Le syndrome de Peter Pan

Chapitre 1 : Métamorphose

1517 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/05/2026 12:26

« Et voila »

Ces deux mots que je prononce d’un murmure s’évaporent aussi vite que les faibles volutes de fumée émanant des dix-huit bougies de mon gâteau d’anniversaire.

Autour de moi, famille et amis applaudissent avec un large sourire. Moi, intérieurement, je ne sais pas ce que je dois faire. Savoir qu’avec cet ultime souffle d’adolescent j’ai balayé les dix-sept années de mon enfance me laisse un goût très amer dans la bouche en même temps qu’un léger courant d’air d’excitation.

Je viens d’entrer dans le monde impitoyable des adultes où joie et rire se tarissent et où grandir rime avec mourir.

Les jeunes de mon âge ne pensent pas à cela, moi j’y pense parce que depuis mes dix ans je ne veux pas grandir, je suis un Peter Pan du monde réel et je compte bien le rester. Car un enfant ne connaît pas la haine, il s’amuse, il aime vivre, il ne pense pas à l’obscurité. C’est ce que j’étais, c’est ce que je suis et c’est ce que je resterai.

C’est un nouvel univers qui s’ouvre à moi mais je n’y ai pas ma place, je ne suis qu’un grain de sable, le grain de sable qui fera dérailler la machine.


Autour de moi mes amis me regardent toujours, silencieusement, alors je me lève de ma chaise, les regarde et parle de ma voix muée de responsabilité et d’autorité.

- Je veux tous vous remercier d’exister, d’avoir été à mes côtés durant tout ce temps, de m’avoir compris et soutenu dans les moments les plus sombres. Sans vous ma vie ne serait pas la même et je prie chaque jour pour que notre amitié ne cesse jamais et que les épreuves de la vie ne défassent jamais ce que vous êtes. Vous êtes mes amis, et vous le resterez jusqu’à la fin de toutes choses.

Un silence inquiétant résonne dans mes oreilles, les visages sont figés, d’autres sont tristes. Tout cela se rompt brutalement par un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations, je suis soulevé en l’air. J’éclate de rire. Dès que je suis reposé au sol on me saute dessus , c’est la folie, c’est le bonheur, c’est la joie, c’est l’amitié, c’est l’amour. C’est le plus beau jour de ma vie.


La salle du séjour est pleine à craquer de danseurs survoltés, la maison s’est transformée en discothèque. La chaîne hi fi crache ses décibels de musique techno répétitive à l’infini. C’est un peu trop pour moi, je préfère prendre l’air avec Martin, mon meilleur ami.

- Alors tu vois que tu n’es pas mort, y’avait pas de quoi baliser !

- Je m’y suis fait maintenant, la vie continue et tout…tout va pour le mieux, dis-je en apercevant une fille aux cheveux d’or dansant parmi les autres.

- C’est dingue comme tout peut changer en quelques jours.

- C’est clair, mais moi en tous cas je ne changerai pas.

- Tu compte toujours faire le con ?

- C’est l’histoire de ma vie mec !

Il rit et me tape l’épaule.

- On devrait rejoindre les autres, c’est ton anniversaire après tout.

- Ouais, je vais aller chercher d’autres canettes à la cave.

- Prends de l’alcool, la fête sera plus folle.

- Et des magazines x pendant que tu y es !

- Eh ! C’est ça les joies de la majorité !


Je descends à la cave où les bouteilles de vin côtoient bouteilles de champagne et sodas. Je prends les trois packs restants de sodas.

- Alors, satisfait ? Dit une voix derrière moi.

Je manque de faire tomber les packs, je me retourne.

- Claire ? Qu’est ce qu’il se passe ?

- Rien.

Elle dépose sur mes lèvres un baiser passionné.

- Je ne peux pas faire attendre mes invités.

- Ils attendront.

Nous nous embrassons.

- C’est un peu sombre içi.

- Tant mieux, répond-elle.

Elle me bondit dessus, nous tournoyons, je la plaque contre le mur, j’attrape ses cuisses pour les mettre à ma taille et les caresser tout en ne cessant de l’embrasser, totalement consumé par la fièvre de l’amour. J’enlève mon t-short et ma ceinture, elle fait de même et le reste des vêtements ne tarde pas à partir. Quand ma peau touche la sienne, j’éprouve un agréable chatouillis qui est bientôt remplacé par la chaleur de son corps et la douceur de ses doigts. Nous nous regardons, nous explorons, cherchons à connaître le corps de l’autre. Notre première fois. J’ai l’impression que cela durera jusqu’à la fin des temps, ça ne doit pas s’arrêter, je la désire tellement, je l’ai enfin, mon amour, ma raison de vivre, mon destin. Je l’embrasse encore, j’embrasse tout son corps, j’ai l’impression que je vais exploser tellement que je brûle de passion. Elle chuchote alors à mon oreille de sa douce voix :

- Viens.

Je m’introduis alors en elle, elle a un peu mal au début, moi-aussi je dois dire. Nous brisons mutuellement notre virginité, je la transforme en femme tandis qu’elle me transforme en homme. Il est trop tard à présent, nous ne pouvons revenir en arrière. Ce n’est qu’un autre virage, mais sans aucun doute le plus beau.

C’est ça la vie.


A la fin de tout cela nous nous retrouvons étendus sur le sol suintant de partout, elle me dit alors simplement en me caressant le visage :

- Joyeux anniversaire Thomas.


L’heure avance et la fête s’achève. Aucune victime à déplorer, quelques nanas bourrées mais les capitaines de soirée sont là. Chacun repart à pied ou en voiture après avoir pris soin de me saluer et de me remercier chaleureusement. Claire est la dernière à partir, elle dépose un ultime baiser magnétique avant de s’éloigner, mon corps tout entier ne demande qu’à la suivre.

- Et bien voilà, dit maman. Maintenant, tout le monde aux balais !

En effet, la fête est finie.

Tout en ramassant les détritus divers (principalement des canettes de coca et de bière) je discute avec les parents de cette journée mémorable.

- Alors c’était elle ta petite amie ?

- Papa, c’est juste une fille !

- Ta mère aussi c’était juste une fille, t’as vu où ça nous à mené !

- Je peux aller la voir après ?

- Elle habite où ?

- Tonnan.

- C’est à seize kilomètres, tu es sûr de pouvoir y aller ?

- Bien sûr, je me suis entraîné.

- C’est bien de ton âge ! D’accord, mais pas ce soir, il est tard.

- George !

- Ca va il est en âge maintenant, monte dans ta chambre mon grand, je vais finir de nettoyer.

- Merci papa.


En entrant dans ma chambre, mon regard accroche tout de suite les innombrables posters de films qui ornent me murs, tout ce qui a guidé ma vie.

Je m’allonge sur mon lit et repense à hier.

Tout ce temps déjà.

Dix-sept années bien remplies avec autant de joie que de peine. Tout a basculé si vite que j’en viens à m’interroger. Le destin a bien fait les choses mais il en aura fallu du temps, une éternité à l’échelle de l’enfance pour que la triste route linéaire de ma vie trouve enfin son virage de bonheur. Moi qui croyait encore avant-hier qu’après ce jour il n’y aurait plus rien.

Je ne regarde plus l’horizon, le présent me suffit, pourtant j’ai encore peur, peur de ce temps qui arrivera où tous ceux que j’aime partiront ailleurs, je peux perdre des amis, mais pas celle que j’aime le plus au monde, c’est le destin qui me l’a confiée, je l’aime à en mourir, la perdre serait me perdre moi-même, je ne pourrai le supporter, mais ce jour est encore dans les ténèbres de l’avenir, j’ai le temps, mais je ne peux oublier cet obstacle terriblement dangereux qui se profile au loin.

Il y a un temps pour chaque chose et chaque chose vient en son temps.

Je m’appelle Thomas, j’ai dix-huit ans et je suis un homme.


Je ferme les yeux sur la réalité.

Je ne regrette rien, je ne désire rien.

Je veux juste me souvenir. Me souvenir de cet instant où tout a commencé à changer.

C’était il y a une semaine.


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