Collide of Eternal Horizon : Guerre et Justice

Chapitre 2 : Un endroit pour nous envoler

3295 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 23/07/2026 14:01

La porte d'entrée claque dans le couloir et des voix commencent à s'élever dans la maison. Léna passe une tête dans les escaliers et aperçoit sa sœur qui tient son sabre du bout des doigts, leurs parents visiblement sur les nerfs.

Olga Bloodwings : Comment tu as pu perdre ?! Toi qui as l'air si sûr de toi durant tes entraînements...

 

Leur mère fait les quatre cents pas dans le salon alors que leur père affiche un visage perplexe.

 

Pas besoin d'être devin pour savoir que le tournoi d'entrée de Keterressa s'est mal passé, encore une fois.

 

Au milieu des deux Etherniens aux yeux gris et blancs, Keterressa hausse les épaules en évitant leurs regards, dédramatisant la chose, comme à son habitude.

Keterressa : Ça va… c'est pas une grosse défaite, je peux encore me rattraper les prochaines fois…

 

Walt Bloodwings : LA prochaine fois !

 

Leur père la coupe et les fait sursauter toutes les deux. Léna, bien que cachée, recule vers le haut des marches, peu habituée à le voir hausser le ton.

Walt Bloodwings : Hors de question qu'on te laisse perdre du temps. On te laisse une dernière chance pour réussir l'épreuve d'intégration. Si tu rates, on t'inscrira aux études de scribe, ou au moins quelque chose qui en vaille la peine.

 

Keterressa reprend sa prise sur son sabre émoussé et hausse le ton à son ultimatum.

Keterressa : Mais pourquoi ?! J'ai tout mon temps justement ! Que ce soit dans dix ou cent ans, je pourrais encore essayer !

 

Sa mère entend la règle de son père et la suit du regard, du genre de celui qu'elle tire quand il ne faut pas la chercher. Léna le sait très bien pour l'avoir vue à l'œuvre.

Olga Bloodwings : Justement. Si tu n'es pas pressée, autant t'envoyer faire des études plus utiles.

 

Keterressa : Je… tu… rhhaa…

 

Voyant que ses propres paroles sont retournées contre elle, Keterressa décide de céder. Elle n'a plus trop le choix. Elle qui voulait attendre sa sœur pour rentrer à l'académie en même temps qu'elle, c'est raté.

 

Elle siffle de rage un bon coup et retrouve un semblant de calme, la lueur rouge au fond de ses yeux pulsant légèrement.

Keterressa : …d'accord… je gagnerai le prochain combat…

 

Dans la cage d'escalier, Léna ne perd rien de l'échange. Elle remonte les escaliers vers sa chambre et repense à ce qui est en train de se jouer.

 

Elle sait dans quel but Keterressa perd ses combats, et commence à avoir peur qu'elle ne réalise pas ses propres rêves à cause d'elle.

 

Vu les importants progrès réalisés en combat par sa sœur, elle ne compte pas faire obstacle au brillant avenir qui l'attend. Keterressa mérite le meilleur, et elle compte bien lui faire savoir.

 

Lorsque son prochain combat aura lieu, elle lui fera signe. Sa sœur peut avancer librement, elle, elle se contentera de la rejoindre en route.

 

***

 

Une semaine plus tard, le prochain tournoi d'entrée à l'académie des dieux a lieu.

 

L'épreuve du jour rassemble beaucoup de monde. Comme chaque semaine, elle permet de mettre en valeur la jeunesse Ethernienne et les futurs prodiges qui deviendront les prochains dieux au service d'Ethernia.

 

Malgré l'interdiction de ses parents pour assister aux combats, Léna a décidé de n'en faire qu'à sa tête, elle qui habituellement reste à sa place.

 

Elle passe dans la foule qui hurle déjà ses encouragements et tente d'apercevoir le duel de sa sœur, sans succès.

 

En relevant la tête vers le ciel bleu clair de milieu de journée, une idée lui vient en tête en voyant les arches en pierre qui entourent l'arène sableuse.

 

Léna s'écarte de la foule et monte sur les briques délabrées. Elle garde son appui sans trop de difficulté et arrive à venir se poser en hauteur, devant l'une des arches qui surplombe le terrain aménagé.

 

Un peu plus de deux mètres en dessous d'elle, elle peut voir une nuée de cheveux blancs qui s'affole. Sur le terrain, sa sœur affronte une fille un peu plus âgée qu'elle et bien plus costaude.

 

Léna observe attentivement ce qui se passe et note que sa sœur ne fait aucun effort. Elle esquive toutes les attaques d'un pas nonchalant, sans rendre les coups.

 

Elle qui avait peur qu'elle se retrouve en difficulté, c'était rassurant, mais de courte durée.

 

L'adversaire de Keterressa commence à en avoir marre de la voir esquiver et change de tactique au dernier moment.

 

Sa sœur est prise de court et se prend un coup de poing en pleine figure. Léna la voit tenter une esquive qui passe de justesse. La lame de son adversaire lui laissant une fine coupure à la gorge.

 

Il est temps d'agir. De là où elle est, Léna voit clairement ce qui se passe. Keterressa n'est pas motivée. Elle n'aime pas être poussée si elle n'y voit pas un intérêt ou une raison. Léna compte bien la lui donner.

 

Elle se redresse comme elle peut, ses jambes tremblant sur le fin muret brisé. Une fois debout, elle lève les mains bien haut et commence à les balancer de gauche à droite, en espérant être suffisamment visible.

 

Sur le terrain, Keterressa se bat face au soleil. Une position loin d'être optimale, mais ça ne l'empêche pas de bloquer un nouveau coup de cette folle en furie qui lui sert d'adversaire.

 

La fille en face d'elle grimace de rage face au nouveau coup bloqué et brandit sa hache plus fort.

 

Il faudra bien qu'elle bouge à un moment avant de se la prendre sur la tête, mais son adversaire est tellement prévisible que ça la fatigue déjà.

 

Elle recule juste assez pour esquiver le nouveau coup et se prend un rayon de soleil en pleine face, ce dernier clignotant à intermittence.

 

En levant les yeux pour comprendre ce qui se passe, elle aperçoit une silhouette perchée sur les arches qui entourent l'arène. Elle place sa main en visière et aperçoit avec étonnement qu'il s'agit de Léna.

 

Sa petite sœur continue ses signaux et Keterressa comprend ce qu'elle veut faire. Elle sourit en coin à cette vue et resserre sa prise sur le manche de son sabre.

Keterressa : Voyez-vous ça… ma fan numéro un a décidé de faire le déplacement. Autant lui donner de quoi être fière…

 

Quand son adversaire brandit de nouveau sa hache, Keterressa la bloque net en venant au contact, ce qui étonne tout le monde présent.

 

La jeune guerrière voit un sourire remplacer le visage blasé de son adversaire et comprend que quelque chose vient de changer.

 

Elle reporte sa hache en mode défensif, mais Keterressa se fait plus rapide. Elle vient lui faire un croche-pied et lui enfonce la garde de son sabre en pleine face, la clouant au sol.

 

Face au retournement de situation, la foule applaudit de plus belle, certains essayant encore de comprendre ce qui s'est passé.

 

Depuis son perchoir, Léna voit sa sœur prendre la pose et la voit lever son sabre vers elle en souriant. Comme en accord, elle l'imite et lève son poing à son attention.

 

***

 

Le reste des combats dure jusqu'en fin d'après-midi. Malgré la victoire de sa sœur, Léna se retrouve étrangement à aimer ce qu'elle voit.

 

D'autres jeunes de l'âge de sa sœur s'essayent à différentes joutes afin de recevoir une place à l'académie des Dieux, une place de choix dans ce nouveau monde en pleine expansion.

 

Voir les différentes techniques se mettre en œuvre face à elle la fascine. Rien que de par cette vue, elle comprend en partie l'attrait de sa sœur pour le combat.

 

Tandis que le dernier combat de la journée se termine, elle redescend des ruines de l'arène et repart vers les rues adjacentes, préférant ne pas trop perdre de temps.

 

Elle avait dit à ses parents qu'elle se rendait à la bibliothèque pour terminer ses révisions, ce qui était en partie vrai. Elle s'est juste permise de ne pas mentionner son intention d'aller observer sa sœur juste après.

 

Pour le coup, elle ne regrette rien. Keterressa a pu avancer grâce à elle, et c'est amplement suffisant pour lui rendre la pareille.

 

Le soleil laisse une fine ligne orangée sur les bâtiments de la cité en marbre alors que le crépuscule s'installe doucement.

 

Sur le chemin du retour, son pied semble frotter contre un pavé mal posé. L'obstacle l'arrête net et la fait tomber à terre.

 

Il ne lui faut pas longtemps pour se redresser et faire face à un garçon de son âge.

 

Au vu du visage frustré qu'il tire, elle devine que ce n'était pas un pavé qui a causé sa chute.

Amélien : C'est toi la sœur de Keterressa Bloodwings ? En tout cas t'as les mêmes yeux qu'elle…

 

Léna tente de comprendre ce qu'il lui prend et essaye de se relever, mais il la prend de court. Ses mains viennent agripper le col de la jeune fille pour la redresser avant de lui envoyer une violente claque en pleine face qui la renvoie au sol.

Amélien : Par sa faute, ma sœur vient de perdre les faveurs de l'académie ! Elle qui venait de se donner un mal fou pour préparer ce combat !

 

À terre, Léna se relève tant bien que mal, sa joue gauche la brûlant.

 

Elle serre son poing et se redresse d'un bond pour lui rendre son coup d'un geste maladroit. Il esquive facilement et la toise d'un regard méprisant.

Amélien : T'es vachement moins douée que ta sœur…. tu sais ça ?

 

Il se rapproche d'elle sans crainte et lui envoie un coup de pied dans le genou. Léna hurle de douleur et s'écroule contre les pavés de la ruelle.

 

Bien qu'elle sente le coup passer, elle tente de se relever une nouvelle fois, le regardant avec une rage contenue.

Léna : Et alors… ? Je n'ai rien à prouver moi…. encore moins à ma sœur…

 

Sa phrase le pique comme une aiguille. Il se voit déstabilisé brièvement et serre les dents, passant de la honte à la colère. Il vient lui donner un nouveau coup de pied qui la cloue au sol et disparaît comme il est venu.

Amélien : N'importe quoi… ! Moi non plus j'ai rien à prouver !

 

Alors que le silence revient, et que ses blessures lui font moins mal, Léna se redresse. Elle vient s'appuyer contre le mur d'une boutique proche et reprend son chemin en boitant en direction du parc de leur quartier.

 

Il serait si facile de le dénoncer à Keterressa. La connaissant, elle n'en ferait qu'une bouchée, mais vaudrait mieux éviter qu'elle l'apprenne. Si ça devait arriver, ce garçon ne serait plus là pour encourager sa sœur et ce n'est pas ce qu'elle souhaite, même si elle apprécierait le résultat.

 

La grille du parc passée, elle rejoint une petite clairière au centre de l'environnement naturel et se laisse aller contre l'arbre qui s'y trouve.

 

Ce qu'elle trouve relaxant avec cet endroit, c'est que peu de gens viennent en profiter. D'ici, aucune des structures de la ville n'est visible, cela lui donne vraiment l'impression d'être loin de toute civilisation. Un endroit rien qu'à elle où personne ne peut l'atteindre.

 

Elle se penche et vient relever son pantalon pour regarder l'état de son genou. Une grosse bosse rouge y est visible, rien de très inquiétant. Elle a déjà connu pire durant son entraînement avec sa sœur.

 

Alors qu'elle laisse sa blessure respirer, un croassement plaintif la surprend. Pour un parc, les oiseaux étaient plutôt rares, sans doute à cause du monde de poche dans lequel son peuple se trouve.

 

Le bruit recommence, plus faiblement. Elle fait le contour de l'arbre pour trouver la source du bruit et tombe nez à nez avec un oiseau aux couleurs bleu nuit.

 

Ce dernier émet un nouveau cri et lève ses yeux jaunes vers elle.

Léna : Hey… tu vas bien ?

 

Elle vient se pencher au-dessus de lui et remarque que l'une de ses ailes est brisée, sans doute à cause d'une mauvaise chute.

 

N'étant pas habituée à ce genre de situation, elle regarde autour d'elle dans l'espoir de trouver de l'aide, mais rien n'y fait.

 

Elle pèse le pour et le contre et finit par venir envelopper le petit faucon entre ses mains, faisant attention à ne pas lui faire mal.

Léna : T'inquiète pas, je vais te soigner… enfin, je vais essayer…

 

Léna se redresse un peu vite, ce qui réveille la douleur à son genou. Elle grimace, mais tient bon. Elle regarde si son nouvel ami n'a rien, puis reprend sa marche boiteuse jusque chez elle.

 

Une fois rentrée, elle file monter les escaliers pour aller dans sa chambre et croise Keterressa, postée devant sa porte. Elle croise son regard avec surprise et se hâte de cacher l'oiseau dans son dos.

Léna : Keterressa… !

 

Sa sœur la dévisage d'un bref coup d'œil et soupire d'un air rassurée.

Keterressa : Ah te voilà enfin… Maman commençait à s'inquiéter. J'allais partir te chercher, mais je vois que je peux me raviser.

 

Léna : Oui… désolée de vous avoir inquiétés. Mais tout va bien, t'en fais pas.

 

Keterressa la dévisage un peu plus longtemps que nécessaire, son regard s'attardant sur le léger sourire qu'elle tente de garder. Elle ferme les yeux brièvement et retourne à ses occupations.

Keterressa : Je te fais confiance. Si tout va bien, alors tant mieux.

 

Elle passe la porte de sa chambre et s'arrête un instant, voyant Léna changer de posture pour cacher ses mains. Elle pense sûrement pouvoir la duper, mais c'est peine perdue. Néanmoins, elle se donne tellement de mal qu'elle est prête à la laisser faire.

 

Keterressa s'autorise un léger sourire et retourne dans sa chambre d'un geste tranquille.

Keterressa : Au fait Léna… merci pour tout à l'heure.

 

Sa sœur recule d'un air innocent et s'arrête, lui rendant son sourire d'un air franc.

Léna : De rien…

 

Sans plus tarder, elle file dans sa chambre et pose l'oisillon sur son bureau. Ce dernier observe son environnement d'un air curieux et trouve son regard, poussant un cri interrogateur.

 

Léna reprend son souffle puis vient déplacer la lampe de son bureau vers son aile pour mieux l'observer.

Léna : Ok… alors je suis pas vraiment habituée à ce qui touche à l'ornithologie, mais je vais faire ce que je peux pour t'aider…

 

Elle tend ses doigts vers lui alors qu'il recule d'un air méfiant.

Léna : Je peux… ?

 

Il regarde sa main un moment, puis approche son aile de sa paume, la laissant faire. Elle palpe doucement la zone puis sort divers livres sur les oiseaux en général.

 

À partir de ce jour, Keterressa la verra travailler d'arrache-pied. Chaque jour, sa jeune sœur revient avec de nouveaux bouquins et de plus en plus de matériaux en vrac.

 

Leurs parents la questionnent pour savoir ce qu'elle fabrique, mais elle se contente de hausser les épaules en souriant, ne perdant pas une miette de ce que fait Léna.

 

Sa sœur a décidé de se fixer un objectif. Tout ce qu'elle peut faire, c'est la laisser l'atteindre elle-même, tout en l'encourageant silencieusement.

 

Deux semaines plus tard, Léna retourne à l'arbre de la clairière. Elle y dépose son nouvel ami et lui fait signe d'y aller d'un ton confiant.

Léna : Allez mon grand… il est temps de reprendre ton envol.

 

Le faucon soulève ses ailes au-dessus de l'herbe fraîche et prend le temps de tester sa nouvelle condition.

 

Une fois satisfait, il reprend son envol pour un vol d'essai avant de venir se poser sur l'une des branches de l'arbre, poussant une série de cris joyeux à l'attention de Léna.

Léna : Prends soin de toi d'accord ! Et si tu te reblesses, n'hésite pas à venir me revoir !

 

Il pousse un croassement positif et repart dans le ciel, laissant la jeune fille de nouveau seule.

 

Les jours suivants, Léna retourne en cours et à la bibliothèque, retrouvant les bons et les mauvais côtés de traîner en ville. D'autres jeunes la prennent pour cible. Soit les mêmes brutes de son école, soit des revanchards dont les frères et sœurs ont eu affaire à Keterressa.

 

Un jour, alors qu'elle subit une nouvelle fois le rôle du traître, elle tente de se défendre comme Keterressa le lui a appris, mais rien n'y fait, elle est encore trop faible.

 

Elle bloque les coups avec ses bras et essaye de trouver une ouverture pour riposter, mais ses coups ne trouvent que de l'air.

 

Pourtant, l'un d'eux arrive à atteindre sa cible alors qu'un cri passe juste au-dessus de sa tête. Alors qu'elle ouvre de nouveau les yeux, elle aperçoit le groupe d'enfants en prise contre un jeune faucon.

 

Elle en profite pour pousser et rembarrer ses agresseurs avant de reprendre son souffle. Son bras lui fait mal et un bleu couvre son front, mais pour une fois, elle a pu s'en sortir seule dans cette société où le plus fort règne.

 

Le croassement reprend alors que le faucon bleu nuit repasse autour d'elle d'un air amusé. Elle rigole de plus belle et tend le bras vers lui.

Léna : Aha c'est toi ! Merci pour le coup de main !

 

À sa grande surprise, il vient se poser sur le bord de son bras avec ce qui ressemble à un sourire. En tout cas c'est comme ça qu'elle le prend.

Léna : Toi aussi tu veux me protéger hein ? Je suppose qu'un peu d'aide ne serait pas de refus… si ça te convient bien sûr ?

 

En réponse, il pousse un cri confiant et vient se placer sur son épaule, se permettant un petit coup d'aile joueur.

Léna : Ça marche. À partir d'aujourd'hui on fait équipe. Moi c'est Léna et toi…

 

Elle vient caresser sa tête du bout de son doigt et réfléchit à un nom à lui donner. Elle repense à ses cours et se souvient du nom d'un célèbre cavalier aperçu dans l'un de ses livres d'histoires.

Léna : …tu seras Rowan… si ça te convient bien sûr ?

 

Rowan pousse une série de cris encourageants en retour et se laisse faire. Si Keterressa n'est pas là, ce ne sera plus un problème. À partir de maintenant, ce sera à son tour de prendre soin d'elle, comme elle a pris soin de lui quand il en avait besoin.

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