. Les mots complexes semblaient danser sur le papier jaunit par le temps. Grâce à ses recherches minutieuses, Ulysse apprit qu il existait quatre catégories de mana : la Matérialisation, la Manipulation, la Protection et la Guérison, cette dernière étant la branche à laquelle Susanna s apparentait. Le mana, lui, serait une force qui se nourrissait de l énergie vitale de son utilisateur. Cette capacité pouvait apparaître pour la première fois chez un individu suite à un choc particulièrement violent ou une émotion intense. La maîtrise du pouvoir peut s améliorer avec de l entraînement, bien que cela ne reste difficile. Un seul passage de seulement quelques lignes décrivit une catégorie de mages à part, capables de maîtriser les quatre formes de magie : les Omégas. Ulysse frissonna en s imaginant face à un Ombre capable de telles prouesses, lui qui n avait même pas réussi à tenir tête à Tora qui n était qu un simple Manipulateur.
- Je prie pour ne jamais devoir me frotter à un seul Oméga durant mon séjour ici... soupira le garçon, en reprenant sa lecture.
Il tourna les pages avec frénésie, ignorant les schémas complexes et ennuyeux qui y étaient représentés. Un chapitre du recueil que le jeune homme parcourait attira cependant son attention et éveilla en lui une profonde curiosité. Il s agissait de la copie d un traité, signé entre deux espèces qui n auraient jamais dû se rencontrer. Ulysse découvrit, à sa plus grande surprise, que les Humains et les Ombres s étaient bel et bien côtoyés il y avait de cela plusieurs siècles, pendant une courte période appelée " La Cohabitation ". L adolescent imprima dans son esprit le moindre mot, les lois et fondements de son univers se retrouvant pour ainsi dire chamboulés. Malheureusement lorsque Ulysse voulut tourner la page sur laquelle toute son attention était concentrée, le garçon découvrit à son plus grand désarroi que les derniers paragraphes faisant référence à la Cohabitation avaient tous été brûlés.
- Peut être que quelqu un a malencontreusement fait tomber le bouquin dans les flammes, supposa Ulysse, perplexe.
- Au contraire, et si la destruction de ces documents était volontaire ? Souffla néanmoins une petite voix, tapie dans les tréfonds de son esprit.
Si la deuxième hypothèse du jeune homme s avérait être la bonne, cela pourrait il expliquer l élan d animosité qui avait animé Tora après le conseil ?
Ulysse secoua la tête. Il était encore plus perdu qu avant le début de ses recherches. Il sentait que quelque chose clochait, quelque chose dont il aurait pourtant dû être mis au courant...
Un tiraillement inexplicable noua les entrailles de l adolescent quand il referma le volume, qui souleva des dizaines de particules de poussière si dense qui ne tardèrent pas à envahir tout l intérieur de la petite hutte.
***
La veille du départ, le crépuscule venait tout juste de colorer l horizon de ses nuances orangées lorsque Ulysse se décida enfin à poser la question qui le taraudait tant à Susanna, dans l espoir qu elle lui apporte des réponses. Mais celle-ci se contenta de s exclamer, surprise :
- Tu as réussi à lire les parchemins ? Ils sont pourtant rédigés en Langage Runique, une langue connue par les Ombres seuls...
Le garçon ouvrit alors le premier livre qui lui tomba sous la main, dont le titre était écrit à l aide de symboles complexes qui n avait rien à voir avec l alphabet qu étudiait l adolescent à l école. Le jeune homme fut surpris de constater qu il comprenait parfaitement les runes antiques, qui se transformèrent peu à peu en mots clairs dans son esprit.
- Le bestiaire des Terres d Obsidienne, 2ème exemplaire, déchiffra t il sans mal.
Ulysse lâcha le bestaire, étourdi par la surprise.
- Comment est ce possible ?! S écria le garçon, estomaqué.
- Je n en ai pas la moindre idée. Mais de toute évidence, on dirait bien que tu as un quelconque lien avec nous... Répondit Susanna, dubitative.
- Mais bon, on résoudra ce mystère plus tard. Et si on allait manger ? Je meurs de faim, insista t elle.
Quelle gourmande, pensa le jeune homme, alors que son propre estomac se mettait à crier famine.
Laissant tomber le fait inexpliquable, les deux jeunes se dirigèrent vers un bâtiment en pierres blanches, qu Ulysse n avait pas encore remarqué depuis son séjour ici. Des lianes argentées s enroulaient le long des colonnes au style corinthien et des puits de lumière circulaires laissaient passer l éclat bleuté de la barrière de mana, qui remplaçait le ciel.
- Voici le réfectoire, déclara la jeune Ombre. Désolée que tu n es pas pu le découvrir plus tôt.
En effet jusqu à aujourd hui, Ulysse avait mangé tout ses repas, qui étaient principalement composés d un étrange pain noir, dans la hutte de Susanna en suivant les indications de Tora.
- Les autres résidents te voient comme une menace à éradiquer... Je fais cela pour ton bien, crois moi, avec prétendu le conseiller, d un ton qui laissait envisager le contraire.
L estomac d Ulysse se noua alors, quand tout les parias l accueillirent chaleureusement.
Sont ils heureux que je parte demain vers une mort certaine ? S interrogea
Ulysse, en évitant au maximum les nombreux regards insistants braqués sur sa personne.
Il entra tout de même dans le réféctoire et s installa à côté de Susanna, le long d une grande table de bois clair. Le jeune fit le tour de la salle d un regard et remarqua que la conseillère Héméra ne faisait pas partie de l assemblée.
C est compréhensible qu elle ne veuille pas dîner au près de sa fille après la dispute de la dernière fois, supposa l adolescent.
Quand Ulysse se concentra de nouveau sur le banquet, il remarqua qu un enfant aux cheveux ébouriffés passait entre les convives avec un grand plat qui semblait rempli... S agissait il vraiment de vers ?! Aussi longs qu un doigt et translucides, ils gigotaient dans le bol, tout en fixant Ulysse de leurs petits yeux rouges. Le jeune homme eu un haut le coeur lorsque Susanna en goba un entier, tête et pattes compris. Elle semblait pourtant s être régalée, d après la lueur avide qui brillait dans son regard quand un autre convive se servit à son tour.
J ai l impression d être à Koh Lanta, ne put s empêcher de penser l adolescent.
- Qu est ce que c est ? Demanda t il à la jeune Ombre.
- Ce sont des larves de psyché, le meilleur en-cas dont on puisse rêver, répondit elle, en se pourléchant le coin des lèvres.
Pour ne pas perdre une miette de son repas j imagine... Songea Ulysse.
Quand vint son tour de se servir, le jeune homme était au bord de la nausée.
- Vous ne voulez pas goûter ? Vous devez pourtant reprendre des forces en vue du voyage qui vous attend, insista timidement le petit Ombre.
En voyant le regard implorant que lui lançait l enfant, Ulysse sentit ses défenses commencer à flancher.
- Refuser de la nourriture à un banquet est très mal vu par chez nous, ajouta Susanna, en se léchant les doigts.
- Je croyais pourtant que vous étiez un groupe de rebelle, lâcha le jeune homme.
- Et alors ? Cela ne nous empêche pas de suivre nos coutumes à ce que je sache.
Malgré son dégoût, Ulysse prit son courage à deux mains.
Je suis déjà assez mal vu comme ça, inutile de bafouer leurs traditions en prime. Le garçon attrapa alors un vers avant de le gober en une seule bouchée.
Il crut d abord qu il allait se mettre à vomir devant tout les Ombres du Camp, mais se rendit ensuite compte que le goût n était pas si atroce que ça. Cela luu faisait étrangement penser aux beignets de poulet frit que préparait sa tante, les jours où celle-ci était de bonne humeur. Ulysse déglutit, avant de vite se resservir.
- Et bah, tu vois que ce n est pas si mauvais ! Commenta Susanna, satisfaite.
Puis soudain, le silence se fit dans la salle. On entendait à peine les bruits de mastication des Réfugiés, comme si tous tentaient de se faire le plus discret possible. C est alors que Tora prit la parole. Ulysse sentit une bouffée de haine flamber en lui lorsque leurs regards se croisèrent. Même si tout le monde s était tu dans la salle, Tora frappa dans ses mains pour réclamer le calme, avant de se lever.
- Avant de poursuivre notre repas, j aimerais d abord que nous souhaitions tous bonne chance à Ulysse qui s est courageusement proposé de ramener un oeuf de dragon dans le but de se faire accepter parmi nous, conclut le conseiller, hypocrite.
- Quel euphémisme, maugréa l adolescent, sachant pertinemment que l Ombre avait déformé les faits.
L assemblée d Ombres applaudit, même si très peu semblaient réellement enthousiastes. Ou alors toute cette cérémonie les ennuyait il tout simplement ? Inutile de chercher à savoir. Tora se rassit, et le banquet reprit. Mais Ulysse ne supportait plus de se trouver dans la même pièce que ce fourbe. Il se leva brusquement, manquant de peu de s étaler en s extirpant du banc de pierre, et quitta la pièce, furibond. La seule chose que désirait Ulysse à présent, c était de se rouler en boule dans sa couverture et de dormir, pour s éloigner au plus vite de la dure réalité et de l Ombre aux airs de fauve. Inquiète pour lui, Susanna quitta à son tour le réféctoire, une larve de psyché nichée entre ses crocs, et rejoignit l adolescent dehors. Ils parcoururent sans un mot les quelques mètres qui les séparaient de la hutte, les bruits de mastication de la jeune Ombre étant les seuls à se faire entendre.
- Tora n a pas toujours été comme ça tu sais, lança subitement Susanna. Avant c était quelqu un de bien, qui n avait absolument rien à voir avec ce qu il est devenu aujourd hui.
- Vraiment ? Fit Ulysse, intrigué.
Je peine pourtant à y croire... Marmonna t il, pour lui-même.
Susanna acquiesça, avant d enchaîner :
- Alors s il te plaît Ulysse, essaie de te montrer indulgent et de ne pas juger le conseiller trop vite, malgré ses airs de loup stellaire mal léché...
Les épaules de la jeune rebelle se relâchèrent, signe que des souvenirs profonds refaisaient surface.
- Je m y engagerais, promit le jeune homme, avec peine.
- Merci.
Une fois sous leurs édredons, un oreiller moelleux calé derrière la nuque, les deux jeunes tentèrent de s endormir afin d être frais et disponibles pour le grand départ du lendemain. Mais le sommeil ne venait pas. Ulysse et Susanna s inquiétaient trop pour la quête à venir. Demain, le jeune homme débutera la première étape du sauvetage de sa soeur. Il n avait pas le droit d échouer. Il espérait ensuite retrouver le mystérieux miroir qui les avait conduits jusqu ici, même si cela lui paraissait impossible. Mais une chose était sûre. Même si Ulysse mettait la main sur le portail, il ne le franchirait pas sans Ariane. C était absolument hors de question.
- Détends toi, ça va bien se passer, le rassura Susanna.
- Tu dois sans doute avoir raison... Murmura Ulysse, avant de finalement réussir à s endormir.