Maglev

Chapitre 2 : ML 1-138

2005 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 09/06/2026 09:32

 Thierry pianote tranquillement sur son clavier, analysant toutes les données défilant sous ses yeux, il s’arrête au bout de quelques instants et boit sa canette de coca.

- Déjà fatigué ? Demande Simone avec un sourire.

- Non je fais juste une pause et je m’y replonge pour trois heures.

- Dis-moi, tu ira où quand tu en aura fini ici ?

- Je rentrerai chez moi à Lyon, retrouver mon magasin de réparation informatique.

- Tu n’es qu’un réparateur et l’Armée t’a choisi ?

- Je ne vais pas m’en plaindre, ça fera bien sur mon C.V.

- Et tu compte repartir tout de suite ?

- Je ne sais pas, pourquoi me demandes-tu ça ?

- On pourrait aller boire un verre, ou dîner ensemble un soir.

- Oh…excuse-moi mais je ne veux pas m’engager dans une aventure, mon passé m’a appris que mes relations ne durent jamais longtemps.

- C’est pas grave.

- Tu es si désespérée que ça ?

- Non, mais je te trouve mignon.

- Garde tes compliments pour plus tard, ma pause est terminée.

- A vos ordres !

Il replonge dans le système.

- C’est quoi ça ?

- Le trajet à parcourir.

- Pour quoi ?

- Je ne sais pas.

- Arrête, tu sais des trucs que je ne sais pas.

- Je sais juste que c’est un engin qui sera sur rails, pas besoin de sortir de Saint Cyr pour savoir de quoi il s’agit.

- D’accord mais ces rails ne sont pas normaux alors, ils sont conçus différemment, plus resserrés, d’un autre matériau, et ils passent par des zones désertes, sans habitations.

- Un réseau privé en somme.

- Alors ce train, si s’en est un, quittera Narbonne ce soir pour se rendre à Strasbourg et revenir par l’ouest. Et tout ça en trois jours !

- Tu sais de nos jours un train peut faire l’aller-retour nord/sud en moins de 10 heures, si c’est un TGV bien sûr.

- Mais le programme dure trois jours.

- Alors le train en question ne doit pas être « de nos jours ». Où alors son chargement impose une vitesse réduite.

- Tu bosse dans quelle branche déjà ?

- La physique.

- Vous travaillez dur à ce que je vois.

Ils se retournent, surpris.

- Général…veuillez nous excuser.

- Vous l’êtes, tout le monde se pose autant de questions que vous, comme il n’y a rien d’autre à faire pour le moment.

- Il s’agit bien d’un train n’est-ce pas ? Demande Thierry.

- Ce n’est plus un secret d’État, vous faites partie des rares qui ignorent encore tout des spécificités de ce train.

- Vous nous le dites ?

- Avant je voudrais savoir une chose : en cas de déraillement, peut-il y avoir un risque de détonation de la part d’un engin nucléaire ?

- Non, tous les engins de ce type sont sécurisés pour parer à cela maintenant, répond Simone.

- Bien.

- Le train va transporter des ogives c’est cela ?

- Vous êtes aussi curieux que perspicace, si je n’étais pas d’aussi bonne humeur vous auriez mon pied aux fesses !

- Pardon.

- Ce train transportera effectivement des ogives, mais il ne déraillera pas, enfin si il est aussi invincible que le prétendent ses concepteurs.

- Mais quel train ? Demande Thierry.

- Connaissez-vous le Maglev, Monsieur Mazet ?

- Alors c’est ça.

- Le Maglev, reprend Simone. Le train à coussins magnétiques.

- J’espérais que vous sauriez m’en apprendre un peu plus.

- Il n’utilise pas de voie ferrée et de roues à mentonnet, il se déplace en lévitation, sur une voie surélevée par un magnétisme à trois centimètres à peu près. Cette lévitation se produit grâce à un système d’aimants placés à la fois sur le train et la voie, en se repoussant ils créent la lévitation, ainsi il n’y a aucun risque de déraillement et la vitesse du train peut très facilement atteindre les 300 kilomètres heure.

- Notre Maglev peut aller jusqu’à 600 kilomètres heure ! Il est spécialement conçu pour le transport de marchandises et leur défense tout au long du trajet à accomplir, il est doté d’un armement tout à fait spécial, des cloisons blindées peuvent tomber pour séparer les wagons en cas de nécessité absolue ou d’intrusion, elles résistent à tout. Enfin pour ce qui est de la conduite du train, elle est entièrement gérée par un programme informatique à distance.

- Autrement dit par nous.

- Exactement.

- Waw. C’est le train du futur !

- Plus maintenant.

- Ca a du coûter bonbon, dit Thierry.

- Sûrement, et il n’est même pas assuré tous risques.

- Aïe !

- Ne vous inquiétez pas, c’est l’engin de transport le plus fiable jamais conçu.

- Vous dites ça parce que le type qui vous l’a refourgué vous l’a dit, mais vous, vous en pensez quoi ?

- Je pense que si tout continue dans cette voie il n’y aura plus besoin d’hommes dans l’armée.

- Ce n’est pas encore Terminator vous savez !

- Bien sur que non, mais cet engin me fait froid dans le dos.

- Pas de panique on le contrôle votre gus !

- Même avec tout ces gadgets il ne vaut pas l’intuition et l’intelligence de mes gars. La ferraille ça ne prend pas de décisions humaines.

- Acceptez la technologie, le monde l’a acceptée.

- Je suis un militaire, et un militaire se sert de son esprit avant son arme.

- Mais cette arme peut vous rendre de sacrés services si vous décidez de l’utiliser.

- On va lui confier trois ogives nucléaires et six de nos gars, j’ai le droit d’avoir un minimum d’inquiétude envers ce truc, il a pas intérêt à déconner.

- Une beauté pareille ne peut pas déconner.

- Un ordinateur c’est beau au début, mais plus on l’utilise plus on découvre toutes les merdes qu’il nous réserve, six mois après on n’a qu’une envie c’est de le balancer.

- Mais on le garde parce qu’on en a besoin.

- Malheureusement.


Éric pose enfin le pied sur le quai principal, il avance, bagages sur le dos et rejoint un groupe de personnes attendant non loin de là.

- Vous attendez le train les gars ?

- Ouais, même l’armée tient à respecter cette tradition sacrée qui veut que les trains n’arrivent jamais à l’heure !

- Le départ est dans dix minutes, faudrait peut être qu’il se magne !

Tout le monde réagit alors à l’intrusion d’un bruit étrange, une sorte de ronronnement. Une masse noire apparaît alors à l’horizon, presque invisible dans la nuit. La masse se rapproche rapidement avant de progressivement réduire sa vitesse et de se dévoiler.

Le Maglev possède six compartiments, son design est d’une modernité écrasante, il est tout simplement magnifique. Le seul accès aux compartiments se trouve à l’arrière.

Le Maglev ralentit jusqu’à s’immobiliser totalement, le ronronnement disparaît en même temps que la lévitation, faisant abaisser sa stature impérieuse.

- Waw ! Dit l’un des soldats.

- Eh bien allons y messieurs, après vous, dit Éric.

Les cinq hommes montent à bord, Éric est un peu inquiet, impressionné bien sur, mais inquiet.

- Au revoir terre ferme, à dans trois jours.

Il pénètre à son tour dans le train, découvrant en premier lieu le dortoir où tous les autres sont rassemblés en train de défaire leurs affaires.

- Prêt pour un long voyage ?

- Et comment ! Ça va être fun !

- Une mission n’est jamais fun, dit Éric.

- Vous êtes notre chef ? Demande l’un des soldats.

- Oui, je sais que c’est dur à croire mais oui, je suis le capitaine Éric Montel.

- Sergent Matéi mon Capitaine, c’est un honneur, et voici le caporal Rigoulet.

- Oublions les grades, ils ne serviront à rien pour cette « mission ». Et vous devez être les trois techniciens ? Demande Éric aux trois autres hommes.

- Oui, je suis Michael, lui c’est Nicolas et lui Sébastien.

- Vous êtes frères ?

- Oui.

- Tant mieux, ça évitera les bagarres.

- Je vous connais mon Capitaine, dit Matéi. Vous ne vous rappelez pas la mission à Copenhague en février 98 ?

- Si…bien sûr que si comment oublier ! Paul c’est ça ?

- Oui !

- Oh oui ça c’était une mission !

- Alors on va faire quoi au juste ? Demande Michael.

- Je ne vais pas vous mentir, dit Éric, redevenant sérieux. On est ici pour faire joli, pour s’assurer que ce joujou fonctionne à merveille.

- C’est des vacances en somme, dit Rigoulet.

- On peut le voir comme ça.

- Chouette ! Et aux frais de l’État en plus !


Éric pose ses affaires sur sa couchette.

- Il n’y a pas de fenêtres là-dedans ? Demande-t-il.

- Non mais il y a suffisamment d’aérations pour que vous ne creviez pas étouffé, dit Nicolas.

Il commence à retirer ses affaires, Paul le rejoint.

- Alors comment vont la femme et les gosses ?

- Très bien, et toi, tu a trouvé quelqu’un depuis le temps ?

- Non, mais qui vivra verra.

- Je suis content de te revoir, neuf ans ! Quand je pense à tout ce qui est arrivé depuis !

- Oui, je suis allé de caserne en caserne.

- Tout comme moi, mais pourquoi ils t’ont choisi ?

- Pour ma capacité à rester sobre en situation de danger. Ils m’ont même trouvé « sympathique » !

- Quel compliment pour un soldat !

- Quelle insulte oui ! Et toi, tu es là pour quoi ?

- Je suis soi-disant le meilleur élément du coin, le plus apte à gérer cette mission.

- Il leur fallait bien un bouche-trou !

- Qu’est ce que tu veux ! Au moins après ça je pourrais partir sur le terrain.

- La guerre ? C’est ça ton business ?

- Non, la paix. Quand c’est toi qui l’amène tu es encore plus fier de servir ton pays.

Son téléphone sonne.

- Oh, excuse-moi…oui ?

- Coucou.

- Coucou, ça va ?

- Tu me le demande alors que tu t’en va pour trois jours ?

- Deux et demi.

- Tu va me manquer, encore plus qu’aux enfants.

- Embrasse les bien fort pour moi.

- C’est déjà fait.

- Écoute je te rappelle plus tard, quand j’aurais plus de temps, c’est le bazar ici et je crois que notre lit va beaucoup me manquer, mais pas plus que toi.

- Courage. Passe une bonne nuit.

- Je penserais à toi pour faire de beaux rêves.

- Je t’aime.

- Moi aussi ma puce, je t’appellerai demain promis, bonne nuit.

Il raccroche.

- Tu es sure qu’elle sera capable de te rester fidèle pour trois jours ?

- Bien sur que non !

Ils rient. Il y a un tremblement, le Maglev ronronne.

- On y est, dit Éric.

- En avant toutes !


L’interaction magnétique fait léviter le Maglev sur la voie argentée et lentement, il s’avance sans aucun autre bruit qu’un doux ronronnement, vers l’horizon obscur et inconnu.

Il est 23h00.









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