Résister

Chapitre 3 : Chapitre 3

Par DarkSpielberg

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Ils traversent furtivement les rues de la ville pour se diriger vers un hôtel à la façade mal entretenue : l’hôtel de la paix.

- Vous habitez ici ?

- Non, pas exactement.

L’homme sonne.

- Au fait, je m’appelle François.

- Michel Chavagnac.

- Enchanté !

La porte s’ouvre, une grosse femme rousse d’une cinquantaine d’années apparaît.

- Monsieur François ! je ne pensais plus vous voir !

- Je suis là.

- Rentrez vite, tout le monde est là.

Ils traversent le hall et entrent dans la cave, François soulève une trappe cachée sous un tapis. Ils descendent droit dans les ténèbres avant de suivre un couloir étroit menant à une grande salle faiblement éclairée. Six hommes y sont regroupés.

- Bonsoir à tous, pardonnez mon retard mais la mort m’avait fixée un rendez-vous de dernière minute, je l’ai rencontrée mais j’ai préféré lui fausser compagnie.

- Tu a eu ce que tu voulais ?

- Non, ils m’ont repéré avant que je sache des choses vraiment intéressantes.

- Zut ! nous ne serons jamais prêts à temps !

- Remettons ce dilemme à plus tard mes amis, pour l’heure je voudrais vous présenter Michel, sans qui je ne serai pas présent en cet instant. Michel, voici l’unité Aurore, chargée principalement de surveiller les activités du chef de la GESTAPO Hambrecht et de son entourage.

- Depuis combien de temps ?

- 11 mois le 20, ça paraît peu mais dis-toi que c’est beaucoup quand on veut survivre. Peu de gars savent que nous existons, nous sommes indépendants, c’est mieux dans le fond.

- Boulier était avec vous ?

- Oui, depuis le début, il nous a beaucoup aidé dans notre cause, sa mort nous affecte tous profondément.

- Mais on peut encore le sauver !

- Il a été fusillé derrière la Kommandantur à 21 heures, dit un homme.

- Merde.

- Nous devons riposter mes amis.

- Comment ?

- Montrons leur que nous sommes présents en faisant une petite campagne.

Les autres acquiescent.

- Nous verrons cela plus tard, Michel je te présente les autres : Plantier, Archibald, Neuvy, Saclaute, Ronier et Paomier. Nous nous connaissons tous depuis longtemps, en fait nous sommes plus une famille qu’une équipe.

- Aucun de vous n’a jamais été pris ?

- Neuvy et moi l’avons été, ils nous ont foutu en prison mais on s’est évadé.

- Je ne comprends pas pourquoi vous faites ça.

- Pourquoi ? Voyons, la question ne se pose pas ! nous résistons pour les nôtres, pour notre pays, pour l’avenir, pour nos enfants, pour l’amour !

Michel reste pensif.

- Veux tu être des nôtres Michel ?

- François, interrompt Neuvy, tu es sur de toi ?

- Absolument.

- Quels sont les risques ? demande Michel.

- La mort est le seul risque. Pour le reste nous parlons de sacrifices. En t’engageant à résister tu dois renoncer à tous ceux que tu aime, tes amis, mais aussi ta famille.

Michel secoue la tête.

- Je ne peux pas faire ça.

- Michel, regarde autour de toi, tous ceux que tu vois sont pères, ils n’ont pas vu leurs gamins depuis plus d’un an. Mais quand tout sera fini, ils les reverront et ils comprendront alors que cela valait la peine de se battre pour ça, pour les revoir vivre dans un monde en paix.

- Je ne peux pas renoncer aux miens.

- Tu es libre de tes choix, mais les conséquences seraient désastreuses pour les tiens si tu venais à te faire prendre.

- Je ne peux pas.

- Nous avons besoin de toi.

- Pourquoi ? je ne sais rien faire de particulier, je ne suis qu’un simple professeur !

- Nous sommes tous peu de choses mais nous avons la volonté de vouloir combattre pour la justice et la paix. Ne veux tu donc pas voir ta famille grandir avec la joie et le sourire à chaque seconde ? Préfère tu les voir souffrir et pleurer ?

- Je veux qu’ils vivent, mais je ne veux pas qu’ils le fassent sans moi, ils ont besoin de moi.

- Je comprends ce que tu ressens, je vais te laisser rentrer chez toi. Si tu a arrêté ton choix revient demain à 2 heures du matin, nous serons près de la fontaine du centre-ville. N’oublie pas de rester prudent.

- Merci.

- Merci à toi.


Michel remonte, la dame l’accueille.

- Alors, vous êtes rentré dans les rangs ?

- Pas encore.

- Vous n’avez rien à perdre, au contraire.

- Vous croyez ?

- Oh que oui ! celui qui se bat survit en héros alors que celui qui se rend meurt en lâche.

Michel médite ces paroles.

- Allez rentrez chez vous, et faites attention.

- Merci.


Même si les rues sont aussi désertes qu’à l’accoutumée, Michel ne peut s’empêcher de se sentir mal à l’aise, observé, suivi. La paranoïa.

Il n’est rassuré que lorsqu’il pousse la porte de son appartement.

A peine est-il entré que sa femme se jette sur lui, le prenant dans ses bras, la voix déformée par le chagrin.

- J’ai cru que tu ne reviendrais jamais ! j’ai cru qu’ils t’avaient emmené avec Boulier !

- Non.

- Qu’y a-t-il ? ça n’a pas l’air d’aller.

- Je dois te dire quelque chose.

Son regard se fixe.

- Si je te disais que je me suis engagé dans la résistance, qu’est ce que tu…

Le regard de Marie devient horrifié.

- Comment a tu pu faire cela ?

- Je te demande ton avis c’est tout.

- Tu veux mourir c’est ça ?

- Je suis conscient des risques.

- Non je ne crois pas, t’engager c’est sacrifier ta vie pour une utopie !

- Non, c’est pour assurer un avenir meilleur à tous, à commencer par toi et le bébé. C’est à cela que je pense, uniquement à cela.

- C’est aussi ce que pensais ton père, vois où ça l’a mené.

Dans son esprit Michel revois les flashs de cette nuit de novembre glaciale. La fin de la grande guerre était proche, il avait 18 ans, son père comptait saboter un avant-poste ennemi mais l’opération tourna mal, rien n’explosa. Les Allemands le poursuivirent dans la forêt.

- Fuis, ne t’occupe pas de moi, je te retrouverai !

Michel courut apeuré jusqu’à s’arrêter devant un allemand, il vit son fusil avant ses yeux, et lorsque ce fusil se braqua vers son père, il cracha la mort.

- C’est ainsi que tu veux finir ?

- Père savait que sa mort serait glorieuse tant il aurait contribué à apporter la paix.

- Il a échoué.

- Il s’est battu.

- Si tu es sur de ton choix je ne m’y opposerai pas.

- Je le sais.

- Tu ne partira pas tout le temps au moins ?

- Je ne sais pas, je ne suis pas censé me trouver ici, mais je n’étais pas non plus censé te dire où je vais. Je reviendrai aussi souvent que possible.

- J’ai peur.

Il la prend dans ses bras.

- Ne t’inquiète pas.

Il lui embrasse le front.

Ils restent silencieux un instant puis il l’embrasse.

- Je t’aime dit-il avant de l’embrasser à nouveau.

Du soleil dans l’aube obscure.





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