Était-ce la décision la plus courageuse ou la plus stupide de sa vie ? À cet instant, Arthur était incapable de réfléchir, tant il se sentait mal. Alors qu'il arpentait les couloirs sombres et déserts de l'hôpital, l'épée à la main et le visage ruisselant de sueur, le jeune homme manqua de s'effondrer à plusieurs reprises, assailli par la corruption ambiante. Son esprit de chasseur novice n'était pas préparé à affronter une telle noirceur. Il ressentait des coups violents dans le crâne, comme si on le frappait à coups de marteau, ainsi que la sensation de milliers de minuscules mains griffues et invisibles tentant de pénétrer sa peau pour envahir son corps, tandis que ses entrailles semblaient se retourner dans son estomac... S'y ajoutaient des murmures spectraux, des échos de voix inhumaines et perverties qui l'assaillaient sans relâche, lui susurrant des phrases terrifiantes pour le pousser à bout... « Tu as laissé tes parents mourir... Tu es faible... Tu ne pourras pas sauver Yuna... » Autant de mots acérés comme des lames s'enfonçant dans l'esprit du jeune novice.
Peinant à respirer, la gorge en feu et la vue se troublant, il dut s'arrêter un instant et s'appuyer contre un pan de mur épargné par la substance corruptrice. Il déboutonna son col de chemise et desserra sa cravate, espérant reprendre son souffle. Arthur peinait à croire qu'il avait pu supporter aussi longtemps une telle aura corruptrice dans l'air. Plusieurs fois, il se donna de violentes gifles pour éviter de s'évanouir et de laisser son esprit sombrer dans les ténèbres. Malgré les souffrances physiques et mentales infligées par la corruption, toutes ses pensées convergeaient vers une seule chose : Yuna. Il voulait désespérément retrouver Yuna et les autres, rien d'autre ne comptait, et s'il lui fallait traverser l'enfer pour y parvenir, il le ferait. Il était désormais un ArcHunter, et ses compagnons avaient besoin de lui.
Prenant une profonde inspiration et serrant les dents, Arthur mit fin à sa pause et reprit sa marche. Chaque pas se révélait d'une lourdeur presque inhumaine, comme si la corruption tentait de le ralentir. Pourtant, malgré la volonté qui le soutenait et formait une mince barrière mentale le maintenant debout, Arthur percevait autre chose alors qu'il tenait son épée arthurienne en main... C'était comme si, d'une certaine manière, une présence émanait de l'arme... Une présence puissante, invisible mais clairement perceptible pour lui, se tenait à ses côtés et le soutenait, l'incitant à avancer et, surtout, à ne pas abandonner... Mais même alors, le doute s'insinua dans l'esprit du jeune Français. Cet hôpital était gigantesque, et la corruption rendait toute détection d'aura impossible. Il se demandait comment il parviendrait jamais à retrouver Yuna et les autres dans cet enfer…
Mais soudain, au détour d'un angle, Arthur s'immobilisa net, surpris. Quelques mètres plus loin, au plafond, une excroissance corrompue et boursouflée jaillit brusquement et éclata telle une pustule géante, déversant un flot purulent et visqueux sur le sol. Plus encore, elle libéra une forme animale et difforme qui semblait à peine émerger et se redresser dans un craquement sourd d'articulations et des grognements féroces. Les yeux d'Arthur s'écarquillèrent, mêlant dégoût et appréhension face à ce qui se dressait désormais devant lui.
La créature avait la taille et l'allure d'un gros chien noir difforme. Son corps quadrupède présentait un dos voûté couvert d'une fourrure hirsute et immonde. Sa tête, mi-humaine mi-bouledogue, arborait une mâchoire massive d'où coulait de la salive et garnie de rangées de dents irrégulières et carnassières. Ses yeux exorbités et injectés de sang trahissaient une folie vorace évidente. Bien qu'inquiet, Arthur reconnut le type d'entité à laquelle il faisait face, en ayant vu une représentation lors de ses cours théoriques avec Kensuke. Il s'agissait d'un Chien des Enfers, une entité tellurique née de l'esprit d'un animal de compagnie maltraité de son vivant et mort dans des circonstances atroces, pour renaître ensuite en une incarnation vivante de haine et de violence envers l'humanité. Un sort bien triste pour un animal innocent, mais lorsqu'on est un ArcHunter, il n'y a pas de place pour la pitié.
Sachant qu'il ne pouvait éviter l'affrontement, Arthur raffermit sa prise sur son épée, tentant de se concentrer malgré l'atmosphère oppressante et se remémorant les leçons de Yuna : analyser pour mieux anticiper et, surtout, économiser son éther pour l'utiliser au moment opportun. Adoptant une posture plus défensive qu'offensive, Arthur se tint prêt, ne quittant jamais le chien infernal des yeux. Une fois de plus, il perçut cette présence invisible émanant de son épée, qu'il tenait fermement, presque comme un prolongement de lui-même. Arthur se sentait soutenu, pas seul dans ce combat, ce qui lui conférait une force mentale inestimable.
Dans un grognement bestial, le Chien des Enfers chargea à une vitesse surnaturelle, parcourant les quelques mètres qui les séparaient en une seconde, ce qui prit Arthur au dépourvu un court instant. Heureusement, le jeune homme interposa instinctivement la lame de son épée entre lui et les mâchoires de la créature ; la tête de la bête vint frapper violemment le plat de la lame. Sous la violence du choc, Arthur fut projeté en arrière et glissa sur quelques mètres, mais il retrouva rapidement ses appuis tout en récupérant son arme. Le chien des enfers chargea de nouveau et bondit, prêt à mordre de toutes ses forces. Arthur eut alors une idée et fonça droit sur la bête. Une fois assez proche, il concentra suffisamment d'éther dans ses jambes pour accélérer et glissa au sol, passant juste sous l'entité tout en lui infligeant une profonde entaille au ventre.
Un flot de sang noir et putride jaillit alors que le Chien des Enfers s'effondrait lourdement au sol, non loin de là. Pourtant, il se releva et grogna de rage malgré sa blessure sévère. Arthur déglutit péniblement, pris au dépourvu par une telle résilience. Les Chiens des Enfers étaient généralement décrits comme fragiles, mais la corruption omniprésente en ces lieux renforçait peut-être cette résistance.
Dans un face-à-face tendu, les deux adversaires se toisaient. La bête recourut alors à une autre de ses armes : elle ouvrit les mâchoires et projeta, à une vitesse fulgurante, une langue semblable à un fouet en direction d'Arthur. Ce dernier tenta d'esquiver mais laissa échapper un gémissement de douleur lorsque la langue acérée le frappa au flanc droit, lui infligeant une entaille sanglante. Un autre coup de fouet de la langue démoniaque atteignit également son épaule, le faisant saigner légèrement. Le mouvement était bien trop rapide pour qu'il puisse l'anticiper à temps. Malgré la douleur de ses blessures, Arthur ne devait pas céder à la panique ; il fit tout son possible pour rester concentré.
Se remémorant les leçons de Yuna, il concentra son éther au niveau de ses yeux, décuplant ainsi sa vision jusqu'à un niveau surhumain. Le Chien des Enfers projeta de nouveau sa langue ; cette fois, Arthur parvint à la voir arriver et à réagir en conséquence. Il interposa son épée, laissant délibérément la langue de la créature s'enrouler autour de la lame. À cet instant, Arthur se concentra intensément, canalisant l'éther depuis ses yeux vers ses bras, puis ses mains, pour finalement l'injecter dans son épée. Les runes gravées sur la lame se mirent à luire d'un éclat blanc ; l'arme s'imprégna de cette énergie qui brûla la langue de la créature avec une intensité atroce. Telle une flamme sur de l'essence, l'énergie blanche se propagea rapidement le long de la langue jusqu'aux mâchoires du chien, qui furent à leur tour horriblement brûlées, lui arrachant des grognements de rage et de douleur assourdissants. Profitant de l'agitation et de la cécité de l'entité, Arthur chargea de toutes ses forces, maintenant l'éther concentré dans son épée ; d'un coup vif et décisif, il mit fin au combat en décapitant le chien monstrueux, dont la tête tranchée et le corps tombèrent en poussière.
Se relevant, Arthur, sans sourire malgré sa victoire, haletait tout en gémissant. Il vérifia ses blessures, encore douloureuses, pour s'assurer qu'il ne perdait pas trop de sang. Il se sentait quelque peu épuisé après avoir dépensé une telle quantité d'éther, mais il avait réussi à suffisamment se concentrer pour ne pas le gaspiller inutilement. Toutefois, l'apparition soudaine d'un autre Chien des Enfers, surgissant du fond du couloir, le prit au dépourvu.
Mais alors que la créature s'apprêtait à bondir sur lui, un coup de feu retentit ; touchée en plein dans la tête, la bête s'effondra en poussière sous les yeux d'Arthur. Il aperçut alors l'auteur de ce sauvetage inespéré : un drone qui volait vers lui depuis l'autre extrémité du couloir. L'engin, propulsé par quatre petits moteurs, était équipé d'un canon de précision automatique et d'un objectif de caméra en son centre.
— "Kensuke ?" lâcha Arthur, perplexe.
_ "J'aurais dû laisser ce clébard difforme te mordre le cul !" tonna la voix de Kensuke avec colère depuis la radio intégrée du drone. "Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?! C'est un putain de miracle que tu sois encore en vie ! Maintenant, arrête tes conneries et rejoins-moi dehors !"
_ "Je ne peux pas... Yuna et les autres sont encore quelque part par ici", répondit Arthur, comprenant son ami, mais refusant d'abandonner ses autres compagnons.
_ "Sérieux, tu t'es vu ?! À ce rythme, tu ne tiendras jamais ! Je te dis de revenir, c'est un..."
_ "J'AI DIT NON, TU COMPRENDS ?!" hurla Arthur, son expression changeant radicalement alors qu'il fixait droit dans l'objectif du drone. Kensuke, coupé net, garda le silence un instant, laissant s'installer une atmosphère pesante. Derrière l'écran de son ordinateur portable, caché dans la voiture, il avait clairement perçu le changement d'aura dans les yeux d'Arthur, et surtout l'agressivité de son regard et de sa voix. Arthur lui-même sembla s'en rendre compte aussitôt après, déconcerté par sa propre réaction, comme s'il avait perdu le contrôle et passa une main sur son front en poussant un lourd soupir pour tenter de se calmer. Durant une fraction de seconde, il avait eu l'impression de devenir quelqu'un d'autre. Une personnalité bien plus sombre, impulsive et pragmatique que la sienne. Vraiment étrange.
_ "Je... désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris", murmura le jeune Français.
_ "Arthur... Tu n'es pas toi-même... Cet endroit joue avec tes émotions. Tu ferais mieux de sortir avant que les choses n'empirent..."
Mais alors qu'il écoutait d'une oreille distraite la voix de son ami via la radio du drone, l'attention d'Arthur fut soudain attirée par une présence surnaturelle d'une puissance intense qui venait de se manifester tout près. Tournant la tête, il aperçut une étrange petite créature spectrale et vaporeuse qui l'observait, immobile, au bout du couloir. Elle ressemblait à un petit renard blanc doté de plusieurs queues et d'yeux d'un blanc éclatant. Fronçant les sourcils, Arthur peinait à comprendre de quoi il s'agissait. Le niveau d'éther émanant de cette petite chose dépassait l'entendement ; il le percevait clairement, et pourtant, il ne ressentait aucune hostilité ni malveillance. Au contraire, c'était une aura d'une puissance écrasante et terrifiante, mais aussi rassurante.
— "Kensuke... Tu vois ça ?" demanda Arthur en désignant la créature.
— "Quoi ? Je ne vois absolument rien, et mes détecteurs ne signalent aucune présence paranormale en mouvement dans ta zone," répondit Kensuke. "Tu es sûr que tout va bien ?"
Comment se faisait-il que même l'équipement de l'organisation ne parvienne pas à détecter la présence de la créature ? Pourquoi était-il le seul à pouvoir la voir ? Arthur ne comprenait pas. Puis, d'un léger mouvement de tête, le petit renard spectral blanc sembla lui indiquer une direction à suivre avant de s'éloigner et de disparaître de la vue du jeune homme. Arthur comprit alors, grâce à ce geste, que la petite créature voulait qu'il la suive. Une partie de lui hésitait, craignant un piège, mais l'autre l'incitait à faire confiance à l'aura de bienveillance émanant de cette entité, manifestement unique en son genre. Peut-être voulait-elle le mener jusqu'à Yuna ? Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir. Pleinement conscient du risque qu'il prenait, mais déterminé à aller jusqu'au bout, Arthur se releva, l'épée à la main, et se mit à courir à la poursuite du renard blanc.
— "Arthur ?! Bon sang, où tu vas ?! Attends !" s'exclama Kensuke dans la radio du drone, voyant son ami s'élancer sans attendre. "Oh bordel, Yuna va me tuer."
*****
Pendant ce temps, au sous-sol de l'hôpital, la situation venait de prendre une tournure majeure et extrêmement dangereuse pour les chasseurs. Un Corrupteur venait de se manifester dans le monde des mortels. Cette abomination tellurique, dont la simple présence suffisait à amplifier les effets corrupteurs de l'atmosphère, déploya ses hideux tentacules dorsaux. Ceux-ci ondulaient et frappaient violemment le sol. Juste derrière, la petite Mari Nishiji, dont le corps avait servi de réceptacle à l'entité, ne semblait plus donner le moindre signe de vie.
Le groupe de chasseurs, encore sous le coup de l'onde de choc, s'était rassemblé. Bien qu'ils fussent plus nombreux que la créature, ils savaient qu'abattre une telle entité serait tout sauf aisé. À la simple vue de cette chose qui avait massacré son amie sous ses yeux, Akito perdit rapidement tout contrôle, son regard criant vengeance.
_ "Tu vas payer pour Manami, espèce d'enfoiré !" hurla-t-il, l'écume aux lèvres et les yeux injectés de sang.
Repoussant violemment ses camarades sous leurs regards stupéfaits, Akito se rua vers le Corrupteur tel un possédé, déterminé à l'éliminer. Yuna et Ishiro, qui se trouvaient tout près de lui, tentèrent en vain de le retenir en lui criant de revenir, mais il était trop tard. Face à cet humain enragé qui fonçait droit sur lui, le Corrupteur ne cilla même pas. Soudain, deux de ses tentacules fendirent l'air plus vite qu'un battement de cils. Le corps d'Akito fut nettemment tranché au niveau du bassin, tandis que sa tête s'arrachait de son cou dans un geyser de sang. Yuna et les autres, pétrifiés, assistèrent à cette mise à mort brutale et fulgurante, la tête décapitée de leur ami, figée dans la mort, venant rouler aux pieds de Hiroshi. Pendant ce temps, le Corrupteur laissa échapper une nouvelle salve de hurlements distordus depuis les visages qui se formaient sur sa chair. Il sembla prendre une profonde inspiration, son unique œil s'emplissant d'une lueur rouge de plus en plus intense.
_ "À couvert !" hurla Yuna en voyant la scène.
Le Corrupteur projeta depuis son œil un puissant rayon continu d'énergie dévastatrice, ravageant tout sur son passage. Ishiro et Rinko eurent tout juste le temps de bondir ensemble derrière l'un des piliers soutenant la voûte, tandis que Yuna, Megumi et Hiroshi se jetaient derrière un autre, évitant de justesse le rayon mortel. Une fois son attaque de zone achevée, l'entité projeta ses tentacules pour en ancrer et fusionner les extrémités à la matière corruptrice qui proliférait dans les murs, y puisant une énergie considérable. Cette même matière organique rampante glissa sur le sol, recouvrant le corps mutilé d'Akito ainsi que les cadavres des membres des Enfants du Nouvel Ordre, les dévorant pour les intégrer à sa propre masse. Sur les parois, deux horribles excroissances de corruption éclatèrent dans un jaillissement de pus, libérant deux Chiens des Enfers qui vinrent aussitôt se poster devant l'autel, sous ordre du Corrupteur. Pire encore, les cadavres des fanatiques, désormais rongés par la corruption, se relevèrent tels des zombies, transformés en Affamés déments. Mais, chose curieuse, ils ne chargèrent pas. Ils formèrent au contraire un véritable rempart devant l'autel où gisait Mari, un détail qui n'échappa pas aux chasseurs.
En tant que réceptacle incarnant physiquement le Corrupteur, la petite Mari constituait l'épicentre ayant permis à cette contamination surnaturelle d'envahir l'hôpital. Elle était donc peut-être la seule à pouvoir y mettre un terme. Le Corrupteur en avait conscience et ferait tout pour protéger son réceptacle. Il ne restait plus qu'une seule option aux chasseurs.
_ "Je dois absolument terminer la purification. C'est notre seule chance de vaincre ce Corrupteur", dit Megumi à Yuna et Hiroshi en désignant l'autel et la petite fille.
Comprenant les intentions de sa camarade, Yuna eut une idée.
_ "Hiroshi, reste avec Megumi et protège-la pendant qu'elle accomplit le rituel. Pendant ce temps, les autres et moi forcerons les entités à se concentrer sur nous. Attendez notre signal."
Bien que blessé dans son orgueil et peu friand de l'héritière Watanabe, Hiroshi dut admettre qu'il n'avait pas de meilleure option et que la coopération était essentielle s'ils espéraient survivre et empêcher ces monstruosités de s'échapper du bâtiment.
_ "Reste près de moi, pigé ? Je suis pas là pour faire du baby-sitting", grommela Hiroshi à l'attention de Megumi, tous deux prêts à passer à l'action au moment opportun.
Megumi hocha doucement la tête et se plaça juste derrière lui. Yuna, quant à elle, tourna son attention vers Rinko et Ishiro, qui restaient bien à l'abri derrière leur pilier, semblant attendre de voir ce que le groupe allait faire. Pour éviter d'être entendue par leurs ennemis, Yuna attira l'attention du duo et, par gestes, mime un plan d'action visant à créer une puissante diversion. Rinko et Ishiro, n'ayant rien de mieux à proposer, acceptèrent. Concentrant son aura, Ishiro matérialisa deux lames courtes d'éther dans ses mains, tandis que Rinko faisait chauffer ses mains cybernétiques, y accumulant une quantité importante d'énergie. Yuna se prépara elle aussi mentalement à l'affrontement imminent, faisant craquer ses articulations tout en se concentrant pour maîtriser pleinement son éther.
Pour commencer, Yuna compta silencieusement jusqu'à trois avec ses doigts et servit délibérément d'appât en jaillissant de sa cachette. Dès qu'il l'aperçut, le Corrupteur aux aguets la prit pour cible et projeta un rayon puissant et mortel depuis son œil. Yuna l'évita de justesse grâce à une concentration d'éther dans son corps qui accéléra ses mouvements et ses réflexes, lui permettant de bondir et de courir le long d'un des murs. L'attention de l'entité étant détournée, Rinko passa alors à l'action : elle libéra toute la puissance accumulée dans ses paumes mécaniques, déclenchant un flash d'énergie qui brûla et aveugla temporairement les entités, les prenant par surprise. Avec un calme et une dextérité parfaits, Ishiro bondit à découvert et projeta ses deux lames courtes, tranchant deux des tentacules dorsaux du Corrupteur et le privant ainsi de deux de ses réserves de corruption. Yuna, ne voulant pas être en reste, concentra une puissante dose de son aura dans l'un de ses poings et, profitant de son élan aérien, s'écrasa au sol en frappant violemment le sol. Elle libéra ainsi une onde de choc éthérée en direction du Corrupteur et des entités sous son contrôle. Un grand nombre d'Affamés, ainsi que les deux Chiens des Enfers, furent gravement touchés par l'attaque, certains se retrouvant même pulvérisés, mais le Corrupteur, bien plus résistant, ne broncha guère. Il ne subit que de sévères brûlures sur une chair qui commençait déjà à se régénérer.
Fou de rage, le Corrupteur riposta en projetant un nouveau rayon mortel à travers la salle, contraignant Yuna, Rinko et Ishiro à se déplacer à une vitesse fulgurante pour éviter d'être touchés. L'entité posa également ses mains hideuses au sol, invoquant une concentration massive de matière corruptrice qui, telle une vague vivante de chair putride et tentaculaire, se rua vers les chasseurs avec l'intention de les dévorer. Mais Rinko intervint : elle activa sa fonction de décharge et libéra une énergie éthérée explosive depuis ses paumes mécaniques, incinérant la vague de chair corruptrice. Profitant de l'éclat soudain provoqué par l'explosion, Ishiro bondit à une vitesse incroyable droit sur le Corrupteur et lui arracha violemment l'œil à l'aide d'une autre lame courte d'éther qu'il venait de matérialiser. Dans la foulée, Yuna passa à l'offensive avec un bond tout aussi magistral, frappant le Corrupteur en plein cœur grâce à un coup de pied aérien et acrobatique chargé d'énergie qui lui transperça la poitrine.
Malheureusement, bien que blessé et chancelant sous ces attaques brutales, le Corrupteur se rétablit très vite et, dans un rugissement de rage intense, projeta depuis son corps une nouvelle onde de choc brûlante et corruptrice, expulsant violemment les deux chasseurs en arrière, les faisant rouler sur plusieurs mètres au sol. Rinko se précipita aussitôt aux côtés de son frère pour s'assurer qu'il allait bien. Malgré les blessures infligées par l'attaque, Yuna et Ishiro parvinrent à se relever, leurs tenues de chasseurs les ayant largement protégés des effets les plus dévastateurs de la corruption. Le Corrupteur, quant à lui, légèrement affaibli et concentrant déjà son énergie pour régénérer son torse et son œil, poussa un rugissement inhumain et terrifiant, ordonnant à certains des Affamés et à l'un des Chiens de l'Enfer d'attaquer les chasseurs. Bingo, pensa Yuna. Comme elle l'avait prévu, en attaquant et en blessant le Corrupteur, ils avaient provoqué sa colère, le poussant à envoyer ses sbires à l'assaut pour gagner du temps et régénérer ses blessures. Échangeant un regard entendu, Yuna, Rinko et Ishiro se préparèrent à affronter la horde d'entités telluriques qui fonçait sur eux.
Ishiro fit apparaître son bâton de combat entre ses mains et permit à Yuna et Rinko de s'en servir comme tremplin ; les deux femmes bondirent avec agilité dans les airs et, en parfaite synchronisation, portèrent des coups de pied aériens dévastateurs : Yuna anéantit le Chien de l'Enfer en lui fracassant le crâne, tandis que Rinko élimina l'un des Affamés en lui transperçant la tête.
Pendant ce temps, restés parfaitement dissimulés derrière leur pilier et observant le déroulement du combat, Hiroshi et Megumi repérèrent une ouverture pour atteindre Mari, l'autel étant désormais bien moins protégé qu'auparavant. Bien qu'il fût tenaillé par l'envie d'attaquer le Corrupteur, Hiroshi choisit de s'en tenir au plan, pleinement conscient des enjeux.
— "On y va !" ordonna fermement Hiroshi.
Sans plus attendre, Megumi le suivit rapidement. Le second Chien de l'Enfer, voyant les deux chasseurs s'approcher de l'autel, grogna et bondit droit sur Hiroshi, qui se trouvait en première ligne. Mais le chasseur musclé, arborant un sourire narquois, ne manifesta aucune peur et fit preuve de sa propre puissance. À mains nues, et grâce à une légère concentration d'éther, il parvint à stopper net les mâchoires du chien monstrueux avant de les arracher sans effort, détruisant ainsi l'entité. Megumi l'observait faire, très impressionnée par sa force physique et par l'absence quasi totale d'énergie spirituelle dans ses attaques, comme s'il n'en avait pas besoin. Les Affamés restants qui gardaient l'autel, remarquant la présence des deux chasseurs, se regroupèrent mais ne parvinrent pas à intimider Hiroshi par leur nombre.
— "Ok, les connards ! Qui est le prochain à vouloir se prendre la branlée de sa vie ?!" lança Hiroshi en entrechoquant ses poings, visiblement déterminé à se défouler.
Dévorés par leur soif de chair et d'éther insatiable, les Affamés se jetèrent sur lui. Confiant en ses capacités, Hiroshi parvint à en saisir deux à la gorge et les projeta au sol de toutes ses forces, fracassant le bitume. Donnant libre cours à sa rage et à sa force brute, il se livra à un véritable carnage, abattant les Affamés un par un grâce à des coups d'une précision et d'une brutalité mortelles.
Profitant de la voie libre, mais voyant que ses autres compagnons étaient désormais aux prises avec ces entités, Megumi saisit rapidement son chapelet et posa la main sur le corps de la petite Mari. Entrant en transe et récitant les incantations propres au rituel, elle ne se contenta pas, cette fois, de tenter d'expulser la corruption du corps, ayant constaté que cette méthode restait vaine. Il y avait autre chose, une origine précise à ces ténèbres, et Megumi était déterminée à en découvrir la nature pour l'éliminer. Une seule solution s'imposait : plonger dans le subconscient de Mari pour débusquer la source d'un mal si profondément ancré en elle. C'était une manœuvre extrêmement périlleuse, mais consciente des risques et en tant qu'ArcHunter, Megumi n'avait pas le choix.
Concentrant toute son aura spirituelle, Megumi parvint, au prix d'un effort immense, à créer un lien spirituel et à pénétrer dans l'esprit de la fillette. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Megumi, ou plutôt sa projection mentale, se retrouva en suspension, comme immergée dans l'eau, au milieu d'une obscurité insondable imprégnée d'une aura de souffrance et d'une corruption morbide. Plusieurs de ces manifestations ténébreuses, semblables à des mains squelettiques, tentèrent de s'emparer d'elle, mais la jeune femme, protégée par son chapelet, parvint à les tenir à distance. Il lui fallait désormais localiser la source du mal qui affligeait Mari et l'en libérer. Au cœur de ces abysses psychiques, Megumi perçut quelque chose : une lueur très faible mais encore vibrante, tel un ultime sursaut de vie s'accrochant désespérément contre l'obscurité. Sans la moindre hésitation, elle se dirigea vers cette lumière, sentant qu'elle détenait la clé du problème et priant pour qu'il ne soit pas encore trop tard.