Fate of Blood Tome 3 : Dans l'ombre d'Omicron

Chapitre 2 : Kirano

Par EdNight

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À Montrouge, les préparatifs pour le départ des forces de l'Aigle d'argent sont pratiquement terminés. Les recrues dévalent les escaliers du dernier étage du donjon, tous portant diverses caisses de la façon la plus adaptée selon leur gabarit.

 

Une fois la porte d'entrée passée, elles passent devant l'instructeur Ponpindou qui reprend du service. Son bras gauche étant amputé, une prothèse spéciale lui a été confectionnée.

 

Il les observe déposer leurs caisses à la herse de l'entrée principale et sourit en les voyant répéter l'opération au pas de course. Il devait bien l'admettre, il adorait son job.

Harsel : Allez ! Hop ! Hop ! Hop ! On doit évacuer le site dans une heure.

 

Mael dépose sa caisse sur la pile dehors puis se retourne un peu trop vite, manquant de percuter Ophélia qui arrive.

Ophélia : Wouah !! Fais gaffe !

 

Le jeune garçon s'écarte en s'excusant d'un air maladroit et remonte l'escalier jusqu'au donjon.

 

Environ trente minutes plus tard, le bâtiment est vide. Harsel observe les quatre recrues affalées contre les piles de caisses et leur fait un grand sourire ravi.

Harsel : Bien joué les jeunes ! Vous avez bien mérité de vous reposer un peu.

 

Tristant se relève tant bien que mal et le rejoint alors que Dreyfus et Vanessa sortent à leur tour du donjon.

Tristant : Alors ? On part vraiment sans eux ?

 

Dreyfus échange un bref regard avec l'instructeur et dévisage le jeune homme.

Dreyfus : On a déjà assez attendu comme ça. Ils ont trois jours de retard. À l'évidence, il leur est arrivé quelque chose en cours de route.

 

Tristant regarde Vanessa dans l'espoir qu'elle se montre un peu plus coopérative que son collègue.

Tristant : Capitaine Hellsing ? Il n'y a vraiment pas moyen d'attendre un jour de plus ? On pourrait encore partir à leur recherche ?

 

Elle compatit à son inquiétude, mais secoue la tête d'un air désolé.

Vanessa : On a déjà trop attendu, Tristant. Depuis la chute de Bourdall, Montrouge est en territoire vampire. Ce n'est qu'une question de temps avant que des soldats ennemis débarquent.

 

Dreyfus lui adresse un léger signe de tête et regarde les autres recrues qui les rejoignent, toutes aussi inquiètes pour leurs deux camarades portés disparus.

Dreyfus : Je comprends vos inquiétudes, mais pour le moment, votre priorité est de rejoindre les troupes d'Oward qui vous attendent à Kirano.

 

Il désigne les écuries où deux soldats sont en train de préparer les chevaux et fait un signe à Harsel, qui s'empresse d'aller charger les caisses dans les chariots appropriées.

Dreyfus : Vous partirez avec Ponpindou et Hellsing. De mon côté, je vais faire un tour de repérage le long de l'ancienne frontière, en espérant trouver des indices sur la position potentielle de Yael et Raven.

 

Vanessa se racle la gorge à son explication et regarde le paysage d'un air désintéressé.

Vanessa : Euh, en fait je compte rester encore un peu. Il me reste certaines choses à terminer ici. Mais je vous rejoindrai dès que j'ai terminé.

 

La capitaine Zorinof lui adresse un regard un peu râleur, signe qu'il aurait aimé être prévenu plus tôt. En réponse, Vanessa lui fait une brève grimace dont il a l'habitude et s'éclipse dans la cour extérieure de la forteresse.

 

Tristant prend en compte la situation et échange un regard avec Raphaël.

Raphaël : Ça ira. Le capitaine arrivera à les retrouver, il faut qu'on ait confiance en lui.

 

Son ami soupire en réponse et part aider Harsel à charger les ressources, passant sa main dans ses cheveux noirs hérissés. Tristant : J'aimerais y croire, Raph, mais tu sais bien ce qu'on a dû affronter dehors.

 

Le jeune chevalier le suit d'un air imperturbable et part l'aider. Au fond de lui, il était aussi inquiet que son ami.

 

***

 

Assise sur le banc de l'entrée de la forteresse, Vanessa observe le convoi partir, suivi des troupes de Dreyfus. Dès qu'elle les juge assez loin, elle se redresse d'un air résolu et entre dans le donjon.

 

Arrivée devant l'escalier qui mène aux souterrains, là où Yael a installé son labo, elle se fige un instant. Une forte odeur d'excréments en émane, suivie d'autres odeurs indescriptibles.

 

Elle passe une main sur sa ceinture, sentant le pommeau de son épée en argent, et descend.

 

Une grande salle sombre lui fait face. Divers ustensiles scientifiques sont placés sur les tables alignées en cercle. Au fond, des murmures se font entendre, semblables à ceux qu'elle avait entendus lors de sa première visite du labo.

 

Sans hésiter, elle attrape le trousseau de clés posé près d'une torche et se rapproche des cellules, constatant qu'elle avait vu juste.

 

Quatre paires d'yeux rouges la dévisagent, accroupies dans un coin de la cellule. Leurs regards se posent sur la jeune femme puis fixent le reflet argenté de la lame à sa ceinture, leur rappelant de mauvais moments.

 

Voyant leur inquiétude, elle la dégaine et la pose sur la table derrière elle, soutenant son geste en levant les mains en signe de paix.

Vanessa : Je suis là pour vous sortir de là. Je sais que vous n'avez aucune raison de me croire, mais la voie est libre. Personne ne viendra à votre poursuite, je m'en assurerai.

 

Les quatre esclaves l'observent en silence alors qu'elle déverrouille leur cage. Une fois la porte ouverte, elle se place sur le côté, leur laissant le temps qu'il faut pour se décider.

 

Après quelques minutes, un homme au visage déchiré en sort, dévisageant la capitaine d'un air bestial. Malgré la situation, elle garde son calme et lui adresse un bref signe de tête.

 

Les trois autres vampires le suivent et remontent les marches qui mènent à l'extérieur, s'arrêtant un instant alors que les rayons du soleil effleurent leur peau affaiblie. Ils se couvrent avec le bout de tissu qui leur sert de capuche et disparaissent.

 

Après un léger moment, Vanessa s'autorise à bouger de nouveau. Elle observe les cellules restantes en se bouchant le nez et n'y trouve rien de plus que deux cadavres, sans doute morts de faim, ou d'autre chose causé par les expériences.

 

Un frisson de dégoût la parcourt et elle remonte les premières marches de l'escalier. Elle s'y arrête et observe une dernière fois la pièce lugubre avant d'allumer une torche dans sa main. Sans plus hésiter, elle la balance sur les manuscrits et les livres présents, qui prennent aussitôt feu.

 

Elle s'empresse de remonter et une fois la cour extérieure atteinte, une explosion se fait ressentir derrière elle alors que la terre tremble sous ses pieds.

 

Une fois la secousse terminée, elle serre les poings et reprend son souffle pour se calmer. Elle attrape la bride de son cheval et quitte la forteresse de Montrouge sans un regard en arrière, le visage ferme.

 

Son code d'honneur en a toujours été ainsi : combattre ceux qui cherchent à leur nuire, mais hors de question de faire du mal aux innocents, quels qu'ils soient.

 

***

 

Deux jours plus tard, le reste des forces de l'ordre de l'Aigle d'argent rejoint le reste des troupes déjà présentes à Kirano.

 

Au loin, les recrues découvrent pour la première fois l'imposante forteresse à flanc de falaise. De la taille d'une ville moyenne, la forteresse de Kirano est dotée d'imposants murs renforcés en pierre grise teintée d'un brun sablé.

 

Positionnées en triangle, trois grosses tours carrées sont placées sur chacun des trois coins de la cité militaire.

 

Alors qu'ils se rapprochent, le fracas des vagues se fait entendre en contrebas. En plus d'être bien gardée, la forteresse sert de quartier général pour l'ensemble des trois factions militaires de la nation humaine : l'ordre du Lion d'or, l'ordre du Dauphin de bronze et l'ordre de l'Aigle d'argent.

 

Arrivés devant l'entrée, ils sont accueillis par une porte carrée munie d'une herse en argent, semblable à des dents acérées. Mais ce n'est pas la seule chose qui les frappe aux yeux.

 

À côté du groupe de soldats du Lion d'or qui mène la garde, reconnaissables à leur uniforme doré et rouge, ils reconnaissent Raven, qui discute tranquillement avec eux.

 

Raphaël reconnaît sa chevelure noire ébouriffée et s'empresse de la rejoindre, croisant son unique œil violet, l'autre étant recouvert d'un cache-œil.

Raphaël : Raven ! Tu n'as rien !

 

Elle le regarde accourir vers elle avec surprise et rougit à son inquiétude. Elle s'empresse de le cacher alors que le reste de leurs amis les rejoignent.

 

Ils la dévisagent tous avec un sourire rassuré et Ophélia vient lui donner un coup de poing à l'épaule, un peu trop fort à son goût.

Ophélia : Contente de te voir en vie… vraiment. Tu ne sais pas à quel point on a eu peur pour toi.

 

La jeune espionne essaie de cacher sa gêne passagère et les remercie d'un bref sourire amical.

Raven : Oui… désolée de vous avoir inquiétés.

 

Dreyfus et Vanessa, qui les avaient rejoints durant le trajet jusqu'à Kirano, terminent de donner leurs instructions aux soldats, ceux-ci pénétrant déjà en ville par petits groupes.

 

Malgré son air habituellement fermé, le capitaine lui adresse un regard rassurant avec un ton plus doux que la normale.

Dreyfus : Contente de te voir en vie, Raven. Mais pourquoi ne pas nous avoir rejoints à Montrouge comme prévu ?

 

La jeune fille s'apprête à répondre quand Mael la coupe, inquiet.

Mael : Yael va bien ? Est-ce qu'il est déjà en ville ?

 

Raven ose à peine croiser son regard et commence à leur raconter ce qu'il s'est passé.

Raven : Après la bataille de Bourdall, notre groupe d'escorte s'est fait attaquer par des assassins vampires. J'ai été mise à terre et à mon réveil tout le monde était mort, et Yael avait disparu.

 

Elle peut voir la déception dans les yeux bleus de son camarade. Elle se tourne vers son mentor et lui explique la suite.

Raven : Yael a été enlevé. J'ai pu suivre sa trace un moment, mais je me suis arrêtée quand j'ai vu qu'elle menait vers l'intérieur des terres vampires. Voyant que j'avais pris du retard, j'ai décidé de me diriger vers Kirano, d'où mon arrivée il y a un jour, à peu près.

 

Dreyfus vient gratter sa barbe d'un air pensif, son expression se faisant plus inquiète. Il adresse une petite tape dans le dos de Mael puis se retire sans attendre.

Dreyfus : C'est en effet une situation préoccupante, mais tu as bien fait. Je vais continuer les recherches et envoyer des éclaireurs. Ne t'en fais pas, Mael, on retrouvera ton frère.

 

Le jeune garçon le regarde d'un air peu rassuré puis rejoint Harsel et Oward, occupés à décharger les marchandises venues de Montrouge.

 

Vanessa le suit du regard un instant puis fait signe aux autres recrues d'y aller d'un ton las.

Vanessa : Allons les aider. Notre nouveau QG ne va pas se remplir tout seul.

 

Raven la rejoint et lui tend une lettre avec le sceau du seigneur d'Osaruse.

Raven : L'un des éclaireurs m'a remis cette lettre à mon arrivée. De ce que j'ai pu y apprendre, elle vient d'Agathe. L'entraînement d'Aslan commence bien.

 

La capitaine prend la lettre avec soin et lui accorde un sourire entendu.

Vanessa : Au moins une bonne nouvelle dans tout ça. Ah, et Raven ! Passe tout de même une tête au cabinet de Léaley pour voir si tu n'as rien de cassé.

 

Raven hésite un instant, mais se contente de hocher la tête, moyennement enthousiaste.

Raven : J'y veillerai sans plus tarder.

 

Elle fera comme elle peut pour éviter de retirer son cache-œil. Sinon elle voit mal comment expliquer au médecin comment son œil est réapparu comme par magie.

 

 

***

 

Devant le bâtiment qui leur sert de nouvelle base, une maison en pierre grise collée à d'autres de tailles différentes, Raphaël et Tristant posent les caisses de ravitaillement et d'armes avec l'aide d’Harsel.

 

Les deux jeunes en profitent pour s'étirer et se poser un peu alors que leur instructeur s'entretient avec Oward.

 

Les allées de la ville sont bordées d'échoppes d'armes ou de tavernes et les bâtiments semblent s'élever vers le ciel, qui est à peine visible au-dessus de leur tête. Des banderoles sont suspendues entre les rues, représentant les insignes des différents ordres militaires.

 

Oward les rejoint, mains sur les hanches, et leur fait signe de se relever, affichant un air confiant.

Oward : Bon, j'ai envoyé Harsel aider l'amiral Amarachi avec ses cargaisons. Selon les ordres laissés par Dreyfus, il reste des choses à faire au nord de la forteresse qui nécessitent votre présence.

 

À la mention de l'amiral, le visage de Tristant s'illumine.

Tristant : L'amiral Amarachi ? Le chef de l'ordre du Dauphin de bronze en personne se trouve ici ? C'est dément !

 

Il se tourne vers son ami et le secoue un peu.

Tristant : Tu te rends compte. Et dire qu'à la base je voulais rejoindre la marine pour lui.

 

Raphaël lui adresse un léger sourire complice, sachant très bien l'admiration que son camarade voue à l'amiral. Oward sourit de plus belle et prend un ton à se vanter.

Oward : Et oui, c'est ça l'avantage d'être à Kirano. Si ça peut vous donner encore plus envie, j'ai une réunion avec le général Galaud Goldenwave juste après !

 

Cette fois, c'est au tour de Raphaël d'être impressionné. Malgré son air sérieux, Tristant voit très bien son ami essayer de se retenir de poser tout un tas de questions.

Raphaël : Le général du Lion d'or est ici lui aussi ! Euh… super. Transmettez-lui nos amitiés dans ce cas.

 

Tristant ne peut s'empêcher de rire alors que Raph tente de garder un air détaché. Oward se contente de leur adresser un signe entendu avant de les quitter.

Oward : Je n'y manquerai pas. Allez, au boulot les bleus !

 

***

 

Après avoir profité d'un bon bain, Raven revient dans la petite chambre qui lui a été attribuée. Un lit simple y est installé avec une commode, un petit balcon et un robinet pour sa toilette.

 

Elle attrape l'essuie laissé sur son lit et essuie ses longs cheveux trempés. Elle reboutonne sa chemise puis contemple sa nouvelle cape étalée sur sa couette. Le tissu de couleur violet sombre est propre, comparé à la tache de sang de l'ancienne.

 

Elle se pose sur le bord du lit douillet et observe son reflet dans le miroir, installé au-dessus de l'évier de sa chambre. Son visage n'a presque pas changé depuis son admission dans l'ordre. Certes, les derniers combats lui ont laissé des cicatrices sur le corps, mais aucune n'égale ce à quoi elle fait face.

 

Son œil gauche est d'un magnifique violet dégradé, tandis que le cratère de son œil droit est à présent remplacé par un œil à l'iris rouge profond, luisant comme le sang.




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