Le syndrome de Peter Pan
« Elle ne viendra pas ».
Cette phrase je l’ai dans la tête depuis cette nuit.
Il est treize heures, je suis devant le cinéma, et j’attends.
Une jeune fille apparaît alors à l’horizon. C’est elle.
Elle approche lentement, sourire aux lèvres, une fois arrivée à mon niveau je lui fais la bise.
- C’est sympa d’être venu.
- Quand je dis que je viens je viens.
Nous rentrons pour aller vers la caisse. L’entrée coûte 6,50€. J’ai largement de quoi payer celle d’Adeline mais je n’ose pas le faire. Je suis comme paralysé. Trop timide.
- Bien, allons-y, dit-elle.
Ca commence bien !
Nous entrons dans la salle immensément magnifique.
C’est mon royaume, mon temple. Pour moi entrer ici c’est comme entrer au paradis.
Nous nous asseyons vers le milieu dans les fauteuils moelleux. Adeline regarde les autres entrer.
- Tiens tiens, voilà Zaza !
Elle parle de Claire qui monte s’asseoir plus haut sans nous remarquer.
- Tu ne la porte pas dans ton cœur apparemment.
- C’est une grosse chieuse.
- Arrête, elle est sympa.
- Tu veux pas sortir avec quand même ?
- Déconne pas !
Les lumières s’éteignent.
- Waw, ça devient intime, dit-elle.
J’ai beau être l’un des plus grands cinéphiles de tous les temps, je n’arive pas à regarder l’écran une seule seconde, toute mon attention est portée sur Adeline, sur son décolleté, sa peau nue et douce, ses mains, sa bouche. Tout en elle me consume l’esprit, les pires fantasmes se mettent à défiler en moi. Je dois agir.
- Ca t’ennuie si je m’allonge un peu contre toi ?
- Quoi ?
Quel con !
- Je peux me mettre contre toi ?
- Je sais pas.
Je le fais. C’est si bon ! L’extase totale ! Jusqu’à ce qu’elle se décale contre la droite.
Ca veut dire non.
Je vais m’arrêter là pour l’instant je crois, j’ai le temps, et puis, le film est vraiment nul.
Ce film est vraiment génial ! Le film de l’année ! Énorme ! Magnifique ! Et déjà fini.
Le générique apparaît à l’écran, Adeline se lève, je reste assis.
- Pourquoi tu reste assis ?
- Je reste jusqu’à la fin, j’adore les génériques.
- Bon alors…je t’attends dehors…on sait jamais.
Et elle part. Je suis le générique quelques instants puis regarde autour de moi, nous ne sommes plus que trois, dont Claire. Je me lève pour aller à sa rencontre.
- Salut capitaine !
- Ca va ma grande ?
- Ouais, le film était bien.
- C’est clair.
- T’étais tout seul ?
- Non je suis avec une amie, elle m’attend dehors.
- Ah.
- Au fait, désolé pour hier, ma batterie m’a lâchée.
- Oh c’est rien…oublie-ça.
Elle se lève.
- Bon à plus, je dois attraper mon bus.
- Tu dois vraiment partir maintenant ?
- Je dois m’occuper de ma petite sœur alors il vaut mieux que je sois revenue le plus vite possible.
- Ah…d’accord.
- A demain.
- C’est ça.
Je rejoins Adeline à l’extérieur.
- Enfin !
- excuse-moi, le générique a duré longtemps, et il y avait une scène en plus après.
- On fait quoi maintenant ?
- Je ne sais pas, mes projets se limitaient au cinéma.
- Tu dois rentrer chez toi ?
- Non j’ai le temps.
- Alors viens avec moi j’ai des trucs à acheter !
- Si tu veux.
Son portable sonne.
- Oui ? T’es où ? Je suis en ville. Dans une heure ? O.k, bye.
- T’es très demandée.
- Ca.
Je la suis sans regrets mais avec un peu d’inquiétude. Nous entrons dans le grand magasin le plus proche, et bien sûr, elle va au rayon « beauté ». Mais comme un fait exprès, elle passe par le rayon des préservatifs.
- Tu préfère lesquels ?
- Je sais pas j’ai jamais…
- Ah oui c’est vrai, excuse-moi.
Arrivée aux rouge à lèvres elle les inspecte tous minutieusement.
- J’aime bien celui-là.
Elle regarde autour d’elle, le prend et le met dans son soutif.
- Adeline !
- Chut !
Elle quitte le magasin, rien ne sonne.
- T’es douée.
- Et tu n’a encore rien vu !
Nous allons ensuite dans un magasin de vêtements féminins. En entrant je suis d’ores et déjà catalogué comme le pire intrus imaginable. Adeline regarde surtout les articles courts.
- Il est beau ce mini short tu trouve pas ?
- Ouais.
Elle regarde ensuite la lingerie.
- 95C, c’est moi, dit-elle en placant un soutif devant sa poitrine.
- Ca me va.
- Et ces petits strings sont très mignons aussi.
J’ai chaud tout à coup.
Elle trouve un pull et un jean et va les essayer en cabine. Elle m’appelle, je me retourne et la voit en soutif et en string avec sa peau, ses jambes, son corps parfait.
- T’en pense quoi ?
Je ne sais pas quoi dire.
- Ca te donne pas des idées cette cabine ?
…
- C’est rien…attends-moi. Au fait t’a pas dix euros ? J’ai plus grand chose.
- Ouais.
Les achats terminés, nous nous rendons dans un bar pour prendre un verre et discuter.
- Je te sens stressé en ce moment, dit-elle.
- C’est les exams, j’angoisse trop.
- Détends-toi.
Je sens alors son pied contre moi.
- On peut aller s’amuser chez moi après.
Je reste muet.
- Mais…t’a déjà quelqu’un.
- Et alors ? Je fais ce que je veux !
- Si tu le dis.
Le garçon arrive avec l’addition, 5,50€, Adeline me jette un regard de pitié.
- C’est moi qui invite.
Quelques secondes plus tard nous sommes devant chez elle.
- Voilà, c’est là.
Je suis excité comme jamais.
Elle ouvre, je pose un pied sur le sol de bois. Mon portable sonne alors.
- Oui ? Maman…oui…d’accord…tout de suite.
Je raccroche.
- Merde !
- Un problème ?
- Je dois rentrer.
- Dommage.
- Désolé.
- Tu peux bien rester un peu.
- Non, je dois vraiment y aller.
- D’accord…à plus alors.
- Au revoir.
Je lui fais la bise et m’en vais, je croise un type au teint basané.
- Ca va ma belle ? Lance t’il à Adeline.
Ils s’embrassent.
Elle avait un plan B.
En rentrant chez moi, si péniblement seul, comme d’habitude, je n’ai qu’une pensée en tête : « J’ai l’impression de m’être fait avoir ».