ArcHunters

Chapitre 15

Chapitre final

5937 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 25/07/2026 00:56

Depuis quelque temps déjà, l'hôpital central de Shibuya était au centre de l'attention médiatique. Plongé dans une obscurité inhabituelle et bien visible, l'établissement était désormais encerclé par un vaste cordon de police dont les agents empêchaient quiconque d'approcher. Les forces de l'ordre s'efforçaient de contenir la foule croissante de curieux, mais surtout les médias, avides de recueillir le plus d'informations possible. Selon des sources anonymes s'exprimant en ligne, il s'agissait d'une attaque terroriste visant l'hôpital. Peu après, le Premier ministre japonais s'était adressé à la nation en direct depuis sa résidence, le Kantei, affirmant que tout serait mis en œuvre pour appréhender les auteurs de l'attaque.

Toujours à l'abri dans la voiture noire, Kensuke pilotait son drone depuis son ordinateur portable tout en observant avec anxiété la situation extérieure se tendre à mesure qu'elle évoluait, tout en suivant les dernières nouvelles en direct sur Internet.

_ "Merde, merde, merde, c'est pas bon, c'est pas bon..." répétait-il frénétiquement, transpirant légèrement mais tentant de garder son calme, malgré ses pensées tournées vers ses camarades toujours à l'intérieur de l'hôpital. "Allez les gars, vite, sortez de là."


Pendant ce temps, au sein du quartier général secret de l'organisation ArcHunters, les trois membres du conseil s'étaient réunis en urgence. Assis solennellement sur leurs chaises respectives, le visage toujours dissimulé par des masques de kabuki, les trois conseillers faisaient face à un écran d'ordinateur, relié par visioconférence au bureau du Premier ministre, qui venait de rentrer précipitamment d'une conférence de presse.

_ "J'ai fait tout mon possible", leur dit le Premier ministre, visiblement nerveux. "Mais j'ignore combien de temps cette histoire d'attentat terroriste pourra convaincre les médias. De votre côté, avez-vous des nouvelles de l'incident ?"

_ "Nous n'avons aucune nouvelle de nos agents infiltrés dans l'hôpital central", répondit le conseiller du milieu d'un ton inhabituellement calme, presque froid. "Le niveau de corruption est tel qu'il empêche toute communication. Nous ignorons où ils se trouvent."

_ "Dans ce cas, envoyez davantage de vos chasseurs !" ordonna le Premier ministre. "Vous devez empêcher la vérité d'éclater, c'était notre accord !"

_ "Soyez assuré, monsieur le ministre, que nous faisons tout notre possible", déclara l'une des deux femmes du conseil, d'un ton très distant. "Malheureusement, l'activité paranormale observée à plusieurs endroits de la ville exige la mobilisation de l'ensemble de nos équipes."

Cette explication ne parvint guère à apaiser le premier ministre japonais, qui soupira lourdement, tentant de contenir sa colère.

_ "Je vous conseille de trouver une solution au plus vite. Il ne faut absolument pas éveiller les soupçons", lança le ministre, sa menace à peine dissimulée.

La visioconférence s'interrompit, laissant les trois membres du conseil seuls dans la pièce faiblement éclairée. Chacun échangea un regard silencieux avec les deux autres, le trio masqué semblant parvenir à un accord tacite. Il n'y avait plus d'autre choix ; des mesures drastiques devaient être prises pour empêcher que la vérité sur l'existence des Arcs ne soit découverte. Le président du conseil sortit son téléphone portable et composa un numéro mystérieux, qui répondit presque aussitôt.

_ "Préparez le matériel nécessaire et rendez-vous sans délai à l'hôpital central de Shibuya", ordonna froidement le conseiller. "Protocole de dernier recours activé."


*****


Megumi ouvrit les yeux, encore éblouie, alors qu'elle pénétrait dans une faible lumière blanche au cœur des ténèbres qui rongeaient l'esprit de la petite Mari. Elle se retrouva au milieu du séjour d'un appartement familial modeste mais idéal, situé en plein centre de Tokyo. Une lumière éclatante inondait la pièce à travers la grande baie vitrée, offrant une vue magnifique sur la capitale japonaise. D'abord déconcertée, Megumi vit alors Mari Nishiji arriver du couloir, une feuille de papier à la main. Elle eut un sursaut lorsque la fillette traversa son corps sans la voir ni la sentir, tel un fantôme.

La jeune femme regarda Mari s'approcher du canapé où était assis un homme élégant d'une quarantaine d'années, aux cheveux noirs très courts et aux lunettes rondes.

_ "Regarde, Papa, c'est toi !" lança joyeusement la petite Mari en montrant son dessin à l'homme.

_ "Oh, c'est très ressemblant !" répondit le père avec enthousiasme. "Tu es une vraie artiste."

Mari laissa échapper un rire amusé tandis que son père la félicitait, non loin de là, une femme d'une trentaine d'années, sans doute la mère, observait la scène avec tendresse depuis le comptoir de la cuisine, tout en essuyant un verre. Depuis sa position, Megumi contemplait cette scène familiale ordinaire, demeurant totalement invisible aux yeux de tous. Elle comprit rapidement qu'elle se trouvait dans l'un des souvenirs de Mari, datant d'avant que la corruption ne s'empare d'elle. Mais que s'était-il passé ? Comment une telle tragédie avait-elle pu frapper cette famille ? Pour le découvrir, elle allait devoir plonger plus profondément encore dans les souvenirs de la fillette, tout en veillant à rester sur la bonne voie pour ne pas s'égarer, au risque de voir sa propre âme engloutie et assimilée par les ténèbres.

Pour ce faire, Megumi suivit la petite Mari dans le couloir et la vit franchir une porte qui, à en juger par les décorations enfantines qui l'ornaient, était assurément sa chambre. Megumi poussa la porte, pour découvrir de l'autre côté une nouvelle lumière blanche qui l'entraîna peu à peu vers un autre souvenir.

Cette fois, Megumi se retrouva dans une chambre d'enfant remplie de jouets de petite fille. Elle aperçut la petite Mari, dissimulée derrière la porte entrouverte, écoutant discrètement une conversation plutôt animée que ses parents semblaient avoir dans le salon. Sachant qu'elle ne pouvait être ni vue ni entendue au sein de ce souvenir, Megumi s'approcha de Mari par-derrière et remarqua qu'elle semblait préoccupée, voire inquiète. Elle écouta alors la conversation des parents.

— "Tadao, on ne peut pas lui faire ça !" s'écria la femme.

— "Nous sommes déjà tombés d'accord, et les ordres sont parfaitement clairs," répondit fermement le mari.

— "Au diable les ordres ! C'est notre fille !" insista la femme avec désespoir.

— "Tu savais pertinemment que cela arriverait tôt ou tard. C'est pour cela qu'elle est née," déclara Tadao avec une conviction effrayante. "Grâce à elle, notre ordre fera un pas de géant vers la réalisation de son grand dessein. Grâce à notre petite Mari, l'avenir de la nouvelle humanité pourra enfin commencer."

Perplexe, Megumi se demandait de quoi ils pouvaient bien parler, mais elle voyait bien que la petite Mari semblait elle aussi totalement perdue et inquiète. Soudain, l'attention de Megumi fut attirée par l'apparition d'une lumière blanche intense émanant du placard de la chambre. Le portail vers le souvenir suivant. Elle était sur la bonne voie, c'était une certitude, et sans hésiter, elle le franchit.

En rouvrant les yeux, Megumi se retrouva dans la chambre de Mari, mais l'atmosphère y était cette fois bien plus tendue. Tadao, le père, accompagné de deux inconnus, avait ouvert le placard où Mari avait tenté de se cacher. La fillette pleurait et se débattait tandis que les deux inconnus l'emmenaient de force. Pendant ce temps, Tadao retenait son épouse en larmes qui protestait avec véhémence, les suppliant de laisser sa fille tranquille et refusant d'obéir à de tels ordres.

Tadao, l'air fou de rage, comme possédé, projeta alors violemment sa femme au sol, l'abandonnant à son sort, et suivit rapidement les deux hommes qui emmenaient Mari. Un troisième inconnu apparut alors sur le seuil et sortit un pistolet muni d'un silencieux qu'il dissimulait sous son manteau. Horrifiée, Megumi vit la mère de Mari recevoir une balle en plein cœur tirée par l'inconnu, qui s'éclipsa aussitôt sa sale besogne accomplie. Megumi se précipita aux côtés de la femme, mais sachant qu'il s'agissait d'un souvenir, elle comprit qu'elle ne pouvait plus rien faire pour la sauver. Bien que profondément peinée par le sort de cette malheureuse, la jeune Archunter dut se résoudre à l'abandonner. Elle quitta rapidement la pièce pour observer Tadao et les inconnus emmener Mari hors de l'appartement, à travers un nouveau portail de lumière. C'était l'étape suivante vers la vérité, une voie que Megumi choisit d'emprunter, même si une partie d'elle redoutait la découverte effroyable qu'elle s'apprêtait à faire.


Pendant ce temps, alors que Megumi, toujours en transe, sondait les souvenirs de Mari, les combats au sous-sol s'intensifiaient et gagnaient en violence. Hiroshi, plus brutal que jamais, avait éliminé presque tous les Affamés à sa portée et protégeait désormais Megumi tandis qu'elle achevait le rituel de purification.

Parallèlement, Yuna, Rinko et Ishiro étaient parvenus à éliminer la horde d'ennemis qui leur donnait du fil à retordre, bien que le plus dur restât à venir. Le Corrupteur, resté en retrait jusqu'alors, se redressa. Pleinement régénéré, il semblait préparer quelque chose. En activant l'un de ses pouvoirs, l'entité commença à absorber l'énergie corruptrice flottante de tous ses serviteurs abattus pour l'intégrer à sa propre chair, dont les visages horrifiés se tordaient et hurlaient plus fort, dans un mélange de souffrance et de rage. Débordant d'énergie, le Corrupteur poussa un puissant grondement, l'œil flamboyant comme un brasier, et écarta largement les bras. Sous le regard attentif des chasseurs, la réalité elle-même commença à être corrompue et à se métamorphoser.

Le sous-sol de l'hôpital s'étendait, les murs palpitant comme un cœur d'asphalte, tandis que des éléments du décor flottaient, disparaissaient ou fusionnaient entre eux dans un spectacle aussi absurde que déconcertant. Sur les parois se formaient d'autres visages, des géants, dont les bouches béantes et hurlantes ressemblaient à des gouffres sans fond d'où s'échappaient des légions de cris désespérés et suppliants.

Enveloppé d'une aura d'énergie écrasante, le Corrupteur continuait de déformer tout ce qui l'entourait, déterminé à passer à la seconde phase du combat. Échangeant un regard entendu, Yuna, Rinko et Ishiro se dispersèrent rapidement pour l'attaquer simultanément sous plusieurs angles. Ishiro projeta d'autres dagues d'éther tandis que Rinko libérait deux puissantes décharges d'énergie depuis ses paumes, mais aucune de ces attaques n'entama la chair renforcée du Corrupteur. L'entité ne tarda pas à riposter, se déplaçant avec une telle vélocité qu'elle prit Rinko au dépourvu. Elle la saisit à la gorge, la souleva et la projeta violemment au sol, fissurant le béton.

— "RINKO !" s'écria Ishiro, se précipitant au secours de sa petite sœur. Mais le Corrupteur le vit arriver et projeta l'un de ses tentacules dorsaux vers lui. Il le saisit à la gorge, le souleva du sol et commença à l'étrangler, tout en maintenant Rinko au sol et en continuant de la frapper avec une extrême brutalité. Yuna invoqua alors son fouet d'éther et intervint promptement, tranchant le tentacule qui étranglait Ishiro et le sauvant ainsi. Elle projeta ensuite son fouet pour empêcher la main du Corrupteur de frapper Rinko, mais l'entité saisit l'extrémité de l'arme et tira violemment dessus. Propulsée en avant malgré elle par la force surhumaine du Corrupteur, Yuna se retrouva à la merci de l'entité qui, elle aussi, la saisit à la gorge et la projeta brutalement au sol.

Côte à côte, Rinko et Yuna gisaient au sol, étranglées par les mains puissantes de l'entité qui les dominait de sa stature menaçante. Rinko était grièvement blessée, ayant subi plusieurs coups brutaux, et son visage synthétique portait les stigmates de dommages importants. Les deux femmes luttaient de toutes leurs forces, mais elles sentaient l'énergie corruptrice de l'entité tenter de s'infiltrer dans leurs corps pour en prendre possession. Bien que protégées par leurs uniformes de chasseurs bénis, la douleur était cuisante, semblable à des milliers d'aiguilles chauffées à blanc cherchant à percer leur peau. Juste au-dessus d'elles, constatant qu'il ne parvenait pas à corrompre leur essence, le Corrupteur fit briller intensément son œil, s'apprêtant à les pulvériser avec son rayon à bout portant.

Non loin derrière, Ishiro avait réussi à reprendre son souffle, bien que sa gorge brûlât terriblement sous l'effet de l'énergie corruptrice qui avait tenté de l'envahir. Voyant ses camarades en difficulté, il puisa dans son aura pour invoquer deux grandes lances d'éther, une dans chaque main, bien plus chargées en énergie que ses dagues, et les projeta comme des javelots, parvenant à transpercer le dos du Corrupteur. Cette fois, le Corrupteur fut touché et déstabilisé par la douleur. Saisissant l'occasion, Yuna et Rinko échangèrent un bref regard complice et agirent à l'unisson : chacune invoqua une sphère d'éther dans une main et les fit détoner simultanément, frappant le Corrupteur en plein œil et le projetant en arrière contre l'un des murs, qui vola en éclats. Ishiro se précipita aussitôt vers les jeunes femmes alors qu'elles se relevaient pour s'assurer qu'elles allaient bien, tout en étant profondément inquiet des dégâts subis par le corps cybernétique de sa sœur.

_ "Est-ce que tu..." voulut-il demander, mais le regard de sa petite sœur lui fit comprendre qu'il ne fallait pas s'inquiéter et que le combat devait se poursuivre.

_ "Préparez-vous", avertit Yuna en prenant position.

En effet, au milieu des décombres du mur, le Corrupteur s'était rapidement relevé. Bien que sévèrement brûlé et blessé par les attaques des chasseurs, il ne montrait aucun signe de faiblesse ; bien au contraire. Faisant trembler les fondations et l'air ambiant, l'entité poussa un rugissement de rage, tandis que les visages incrustés sur son corps et sur les murs hurlaient à l'unisson dans une synchronie terrifiante. D'un simple geste, le Corrupteur souleva par télékinésie des débris arrachés aux murs et aux piliers, les faisant pleuvoir sur les trois chasseurs. Yuna, Rinko et Ishiro imprégnèrent simultanément leur corps d'énergie spirituelle pour décupler leur vitesse et leurs réflexes. Ils s'élancèrent, esquivant ou pulvérisant les débris qui fonçaient sur eux grâce à une combinaison de coups et de manœuvres aériennes acrobatiques dignes des plus grands champions. Yuna utilisa même son élan pour saisir l'un des débris avec son fouet d'éther et le renvoyer vers le Corrupteur, qui le détruisit aussitôt d'un rayon d'énergie jailli de son œil.

Le Corrupteur ne s'arrêta pas là et serra le poing, qui se couvrit d'une énergie corruptrice tourbillonnante. Des bouches béantes des visages géants sur les murs surgirent des yeux cyclopéens identiques au sien. Ils projetèrent des nuées de projectiles d'énergie corruptrice, obligeant Yuna, Rinko et Ishiro à se déplacer encore plus vite pour éviter d'être touchés. Malheureusement, l'utilisation d'énergie spirituelle commençait à peser lourdement sur leurs organismes, et les trois chasseurs furent frôlés à plusieurs reprises par ces projectiles semblables à des lames. À ce rythme, ils finiraient bientôt empalés. Tout en se déplaçant, Rinko remarqua que le Corrupteur gardait son poing chargé d'énergie serré. Décidant de puiser davantage dans son éther et de le diffuser dans tout son corps artificiel, la jeune cyborg parvint à bondir à pleine vitesse vers le Corrupteur, le prenant par surprise. Après avoir chargé à bloc l'un de ses poings mécaniques, Rinko frappa de plein fouet la main du Corrupteur, déclenchant une explosion terrifiante qui balaya la zone ; le souffle projeta Yuna et Ishiro au sol, mais neutralisa également l'attaque de zone de l'entité.

Pendant ce temps, un peu plus loin, Hiroshi continuait de protéger Megumi tout en ayant assisté à l'explosion d'énergie colossale qui avait fait trembler toute la zone. Alors qu'il achevait un énième Affamé en lui arrachant la tête à mains nues, Hiroshi vit avec colère, à travers la fumée qui se dissipait, que la silhouette du Corrupteur se dressait toujours. Malgré la destruction de l'un de ses bras, l'entité vacillait à peine. Yuna et Ishiro, couverts de coupures et de contusions, peinaient à se relever. Rinko, en revanche, gisait immobile au sol, non loin de l'entité. Sa tenue de chasseuse avait été en grande partie déchiquetée par l'explosion, son visage était fissuré, son corps horriblement endommagé, et le bras dont elle s'était servie pour frapper était totalement détruit ; seuls des circuits brisés et crépitants émergeaient encore de son épaule.

— "RINKO !" hurla Ishiro en voyant sa petite sœur dans cet état, totalement immobile.

— "Ishiro, attends !" haleta Yuna en le voyant perdre pied.

Trop tard. Furieux de voir l'état de sa petite sœur, Ishiro se précipita vers le Corrupteur en faisant apparaître deux lames supplémentaires dans ses mains. Mais l'entité riposta sans effort : d'un coup brutal porté par l'un de ses tentacules dorsaux, elle balaya le chasseur au sol, près de sa sœur. Souffrant et sonné par le choc, Ishiro tenta de se relever. Peinant à bouger les jambes, il essaya de ramper vers Rinko. Le Corrupteur, silencieux, reporta alors son attention sur Hiroshi et surtout sur Megumi, toujours en pleine transe, et commença à avancer vers eux. Mais Yuna s'interposa, les poings chargés d'éther ; son regard, bien que concentré, brûlait d'une sombre fureur.

— "Tu ne les toucherez pas !" grogna-t-elle.

Le Corrupteur, dont le bras s'était entièrement régénéré, enveloppa lui aussi ses poings d'énergie. Un duel d'une violence et d'une rapidité extrêmes s'engagea entre Yuna et le Corrupteur, chacun parvenant à parer les attaques de l'autre, leurs coups provoquant des ondes de choc et fissurant le sol alentour. Hiroshi fut tenté d'intervenir, mais il devait rester sur place pour continuer à éliminer les Affamés qui tentaient sans relâche d'atteindre Megumi.

— "Allez, Megumi, dépêche-toi..." murmura Hiroshi alors que la tension montait d'un cran.


*****


Megumi continua de sonder le subconscient de Mari, explorant des souvenirs de plus en plus vifs et révélateurs d'un passé sombre. Mais c'est en franchissant le seuil d'une ultime porte qu'une vérité véritablement macabre lui fut révélée. Sous ses yeux, Megumi assista au déroulement d'un rituel. Des dizaines d'individus étaient réunis en une véritable assemblée ; tous portaient des robes et des masques marqués du symbole de la secte des Enfants du Nouvel Ordre. La petite Mari avait été placée de force sur un autel et ligotée. Son propre père, Tadao, vêtu lui aussi de la robe de l'ordre, psalmodiait d'étranges incantations, accompagné par tout le cortège d'adeptes. La fillette semblait sombrer dans une transe profonde, gémissant de douleur, son corps secoué de convulsions de plus en plus violentes alors qu'une énergie noire et écarlate, l'énergie de la corruption, l'enserrait toujours plus étroitement, telle une multitude de mains vaporeuses.

_ "Ô grand apôtre des ténèbres, toi qui transcends les lois de la réalité, entends nos prières et accepte le corps de cette enfant. Que sa chair et son esprit deviennent tiens et bâtissent la porte qui t'ouvrira l'accès à notre monde", proclama Tadao, solennel et comme possédé.

Les membres de la secte psalmodiaient de plus en plus fort, intensifiant les convulsions de Mari alors qu'elle était dévorée par l'énergie corruptrice invoquée par le rituel. De cette concentration d'énergie sombre, qui rampait et glissait sur le sol telle une substance vivante, émergea peu à peu la silhouette imposante et menaçante du Corrupteur. Une fois pleinement incarnée dans le monde physique, l'entité se dressa, puissante, tandis que Tadao et les autres fanatiques, plus que satisfaits du résultat, se prosternaient humblement devant le Corrupteur, Tadao lui présentant Mari en guise d'offrande.

Horrifiée, Megumi dut se couvrir la bouche de la main, observant la scène les larmes aux yeux. Tout était clair désormais. Non seulement Tadao était un membre haut placé des Enfants du Nouvel Ordre, mais il n'avait pas hésité à faire tuer sa femme et à offrir sa propre fille comme réceptacle à un Corrupteur. La jeune femme comprenait mieux la situation : Mari n'avait jamais été dans le coma. Cette hospitalisation n'était qu'un stratagème pour introduire un corps corrompu dans un lieu rempli d'âmes blessées et vulnérables, bien plus faciles à corrompre et à dévorer pour un Corrupteur en quête de puissance. Ce plan ignoble, toutes ces morts... tout cela à cause de la folie d'un homme qui avait réussi à bâtir une famille si aimante, pour finalement révéler que celle-ci n'était qu'un mirage dissimulant ses sinistres ambitions.

Le souvenir finit par se réduire en cendres, laissant Megumi, accablée de tristesse et sous le choc, plongée dans une obscurité insondable. Pourtant, de faibles échos, semblables à des pleurs d'enfant, parvinrent jusqu'à elle. En se retournant, Megumi aperçut la petite Mari, recroquevillée et seule dans les ténèbres. Le visage enfoui dans ses genoux, la fillette pleurait. Ses jambes étaient entravées par une substance corrompue, telle une chaîne enserrant les chevilles d'un prisonnier.

— "Mari..." souffla Megumi en tentant de s'approcher.

Mais soudain, des bras faits d'une substance visqueuse et corruptrice jaillirent du sol, saisisant fermement Megumi par les membres, tentant de l'arrêter. Toutefois, grâce à son chapelet de prière et à son aura spirituelle, Megumi parvint à résister. Non sans peine, mais avec détermination, elle progressa pas à pas vers la petite Mari, qui continuait de pleurer. Enfin, au terme d'une lutte acharnée pour avancer, Megumi réussit à atteindre l'enfant et s'agenouilla devant elle. Sentant une main douce se poser sur son épaule, Mari leva lentement la tête, ses yeux embués de larmes se posant sur le visage réconfortant de Megumi.

— "Il continue de me faire du mal, madame..." gémit la petite Mari. "Il me fait peur."

— "Je sais, je sais..." répondit tendrement Megumi. "Mais tu n'es plus seule désormais."

— "Je suis une mauvaise fille," ajouta Mari entre deux sanglots. "C'est entièrement de ma faute, papa me le répète tout le temps. C'est pour ça qu'il me punit. Je mérite d'être punie."

Le cœur serré, Megumi comprit aisément que le Corrupteur avait réussi à pervertir l'esprit de la fillette pour mieux la garder sous son emprise, altérant sa perception de la réalité et la persuadant que son propre père, Tadao, la tenait pour responsable de ce désastre. Megumi chercha un moyen de libérer l'esprit de l'enfant de cette illusion. Elle en trouva un ; bien qu'elle hésitât un instant à employer une telle méthode, elle savait que le temps pressait. Il n'y avait, hélas, aucune autre solution. Serrant son chapelet entre ses mains, Megumi concentra toute son énergie spirituelle pour réciter une incantation rituelle, son corps s'enveloppa alors d'une énergie blanche, de plus en plus éclatante et apaisante, qui chassa peu à peu les ténèbres entourant Mari…


*****


Dans le monde physique, le duel entre Yuna et le Corrupteur s'était intensifié. Malheureusement, l'entité tellurique, constamment alimentée par les tourments de son hôte, avait pris le dessus, projetant Yuna au sol où elle gisait, sonnée et blessée. Un peu plus loin, Ishiro, lui aussi gravement affaibli, avait réussi à relever Rinko alors qu'elle peinait à reprendre connaissance. Pendant ce temps, Hiroshi, occupé à achever un autre Affamé, assista avec horreur à la scène : après avoir repoussé Yuna, le Corrupteur se tourna vers Megumi et projeta plusieurs de ses tentacules dans sa direction, tentant de la transpercer de part en part. Sans hésiter, Hiroshi bondit en avant et s'interposa devant Megumi, laissant échapper un gémissement de douleur alors que les tentacules lui transperçaient les côtes. Perdant beaucoup de sang et en crachant même, Hiroshi puisa dans sa volonté pour tenir bon ; il parvint même à empêcher les tentacules de ressortir de son corps en les retenant volontairement.

— "Tu croyais que ce serait aussi facile ?! On est des ArcHunters, putain !" lança Hiroshi avec un sourire arrogant, le visage maculé de sang.

Furieux de cette provocation, le Corrupteur chargea et projeta un rayon dévastateur, bien décidé à anéantir cet importun. La mort semblait fondre sur lui, mais Hiroshi ne cilla pas, prêt à l'affronter. Soudain, la silhouette agile et véloce d'Arthur surgit juste devant lui, interposant la lame de son épée, bloquant et dissipant ainsi le rayon.

— "Eh bien, tu en as mis du temps pour arriver, le bleu," grommela Hiroshi, un brin surpris de le voir mais refusant de le montrer par fierté.

Arthur ne répondit pas, mesurant l'ampleur des dégâts et la violence du combat. Heureusement, les autres étaient encore en vie, bien que blessés. Il reporta ensuite son attention sur le Corrupteur, ce dernier visiblement irrité par cette nouvelle intervention.

— "Je m'en occupe," déclara Arthur avec détermination.

— "Arrête, t'as aucune chance contre lui," grogna Hiroshi.

_ "Peut-être... Mais tu sais qu'en tant qu'ArcHunter, c'est notre devoir," rétorqua Arthur.

Fort de cette résolution, le jeune Français s'élança, l'épée à la main, vers le Corrupteur qui l'attendait avec une détermination inébranlable. Arthur concentra son éther dans ses jambes et son épée, puis bondit en avant pour porter un puissant coup latéral. Malheureusement, le Corrupteur stoppa aisément la lame à mains nues et projeta le jeune homme au sol, ce dernier roulant jusqu'aux pieds de Yuna.

_ "Hey... euh... désolé pour le retard..." gémit Arthur en faisant un signe de la main à Yuna, encore sous le choc de l'impact.

Yuna ne dit mot, le regardant avec un mélange de colère, pour avoir osé désobéir à ses ordres, et de soulagement de le voir en vie. S'entraidant pour se relever, Yuna et Arthur firent face ensemble au Corrupteur, dont la fureur ne cessait de croître. Arthur chargea son épée d'éther tandis que Yuna en faisait autant avec ses poings, tous deux déterminés à riposter. Le Corrupteur projeta un nouveau rayon destructeur depuis son œil ; les deux chasseurs l'esquivèrent et s'élancèrent vers la créature tout en évitant le faisceau.


*****


_ "Mari... Mari..."

La petite fille leva lentement la tête et vit que l'obscurité oppressante qui l'entourait s'était dissipée. Les entraves qui lui enserraient les jambes avaient disparu. La douleur s'était évanouie et elle se sentait désormais si légère. Devant elle apparut une vision chaleureuse et réconfortante : une silhouette familière et aimante, agenouillée à ses côtés, les bras tendus vers elle.

_ "Maman..." gémit Mari, ses larmes de douleur laissant place à des larmes de joie.

La petite fille et sa mère, cette dernière vêtue d'une longue robe d'un blanc immaculé, s'étreignirent avec tendresse, unies par un amour profond et sincère. Doucement, la mère caressa les cheveux de sa fille.

_ "C'est fini maintenant, Mari. Tu n'as plus à avoir peur. Je te promets que là où nous allons, tu ne souffriras plus jamais", dit la mère d'une voix douce et rassurante.

_ "Tu resteras toujours avec moi, promis ?" demanda Mari.

_ "Je le promets", répondit sa mère. "Tu peux dormir maintenant. Va vers la lumière. Je serai toujours avec toi... Toujours."

Souriante et apaisée par ces mots, Mari ferma paisiblement les yeux dans les bras de sa mère et commença à se dissiper peu à peu en un souffle de lumière s'élevant vers le ciel. L'illusion s'effaça lentement ; la mère de Mari disparut à son tour, et elle redevint Megumi. À la fois triste et sereine, elle regarda Mari s'évanouir dans ses bras et observa les étincelles de lumière monter petit à petit. Bien qu'elle éprouvât de la honte d'avoir dû invoquer l'image de la mère de Mari pour accomplir la purification, Megumi savait que c'était pour le mieux. L'esprit de Mari était désormais libéré de la corruption qui l'avait tourmentée et allait rejoindre l'Arc Cosmique, où sa mère l'attendait certainement.


*****


Dans le monde physique, le Corrupteur, alors au sommet de sa puissance, se mit soudain à chanceler, puis à se tordre de douleur en se tenant la tête. Même son aura, autrefois écrasante, s'affaiblit considérablement, un changement que tous ressentirent. Hiroshi, grièvement blessé, vit alors Megumi sortir de sa transe et s'effondrer, épuisée. Il la rattrapa, constatant qu'elle était à peine consciente après avoir tant puisé dans ses réserves d'éther, mais il lut sur son visage qu'elle avait réussi.

_ "C'est fini..." gémit-elle, des larmes coulant sur ses joues.

Pendant ce temps, face à l'affaiblissement marqué de l'entité après la purification de son hôte, les autres chasseurs ne se ménagèrent pas. Ishiro matérialisa deux nouvelles lances d'éther. Il en tendit une à Rinko et, se soutenant mutuellement, le frère et la sœur les lancèrent de toutes leurs forces, tranchant net les deux bras du Corrupteur. Arthur intervint à son tour : bondissant aussi haut qu'il le pouvait, il transperça violemment l'œil du Corrupteur avec son épée chargée d'énergie. Soudain, Arthur sentit qu'il perdait le contrôle : son arme commençait à absorber une quantité effroyable de corruption qui le brûlait atrocement et se propageait dans tout son corps.

_ "Vas-y, Yuna, achève-le !" hurla Arthur de douleur, les dents serrées tout en s'accrochant désespérément.

Yuna, imprégnant tout son corps d'énergie spirituelle, bondit et asséna un coup final spectaculaire, le plus puissant dont elle fût capable, qui fit littéralement éclater la poitrine du Corrupteur et détruisit son cœur. Face à de telles blessures mortelles et incapable de se régénérer après la perte de son hôte, l'entité poussa un dernier râle d'agonie effroyable avant de s'effondrer en un tas de poussière. Arthur, quant à lui, était retombé au sol. Ses bras étaient gravement brûlés par la corruption et son épée gisait à ses côtés.

_ "Arthur ! Tu m'entends ?! Ouvre les yeux !" s'écria Yuna en se précipitant à ses côtés.

Le jeune Français respirait à peine et gisait inconscient, ce qui ne fit qu'accroître l'inquiétude de Yuna. Autour d'elle, Ishiro et Rinko restaient serrés l'un contre l'autre pour se soutenir, tandis qu'Hiroshi, luttant contre la douleur et ses blessures hémorragiques, portait Megumi inconsciente dans ses bras. Tout le monde se trouvait dans un état plus ou moins lamentable, mais la menace du Corrupteur avait désormais disparu, bien que le prix d'une telle victoire se soit révélé extrêmement élevé.

Malheureusement, ils n'eurent pas le temps de célébrer cette victoire : de puissantes vibrations se propagèrent au-dessus d'eux, accompagnées de détonations rappelant fortement des explosions. Autour d'eux, le sous-sol commença à s'effondrer.

— "Merde... C'est quoi encore ça ?!" s'exclama Hiroshi.

Le drone de Kensuke piqua alors vers eux.

— "Les gars ! L'Organisation a activé un protocole de dernier recours ! Fuyez, vite !" La voix paniquée de Kensuke résonna dans la radio intégrée.

Mais le groupe savait qu'il n'aurait jamais le temps de s'échapper. Allaient-ils finir ainsi, ensevelis vivants sous les décombres de l'hôpital? Soudain, sous leurs pieds et à la surprise générale, un immense cercle runique d'une lumière blanche aveuglante se matérialisa comme par magie, les enveloppant tous. Mais juste avant de disparaître totalement dans la lumière, Yuna aperçut du coin de l'œil une silhouette solitaire qui l'observait au milieu de l'effondrement... Une forme humaine sombre et sans visage, dotée d'yeux blanc éclatant, semblant vêtue d'un grand manteau et s'appuyant sur une canne au pommeau en forme de crâne...


Sans comprendre le moins du monde ce qui venait de se passer, le groupe de chasseurs se retrouva téléporté par le cercle runique à l'extérieur, sur le toit d'un petit immeuble du centre de Tokyo. Non loin, sous leurs yeux stupéfaits, l'hôpital central de Shibuya s'effondrait dans une série d'explosions.

— "Bon sang... ils l'ont fait... Ils ont osé le faire..." grogna Ishiro, visiblement irrité, tout en soutenant sa sœur Rinko.

Hiroshi, tenant Megumi dans ses bras, ne cherchait pas non plus à dissimuler sa profonde frustration. Yuna fit de même en restant aux côtés d'Arthur, toujours inconscient et horriblement brûlé par la corruption. La jeune femme fixait l'hôpital, détruit sur ordre de l'Organisation via ce protocole de dernier recours, sacrifiant ainsi tous les civils qui s'y trouvaient encore. Le poing de Yuna se serra sous l'effet d'une colère profonde, mais elle savait qu'elle ne pouvait plus rien y changer. Bien qu'ils aient réussi à éliminer un Corrupteur et à empêcher ainsi une terrible catastrophe de s'abattre sur Tokyo, le goût amer de la défaite était palpable parmi les chasseurs.

Outre son inquiétude pour Arthur et la colère qui bouillonnait en elle face aux agissements de l'organisation, Yuna ne pouvait s'empêcher de penser à cette étrange silhouette humaine qui l'avait observée juste avant sa téléportation. Un bref instant, alors que son regard croisait celui de la créature, elle avait ressenti une aura tellurique d'une puissance inouïe, mêlée toutefois à une autre... l'aura spirituelle d'un ArcHunter. Or, une telle chose était normalement impossible.

Plus que troublée, Yuna perçut également, dans son dos, la présence d'une aura tout aussi puissante, mais désormais familière. En se retournant, elle entraperçut la silhouette discrète et spectrale de ce mystérieux petit renard blanc aux multiples queues, la même créature qu'elle avait sentie juste avant d'entrer à l'hôpital. C'était donc lui qui les avait sauvés en les téléportant... Mais que voulait-il et, surtout, qui était-il ?

Alors que le renard blanc s'évanouissait dans la nuit, l'esprit de Yuna restait tourmenté par ces questions sans réponse. Pour l'heure, il valait mieux se concentrer sur les conséquences de ce terrible incident. Avec l'intervention des Enfants du Nouvel Ordre, le conflit venait de prendre un tournant majeur. En cette nuit fatidique, les chasseurs avaient réussi à écarter une menace considérable, mais au fond d'eux, ils le savaient tous : cette guerre ne faisait que commencer.



À suivre dans :

ArcHunters II : L'Héritage des Watanabe


Ainsi s'achève la première histoire d'ArcHunters, un univers original de mon invention mêlant fantasy urbaine, horreur paranormale et drame dans un style manga/anime. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à la lire que j'en ai eu à l'écrire, et que vous apprécierez tout autant la suite.


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