Dans la grande salle de réception du palais de Lizalein, les invités profitent de la soirée en discutant et en se réjouissant autour des tables remplies d'apéros en tout genre.
Le champagne coule à flot alors que les différents nobles du royaume sont présents, ayant répondu à l'invitation du roi. Tous semblent absorbés par le décor et l'ambiance de la grande salle aux larges fenêtres, ornées de longs rideaux bleu foncé.
Près de l'un de ces rideaux, se tient Auralia, à l'écart, avec son verre de champagne à peine entamé.
Elle observe les invités en silence, passant son regard sur les différents groupes d'adultes déjà occupés à penser comment tirer profit du début de cette guerre.
Cette réception organisée par son père avait pour but de les rassurer sur les différents échecs survenus au cours des derniers mois, ainsi qu'à noyer le poisson et à obtenir des fonds suffisants pour davantage de troupes.
La salle commence à paraître un peu trop grande alors qu'elle finit son verre d'une traite. Son père lui avait demandé de venir plus pour l'image qu'autre chose. Le point positif en ayant accepté, c'est qu'elle peut observer les potentiels alliés avec qui elle aura envie de travailler quand elle deviendra reine, ce qui dans le cas présent veut dire aucun d'entre eux.
Rien que ce constat la dégoûte de son futur rôle. Elle pourrait décider de laisser sa petite sœur monter sur le trône, mais il est hors de question de lui laisser ce fardeau. Quel genre de sœur ça ferait d'elle.
Un tintement de verre l'avertit et elle s'empresse de reprendre une posture plus droite. Un couple de l'âge de son père la rejoint et un léger rictus au bout de ses lèvres trahit son ennui à venir.
Les parents de Raphaël lui adressent un large sourire et viennent se poser à la table juste à côté d'elle. La mère de Raphaël, une femme grande aux cheveux blonds coupés au carré, vêtue d'une longue robe bleue assortie au costume de son mari, lui adresse un signe de tête et lève son verre vers elle.
Éléonore Ryze : Auralia ! Contente de te revoir, très chère. Je constate que tu ne perds rien de ton charme.
Elle dévisage la jeune fille et vient caresser un pan de tissu de sa courte robe blanche. Auralia recule légèrement, n'aimant pas vraiment se faire toucher aussi directement, mais elle fait un effort pour que son geste paraisse naturel.
Le compliment la fait tout de même sourire. Elle prend toujours soin de choisir ses robes avec attention, et celle-ci ne déroge pas à la règle. Elle était courte et laissait le haut de son buste à découvert, son cou étant orné de différents colliers de sa mère.
L'arrière de sa jupe était plus long et doté d'une couleur bleue semblable à celle des rideaux de la pièce. Et bien sûr, le collier royal en argent qui orne le sommet de sa tête sert à attacher une partie de ses longs cheveux blonds.
La mère de Raphaël recule elle aussi, affichant un air plus posé.
Éléonore Ryze : Je suis sûre que Raphaël aurait été ravi de te voir dans cette tenue.
Auralia approuve d'un geste de la tête et s'efforce de faire la conversation.
Auralia : Merci, Éléonore. Votre robe vous va à ravir également.
La femme affiche un sourire plus large au compliment et son mari vient poser un bras autour de sa taille, prenant part à la discussion.
Théodore Ryze : Vivement votre mariage. J'ai déjà essayé de convenir d'une date qui conviendrait autant à lui qu'à toi, mais Raphaël est constamment en déplacement.
Ce rappel ne l'enchante pas, mais elle se force à afficher son plus grand sourire. Elle s'apprête à répondre quand une main vient se poser sur son épaule.
Orinsson : N'ayez crainte, mon bon Théodore, le moment viendra !
Le roi, portant un costume blanc et bleu comme sa fille, intervient d'un air optimiste, son attention portée sur le couple devant lui.
Orinsson : Il va sans dire que la guerre ralentit les choses et je pense que ce mariage ne fera malheureusement pas exception. Je pense qu'il serait préférable de le reporter à la fin de la guerre, une fois que la victoire sera nôtre.
Théodore lève la tête pour faire face à l'imposante carrure du roi et pense à trouver un compromis, mais abandonne cette option, sachant qu'Orinsson est plus têtu que lui. Théodore
Ryze : Cela me semble une décision judicieuse. Ce sera une façon de fêter notre victoire comme il se doit.
Il adresse un bref regard à Auralia et sa femme, puis tous les trois lèvent leur verre pour sceller cet accord. Auralia regarde la scène se dérouler sous ses yeux et serre son verre plus fort.
Une part d'elle aurait voulu le broyer dans ses mains, mais elle se retient de justesse alors que son père s'adresse à elle, ce qui a le don de l'étonner.
Orinsson : Auralia ? Tu vas bien ?
Elle cache le verre et détourne le regard, de peur d'avoir été prise sur le fait.
Auralia : Quoi ? Euh… non, tout va bien…
Éléonore remarque quelque chose et s'approche, tendant sa main vers elle. Auralia ferme les yeux en pensant qu'elle veut saisir son verre fissuré, mais à la place, elle prend une poignée de ses cheveux en main et la dévisage d'un air inquiet.
Éléonore : Qu'est-il arrivé à tes cheveux…
Elle regarde la source de leur préoccupation et semble tout aussi surprise qu'eux. Parmi les mèches blondes, certaines se trouvent déteintes, leur donnant une couleur cendrée.
Auralia repousse ses cheveux et les cache derrière son épaule, affichant un air désolé.
Auralia : Ce n'est rien… sans doute le stress de la guerre. Un peu de repos devrait me faire du bien… ne vous inquiétez pas.
Elle dépose son verre sur la table et profite de la situation pour s'éclipser. Elle sent le regard de son père et des parents de Raphaël dans son dos, mais s'en moque. Au moins, cette petite décoloration lui aura permis d'éviter une discussion longue et ennuyeuse où elle n'aurait pas eu son mot à dire.
***
De retour dans sa chambre, elle envoie valser ses chaussures et se laisse tomber lourdement sur son lit en soupirant. Il ne faut pas longtemps avant qu'un grattement se fasse entendre sur le baldaquin.
Une masse noire en saute et vient planer jusqu'à Auralia avant de se laisser tomber sur son ventre, lui coupant le souffle un instant.
Après avoir repris sa respiration, elle rigole de plus belle et attrape Red dans ses bras en le repoussant sur la couette. Elle le gratifie de douces caresses sur le ventre, ce qui le fait ronronner.
Auralia : Ahaha… tu m'as fait peur ! Heureusement que tes yeux te trahissent… ha.
Elle se pose sur son coude et vient caresser les bords de sa tête en croisant ses yeux rouges luisants, semblant y lire une sorte d'amusement.
Auralia : Demain on ira prendre l'air ensemble si tu es partant. Enfin… il faudra faire attention à ne pas montrer tes ailes, mais je suis sûre que ça ira.
Le chat pousse un miaulement positif et se débat autour de la douce main de la princesse.
Auralia : En plus, si on a de la chance, on pourra croiser la déesse. De ce que j'ai compris, mon père a avancé la cérémonie d'espoir d'un mois, afin de rassurer le peuple sur la guerre à venir.
Red s'arrête un instant puis penche la tête sur le côté d'un air intrigué. Auralia semble comprendre sa curiosité et sourit en se laissant tomber sur le dos.
Auralia : Je me doute que tu ne saches pas ce que c'est. Mais bon, tu es peut-être passé à côté sans t'en rendre compte…
En gros, la cérémonie d'espoir est le seul moment dans l'année où la déesse sort des catacombes. Le peuple peut la voir et lui adresser ses prières, en espérant qu'elles soient exaucées.
Elle repense aux histoires racontées par son père quand elle était petite et se tourne vers Red.
Auralia : Il paraît que c'est comme ça que les humains ont gagné la guerre de révolte il y a un peu plus de vingt-cinq ans. Depuis, elle protège la ville en créant des armes en argent depuis sa forge, sous le palais.
Auralia se redresse et enlève sa robe avec un bâillement. Son pyjama enfilé, elle se glisse sous la couette alors que le chat noir la rejoint sur l'oreiller à ses côtés.
Auralia : Je n'ai pu la voir qu'une seule fois. Il paraît que peu importe l'endroit, elle entend les prières humaines. Personnellement, je ne sais pas trop si j'y crois. Je fais toujours la même prière, mais ma demande ne s'est pas encore réalisée.
Elle regarde une dernière fois Red puis lui adresse une dernière caresse avant de fermer les yeux pour s'endormir.
Auralia : Je ne peux pas vraiment lui en vouloir, ça doit être épuisant d'entendre toutes ces voix en permanence.
***
Le lendemain, le duo quitte la cour du château de Lizalein pour se rendre dans la ville intérieure de la grande cité. Vêtue d'une robe vert foncé, Auralia porte une cape brune par-dessus pour passer inaperçue. Red la suit, restant sous sa jupe, passant une tête sur le côté de temps en temps pour observer le nouvel environnement.
Restant au château la plupart du temps, Auralia se permet d'enlever sa capuche. De toute façon, au vu de ses habits simples, peu de gens oseraient la comparer avec la haute société.
Red voit qu'Auralia s'arrête et passe une tête pour la regarder. Elle lui adresse un bref sourire et lui montre une pancarte en bois où sont affichées plusieurs affiches, dont une pour la cérémonie d'espoir où l'on peut y voir un dessin d'une femme en train de prier.
Auralia : On pourra voir Morgane d'ici une trentaine de minutes, le temps d'aller jusqu'à la place principale.
Le chat émet un léger miaulement et se recache sous la robe. Auralia reprend sa route et observe les alentours où plusieurs personnes se promènent. Elle évite les rues bondées et prend les rues plus étroites, plus sûres si elle veut garder un semblant d'anonymat.
En passant près d'une auberge, elle en profite pour prendre une galette et part s'installer sur une petite zone naturelle qui donne une vue sur la ville externe, plus pittoresque que la ville interne, mais tout aussi charmante, comparée aux villages à la périphérie de la capitale.
Red vient sauter sur le muret à côté d'elle alors qu'elle lui donne une partie de sa galette.
Auralia : Il y aura sûrement pas mal de monde. Vaut mieux se dépêcher si on veut une bonne place.
Le duo reprend sa route alors qu'ils se rapprochent de la place principale. Les rues deviennent de plus en plus bondées, la forçant à rabaisser sa capuche. Auralia avance en se faisant bousculer de toute part puis arrive enfin à atteindre une ruelle libre, prenant un moment pour souffler.
Auralia : Ouf… c'est loin d'être facile. J'aurais sans doute dû informer un groupe de gardes pour passer plus facilement.
Elle affiche un air désolé à Red alors que des bruits de talons se font entendre. Une silhouette encapuchonnée apparaît au bout de la rue.
Un cliquetis métallique se fait entendre et une dague apparaît dans la main droite de l'agresseur alors qu'une lueur rougeâtre apparaît dans l'ombre de la capuche abîmée.
Auralia reconnaît qu'il s'agit d'un vampire et recule d'instinct alors que Red pousse un cri défensif en sortant de sa cachette.
Auralia : D'accord… j'aurais définitivement dû prévenir un groupe de gardes…
L'agresseur paraît surpris suite à l'apparition du chat, mais ça ne l'empêche pas de foncer sur la princesse. Auralia parvient à l'éviter de justesse, sans doute grâce à Red qui lui a fait un croche-pied.
L'assassin retente un coup, mais Red lui saute dessus et vient le déstabiliser.
Agresseur : Rha… dégagez…
Il parvient à repousser le chat derrière lui et fait face à la princesse qui le dévisage avec un air paniqué. Il n'a pas le temps de faire un pas de plus qu'un miaulement enragé suivi d'une explosion rougeâtre le projette à l'autre bout de la rue.
Le vampire manque de heurter un groupe de passants et vient s'encastrer avec force dans le mur de la boucherie du coin. Les passants s'arrêtent un instant et regardent la silhouette avec horreur.
Une jeune vampire d'environ vingt ans, aux cheveux noirs tressés, se relève en titubant, l'impact ayant laissé un important cratère sur le mur en pierre du bâtiment.
L'un des marchands tente de réagir en apercevant la vampire, mais celle-ci le maîtrise en un rien de temps et lui brise le bras avant de l'envoyer valser au sol.
Auralia croise son regard et tente de se fondre dans la foule avec Red. L'assassin part à sa poursuite et lui envoie une série de dagues qui parviennent à abîmer le tissu de sa robe verte. Red se retire de l'étreinte de la princesse et ouvre la gueule alors qu'une petite boule d'énergie rougeâtre en sort.
Auralia : Red, viens là !!
Elle tourne la tête à temps pour le rattraper en vol alors que la boule rouge vient exploser sur une étale, non loin de l'assassin de l'ordre de la Lune Noire.
La foule s'écarte de leur passage quand des soldats arrivent enfin. Trois fantassins et deux gardes se placent derrière Auralia et mettent en place une ligne de front.
L'assassin saute sur le côté et décapite le premier garde sans problème. Elle blesse l'un des fantassins dans son élan, mais leurs lances la bloquent et un coup de gourdin lui est donné à la tête, l'assommant partiellement.
Le garde retente un coup supplémentaire mais elle l'évite en lui cassant le nez d'un coup de coude. Il ne s'effondre pas pour autant et vient la serrer contre lui de toutes ses forces.
L'un des fantassins lui enfonce sa lance en bois de frêne dans le flanc, ce qui la fait hurler de douleur. L'autre lui donne un coup de sa lance au visage et elle tombe à genoux.
Le garde essuie un filet de sang et lui passe des menottes en argent qui lui brûlent les poignets, alors que la foule les applaudit, rassurée que le danger soit écarté.
Auralia reprend son souffle en assistant à la scène et sent une série de regards sur elle. L'un des fantassins regarde vers elle et semble la reconnaître, mais elle est déjà loin.
Au bout de la rue, Auralia court sans s'arrêter tout en portant Red à bout de bras. Elle a vu les explosions mais n'est pas vraiment sûre de leur provenance. Red n'est pas vraiment un chat comme les autres, elle le sait, mais de là à ce qu'il envoie des explosions rouge sang…
Elle chasse cette pensée d'un coup de tête et prend un moment pour reprendre son souffle, se calant près d'une cargaison de tonneaux à bière. Elle sent le chat remuer contre son bras et croise son regard adorablement innocent.
Auralia : Ah… tu voulais me protéger… hein ?
Red miaule d'un geste vif, son regard semblant dire « bien sûr ». Elle lui sourit et reprend sa route, le plaçant sur son épaule, en partie caché sous sa capuche.
Cet assassin en avait après elle et elle y serait sûrement restée sans l'aide de son ami poilu. Aucun vampire n'était parvenu à infiltrer la cité de Lizalein avant. Soit il y a des failles dans leur système, soit un complot contre elle se trame.
C'était peut-être exagéré de sa part, mais vaut mieux s'attendre au pire. Dans tous les cas, elle compte envoyer une lettre à Raphaël dès son retour au palais. Lui au moins saura quoi faire.
Dix minutes plus tard, les voilà enfin arrivés sur la place, déjà bien remplie. Auralia parvient tout de même à se frayer un chemin parmi les passants. Des étales ont été installées autour de la place rectangulaire où des marchands profitent de l'événement.
Devant l'estrade en pierre de la place, les premiers venus sont déjà occupés à prier, ayant souvent le même profil : des personnes pauvres n'ayant plus que la foi comme ultime recours.
Un conseiller du roi rejoint les deux gardes présents sur l'estrade et vient se placer à côté du pilier en bois qui sert habituellement aux pendaisons publiques. Elle le reconnaît brièvement, se rappelant vaguement de son nom. Malcolm, ou quelque chose du genre.
Il tire un document officiel et des clairons retentissent, faisant taire la foule. Une fois le calme trouvé, la cérémonie commence.
Malcolm : Cher peuple du royaume de Strigua. C'est avec joie que nous vous retrouvons pour une nouvelle année à vos côtés. Suite à ces temps troubles et à la menace vampire qui se fait de plus en plus présente, la cérémonie d'espoir a été avancée par le roi Orinsson, dans l'espoir que vos prières nous portent chance face aux batailles futures.
De légers bruits de grincement de bois se font entendre alors que Malcolm se décale, sans perdre le fil de ses notes.
Malcolm : Cher peuple. Je vous invite à prier pour notre salut. Que la race humaine sorte à nouveau victorieuse face à l'adversité vampire.
Des cris se font entendre dans la foule alors qu'une silhouette maigre et livide le rejoint sur l'estrade. Elle porte une grande robe vert pâle, trop grande, et semble marcher pieds nus. Des gardes viennent l'encadrer alors qu'elle fait face à la foule.
Malcolm : À vous, humains de tout horizon. Voici celle qui nous sauvera. Devant vous se dresse Morgane, déesse de l'humanité.
Suite à la fin du discours, Morgane relève la tête en faisant face au peuple. De longs cheveux blond pâle encadrent un visage aux traits fins et des yeux gris clair comme l'argent, aux pupilles blanches, marqués par un air sans autre émotion qu'une profonde fatigue. Malgré son apparence, elle dégage une forme de beauté silencieuse.
La foule pousse des hurlements de joie et les personnes autour d'Auralia se bousculent pour mieux la voir. La princesse se débat comme elle peut et parvient à l'entrevoir. Elle ne l'avait pas noté au premier coup d'œil, mais des chaînes en argent sont attachées à chacun de ses poignets, pendant dans le vide.
Ne sachant pas trop quoi en penser, Auralia décide de profiter de cet instant unique pour faire comme les autres. Elle ferme les yeux et pose sa prière mentalement, par peur de se faire surprendre.
Sur l'estrade, Morgane garde le regard fixé devant elle. Une bonne centaine de voix commencent à inonder ses pensées, comme chaque jour depuis sa naissance en ce monde.
Tandis qu'elles se font plus insistantes sur la même requête, « Protégez-nous des vampires », une voix se démarque et pique son intérêt. Elle l'avait déjà entendue plus faiblement depuis les catacombes, mais à présent, elle l'entend plus clairement. « Paix entre humains et vampires ».
Son regard cherche la voix dans la foule et s'arrête sur une silhouette encapuchonnée qui s'éloigne. Un chat noir se pose sur son épaule et se tourne un instant vers elle alors que leurs regards se croisent.
Aucune surprise ne les perturbe, mais tous deux savent. Ils se reverront, comme ils y sont destinés depuis leur arrivée en ce monde.