The Darkside

Chapitre 14 : The Darkside, par delà le miroir

Par Akiraalistar

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Ulysse se réveilla en nage, la lueur des étoiles éclairant la petite hutte de bois tissé. Sa couchette recouverte de plumes grinça, lorsque le jeune homme se redressa. Il passa une main dans ses cheveux blond-dorés en bataille, tout en baillant généreusement. La nuit d Ulysse, bien que dénuée du moindre rêve, n avait été qu angoisse et douleur. La quête à venir le tourmentait. Le garçon frissonna, malgré l absence de courant d air. L étau qui lui compressait le coeur, lui, ne fit que se resserrer, menaçant de broyer son corps tout entier.

Je ne serais pas seul... Se rappela soudain Ulysse, son regard glissant sur le corps allongé de Susanna, dont les ronflements se faisaient entendre dans l endroit exigu.

J y parviendrais Ariane, je te le jure... Je te retrouverais.

Ulysse inspira à pleins poumons, soulagé que la tension dans sa poitrine ait en partie disparu, comme si sa promesse murmurée avait suffi à apaiser ses tourments.


***


Ulysse et Susanna quittèrent le Camp aux premières lueurs de l aube, ou du moins à ce qui y ressemblait vu la constante couleur indigo du ciel. Personne ne semblait être là pour leur souhaiter bonne chance. Le camp était complètement désert. Et au final, c était tant mieux. Ulysse préférait partir en toute discrétion, sans devoir contempler le dégoût ou la pitié qu il lirait dans le regard des Réfugiés. Le garçon s avançait sur le sentier, quand un bruissement le fit soudain sursauter. Ulysse crut apercevoir une paire d iris rouges l observer à travers les arbres, là d où le bruit avait fusé. Mais le temps qu il cligne des yeux les deux lanternes couleur de sang avaient déjà disparu.

Cela doit être un tour de mon imagination, songea Ulysse, en baîllant à s en décrocher la mâchoire.

Ou alors ce n était qu une bête sauvage égarée... De quoi d autre pouvait il s agir sinon ?

L adolescent oublia les mystérieux yeux écarlates, ses paupières se faisant soudain aussi lourdes que si il avait veillé toute la nuit. En effet, le jeune homme n avait été du matin. Ariane devait toujours le secouer pour le réveiller, afin qu ils n arrivent pas en retard au lycée. Ce souvenir fugace suivit Ulysse pendant un moment comme une seconde peau, et ne se priva pas de le ralentir.

- Eh ho, je ne compte pas t attendre moi, maugréa Susanna, qui se trouvait déjà plusieurs mètres devant l adolescent.

Ulysse se dépêcha de la rattraper, en remontant la lanière de son sac de toile, de peur que la jeune Ombre ne le frappe si il se montrait trop lent. D après les constats du garçon, Susanna aussi devenait aigrie si elle se levait trop tôt. A eux deux, ils formaient vraiment une sacrée équipe ! Enfin parvenu à sa hauteur, Ulysse se concentra sur le paysage qui l entourait et se rappela subitement le jardin aux fleurs argentées, où tout avait commencé. Mais cette forêt n avait rien à voir avec le champ qui faisait resurgir en lui tant d émotions contradictoires. Ici, les arbres aux troncs gris et aux feuilles bleutées étaient si serrés les uns contre les autres qu ils semblaient vouloir conquérir la moindre parcelle de terre libre. A leurs pieds, poussaient plusieurs variétés de champignons phosphorescents, qui illuminaient le chemin, comme de petites lanternes. Des nappes de brouillard se mouvaient autour d Ulysse, semblant l inviter à participer à une danse secrète, à l abris des regards. Enfin, dans l ombre, des bruits et des grincements inquiétants se faisaient entendre, complétant ce tableau aussi ravissant qu invraisemblable.

Cette forêt n a absolument rien à voir avec celles que l on trouve dans les Ardennes, en Belgique, réalisa le jeune homme, avec nostalgie.

Mais soudain, Ulysse aperçut quelque chose s approcher de lui à grande vitesse. Il repensa aux loups stellaires qui l avaient attaqué quelques jours auparavant, contre lesquelles il avait bien failli perdre la vie. Le garçon tentait tant bien que mal de faire bouger ses articulations engourdies par la peur, lorsque la bête s abattit sur lui. Ulysse hurla à pleins poumons en essayant de se débarrasser de son agresseur. L adolescent griffait, lacérait, mais ses coups étaient malheureusement vains.

- Arrête, tu vas lui faire mal ! Cria brusquement Susanna, derrière lui.

Le poids qui plaquait Ulysse au sol disparut aussi vite qu il était apparu, lui permettant ainsi de se relever. Le jeune homme constata alors que la bête qui l avait attaqué s avérait en réalité être un jeune félin, guère plus gros qu un chat. La seule différence avec un fauve ordinaire était que cet animal n avait ni fourrure ni chair, seulement un squelette blanchâtre ainsi que des yeux violets.

- Ulysse, je te présente Tokoha, mon meilleur ami.

Le garçon était tellement perturbé qu il ne sut répondre que :

- Ton meilleur ami est un chat squelette ?

- Non, Tokoha est un chat spectral, voyons ! Ne l appelle pas comme cela, il risque de s en offusquer.

Et comme pour répondre à l affirmation de son amie, Tokoha hérissa son échine dépourvue de poils.

- Au fait, désolée qu il t ait sauté dessus ainsi, il était juste content de faire enfin ta connaissance, tenta de s expliquer Susanna, pendant que le chat spectral lui léchait le visage.

- Va t il nous accompagner ? Demanda Ulysse, en se relevant et en époussetant son jeans couvert de poussière.

- Malheureusement non. Tokoha a pour mission d éloigner les intrus et de garder le Camp, lui répondit la jeune Ombre. Si il nous accompagne, notre foyer se retrouverait sans défense, à la merci de l Empereur et de son armée.

Ulysse ne voyait pas vraiment comment ce matou pourrait représenter une quelconque menace pour qui que ce soit, mais par instinct de survie, il préféra garder cela pour lui.

Après quelques gratouilles entre les omoplates, le chat spectral repartit surveiller les environs, puis, les deux jeunes se remirent en route.

- Encore désolée d avoir oublié de te prévenir dit Susanna, qui contenait avec difficulté son hilarité. Si tu avais vu ta tête...

- Ouais ça va, c est bon, maugréa Ulysse, bougon.

Après cela, ils ne s adressèrent plus la parole de tout le reste du trajet, se niant l un l autre comme des enfants immatures.


***


Il faisait déjà nuit lorsque Ulysse et Susanna arrivèrent épuisés à l orée de la forêt. Les arbres tortueux laissaient enfin place à une large plaine, bordée par un fleuve aux eaux transparentes. Un pont en bois clair, qui semblait scintiller sous le ciel nocturne, reliait les deux rives, et au loin en contrebas, apparaissaient les contours de plusieurs maisons aux toits de chaume. Le village de Tanao. Après avoir traversé les puissants courants du fleuve Mirage, Susanna tendit un chapeau à larges bords ainsi qu une longue cape à Ulysse.

- Des soldats de l Empire viennent souvent par ici, lui expliqua la jeune rebelle qui enfilait un épais foulard pourpre afin de dissimuler son visage.

Même si les habitants de Tanao sont de notre côté, nous restons des criminels recherchés sur tout le territoire.

Des criminels. Ulysse refusait de croire cette affirmation. Certes, Ariane et lui avaient défié l Empereur en refusant sa proposition... A moins que le simple fait qu ils soient tout les deux humains ne soit considéré comme une infraction ? Mais la question la plus importante que se posait le jeune homme, c était tout de même ce qu avait bien pu manigancer Susanna pour n être qu une paria aux yeux de ses paires.

- Et tu penses vraiment que quelques accessoires vont réussir à masquer ma condition d humain aux tiens ? Ne pu s empêcher de demander Ulysse.

- Ah oui c est vrai, j allais oublier ! S exclama la jeune Ombre, en extirpant un petit flacon de son sac de toile.

La substance qui s y trouvait ressemblait à de l argile, d une vague couleur bleue.

- Recouvre tes mains, tes mollets et ton visage avec cette mixture et on pourra presque te prendre pour mon frère.

Susanna tendit le récipient à Ulysse, qui s empressa d obéir à ses directives.

Avec ton cousin très éloigné tu veux dire... Songea l adolescent, sceptique.

- Allez, en route ! Lança Susanna, devenue méconnaissable et dont les yeux ambrés brillaient d une détermination farouche.

Ils descendirent une énième colline, avant d arriver à l entrée du village des forgerons, gardé par deux soldats lourdement armés, de fortes carrures.

- Halte là, ordonna celui de gauche, qui scrutait les deux voyageurs avec méfiance.

- Etrangers, déclinez votre identité ainsi que la raison de votre venue en ces lieux, ajouta l autre, en replaçant son casque sur son crâne dégarni.

Ulysse frissona. A peine avaient ils fait un pas vers la porte du village qu ils se faisaient déjà arrêter. Susanna avait pourtant dit que les habitants de Tanao étaient de leurs côtés... Se serait elle trompée ? Le garçon était sur le point de lui demander si elle avait un plan B pour passer la sécurité, quand elle commença à effectuer une série de gestes complètement incompréhensibles. La rebelle bougeait les mains si vite qu Ulysse les voyait à peine.

- Qu est ce que tu...

Le garçon fut coupé d un regard par Susanna, tandis qu elle achevait son petit numéro. Les gardes marmonnèrent pendant un moment, avant de finalement acquiescer et de les laisser passer.

Une fois que les soldats eurent disparu de son champ de vision, Ulysse demanda à Susanna :

- C était quoi ça ?

- Le code d accès au village. Depuis que Tora est devenu le chef du Camp, il a mis au point toute une série de codes que seuls une poignée d entre nous connaissent à la perfection. Ils nous permettent de communiquer avec nos alliés éparpillés aux quatre coins de l Empire d Obsidienne en toute discrétion.

- D accord... Mais si Tanao est de votre côté depuis le début, alors pourquoi s embêter à les utiliser ?

Susanna ricana, avant d enchaîner :

- Simplement parce que les gardes ne sont jamais les mêmes. Ceux-ci étaient clairement des novices, ils n ont donc pas eu le temps de rencontrer beaucoup de Réfugiés depuis qu ils sont en service. Les codes sont absolument indispensables pour nous. Les maîtriser, c est rallonger notre espérance de vie. Je te les apprendrais un jour... Enfin si nous survivons à cette quête bien sûr ! Conclut elle, avec un regard qui en disait long.

Ulysse n était pas sûr d avoir tout compris, mais il se disait que le cours de langage rebelle pouvait attendre. Pour l heure, ils avaient besoin d un artisan.

Les deux voyageurs parcoururent les rues débordantes de vie, sans adresser un seul regard aux autres passants. Des marchands exposaient leurs articles sur des étals, tous plus extravagants les uns que les autres. Divers stands de nourriture proposaient des mets alléchants qui diffusaient de délicieuses odeurs dans tout le marché. Ulysse reconnut notamment les fameuses larves qu il avait goûté la veille, sauf que celles-ci étaient grillées et empalées sur des pics à brochette, ce qui le fit saliver. Le jeune homme fut également tenté de s arrêter pour observer une boule de cristal volante qui reflétait toutes les couleurs de l arc-en-ciel, mais ils n avaient pas le temps. Ils devaient se rendre au plus vite chez Draken, l un des forgerons les plus expérimentés du village, en qui les Réfugiés accordaient une confiance aveugle. Ulysse essuya du revers de la main un filet de sueur qui ruisselait sur son front. Les feux qu utilisaient les marchands pour cuire leurs préparations étaient bien plus forts que ce que l adolescent avait pensé au premier coup d oeil. Et puis, lui et Susanna marchaient depuis l aube, ce n était pas étonnant que son corps commence à fatiguer !

- Le père de Draken, Farnen, qui nous approvisionnait en armes depuis de nombreuses années, nous a quitté il y a peu. Et Kayla, sa mère, est morte en lui donnant naissance, confia la jeune Ombre à Ulysse. Le voilà donc orphelin. Draken est encore sous le choc et peut donc se montrer assez instable et méfiant, alors fais attention à ce que tu lui diras.

- Comment est décédé Farnen ? Ne put s empêcher de s interroger le jeune homme.

- Il a été tué par un dragon sauvage, alors qu il récoltait des minerais dans une mine non loin de la Péninsule Ecarlate, répondit Susanna, soucieuse.

Le pauvre Draken est encore complètement traumatisé par cet évênement. Je pense donc qu il serait préférable d éviter de lui parler du but de notre quête.

- Tu as sans doute raison, compatit Ulysse.

Après plusieurs détours, ils arrivèrent enfin devant une boutique dont l enseigne affichait : Chez Farnen et fils. Le slogan était évidemment rédigé en Langage Runique, que le garçon déchiffra sans mal. Les deux jeunes ouvrirent la porte du magasin en actionnant une petite clochette, ce qui signala la venue de nouveaux clients. Lorsque Ulysse eut refermé la porte derrière lui, il ne put s empêcher de s étonner de la taille des lieux.

Vu de l extérieur, la boutique a pourtant l air minuscule... Comment font ils pour produire un tel effet d optique ?

Des étagères atteignant le plafond étaient couvertes d armes de toutes sortes, en passant de la plus aiguisée des lances au plus discret des poignards. Il y en avait au moins assez pour armer tout les soldats de l Empire. Au fond de la boutique, une forge ronronnait. Sa cheminée en pierre, gravée de runes complexes, s élevait jusqu à un trou creusé dans le toit pour évacuer la fumée. Plusieurs tuyaux de gaz partaient de celle-ci, dont les légers sifflements venaient s ajouter à la cacophonie ambiante. Devant un plan de travail, un Ombre s attelait, martelant le métal malgré les gouttes de sueur qui dégoulinaient de son front. Ses cheveux noirs étaient ébourrifés, comme si il n avait pas pris le temps de les coiffer, et sa peau bleu ciel, comme celle de Susanna. Enfin, l inconnu ne semblait pas avoir plus de 18 ans. Quand il se tourna vers les deux voyageurs, son regard ambré, aggrandi par des lunettes à fine monture, se braqua sur Ulysse. A la vue du jeune homme, le forgeron lâcha son marteau et se mit à reculer vers la cheminée. Un mauvais pré-sentiment prit d assaut le coeur d Ulysse. Il regarda alors ses mains, couvertes d une épaisse couche de masque bleu. Susanna se tourna vers son compagnon de route, fixant son visage, paniquée.

- Ulysse... Ton front... Murmura t elle, ses yeux ambrés semblant s embraser, sous les flammes de la forge.

- Pitié humain, ne me fais pas de mal, gémit Draken, le visage crispé par la peur.




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