Le feu de l'âtre ne cesse de déverser une chaleur insupportable, mais pour une déesse, ce n'est rien de plus qu'un léger coup de chaud.
Le bruit du marteau contre l'argent emplit la cavité d'un écho intermittent alors que Morgane effectue le geste de façon automatique, son regard perdu dans le reflet de l'arme qu'elle est en train de forger.
Grâce à la cérémonie d'espoir, elle peut à présent mettre un visage sur cette prière inhabituelle qu'elle a entendue. Le fait qu'elle provienne de la princesse humaine en personne a le don de l'intriguer.
Comme quoi, les enfants sont parfois bien différents de leurs parents. Cela ne change cependant rien à sa tâche initiale. Le peuple a parlé et elle se doit de s'exécuter. Tout comme la voix d'Orinsson, les humains vouent une haine sans précédent envers la race vampire.
La voix du roi est plus forte que toutes les autres. Elle lui avait déjà expliqué qu'elle existe pour répondre à la volonté humaine. Malgré ça, elle ne comprend toujours pas pourquoi il s'est entêté à lui installer ces chaînes.
Les bracelets en argent flottent autour de ses poignets, mais pas assez pour s'enlever tout seuls. De toute façon, elle n'en a aucune intention, tant que ça lui permet de réaliser son devoir divin.
Derrière elle, divers ustensiles de forge sont accrochés à une étagère. Les flammes dansent sur les murs en pierre jaunâtre des catacombes et éclairent une série de barres incrustées au mur. Elle y a déjà été enchaînée quelques fois.
Orinsson lui avait dit que c'était par prudence. Comment lui en vouloir. Elle était une déesse et lui un simple humain, la peur fait partie du chemin, même si elle devait bien admettre qu'il ne lui facilitait pas la tâche depuis la mort de sa femme.
Le bruit de l'acier s'arrête net. Morgane attrape la barre en argent et vient la passer dans l'âtre avant d'amincir le côté droit de la future lance.
Une fois fait, elle la trempe dans l'eau puis vient aiguiser la pointe, l'analysant à chaque passage sur la meule.
Ce n'était pas sa première arme, ni sa dernière. Le roi lui avait fait part d'une importante commande pour la forge principale. En prévision de la guerre en préparation, il souhaite armer tous les soldats avec des armes en argent.
Comme elle le lui a dit, la forge d'armes en argent bénies prend énormément de temps, sachant qu'elle seule peut les forger. En revanche, des armes en argent simples devraient pouvoir être confectionnées plus rapidement.
Comme il y a vingt-cinq ans, une guerre se déclare, et cette fois Orinsson n'a pas l'intention de s'arrêter en cours de route. Le connaissant, il compte bien mettre fin à la vie de la jeune reine vampire.
Son nom lui est bien égal. Ce n'est qu'un objectif comme un autre qui se dresse sur son chemin. Zor, en revanche…
Elle revoit le chat aux côtés de la princesse et plisse les yeux. Il avait l'air différent, comme si une partie de lui était manquante. Sans doute un effet de sa résurrection. Elle n'a jamais pu expérimenter la mort, ayant remporté leur dernier combat, ici même, à Lizalein.
Le fait qu'il ait perdu la mémoire pourrait expliquer beaucoup de choses. Dans tous les cas, il n'est plus le dieu qu'il était autrefois. Au fond, elle espère qu'il retrouvera sa place auprès des siens un jour.
La lame affûtée correctement, elle reprend la lance et la repose sur l'enclume au milieu de la pièce. Une unique larme coule le long de son œil gris. Elle la récupère du bout du doigt et vient la déposer sur le métal froid en caressant l'arme qui brille d'un gris clair digne d'une arme bénie.
Même s'ils sont destinés à être ennemis depuis leur naissance en ce monde, elle ne le hait pas. Elle espère qu'un jour il se souviendra de qui il est, car pour elle, il n'y a pas pire cauchemar pour un dieu qu'oublier ce pourquoi il existe.
La porte de la forge se déverrouille et s'ouvre sur la silhouette du roi Orinsson.
Orinsson : Où en est l'arme ?
Morgane recule d'un pas et contemple la lance en face d'elle, répondant d'un ton las en croisant ses mains sur sa robe.
Morgane : La lance du héros de Bourdall est prête…
Le roi se tourne vers l'intéressé avec un sourire satisfait et lui fait signe d'entrer.
Orinsson : Entre, mon garçon. La déesse attend ta prière.
Un garçon aux cheveux courts brun clair entre, vêtu d'un plastron orné de l'emblème de l'ordre de l'Aigle d'argent. Une écharpe bleu clair est enroulée autour de son cou alors qu'Aslan entre avec un air fier.