Maglev
Dans la réserve, la lumière revient, l’eau s’est dissipée dans les conduits.
- Je suis toujours là, dit Eric.
C’est le silence total, le ronronnement magnétique s’entend à peine. Eric se relève, il voit les corps de ses amis, la colère submerge son chagrin. Il va vers le système de surveillance numérique, (des microcaméras dans un circuit protégé par un tube métallique), et il se met à le frapper à grands coups de poing. Ses coups percent le métal, mettant les circuits à nu. Il arrache alors les câbles d’un coup sec, les lumières s’éteignent pendant quelques longues secondes. Eric s’arrête et attend. Il entend alors une musique venant de sa poche, il y plonge sa main et en ressort son téléphone portable. L’écran affiche « 3 messages reçus ». Les barres de réseau sont faibles mais présentes. Eric affiche un sourire de satisfaction.
- Mazet, votre TGV est en route, il interceptera le Maglev dans environ dix minutes. Nous avons utilisé le plus proche, les hommes à bord sont du GIGN.
Le portable de Lemas sonne.
- Oui ?
- Mon Général, ça fait plaisir de vous entendre.
- Montel ?
- Lui même.
Tous les regards s’interrogent dans la salle.
- Vous vous en êtes sorti ?
- Pas encore, la situation est désespérée.
- Que s’est-il passé ? Demande Lemas en activant le haut-parleur.
- Le Maglev n’agit plus que par lui-même, les techniciens ont tenté une désactivation manuelle mais ils y sont tous restés, tout comme nos soldats.
- Il ne reste plus que vous alors ?
- Vous devez me sortir de là.
- Nous faisons tout notre possible.
- J’espère bien.
- Nous avions tenté d’arrêter le Maglev tout à l’heure.
- C’était vous ? Et bien sachez que votre tentative a fait plus de mal que de bien.
- Je suis désolé. Mais, vous devez tenir bon.
- J’ai réussi à m’isoler dans la réserve, le système de surveillance du compartiment est neutralisé et le niveau magnétique a baissé, c’est pour cela que je peux vous joindre à présent.
- Vous avez très bien agi capitaine.
- Que comptez-vous faire alors ?
- Un TGV est en route pour intercepter le Maglev et le neutraliser.
- Mais les deux trains utilisent deux voies différentes.
- Et ces deux voies seront côte à côte sur trente kilomètres dans environ cinq minutes. Dès que le train sera suffisamment proche, il paralysera le Maglev et le commando à bord viendra arrêter le système pendant que vous vous échapperez.
- Vous avez pensé aux défenses du Maglev ?
- Elles ne repoussent que les attaques aériennes, je dois juste savoir par où rentrerons les soldats.
- La réserve, dit Thierry, la paroi est plus fragile sur ce compartiment, c’est l’endroit idéal pour percer une brèche.
- Parfait, nous allons vous tirer d’affaire Montel, ne vous inquiétez pas.
- Oh ça fait longtemps que je ne suis plus inquiet.
- Vous êtes blessé ?
- Non, pas encore. Dites-moi, votre TGV peut tenir jusqu’à quelle vitesse ?
- 350 kilomètres heure.
- Pas au-delà ?
- Non.
- Me voilà rassuré.
- Je ne fais rien au hasard, ayez confiance.
- Une fois de plus, je n’ai pas le choix.
- Quel est l’état des missiles ?
- Ils se portent à merveille, je ne sais rien de plus.
- Vous y avez accès ?
- Bien sur que non, le Maglev empêche toute entrée.
- Nous savons qu’il compte lancer une attaque dans moins d’une heure.
- Où ?
- A Paris.
- Seigneur.
- Nous devons arrêter ce train par tous les moyens, y compris par la force, si cela s’avère nécessaire.
- Si ma vie peut en épargner des millions je la donne volontiers.
- Vous êtes courageux, j’admire cela capitaine.
- J’aimerais que ce soit en d’autres circonstances.
- Tenez bon.
- Que ferez-vous si le TGV échoue ?
- Je viens de vous le dire.
- Mais avec quoi comptez-vous détruire le Maglev ?
- Des missiles bien sûr.
- Et l’explosion nucléaire ? Les radiations, vous y avez pensé ?
- L’explosion sera isolée, il n’y aura aucun risque pour les civils.
- Permettez-moi d’en douter.
Lemas regarde l’écran de contrôle.
- Votre train arrive capitaine, ne le ratez pas.
La ligne se coupe. Eric se frotte le visage. Il décide d’appeler sa femme.
- Allo ? C’est moi ma puce.
- Oh je suis si contente de t’entendre ! Que se passe t’il ? Tu es déjà revenu ?
- Non, mais je suis sur le chemin du retour.
- Je n’ai pas dormi de la nuit.
- Moi non plus.
- Ça se passe bien au moins ?
- Oh oui… tout va pour le mieux.
- Arrête, je sais quand tu mens, je te connais par cœur, c’est bien pour ça que nous sommes ensemble. Alors dis-moi la vérité.
- Il y a eu quelques incidents mais je te raconterai tout à la maison, tu n’a pas à t’inquiéter.
- Les enfants sont fiers de toi, ils auraient tellement voulu t’accompagner.
- Ils ne ratent rien crois-moi.
- Quand reviens tu ?
- Avant demain ça c’est sûr. Tout dépend du Général.
- Je t’attends. Reviens vite. Et si ça ne va pas, pense à…
Il y a des interférences.
- Chérie… je t’aime.
- Moi aussi je t’…
La liaison se coupe, le magnétisme s’est accru, le Maglev accélère.
Le TGV émerge sur la voie ferrée à présent côte à côte avec la voie magnétique.
- Nous y voilà, dit le général.
Le Maglev continue d’accélérer mais le TGV aussi.
- Rapport de vitesse.
- le TGV est à 315km/h, le Maglev à 320.
Le TGV remonte péniblement les compartiments métalliques du Maglev, ce dernier ne cesse d’accélérer.
- 325.
- C’est sa limite absolue, il ne peut pas aller plus vite.
Le TGV remonte la salle des machines et atteint le cockpit.
- Le TGV est à 340…345.
Il devance le Maglev.
- 350, vitesse maximale.
- C’est bon.
Le TGV ralentit peu à peu pour se mettre au niveau du Maglev, les deux cockpits se rejoignent.
- Ça y est.
- Faites attention à ce que le Maglev ne ralentisse pas brusquement pour piéger le TGV.
- C’est lui qui est piégé.
Le TGV déploie deux barres en métal qui se relient au Maglev à l’avant et à l’arrière, une formidable quantité d’énergie s’en dégage alors contre le Maglev, paralysant l’ensemble de ses systèmes.
- Très bonne idée, dit Thierry.
Le Maglev ralentit de plus en plus jusqu’à totalement s’immobiliser.
- Il est arrêté mon Général.
- Parfait, que le commando passe à l’action.
Les huit hommes descendent du TGV avec leurs outils, ils se dirigent vers la paroi de la réserve.
- Capitaine, le commando s’apprête à découper la paroi, reculez-vous.
- Reçu.
Les hommes commencent à percer la coque métallique.
- Combien de temps le Maglev restera t’il paralysé ? Demande Thierry.
- Aussi longtemps qu’il le faudra, l’énergie provient des transformateurs, un appareil à bord du TGV envoie cette énergie vers les barres métalliques.
- C’est surprenant.
- Vous avez encore à apprendre à ce que je vois.
Le commando progresse très lentement.
- Ça avance ? Demande Lemas.
- C’est une sacrée coque mon général, il va falloir de 5 à 10 minutes pour en venir à bout.
- Ça va, nous les avons.
Eric entend un bruit, le ronronnement familier du Maglev se remet en marche.
- Il est réactivé… Général arrêtez tout ! Il est réactivé !
- Impossible.
Le Maglev renvoie alors toute l’énergie électrique à sa source, paralysant le TGV à son tour, le commando est décimé par les décharges mortelles.
- Impossible !!
Le Maglev avance, le TGV est entraîné avec lui du fait que les deux engins soient reliés par les barres métalliques.
- Mais que fait ce foutu TGV ? Qu’il le neutralise bordel !
- Il ne répond plus mon général.
Le Maglev accélère de plus en plus.
- Le TGV indique une vitesse de 360… 380… 400.
- Nom de Dieu !
Le Maglev ne cesse d’accélérer, les essieux du TGV crépitent.
- 470… 490.
Des flammes commencent à s’échapper sous le TGV.
- 500… 505… 510.
Les wagons du TGV explosent les uns après les autres, le Maglev se sépare de son homologue. La locomotive du TGV vole en éclats, tout explose et déraille tandis que le Maglev ralentit et continue tranquillement son périple.
Une lueur de fureur brûle dans le regard du général.
Thierry anticipe.
- J’y vais.
- Pas question, on ne tente plus rien, il n’y a plus qu’une solution.
- Général vous savez que je peux l’arrêter.
- Le Maglev est devenu fou, il n’obéit plus à rien ni personne.
- C’est toi qui l’a crée, dit alors Simone.
Thierry la regarde.
- J’ai conçu le système. Si quelqu’un est responsable de tout cela c’est moi. C’est pour cela que je dois aller là-bas.
- Et comment comptez-vous entrer ?
- J’aviserai.
- Vous n’avez aucune chance.
- Laissez moi en juger, et si j’y reste, il n’y aura plus personne pour vous contredire et vous pourrez lancer vos joujoux.
Le général réfléchit.
- Vous avez une heure.
- Merci général.
- Bonne chance.
- Simone, occupe-toi de surveiller les données en attendant mon retour.
Elle l’embrasse. Il la regarde sans dire mot, se retourne et s’en va.
Il va dans la cour où sont rangés plusieurs hélicoptères. Après avoir tout arrangé l’un d’eux décolle, l’emportant vers son destin.