Fate of Blood Tome 3 : Dans l'ombre d'Omicron

Chapitre 20 : Horreur interne

Par EdNight

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La plaine rocheuse est couverte de cratères et de corps en piteux état.

 

Un nouveau groupe de soldats prend la relève alors que la matinée est déjà bien entamée à la forteresse de Kirano.

 

Face au calme apparent de la cité, une voix grognonne résonne dans les rues du quartier de l'ordre de l'Aigle d'argent.

Dreyfus : Il va me le payer !! Je compte bien le retrouver, quitte à mettre toutes nos troupes à sa recherche !

 

Dans la cour d'entraînement des casernes, Dreyfus avance d'un pas furibond vers les écuries alors que Vanessa le rattrape, haussant le ton au même niveau que lui pour se faire entendre.

Vanessa : Cesse un peu de geindre et reprends-toi, je t'en conjure ! Tu te rends compte de ce que tu dis ? On vient d'essuyer de lourdes pertes et toi tu veux nous priver des dernières défenses qu'il nous reste ? Ne sois pas idiot, Dreyfus !

 

Sa main s'arrête sur le pommeau de sa selle alors que l'info lui monte enfin au cerveau. Il ne veut pas l'admettre, mais elle a raison, comme bien souvent.

Dreyfus : Et puis quoi ? Le capitaine de l'armée ennemie est en vie. Le tuer constituerait un avantage sans précédent !

 

Vanessa soupire lourdement face à son nouvel argument.

Vanessa : Je ne dis pas le contraire, mais aucun de nous n'est en état de partir à la chasse au vampire. Encore moins toi. Tu n'as plus d'arme, je te signale !

 

Il serre son poing face à sa dernière remarque et frappe le poteau en bois le plus proche, ce qui effraie les chevaux présents.

Dreyfus : Je sais bien !!

 

Il regrette aussitôt son geste et repart dans le sens inverse, sans lui adresser un regard.

Dreyfus : Tu pourrais au moins faire l'effort de me comprendre !

 

C'est la goutte de trop pour elle. Il a le culot de lui faire la leçon alors qu'il n'a jamais daigné écouter ce qu'elle ressentait ces derniers temps.

Vanessa : Arrête un peu de délirer ! D'accord, ce vampire a tué ta fille et causé ton divorce, mais ce n'est pas une raison pour impliquer tous nos hommes dans ta croisade. Et encore moins pour déclencher un génocide.

 

Il se retourne vers elle d'un geste vif alors que sa barbe devient aussi rouge que son visage.

Dreyfus : Ne me fais pas rire… Tu oses dire ça en sachant très bien dans quel camp tu te trouves ?! Il me semblait pourtant t'avoir appris les bonnes valeurs de l'humanité, ces mêmes valeurs qui nous différencient de ces monstres…

 

Elle soutient son regard en réponse et assume enfin ce qu'elle pense, depuis un bon moment déjà.

Vanessa : Je suppose que c'est inutile de te rappeler que je ne suis plus ton apprentie depuis bien longtemps ! Moi au moins j'arrive à avoir mes propres opinions plutôt que de suivre celles des autres sans broncher !

 

Elle sait qu'elle n'a pas tort. Depuis ce fameux jour, il ne fait que suivre aveuglément les ordres d'Orinsson sans sourciller, là où elle, elle a essayé de faire un effort pour élargir ses horizons.

 

Une partie de lui le sait aussi, même s'il refuse d'entendre raison. Il aurait trop à y perdre.

Dreyfus : Tu as de la chance que cette conversation ne s'ébruite pas… sinon tu sais comme moi ce qui pourrait t'attendre…

 

C'est avec cette dernière menace qu'il retourne dans ses appartements, passant sous le nez de Harsel et Léaley.

 

L'instructeur à la barbe rousse n'a pas perdu une miette de leur échange. Il sait qu'ils ont tous deux leurs différends, mais les voir se défier aussi ouvertement lui fait de la peine.

Harsel : Hé… attendez… On peut encore…

 

La médecin le voit tenter de s'immiscer dans leurs affaires et se hâte de le rattraper par le bras, prenant un ton compréhensif face à ce qu'il ressent.

Léaley : Harsel…

 

Il la sent le retenir et revient à ses côtés, un peu déçu de ne rien pouvoir faire de plus.

 

Elle lit l'inquiétude sur son visage et sourit d'un air confiant derrière ses fines lunettes rectangulaires.

Léaley : Ils ont besoin de temps. Mais ne vous en faites pas, je suis sûre qu'ils se retrouveront.

 

Elle lui fait un petit clin d'œil taquin avec un léger coup de coude, ne lui arrivant qu'à peine à hauteur d'épaule.

Léaley : Que ce soit d'eux-mêmes, ou grâce à vous.

 

***

 

Dans les rues de la cité, Raven et Mael accompagnent Raphaël jusqu'à l'entrée.

 

Arrivés à la herse d'argent, il accroche son sac à la selle de son cheval et fait un dernier check-up.

Mael : Tu es sûr de vouloir rentrer ?

 

Le jeune chevalier royal range son arme et hoche la tête d'un air résolu.

Raphaël : Auralia m'a demandé de la rejoindre au plus vite. Si je ne réponds pas à son appel, je ferai un piètre garde royal.

 

Mael lui fait un bref sourire et recule.

Mael : D'accord… alors passe-lui le bonjour de notre part.

 

Raphaël vient lui adresser une petite tape sur l'épaule et lui rend son sourire.

Raphaël : Ce sera fait. D'ici là, prends soin de toi. Et ne t'en fais pas pour ton frère. Je suis sûr qu'il est là, quelque part.

 

Son compagnon affiche un air peu confiant, mais lui adresse un signe de respect, reconnaissant pour sa bienveillance.

 

Alors qu'il prend place sur son cheval, Raven le suit jusqu'à la plaine rocheuse.

Raphaël : Je m'en veux quand même un peu de devoir vous laisser en sachant que les deux capitaines sont en froid.

 

Son amie retient un bref rire amusé et secoue la tête.

Raven : Oh, t'en fais pas. Connaissant Dreyfus, dans deux jours ce sera déjà oublié.

 

Il rit avec elle et reprend les rênes de son cheval, réfléchissant déjà à quelle direction prendre.

 

Son regard dévie une dernière fois vers elle alors qu'il peut voir son œil rouge, désormais libre et à la vue de tous.

Raphaël : Et toi ? Ça ira ?

 

L'espionne croise les bras et rumine dans le bord de sa cape, cachant un léger rougissement.

Raven : Léaley a déjà prévu de me faire toute une batterie de tests. Mis à part ça, ça devrait aller. Les capitaines m'ont dit qu'ils se porteraient garants si les autres soldats devaient se mettre à poser trop de questions sur mon état.

 

Son camarade en prend bonne note et lui fait un petit signe de la main.

Raphaël : Tout un programme à ce que je vois. Bon, eh bien j'espère que tu t'amuseras tout autant que moi.

 

Elle lève la tête vers lui et croise les reflets de ses yeux bleus. Elle ne veut pas qu'il parte, mais son devoir l'y oblige. La situation est moins pire que ce qu'elle s'était imaginé, mais son avenir est encore à éclaircir.

 

Elle affiche son plus beau sourire et lui fait signe d'y aller, ne voulant pas le retarder plus longtemps.

Raven : Prends soin de toi, Raph.

 

Le chevalier lui adresse un dernier geste puis mène son destrier vers le sentier qui traverse la forêt de Kirano. Elle le voit disparaître au loin alors qu'il ne reste face à elle qu'un paysage désolé, couvert par le bruit des vagues.

 

***

 

De retour dans ses appartements, Vanessa dépose son arme au coin de son lit avant d'enlever sa tunique brune où est cousu l'emblème de l'ordre.

 

Arrivée près du robinet, elle se passe de l'eau sur le visage et recoiffe ses longs cheveux châtains, refaisant quelques tresses dans sa queue de cheval.

 

Vêtue d'un simple débardeur blanc, elle vient s'asseoir sur son lit en s'essuyant le visage, ses pensées revenant à sa discussion avec Dreyfus.

 

À partir de quand tout a déraillé à ce point ? Elle n'en est plus trop sûre, même si un événement en particulier lui trotte en tête.

 

Son regard s'attarde un instant face aux armoiries de l'ordre qui couvrent le mur du fond de sa chambre.

 

En vérité, rien que son enfance est déjà problématique en soi. À peine âgée de dix ans, sa ville avait été prise pour cible par le camp vampire, au prémisse de la guerre de reconquête menée par les humains.

 

Toute sa famille avait péri et elle aurait subi le même sort si elle n'avait pas décidé de se battre à ce moment-là. Elle avait appris à manier une arme dès son plus jeune âge, dans le feu de l'action.

 

Comme une suite logique des événements, elle s'est enrôlée dans l'armée avec le même motif que la plupart de ses camarades. La vengeance.

 

Enfin, ce n'est pas tout à fait exact. La vengeance était l'un des moteurs en effet, mais la raison principale était toute simple. Elle ne voulait pas que d'autres enfants aient à subir le même destin qu'elle.

 

Aucun d'eux ne devrait finir couvert du sang de leurs parents et encore moins devoir tuer leurs agresseurs en étant livrés à eux-mêmes.

 

C'est durant ses premières années en tant que commandante qu'elle a rencontré Dreyfus. Il était général à l'époque, et un ami proche du roi. Il venait de perdre sa fille et sa femme il y a peu.

 

Il voyait en elle une nouvelle fille, et elle en lui un père dont elle avait oublié l'existence. Bien sûr, ils avaient déjà des différends à l'époque, mais ils formaient une bonne équipe.

 

Il l'a prise sous son aile et l'a aidée à gravir les échelons, lui apprenant tout ce qu'il sait.

 

Sa participation à de nombreuses missions frontalières lui a valu une grande reconnaissance de leur peuple. Ça, en plus du fait qu'elle était la plus jeune recrue féminine à atteindre le statut de générale.

 

Vers la fin de la guerre, Orinsson a créé l'ordre de l'Aigle d'argent, la section militaire chargée de s'occuper des menaces vampires les plus importantes. Il lui a proposé de le diriger en compagnie de Dreyfus, et elle a accepté.

 

Chaque étape la rapprochait un peu plus de son idéal, jusqu'à cette fameuse mission.

 

Sur demande du roi, elle et Dreyfus devaient aller espionner un village à la frontière entre humains et vampires afin de juger de son niveau de dangerosité pour l'avenir de Lizalein.

 

Les deux capitaines s'y sont donc rendus sans tarder avec un peloton de soldats imposé par le roi, juste au cas où.

 

Mais arrivés sur place, tout ne s'est pas passé comme prévu. Ce n'était pas un village vampire, mais un simple camp de réfugiés, ne comptant qu'un faible nombre de combattants.

 

En d'autres circonstances, ils auraient dû s'arrêter là, mais à sa grande surprise, ses propres soldats ont commencé à lancer l'attaque sans attendre ses ordres.

 

Ni elle, ni Dreyfus n'étaient au courant de ce qui se tramait. Ce n'est que plus tard que les soldats ont affirmé que l'ordre venait du roi en personne.

 

Alors que ses troupes entamaient l'assaut, elle n'a pas eu d'autre choix que de participer à l'attaque. Sans cela, leurs propres soldats auraient couru à leur perte, les armes en argent n'étant pas encore aussi répandues qu'aujourd'hui.

 

Cette nuit-là, de nombreux vampires innocents ont été exécutés de sa main, comme de celle de Dreyfus. Après ça, elle a essayé d'en parler à son comparse, mais il avait déjà assimilé l'information avant elle.

 

Depuis ce jour, elle tente de réduire ses activités comme elle peut, mais le roi arrive toujours à lui en demander plus. Il faut croire qu'il lui est difficile de se passer de l'un de ses meilleurs éléments.

 

Prise entre un roi avide et un mentor qui est vite devenu l'ombre de lui-même, elle n'avait plus vraiment d'autre choix.

 

Malgré l'inutilité qu'elle ressent, l'éclat de son arme ne semble pas avoir faibli.

 

Elle se souvient encore de sa rencontre avec la déesse. Une femme à l'apparence solitaire et fatiguée, qui lui avait forgé l'épée qu'elle tient actuellement dans ses mains.

 

Une arme redoutable qui peut repousser n'importe quel vampire, tant que le serment qu'on lui a fait est respecté.

 

Dans le cas contraire, la lame perd de sa valeur, et comme celle de Dreyfus, finit par se briser, comme l'idéal que son porteur défendait.

 

« Protéger ceux dans le besoin. » C'est la prière qu'elle avait écrite sur son arme. Quelque chose qu'elle croyait facile à l'époque.

 

Aujourd'hui, elle ne sait plus vraiment où elle en est et se demande chaque jour si elle fait encore le bon choix. Malgré ça, sa lame ne perd pas de son éclat, bien au contraire.

 

Pour elle, tout ça n'a aucun sens. Tout le monde semble la respecter comme une légende vivante, alors qu'au fond, elle n'arrive même pas à protéger son ami le plus proche.

 

Elle ne sait pas ce que la déesse peut lui trouver, mais pour elle il ne fait aucun doute. Cette marque n'est qu'une erreur de plus.




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