Éric revient au réfectoire où il retrouve Matéi et Rigoulet, il est visiblement sous le choc.
- Éric ? Ça va aller vieux ? Que s’est-il passé ? Demande Matéi.
- Ils y sont restés… les trois techniciens… cette maudite machine les a eu.
- Merde.
- Alors on est vraiment fichus cette fois, dit Rigoulet.
Les trois hommes ressentent alors une variation de la pesanteur, l’air semble plus lourd.
- Que fait-il encore ?
- Il a changé d’aiguillage, nous ne rentrons pas à la base.
- Vous me foutez la trouille les gars, dit Rigoulet. A vous entendre ce truc est vivant.
Les deux autres le regardent d’un air très sérieux.
- Je me demande où il va, dit Matéi.
- Aucune idée, ce qui est sûr c’est qu’il a un plan, une mission, il faut découvrir laquelle.
- Offensive ?
- Il est censé nous défendre, pas attaquer.
- Cet engin ne fait plus rien de censé depuis qu’il a pété un câble !
- Il faut l’arrêter.
- L’arrêter ? Non. Détruisons-le !
La cloison du dortoir s’abat alors.
- Il nous surveille, fais gaffe à ce que tu dis Matéi.
- J’en ai rien à foutre, tant mieux si il entend tout ce que j’ai à dire. On va te bousiller saloperie de tas de ferraille !
La seconde cloison commence à descendre, Éric réagit vite en le bloquant avec un extincteur placé juste à côté.
- Vite ! Passez !!
Les deux soldats passent dans la réserve, Éric passe à son tour en faisant une roulade latérale tandis que l’extincteur se fait broyer sous la pression de la cloison qui s’abat sec. La cloison de la salle des missiles commence à s’abaisser à son tour.
- Non !
Matéi court mais il arrive trop tard.
- On est piégés ! Fait comme des rats ! a la merci de cet enfoiré !
- Au moins on a de quoi survivre, dit Rigoulet en montrant toutes les caisses de vivres.
- Les parois sont moins renforcées ici, dit Matéi. Si on les fait péter…
- Oublie ça tout de suite, dit Éric. On va à plus de 300 km/h, on irait pas bien loin.
Il repense à Nicolas.
Le Maglev est alors secoué.
- C’est quoi ça encore ? Demande Rigoulet affolé.
- Ce n’est pas le Maglev, c’est la voie.
Le circuit de surveillance crépite.
Les parois et les cloisons se rouvrent.
- Ce n’est pas lui qui fait ça, il est en train d’en prendre plein la geule, il se passe quelque chose dehors.
Il y a une violente secousse, les trois hommes tombent par terre.
- On a heurté quelque chose.
Une seconde secousse se produit, plus violente encore.
- Putain mais c’est quoi !?
Troisième secousse.
- On va crever !!
Éric se relève péniblement et remarque quelque chose.
- On ralentit… on ralentit !!
Quatrième secousse.
- Il doit y avoir quelque chose sur la voie.
Cinquième secousse, le Maglev est presque arrêté.
- On peut sauter les gars !
Ils s’apprêtent à bondir hors de l’engin.
- Prêts ? Go !!
Mais le Maglev reprend subitement de la vitesse, faisant à nouveau tomber en arrière les trois hommes. Les parois se referment et les cloisons retombent.
- Fils de pute !! Hurle Matéi. Saloperie de machine !! Tu ne m’aura pas ! Je te ferai exploser connard !!
- Arrête Paul !
- J’ai pas peur de toi ! Viens je t’attends !
- Paul !!
Les lumières de la réserve s’éteignent.
- Bravo, maintenant il est en pétard.
Ils entendent un bruit faible au dessus d’eux, un son de pression.
- C’est quoi cette odeur ? Demande Rigoulet.
- … Du gaz, répond Éric. Il a mis du gaz dans le circuit d’aération.
Matéi voit une étincelle crépiter sur le panneau de commande des parois extérieures. Tout s’enflamme alors.
- Au sol !!
Matéi ne réagit pas à temps, il est pris dans le courant de feu qui le happe comme une rafale de vent.
- Paul !!!
Tout se dissipe, le gaz est coupé, les lumières se rallument.
- Félix, ça va tu n’a rien ?
- Non.
Des câbles électriques arrachés du plafond pendent jusqu’au sol, Éric pose le corps de Paul sur une caisse pour tenter de le réanimer. Un bruit sourd résonne alors au sol qui se met à trembler. De l’eau jaillit brusquement de la grille d’évacuation placée au sol. Éric remarque les câbles et comprend tout de suite.
- Félix…
Il est déjà trop tard, Rigoulet a encore les pieds dans l’eau, il est grillé par le courant de haute tension dans un véritable chaos de lumière. Puis tout redevient calme.
Éric est tétanisé du haut de la caisse sur laquelle il se trouve avec le corps de Matéi.
Tous ces chocs le détruisent. Il explose.
- Tu es content ? Tu a eu ce que tu voulais ? Que va tu faire maintenant ? Me tuer ? Je suis là. Viens ! Viens enfoiré ! Viens !! Finissons-en !!
Rien ne se passe, c’est le silence absolu.
- Tu veux me laisser vivre c’est ça ? Pourquoi ? Tu me réserve une mort encore plus atroce ou tu a peur de m’affronter ?
Il réfléchit.
- Où bien t’a peut être besoin de moi. Tu veux les codes de lancement des missiles c’est ça ? Tu ne peux pas les lancer même avec tout le contrôle que tu a, il te faut les codes. Tu ne les aura pas, tu sais pourquoi ? Parce que nous les humains ; contrairement à toi, on a des émotions, et là tu m’a tellement bousillé le moral que je crois que je vais…rejoindre mes potes.
Il saute de la caisse pour toucher l’eau électrifiée, mais le courant se coupe.
Dans le noir Éric éclate de rire.
- Très intelligent vraiment.
Il s’allonge contre la caisse et allume une cigarette.
- Le temps que tu te décide je crèverai sûrement du cancer, j’ai encore six paquets à finir.
- C’est un ratage total !
- Général il y a d’autres choses à tenter.
- Je ne tente plus rien, il faut agir sérieusement !
Des données apparaissent sur l’écran de Thierry.
- Ça a marché !
- Qu’est ce que c’est ?
Les dernières données, juste avant que la liaison ne se soit coupée, après la réinitialisation du système.
- Et ça dit quoi ?
- Attendez… tout est clair maintenant. Il n’y a rien d’erratique, le Maglev ne fait rien au hasard, il a un but.
- Et quel est-il ?
- Les données disent qu’il doit se diriger vers le nord du pays, vers Paris.
- Bon Dieu, pourquoi ?
- Aucune idée.
- Je dois prévenir la Défense.
- Il va peut être changer de direction.
- Ça m’étonnerait, dit Lemas inquiet.
- Vous savez quelque chose. Vous savez pourquoi il va à Paris.
- Faites votre travail et je fais le mien d’accord ?
- Vous devez me dire ce que vous savez.
- … D’accord.
Lemas regarde l’écran géant montrant les schémas des missiles contenus à bord du Maglev.
- Il n’a jamais été prévu d’utiliser cet engin pour du transport, ce n’est qu’une couverture. Le véritable but du Maglev est de dissuader toute attaque étrangère venant du continent. Afin de tester les capacités du Maglev, nous avons entré dans le système une série de missions d’entraînement fictives.
- Dont la première se passait à Paris ?
Lemas acquiesce.
- Le programme ne devait commencer que si l’État-major approuvait le projet après avoir vu le résultat des tests techniques, mais après ce qu’il s’est passé…
- En quoi consiste l’entraînement de Paris ?
- Le Maglev doit repousser une attaque terroriste aérienne en déployant un contingent d’hommes en un temps limité, ceci pour tester sa capacité de discrétion et d’attaque.
- Sauf que pour lui cet entraînement n’en est pas un. Il est encore à 220 kilomètres de Paris, ce qui nous laisse le temps d’agir.
- Mais les missiles ? Il peut les lancer à tout instant !
- Non, même si le Maglev contrôle tous les systèmes il ne peut rien lancer si il n’a pas les codes de mise à feu, et il ne pourra rien faire pour les pirater, c’est un verrouillage que j’ai crée moi-même pour renforcer la sécurité au cas où on serait piratés.
- Mais si il contournait ce verrouillage ?
- Impossible. Il ne pourra lancer ces ogives que si votre homme à bord entre le code d’amorçage ou désactive le système de verrouillage.
- Je ne prendrais aucun risque, je dois détruire cet engin.
- Vous ne détruire rien tant que je serai ici.
- Si ça ne tenait qu’à moi vous dégageriez votre cul d’ici en vitesse !
- Et je me réjouis que ce ne soit pas le cas.
- Ça suffit ! Interrompt Simone. Trouvez plutôt une solution au lieu de vous chamaillez comme des gamins !
- C’est vrai. Je constate que votre esprit n’est pas à la même hauteur que votre réputation Mazet.
- Au moins il fonctionne lui.
- Vous êtes responsable de cette situation, à vous de régler le problème.
- Moi ? Ce n’est pas de ma faute si vous bousillez tous les nouveaux trucs qui vous tombent sous la main.
- Vous savez très bien de quoi je parle, c’est l’unique raison de votre nomination à ce poste.
Thierry fixe méchamment son ennemi du regard.
- Que veut-il dire ? Demande Simone.
- Secret défense, répond Lemas. Maintenant remuez-vous pour résoudre cette situation, je vous laisse une chance et une seule, uniquement parce que vous êtes le seul minable à connaître cet engin par cœur. Après je le détruis, compris ?
- Compris.
- Étudiez vos données et appelez-moi dès que vous aurez du neuf.
- Pas la peine je ne saurai rien de plus, et j’ai déjà une idée.
Lemas fait un sourire de surprise.
- Je vous écoute.
- Une attaque ne serait efficace que de l’intérieur du Maglev.
- Comment cela ?
- Si on ne peut le paralyser de l’extérieur, faisons le de l’intérieur.
- Mais nous avons perdu le contact avec nos hommes.
- Il faudrait envoyer des hommes se charger de ça, je pourrais donner les instructions par radio, ainsi vos gars pourront être sauvés et le Maglev sera enfin arrêté.
- c’est une bonne idée, mais vous avez oublié un élément de taille : aucun engin aérien ne peut approcher le Maglev à cause de ses défenses.
- Je ne pensai pas à un hélicoptère, mais à un autre train : le TGV.
- Le TGV !
- C’est le seul train de taille à lutter contre le Maglev.
- Mais ils utilisent des voies différentes.
- Les deux voies se joignent sur 30 kilomètres à un moment donné, c’est le réseau de l’armée, la nouvelle voie côtoie l’ancienne. Le Maglev atteindra ce point dans environ 40 minutes, il faut faire vite, c’est notre dernière chance.
- Non, la votre.
- Vous voulez vraiment détruire un engin de plus de 30 millions d’euros ?
- Pour sauver mon pays ? Laissez-moi réfléchir : Bien sur que oui !
- Le contribuable fera la geule quand il apprendra ça.
- Vous comptez parler de ça après Mazet ?
- Avouez qu’il y a de quoi faire un beau scandale d’État.
- Je ne vous dirais qu’une chose espèce d’enfoiré : quand vous serez dehors, surveillez vos arrières.
- Non, je vais toujours de l’avant.
- Petit connard.
Lemas s’éloigne.
- Je pars m’occuper de votre TGV, j’espère que ça marchera.
- Je l’espère aussi pour les hommes qui vont faire cette mission. Vous vous rendez compte de l’ironie : nous allons attaquer nos propres défenses !