VIRELLIA - livre 2

Chapitre 13 : Les Échos de la Crypte

1263 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/07/2026 18:24

Le soleil n'a pas encore fini de lécher les flèches dorées du Temple que, déjà, une réunion clandestine s'organise dans le dédale des archives. C'est le seul endroit où l'odeur du vieux parchemin et de la poussière séculaire parvient à étouffer les murmures de la Garde Royale qui saturent désormais les couloirs supérieurs.


Seyla est arrivée la première, adossée dans l'ombre d'une étagère consacrée aux généalogies éteintes. Les bras croisés, le regard froid et l'attitude d'une guerrière qui refuse de perdre son temps, elle attend. Elle est rejointe par Talyor, qui semble déjà porter toute la misère du monde sur ses épaules de dix-huit ans.


— Non mais regardez-moi cet endroit, grogne Talyor en époussetant ses manches avec une moue de profond dégoût. On risque notre place, Seyla, et probablement nos têtes. Si Lynara s'aperçoit que je ne suis pas déjà en train de réciter leurs psaumes soporifiques avec Kaelis, elle va me coller aux corvées de latrines pour le restant de mes jours. Et franchement, partager ma chambrée avec Kelvar et ses ronflements de sanglier, c'est déjà une pénitence bien suffisante. Pourquoi faut-il toujours que les ennuis me tombent dessus ?


— Tais-toi et surveille l'entrée, coupe Seyla d'un ton sec, sans lui accorder un regard.


Elle sort le billet de sa poche.


— Vaelran a été clair. On ne peut faire confiance à personne d'autre.


Ilharan apparaît alors, sans un bruit, glissant entre les ombres comme s'il n'obéissait pas tout à fait aux mêmes forces physiques que le reste du monde. Il ne montre aucun signe d'inquiétude ; il observe simplement la manière dont la poussière danse dans un faible rayon de lumière.


— La poussière a une fréquence très apaisante ici, note-t-il d'une voix monocorde, presque mélodieuse. Elle chante le passé en si bémol. C’est fascinant comme le vide peut être bavard quand on prend le temps de ne pas l'écouter.


— Ilharan, concentre-toi, le recadre Seyla en dépliant le papier sous ses yeux. Vaelran m'a glissé ça. Regardez.


Le message est court, écrit d'une main rapide :


"Le douzième battement ne vient pas du cœur, mais de l'enclume. Cherchez la résonance du miroir brisé là où l'eau ne reflète plus le ciel. Le sang se souvient de ce que la pierre a oublié."


Talyor fronce les sourcils, l'air personnellement offensé par ce qu'il vient de lire.


— C’est quoi ce charabia ? On dirait un poème écrit par un tavernier en fin de tonneau. L'enclume ? Le miroir brisé ? On est censés faire quoi avec ça, sérieusement ? Réparer une cuisine ? On nous prend pour des maçons ou des fuyards ? Non parce que si on doit se mettre au bricolage sous la menace d'un châtiment royal, j'aimerais autant qu'on me donne les bons outils dès le départ.


Ilharan s'approche, ses yeux clairs et fixes rivés sur l'écriture. Un léger sourire, un peu trop serein pour la situation, étire ses lèvres.


— Oh, c'est d'une clarté géométrique, Talyor. C'est une équation de flux. L'enclume, c'est le point d'ancrage de la Distorsion originelle. Le miroir brisé fait référence à la diffraction de l'Aegis sous les Douze Paliers. Quant à l'eau qui ne reflète plus le ciel... c'est une indication de profondeur. Nous devons descendre là où la lumière naturelle ne peut plus vibrer. Sous les fondations. C'est presque mathématique. Comme un saut dans un abîme logique.


Talyor se tourne vers Seyla, totalement dépassé.


— Dis-moi que tu as compris un seul mot de sa démonstration. S'il te plaît. Rends-moi ce service.


— Absolument aucun, répond Seyla, impassible. Mais ça veut dire qu'on doit reprendre l'exploration des Douze Paliers. Vaelran veut qu'on continue ce qu'on avait commencé en secret avant de partir pour les Marches de l'Ouest. Et il a précisé une chose importante : il a partiellement parlé du retour d'Aziris au Roi avant de partir.


— Le Roi a des yeux de verre, mais le corbeau voit la chair.


La voix, éraillée, les fait sursauter. Ingel est là, juché sur un escabeau instable dans le rayon d'à côté. Dans ses bras, il serre Maître Corbillat, un corbeau empaillé dont les plumes tombent en poussière. Ingel caresse la bête morte avec une tendresse inquiétante.


— Ingel ! Qu'est-ce que tu fais là ? s'exclame Seyla en dissimulant prestement le billet, sa main glissant instinctivement vers son arme.


— Je cherche des recettes de soupe à l'ombre, ricane le moine en oscillant sur son perchoir. Mais Maître Corbillat dit que vous cherchez des portes qui ne veulent pas être ouvertes. Douze battements... boum, boum... Le premier a réveillé le dormeur, le douzième réveillera la fin. Faites attention, les petits échos. La pierre n'oublie pas, elle attend juste d'avoir assez faim.


Talyor recule d'un pas, fixant l'oiseau mort avec un dégoût manifeste.


— C'est incroyable. C'est vraiment un asile à ciel ouvert, ce monastère. Ton oiseau est mort, Ingel. Il est rembourré de paille et il sent le moisi. Il ne dit rien du tout. Et tes histoires de "dormeur", c'est aussi limpide que les exposés d'Ilharan. On est entourés de gens bizarres, c'est une certitude.


Ingel ne l'écoute pas. Il rapproche le bec poussiéreux du corbeau de son oreille, hochant la tête d'un air entendu.


— Aziris aime les miroirs, murmure-t-il soudain, le regard fixe. Mais il préfère les fissures. Si vous descendez, n'emmenez pas vos certitudes. Maître Corbillat dit que le sang coule toujours vers le bas... même quand il n'y a plus de veines.


Sans attendre de réponse, il descend de son escabeau avec une agilité surprenante pour ses cinquante ans et s'éloigne dans le labyrinthe des étagères, ses rires étouffés se perdant dans les échos de la salle.


— Il est effrayant, c'est à peine croyable, lâche Talyor en frissonnant, les mains enfoncées dans ses poches. Entre le mentor qui écrit des énigmes, le moine qui discute avec un volatile empaillé et l'autre qui nous analyse la poussière... nous sommes particulièrement mal partis.


— Arrête de te plaindre, tranche Seyla d'un ton sans réplique. On fait ce que Vaelran a demandé. Il a dit que si je trouvais un indice là-bas, je devais trouver un moyen de le prévenir à la Forge. Ilharan, tu penses pouvoir localiser l'accès aux niveaux inférieurs sans te faire repérer par les fréquences de Kaelis ?


Ilharan incline lentement la tête, un petit rire silencieux agitant ses épaules.


— Je peux créer un silence chromatique autour de nous. Une jolie petite bulle de néant. Mais nous devrons être prudents. La pierre a effectivement faim, et je n'aimerais pas que mon équation s'arrête brusquement.


— On se retrouve ici cette nuit, décide Seyla, mettant fin aux discussions. On descend sous les Douze Paliers. Et Talyor... essaie de ne pas réveiller Kelvar en partant. S'il te surprend, tu te débrouilles.


— Magnifique. Merci pour le soutien, ça me fait chaud au cœur, grommelle Talyor dans sa barbe alors qu'ils commencent à se disperser.


Sur ces derniers mots, ils se séparent discrètement pour rejoindre leurs obligations respectives, laissant les archives à leur silence de plomb...




La suite samedi entre 18h30 et 21h30...

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