Fate of Blood Tome 3 : Dans l'ombre d'Omicron

Chapitre 17 : Le Siège de Cardia

Par EdNight

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Quatre jours après la révélation de l'unité Omicron, les troupes de Sariah et Laurie patientent à Cardia.

 

Les deux sœurs de l'ordre de la Lune Noire se retrouvent près de la forêt qui entoure le côté ouest de la ville, parsemée de petites montagnes, suffisamment hautes pour leur donner une bonne vue sur les remparts disposés en pentagone en contrebas.

 

Sous les arbres, les soldats de l'unité Omicron patientent dans un calme morbide, regard vers le sol.

 

Laurie passe devant eux en tremblant, leur lançant des regards méfiants alors qu'elle rejoint le groupe de soldats qui leur ont été envoyés en soutien.

 

Arrivée près d'eux, elle se sent déjà un peu mieux, ceux-ci étant plus expressifs.

 

Perchée sur la branche d'un arbre proche, Sariah baisse le regard vers elle.

Sariah : Toi aussi leur présence te rend nerveuse ?

 

Laurie relève la tête vers la faux noir qui pend le long de l'arbre et resserre ses épaules d'un ton faible.

Laurie : Contente de ne pas être la seule… même si ça m'étonne de te l'entendre dire.

 

Sa collègue reporte son regard vers la ville éclairée au loin et reprend son observation. À vrai dire, la présence de l'unité Omicron n'était qu'une des causes de sa nervosité.

 

Rien que de voir les lanternes de la ville au loin, entourée de piquets de torture, lui rappelle son passé. C'est là-bas qu'elle et sa grande sœur ont été achetées. Sans l'intervention de Belladone, elles seraient sans doute retenues sur le territoire d'un seigneur voisin, destinées à un avenir incertain.

 

Ses yeux écarlates se posent vers les étoiles brumeuses et elle décide de prendre de l'altitude. Arrivée à bonne hauteur, ses yeux s'adaptent un moment au nouveau paysage. Un rayon de lune éclaire les terres vampires, mettant en avant une masse d'ombre qui avance vers eux.

 

Elle reconnaît les troupes de Night et se laisse retomber sur la branche où elle se tenait juste avant.

 

Laurie sursaute face au bruit et la dévisage d'un air défensif. Sariah n'en prend pas compte et lui fait part de la situation.

Sariah : Ils arrivent.

 

 

***

 

Les flammes vacillent en rythme sur le chemin de ronde alors que les nuages cachent une partie de la lumière lunaire.

 

Un vent frais se lève alors que les troupes humaines s'activent sur les remparts de la ville de Cardia.

 

Posté sur le rempart de la porte ouest, Aslan resserre son écharpe bleu clair et observe les défenses placées en contrebas.

 

Les grands poteaux en bois, habituellement utilisés pour la torture des vampires, ont été décorés de piques en argent et les forces de défense ont été réorganisées en conséquence.

 

Une présence rassurante s'approche de lui et un léger sourire apparaît au-dessus de son écharpe.

Agathe : Ils ont dépassé Bourdall. Certains soldats ont pu être rapatriés comme prévu. Sans le sacrifice de ceux restés sur place, ils n'auraient pas eu le temps de rentrer à temps.

 

La capitaine garde son air dur, mais teinté d'une légèreté, habituée à l'air amical de son jeune apprenti.

 

Aslan resserre sa prise sur sa lance et refait le plein de fioles d'ail.

Aslan : Je ne sais pas si c'est vraiment une bonne idée d'attendre en sachant que leur avant-garde se trouve juste devant nous.

 

Il pointe les montagnes qui entourent le côté ouest, où les éclaireurs ont entrevu des soldats vampires en stand-by, présents depuis un jour.

 

À sa question, la capitaine croise les bras sur la plaque en acier qui recouvre sa poitrine et regarde les troupes autour d'eux d'un air dur.

Agathe : Je sais, mais si les dires sur la menace à venir sont corrects, on ne peut pas se permettre de s'éparpiller. La défense de Cardia reste notre objectif premier. Si la ville tombe, ce sera un énorme coup dur pour nous tous.

 

Elle attrape son carquois et recompte ses flèches avant de lancer un ordre rapide à l'une des sentinelles postées avec eux.

Agathe : Ne t'en fais pas pour la menace qui rôde à la lisière de la forêt. Nous les tenons à l'œil. De plus, je suis prête à parier qu'ils ne bougeront pas tant que les troupes envoyées à Bourdall ne les auront pas rejoints.

 

Aslan prend en compte ses informations et se contente de les garder en tête. Avant, il aurait sûrement posé plus de questions que nécessaire, mais son apprentissage avec la capitaine Arguent lui a bien appris que parfois, il valait mieux se taire, surtout s'il ne voulait pas gagner un mal de crâne avant le début de la bataille.

 

Le temps d'attente lui semble bien plus long sans sujet de discussion, mais la vue d'Oward et de ses camarades le réconforte.

 

Le capitaine les salue d'un geste bienvenu, geste auquel Agathe ne prend pas la peine de répondre.

Agathe : Comment se passe l'évacuation ?

 

Oward prend un air las et regarde les rues en contrebas où les citoyens ont été regroupés. Certains, encore en pyjama, affichent un air fatigué et d'autres un air plus inquiet.

Oward : On n'aura pas fini d'évacuer tout le monde avant la fin de la nuit. On essaie donc de les regrouper vers le château comme on peut.

 

La capitaine fronce les sourcils à sa réponse et observe la masse sombre aux multiples flèches en pierre qui se dresse derrière la place centrale de la ville.

 

Aslan ressent sa frustration, sachant à quel point un plan qui ne se passe pas comme prévu peut l'ennuyer.

 

Une tape sur sa gauche le prend au dépourvu alors qu'Ophélia le dévisage d'un peu trop près.

Ophélia : Whouaw… je suis impressionnée. Je t'aurais fait le même coup à l'époque de notre rencontre, tu serais déjà à terre.

 

Il rit à sa plaisanterie vexante et se frotte l'épaule.

Aslan : Héhé… merci… je suppose…

 

À ses côtés, Tristant le regarde avec ses yeux verts amicaux.

Tristant : Elle a pas tort. On voit que ton entraînement avec Agathe t'a fait du bien. Je suis sûr que Mael n'en reviendrait pas.

 

Son sourire baisse un peu à la mention de son meilleur ami. Sa main se porte instinctivement sur la poche de sa veste, là où se trouve le carnet de pêche qu'il lui a offert. Même après des mois d'absence, il ne l'a pas oublié.

Aslan : Je suis sûr que lui aussi s'est amélioré…

 

Ophélia hoche la tête d'un air convaincu et s'arme de sa hallebarde d'un geste fluide, en profitant pour mettre en avant sa nouvelle arme en argent bénie.

Ophélia : Tristant lui a donné deux ou trois conseils, alors je ne m'en fais pas. On est entrés dans l'ordre tous ensemble et on continuera sur cette voie en s'entraidant. Même si je doute que tu aies besoin d'un cours de rattrapage de ton côté.

 

Le jeune chevalier rigole d'un air bon enfant et baisse la tête d'un air humble.

Aslan : Je suis encore loin du niveau d'Agathe, ou même de celui de Dreyfus et Vanessa, tu sais…

 

Alors qu'ils profitent de leur rare moment ensemble, Oward leur fait signe de retrouver leur sérieux, ce qu'ils font sans broncher.

 

Agathe attrape la longue-vue que la sentinelle lui donne et regarde le flanc de montagne où la lune vient de révéler une masse d'ombre mouvante.

 

Elle rabaisse l'outil et fait signe à son collègue de retourner à son poste alors que les soldats autour d'eux commencent à s'agiter avec plus d'entrain.

Agathe : Accélérez l'évacuation ! Pour les autres, on applique le plan !

 

***

 

Le petit groupe continue sa course sur le sentier qui mène au sommet de la première colline. Les branches parasites les ralentissent à peine alors qu'ils arrivent enfin face à la ville de Cardia, où l'attaque a déjà débuté.

 

Comme ils s'en seraient doutés, l'entrée ouest n'a pas été épargnée.

 

Les derniers bruits de pas ralentissent alors que tout le monde arrive enfin.

Tarus : Haa… ah… eh ben… ils sont quand même vachement rapides…

 

Tarus reprend son souffle et se permet de déboutonner le haut de son uniforme, faisant mine de suffoquer.

 

Les autres membres de son groupe le dévisagent avec attention, partagés entre la gêne et la fascination. Talia sent une rougeur sur ses joues, gênée pour lui, et se hâte de lui faire la leçon.

 

Amber se force à dévier le regard et se rapproche du groupe de tête, faisant face à Zacc et Rendall.

Amber : Bon, c'est quoi la suite ? On trouve nos camarades et on les sort de là ?

 

Zacc pose son regard sur le bûcher en contrebas et guette Belladone du coin de l'œil, voyant clairement que quelque chose bouillonne sous la surface froide qu'elle se donne.

Zacc : C'est plus ou moins l'idée. Mais d'autres soldats sont sur place.

 

Rendall suit brièvement son regard avant de poser ses yeux sur leur groupe.

Rendall : Il va falloir les convaincre de nous suivre. Je suis sûr qu'on n'est pas les seuls à craindre ce que représente l'unité Omicron.

 

Talia comprend que dans son cas c'est plus profond que ça. Elle attrape le bras de Tarus d'un air confiant et rejoint son chef d'unité.

Talia : On s'en chargera tout en essayant de trouver Night.

 

Son ami archer est pris de court par son geste et se libère aussitôt avec un air désolé.

Tarus : Eh, minute. Je vais pas pouvoir t'aider sur ce coup. Laurie a besoin d'aide elle aussi.

 

Talia affiche un petit air déçu, mais Rachel vient prendre sa main, affichant un air encourageant sous ses taches de rousseur.

 

Belladone en prend note et se tient solidement sur ses appuis alors qu'elle se rapproche du bord du pic rocheux.

Belladone : Dans ce cas, ne perdons pas plus de temps. Vous savez quoi faire !

 

Sans perdre une seconde, elle se laisse tomber et dévale la pente rocheuse, les invitant à faire de même.

 

***

 

Sariah s'élance et passe au travers de la fenêtre de l'hôtel de ville. Le chevalier la suit dans son élan et s'écrase lourdement sous elle, la faux de l'assassin enfoncée profondément dans sa cuirasse.

 

Sa cible éliminée, elle repart à l'action et remonte l'artère principale de la ville où les soldats d'Omicron sont déjà en train de rouler sur l'ennemi.

 

Elle les laisse faire et gagne la zone marchande où elle retrouve Laurie, occupée avec ses propres proies.

 

Malgré sa timidité apparente, la jeune femme est tout autre une fois sa grande hache en mains. Elle balance son arme au-dessus de sa tête et la fait pivoter de sorte à ce qu'elle s'abatte sur les trois chevaliers qui lui font face.

 

L'un d'eux survit à l'attaque, mais Laurie n'est pas d'humeur à faire des faveurs. Sa hache s'abat une nouvelle fois et cette fois ne lui laisse aucun répit.

 

Sariah la contemple un instant. C'était rare de la voir se défouler autant, il faut croire qu'elle en avait bien besoin.

 

Elle tire une fiole de sa sacoche noire et la boit d'une traite avant de reprendre son avancée, à l'affût d'autres cibles sensibles à abattre.

 

Depuis les toits, elle voit les flammes du quartier sud gagner l'est de la ville. Des soldats de l'unité Omicron sont visibles en contrebas, sautant sur tout ce qui bouge sans trop de distinction.

 

Malgré sa vigilance, Night est introuvable, sans doute occupé à gérer les troupes en première ligne.

 

De retour sur les sols pavés de la ville, elle libère la voie pour certains soldats coincés et reprend sa route solitaire jusqu'à une petite place isolée, qui mène aux quartiers du marché des esclaves.

 

Elle tente de passer outre cette sensation désagréable de déjà-vu et se charge de neutraliser les fantassins éparpillés dans la zone, déjà en combat contre des soldats d'Omicron égarés.

 

Comparés à ses coups précis et sans défauts, les créatures de la reine se contentent de tuer avec une rage primitive. L'une d'elles sort sa dague et vient l'enfoncer à plusieurs reprises dans la poitrine de l'un des soldats présents, tout en hurlant sa haine aveugle.

 

Une fois le dernier humain au sol, les créatures se dispersent de nouveau, mais un groupe de six attire son attention.

 

En les suivant, elle tombe sur un renfoncement non loin de la petite place et fait face à des civils égarés.

 

D'une certaine façon, cette scène n'aurait pas dû la déranger, mais à bien y regarder, elle pouvait voir la terreur dans leurs yeux alors que le père et la mère tentent de protéger leurs enfants. Deux filles.

 

L'un des soldats vampires avance vers eux comme un prédateur et ouvre grand la bouche pour révéler ses crocs salivants avec un cri guttural.

 

Il n'en faut pas plus pour que la plus petite des deux sœurs pousse un cri effrayé, alors que la plus grande la serre dans ses bras pour la protéger.

 

Sariah connaît bien cette situation et s'y reconnaît facilement. Elle sait qu'elle devrait les laisser à leur sort, mais quelque chose au fond d'elle l'en empêche, quelque chose que l'entraînement de Sérène n'a pas réussi à briser.

 

***

 

Quelques rues plus bas, Belladone avance sans s'arrêter face au carnage qui se dresse autour d'elle. La panique en elle ne cesse d'augmenter à chaque soldat déshumanisé qu'elle croise.

 

Certains lui bloquent le passage, mais ça ne l'empêche pas de les réduire en miettes. Alliés ou non, rien ne l'empêchera d'atteindre son objectif, encore moins des soldats dénués d'âme.

 

Au bout de la troisième ruelle, elle tombe enfin sur ce qu'elle cherchait et son cœur se serre face à ce qu'elle voit.

 

Sur la petite place en flammes devant elle, Sariah se bat corps et âme contre un groupe de soldats Omicron enragés.

 

Derrière sa sœur, elle aperçoit une famille d'humains effrayés, se demandant sans doute ce qu'il se passe. Elle se le demande aussi, mais semble comprendre à la vue des deux jeunes filles serrées l'une contre l'autre.

 

Sariah balance sa faux en arc de cercle et bondit de gauche à droite de sorte à esquiver les coups de dagues qui volent vers elle.

 

Leur technique est imprévisible, mais elle parvient à tirer son épingle du jeu et neutralise trois des cinq soldats restants.

 

Les deux derniers lui font face avec un air bestial. Elle se met en position défensive avec un rapide coup d'œil vers ses protégés et se tient prête.

 

Elle s'élance pour les mettre hors de danger, mais elle est prise de vitesse. En face d'elle, les deux créatures se font ouvrir en deux d'un geste habile et rapide.

 

Lorsque leurs corps s'écroulent au sol, elle est surprise de découvrir Belladone, qui lui fait face d'un air essoufflé. Il était clair qu'elle avait couru un bon moment sans s'arrêter.

 

Les deux sœurs se dévisagent sans rien dire, la tension étant entrecoupée par le souffle court de Belladone et les crépitements des flammes en arrière-plan.

 

Ne voulant pas gâcher cette occasion, Sariah essaie de trouver ses mots, sans succès. Elle entrouvre la bouche en espérant briser à nouveau la glace, mais Belladone l'en empêche.

 

Elle se rue sur elle et l'enlace de toutes ses forces, serrant son corps maigre contre elle.

 

Le regard de Sariah est encore figé alors qu'elle essaie de réaliser ce qu'il est en train de se passer. Même si une partie d'elle s'en rend compte, elle ne sait pas encore comment réagir.

 

C'est alors que sa sœur défie tout ce qu'elle croyait. Appuyée contre elle, la grande déesse guerrière lui parle enfin, d'une voix tremblante.

Belladone : Pardonne-moi… Je suis désolée de t'avoir fait attendre aussi longtemps… mais je te promets que ça n'arrivera plus… !

 

Sa prise se resserre un peu plus alors qu'elle admet enfin ce qu'elle pense.

Belladone : Je ne compte plus ignorer ce que je ressens… et j'espère que tu pourras me pardonner un jour pour ce que je t'ai fait…

 

Sariah intègre ses paroles et se retrouve plus perdue qu'autre chose. Malgré ça, une odeur familière lui revient en tête, douce et agréable, alors qu'elle se remémore les paroles que Kellan lui a dites au bal.

 

Elle décide de se laisser porter par l'étreinte de sa sœur et pose son visage contre son épaule. L'odeur du cuir de sa veste noire imprègne ses narines et lui procure un effet rassurant face au chaos qui se déroule autour d'elles.




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