VIRELLIA - livre 2

Chapitre 16 : Une Descente Inévitable

3427 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 22/07/2026 20:33

Le Second Palier n’est pas une salle, c’est une absence. Dès qu’ils franchissent l’arche d’os et de roche pulsante, la lumière de leurs torches est littéralement aspirée par les parois de cuir fossilisé, ne laissant qu’un halo grisâtre, mourant et étouffé à quelques centimètres de leurs mains. Ici, la pression n'est plus seulement une lourdeur physique qui écrase la cage thoracique ; elle devient psychique, pareille à une masse d'encre tiède qui s'insinue dans chaque pore de la peau et cherche à noyer l'esprit.


Le silence est si pur qu'il en devient assourdissant, faisant bourdonner les tympans. Kelvar sent son Voile Miroir se distendre et grésiller dangereusement, non pas parce qu'il subit une attaque directe, mais parce qu'il n'y a plus la moindre lumière à refracter, plus le moindre son à courber. Le néant environnant est devenu trop dense pour sa magie.


— Je ne vois... rien, murmure Talyor, dont la voix semble provenir de l'autre bout d'un tunnel noyé dans la brume. Seyla ? Vous êtes là ?


Soudain, l’obscurité elle-même se met à vibrer. Ce n'est pas un son qui voyage dans l'air, c'est une pensée étrangère qui s'insinue directement derrière leurs yeux, une voix de velours moite et d'acier froid qui semble résonner depuis le fond des âges :


« Pourquoi s'obstiner à maintenir la séparation... quand la couture est déjà si avancée ? »


Seyla se fige, ses deux dagues croisées instinctivement devant son buste, les muscles de ses bras tendus à rompre. Dans le noir absolu, une silhouette commence à se dessiner, faite d'une fumée violette et d'ombres dansantes. C’est une vision de Vaelran. Il lui sourit avec une familiarité cruelle, mais ses yeux ne sont plus que deux fentes d'obscurité pure, vides de toute humanité.


— Regarde-moi, petite, murmure l'hallucination en s'avançant d'un pas muet. Le sang ne ment pas. L’Œil de l'Éclipse n'est pas une malédiction, c'est notre véritable héritage. Pourquoi lutter contre ce que tu es déjà ?


Seyla fronce les sourcils, la confusion la plus totale luttant contre une bouffée de peur glaciale.


— L'Œil de... l'Éclipse ? De quoi tu parles ?


Elle ne comprend pas ce nom, mais à cet instant précis, le glyphe qui barre son poignet se met à la brûler comme un fer rouge. C'est un terme technique, précis, qui semble faire réagir l'artefact, mais son sens profond lui échappe totalement.


À côté d'elle, Talyor s'effondre à genoux sur le sol poisseux. Il ne voit pas Vaelran. La vision qui le frappe est celle du champ de bataille des Marches de l'Ouest, trempé de sang rance, mais cette fois, la chair informe des Fléaux porte les visages décomposés de ses camarades.


« Ils sont devenus le pont, Talyor... » susurre la voix d'Aziris, serpentant dans ses tympans. « Rejoins-les. L’Œil de l'Éclipse verra bientôt à travers vous tous. L'équilibre que Kaelis t'enseigne n'est qu'un mensonge pour les faibles. »


— C'est fascinant, murmure Ilharan.


Sa voix est la seule de tout le groupe à conserver une stabilité clinique, presque irréelle dans ce cauchemar.


— Tu entends la modulation, Seyla ? Aziris utilise nos propres fréquences de peur pour générer ces spectres dans nos boîtes crâniennes. C’est une technique de résonance cognitive parfaite. Vous devriez observer la structure du mensonge, Kelvar, elle est d'une beauté chromatique remarquable.


— La ferme, Ilharan ! rugit Kelvar, les yeux injectés de sang alors qu'il lutte violemment contre la vision de son clan familial s'effondrant dans un brasier noir. C’est... c’est une illusion ! Ne l'écoute pas ! Et arrête avec tes mots compliqués, je ne comprends rien à ton "Éclipse" !


« Une illusion, Kelvar ? » reprend Aziris, sa voix semblant maintenant surgir d'au-dessus d'eux, du sol et de l'intérieur de leurs propres os. « Ou la seule vérité que vous n'osez pas regarder en face ? Le Temple n'est pas une forteresse. C’est un berceau. Et l'Éclipse est le premier cri du nouveau-né. »


Seyla ferme fermement les yeux, inspirant l'air vicié pour forcer son esprit à se reconcentrer. Elle ignore ce qu'est cet "Œil de l'Éclipse", mais chaque fibre de son être lui hurle que c'est la clé de toute cette abomination.


— Ce n'est pas lui ! hurle-t-elle pour couvrir le murmure qui résonne dans sa tête. Ce n'est qu'un écho ! Ilharan, trouve la source ! Trouve la fréquence qui porte sa voix !


Ilharan incline lentement la tête, l'extrémité de son bâton émettant une très faible lueur blanche.


— Le signal est extrêmement diffus, Seyla. C’est comme chercher une goutte d'eau spécifique dans un océan d'encre. Mais... tu as raison. La voix d'Aziris s'appuie sur la "Suture" qui se trouve juste derrière ce voile d'hallucinations. Vous tremblez encore, Kelvar. Essayez donc d'aligner votre souffle sur le mien.


— Je n'ai pas besoin d'aligner quoi que ce soit sur le tien ! crache Kelvar en essuyant la sueur qui lui brûle les yeux. Et arrête de me vouvoyer, ça me rend encore plus nerveux !


— Votre nervosité est une variable instable que je ne peux pas ignorer, Kelvar, répond Ilharan avec un flegme imperturbable. Talyor, redresse-toi. Ta panique te transforme en conducteur pour lui.


Soudain, un nouveau battement secoue le néant, plus sec, plus lourd.


*CLANG.*


La résonance de la masse invisible vient de frapper en contrebas. Sous l'effet de l'onde de choc, les hallucinations vacillent un instant comme une image à la surface d'une eau agitée, révélant la réalité brute du Second Palier : une salle immense où le sol et le plafond semblent s'être rejoints par des piliers colossaux faits de chair noire et de pierre pulsante. Au centre, une fêlure béante dans la réalité "pleure" une lumière violette et fluide.


— Qu'est ce que c'est... murmure Seyla. La "Suture" ?


Talyor se relève avec une peine infinie, les genoux tremblants sur la roche tiède. Ses paumes s'écrasent contre ses tempes comme s'il tentait physiquement de retenir son cerveau d'éclater sous la pression de la voix. Il tire une tête épouvantable, le visage décomposé par l'angoisse et cette fatigue qui lui colle à la peau.


— On ne peut pas rester ici... cette saloperie de voix... elle connaît mes moindres doutes. Elle me parle de l’Éclipse comme si c'était une délivrance, bordel ! Il faut qu'on bouge, Seyla, maintenant !


Seyla ne dévie pas son regard de la fêlure qui déchire le centre de la pièce. Autour de la blessure, la roche et la chair pulsent d'une lumière violette et malade, projetant des ombres difformes sur leurs visages. Elle ne comprend pas ce qu'est cet "Œil de l’Éclipse", mais la brûlure cuisante qui lui mords le poignet, lui hurle que c'est une clé qu'elle porte malgré elle. Juste derrière la Suture qui grésille, une ouverture béante se dessine dans la matière : un puits de ténèbres absolues qui ne se contente pas d'être sombre, mais qui semble aspirer la lumière et l'air environnants dans un souffle moite.


— L'issue est là, tranche-t-elle, désignant du bout de sa dague le gouffre tapissé de piliers de chair. Le troisième palier. C’est là que la pression change de nature.


— Tu as raison, Seyla, intervient Ilharan. Le jeune homme ajuste la prise sur son bâton. La structure du tissu local est devenue beaucoup trop instable pour une observation prolongée. Le troisième palier offre une fréquence de repli... bien que la constante y soit nettement plus sombre. Vous devriez vous dépêcher, Kelvar. Votre Voile Miroir ressemble de plus en plus à un verre dépoli prêt à voler en éclats.


Pour la première fois de la nuit, Kelvar ne prend même plus la peine de l'insulter ou de relever le vouvoiement. La sueur coule en ruisseaux salés dans ses yeux, lui brûlant les paupières. Sa main droite tremble violemment. Son Essence s'épuise à canaliser l'illusion contre une menace immatérielle qui refuse de se laisser tordre.


— Si le troisième niveau est pire que cette abomination, je ne garantis pas que mon voile tiendra cinq minutes de plus, râle-t-il entre ses dents serrées. Mais d'accord. On descend. Tout plutôt que de rester planté là à écouter ce monstre nous raconter qu'on lui appartient déjà.


Ils s'élancent vers le puits, évitant de justesse les filaments de chair poisseuse qui jaillissent du sol pour tenter de s'accrocher à leurs chevilles. Au moment où Seyla bascule dans l'obscurité du vide, la voix d'Aziris lance un dernier murmure, si proche qu'elle croit sentir un souffle de glace sur sa nuque :


« C'est ça... Descendez, mes petits échos... Mes fréquences n'attendent que vous »




Le passage vers le Troisième Palier est une chute libre dans un vide absolu. Il n'y a plus d'escaliers, plus de repères, seulement la sensation terrifiante d'être décomposé par une pression gravitationnelle insoutenable qui compresse les poumons.


Soudain, le choc. Ils atterrissent lourdement sur un sol qui n'est plus fait de cuir tiède, mais d'un métal noir, mat et glacial, qui semble absorber le moindre son.


Ils sont au cœur des fondations interdites du Temple. Ici, le métal noir sous leurs bottes ne se contente pas d'aspirer la lumière ; il vibre d'une chaleur malsaine, comme si une immense chaudière infernale ronflait juste sous leurs pieds. La pression psychique du palier précédent a laissé place à une horreur bien plus viscérale : une horreur sonore.


À peine Seyla a-t-elle le temps de se redresser, ses armes levées, que le silence est déchiré. Ce ne sont pas des pensées intrusives cette fois, mais des voix réelles, humaines, déchirantes, qui semblent filtrer à travers les fissures du métal.


— Seyla... aide-moi ! Ça brûle... le néant me brûle ! Sors moi de l'Envers !


Seyla se fige, son sang ne faisant qu'un tour dans ses veines. C’est la voix de Nilwen. Elle est méconnaissable, saturée d'une terreur absolue, mais c’est la sienne. Et juste derrière, un cri étouffé, celui d'Yhessa, résonne comme si elle se noyait dans du goudron bouillant.


— Nilwen ? Yhessa ? hurle Seyla en se jetant vers la paroi métallique. Elles sont là ! Elles sont de l'autre côté !


Instinctivement, la main de Seyla glisse dans la poche intérieure de son pourpoint. Ses doigts tremblants se referment sur le bois poli de la rune porte-bonheur que Nilwen lui avait façonnée au retour de la quête du sceau de l'Est. Le contact de la petite pièce gravée, lisse et tiède de sa propre chaleur corporelle, agit comme un choc électrique. Ce talisman est la preuve qu'elle est en vie quelque part, ou du moins que son souvenir n'appartient pas à ce trou fétide.


— Non... Ce n'est pas elle... murmure Seyla, les mâchoires crispés, serrant la rune à s'en blanchir ses phalanges. Ce n'est qu'un piège ! Elles sont pas là !


— Ne t'approche pas des murs, Seyla ! rugit Kelvar, dont le Voile Miroir grésille violemment sous la contrainte. T'as raison ce ne sont pas elles, c'est l'Envers qui utilise leurs cordes vocales pour nous attirer !


— Vous faites erreur, Kelvar, intervient Ilharan, dont le visage a perdu toute sa neutralité habituelle pour prendre une pâleur cadavérique. La fréquence est authentique. Leurs spectres sont bel et bien piégés dans la Suture. Elles ne sont pas mortes, elles sont... archivées. C’est un gaspillage harmonique déplorable.


Soudain, le sol de métal sous les pieds de Talyor se liquéfie. Des dizaines de mains blafardes, composées d'une fumée solide et armées de griffes d'ivoire, jaillissent de la matière noire. Elles ignorent Seyla, Kelvar et Ilharan. Elles ne visent qu'une seule cible.


— Talyor ! Attention ! crie Seyla.


Les mains s'agrippent aux chevilles du disciple d'Ethea, remontant le long de ses jambes avec une force surnaturelle. Les bracelets gravitationnels du jeune homme s'emballent, émettant un sifflement strident qui lui fait monter des larmes de douleur aux yeux.


— Pourquoi moi ?! hurle Talyor en tentant frénétiquement de se dégager, mais chaque mouvement de résistance semble l'enfoncer davantage dans la fange noire qui l'aspire. Elles me tirent ! Bordel, lâchez-moi ! Rugit Talyor, le visage décomposé, frappant à aveugle avec sa lame de vent qui s'effiloche dans le vide.


— C'est toi parce que ta peur est la plus pure de nous tous, Talyor ! répond Ilharan en frappant le sol de son bâton pour tenter d'interférer avec l'ancrage. Ton spectre est devenu une balise pour la Suture !


« Viens, Talyor... » murmure la voix d'Aziris, portée par le vent noir du palier. « L'Envers a besoin d'un cœur instable pour battre. Tu es la pièce manquante de ma machine. »


— Ferme-la ! Crie le jeune homme.


Il canalise un flux d'air compressé autour de ses bottes. Une Bourrasque d'Ancrage éclate sous ses talons dans un sifflement brutal, tranchant plusieurs poignets de fumée et lui permettant de regagner un précieux centimètre.


— Je ne vais pas me faire bouffer par de la suie ! râle-t-il, les dents serrées, coupant deux autres griffes avec sa lame d'air.


Mais la matière noire se régénère trop vite, d'autres griffes jaillissant du métal pour verrouiller le jeune homme au sol. Ses yeux bleus s'écarquillent d'effroi.


Seyla tente d'intervenir, mais les voix de Nilwen et d'Yhessa résonnent plus fort à travers le métal, lui transperçant le crâne. Elle chancelle, la vue troublée. Elle serre la rune de Nilwen. La tiédeur du petit talisman lui redonne juste assez de lucidité pour ne pas flancher. Les dents serrées à en saigner, son corps devient un flou cinétique. Deux doubles d'ombre jaillissent de ses flancs, s'interposant pour tailler dans la fange. Mais sous la pression, ses doubles s'épuisent rapidement. Elle plante ses deux dagues au sol. Mais elle voit les griffes qui commencent à tirer Talyor vers une fente qui s'ouvre dans le métal, révélant un abîme de lumière violette. Ses lames mat glissent sur la matière visqueuse, ne faisant que retarder l'échéance.


— On ne te laissera pas Talyor ! crie-t-elle. Kelvar qu'est-ce que tu fous je ne vais pas pouvoir les bloquer seule !


— Écarte-toi ! Hors de question qu'un noble laisse un camarade se faire embarquer par de la fange ! rugit Kelvar.


Poussant un juron d'exaspération, le forgeur lève sa main droite et déploie une projection de son Voile Miroir. Plutôt que de dissimuler le groupe, il projette une illusion d'ombre miroir directement sur le sol : il duplique le spectre de Talyor à un mètre de là. Les mains d'ombre, trompées par cette réfraction spectrale d'une précision chirurgicale, lâchent prise une fraction de seconde pour se ruer sur le faux Talyor.


— Bouge tes fesses, Talyor ! L'illusion ne va les tromper que deux secondes ! crache Kelvar, les dents sanglantes à force de maintenir cette distorsion visuelle sous l'effort.


— Merci pour le leurre, l'aristo ! lance Talyor en se jetant en arrière d'un bond propulsé par le vent.


Seyla s'interpose aussitôt, enfonçant de nouveau ses dagues au cœur de la fêlure de métal. Ses propres ombres s'enroulent autour des griffes résiduelles, les verrouillant et les étouffant sous sa magie des ombres.


C'est alors qu'Ilharan s'avance à son tour. Il ne crie pas, il ne panique pas. Il lève son bâton et ferme les yeux, son visage baigné d'une sérénité presque surnaturelle. Il appelle son pouvoir de purification et de protection. Une onde de lumière blanche, pure et tranchante comme du cristal, jaillit de l'extrémité de son bâton et se déploie en un dôme liquide. Il frappe le sol.


*Toc*


La lumière serpente dans toute la piece. Là où la où elle passe, les mains se consument dans un sifflement strident, le néant reculant devant la fréquence parfaite du jeune homme. La barrière crée une zone de sécurité absolue autour du groupe, rompant net le lien entre Talyor et l'Envers.


Talyor reste au sol, haletant et tremblant après l'adrénaline, tandis que les voix de Nilwen et Yhessa s'estompent dans un murmure de regret. Les doubles de Seyla se dissipent dans une étincelle d'ombre morte, tandis qu'elle-même s'appuie sur ses genoux, les mains tremblantes de fatigue.


— Ils... ils m'ont presque eu, balbutie Talyor, au bord de l'évanouissement.


— Votre travail d'ancrage était médiocre, mais votre projection d'illusion était acceptable, Kelvar, note Ilharan sans même un essoufflement, tout en maintenant le dôme protecteur. Sans l'intervention de Seyla, la réfraction de Kelvar et ma purification, Talyor ne serait déjà plus qu'une harmonique de plus dans le chœur d'Aziris.


— "Acceptable" ?! grogne Kelvar en se redressant avec peine, les bras tremblants d'épuisement. J'ai failli me griller les circuits, à tordre la réalité pour le sortir de là !


— La rune de Nilwen ne m'a pas laissée flancher, souffle Seyla en ajustant la garde de ses dagues, le regard braqué sur les ténèbres. Elles sont encore vivantes quelque part. Alors faut pas trainer, tranche Seyla, les yeux fixés sur l'escalier qui mène au quatrième palier. La protection d'Ilharan nous donne une chance de continuer.


Ils s'élancent vers l'ouverture, fuyant les échos des voix qui hantent encore les parois. Le quatrième niveau semble n'être qu'à quelques marches, une gueule d'obscurité béante qui promet peut-être enfin le cœur du mécanisme.


Mais au moment où le pied de Seyla franchit le seuil, la réalité se tord. Ce n'est pas un choc physique, c'est une révulsion brute de la matière. Le sol de métal noir se dérobe, les murs de chair pétrifiée se contractent dans un spasme violent. Un sifflement assourdissant emplit leurs oreilles, et le battement métallique résonne une dernière fois :


*CLANG.*


Non plus comme une invitation, mais comme un ordre d'expulsion.


« Trop tard... » murmure la voix d'Aziris


Le monde bascule. Une force invisible et colossale les saisit à la gorge et les projette vers le haut, à travers les strates de pierre et d'ombre, comme si les fondations elles-mêmes venaient de les vomir.


Dans un fracas de poussière et de bois brisé, le groupe atterrit lourdement sur un sol de marbre froid.


Seyla se redresse la première, les sens en alerte, ses deux blades déjà dressées. Mais elle ne reconnaît pas les parois organiques du dessous. Ils sont désormais entourés de rayonnages vertigineux, de parchemins millénaires et de bustes de pierre dont les yeux semblent les juger silencieusement.


— Les archives... murmure-t-elle, incrédule.


— On est... on est revenus au point de départ ? s'étonne Kelvar en se relevant avec peine, époussetant son armure de cuir noble. Comment c’est possible ?!


— Vous devriez observer la géométrie des lieux, Kelvar, note Ilharan en rangeant calmement son bâton, bien que ses traits restent tirés par la fatigue. Nous n'avons pas été ramenés. Nous avons été rejetés. La Suture a reconnu notre intrusion et a verrouillé l'accès. Le Temple nous a éjectés comme un corps étranger.


Talyor, encore livide, regarde autour de lui avec une terreur résiduelle.


— On est dans la salle interdite des archives supérieures... Celle où même les Mentors n'ont pas le droit de mettre les pieds sans autorisation.


Le silence de la salle est lourd, seulement troublé par le crépitement du Voile Miroir de Kelvar qui finit de s'éteindre. Ils sont de nouveau à la surface, mais le secret qu'ils ont entrevu dans les profondeurs pèse désormais sur leurs épaules comme une condamnation. Ils sont piégés dans la zone interdite, sans savoir si leur expulsion violente a déclenché une alarme auprès des gardes.


— Je ne sais pas vous, mais c'est bien la première fois que j'espère voir apparaître le visage de frère Ingel, gémit Talyor en se massant la cheville.




La suite vendredi entre 18h30 et 21h30...

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