Ce qu'il reste du silence

Chapitre 0 : L'ombre d'une vie d'avant

Par Mae

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Prologue : L'ombre d'une vie d'avant




Le sang n’a pas toujours une couleur rouge dans les souvenirs. Parfois, sous le choc, il perd son éclat pour devenir une ombre étalée sur le parquet, un bruit mat contre le mur, un silence assourdissant.

Je m'appelle Melina et j'avais onze ans cette nuit-là. Mon visage d'enfant gardait encore la rondeur des jours heureux, mais mes grands yeux sombres, d'ordinaire si curieux, se sont figés par la terreur.

Notre maison, avec sa tapisserie fleurie qui se décollait dans l'entrée et cette odeur rassurante de verveine qui traînait toujours dans le salon, était censée être mon refuge. En quelques minutes, elle est devenue un tombeau aux fenêtres crevées par le vent glacial de la nuit.

Les hurlements stridents de ma mère. Les lames du parquet qui craquaient sous des pas pressés dans le couloir. Le fracas net d'un verre qui volait en éclats. Puis cette atmosphère poisseuse, une chaleur paradoxalement glaciale qui s'insinuait dans mes poumons et m'annonçait que tout était déjà trop tard.

Je me suis cachée.

Je me suis roulée en boule sous la grande table en chêne du salon, le nez collé contre le bois froid du pied de la chaise, les genoux enfoncés dans ma poitrine.

Le monde s’effondrait au-dessus de moi dans un vacarme de meubles renversés, mais je respirais encore… La bouche plaquée contre ma manche en laine, je filtrais mon souffle : trop doucement pour me sentir exister, trop fort pour espérer disparaître complètement.

Et puis, à travers le quadrillage des pieds de chaise, je l’ai vu.

Un garçon.

Il ne ressemblait pas à un prédateur. À peine plus âgé que moi, il se tenait debout au milieu du carnage, la veste trop grande trempée de pluie, perdu au milieu de quelque chose qui le dépassait totalement.

Mohamed.

Ses poings serrés tremblaient le long de ses cuisses. Sa mâchoire était serrée, incapable de sortir un son. Il ne bougeait pas. Il regardait simplement le désastre autour de lui, les yeux écarquillés par l'effroi.

Pendant une fraction de seconde, le temps s'est suspendu. Nos regards se sont accrochés dans la semi-obscurité du salon.

Une seconde qui allait inscrire son visage à jamais dans ma mémoire.

Sa lèvre inférieure a tressailli, puis il a articulé dans un souffle à peine audible, une supplique étouffée :

- Pars.

Je n'ai pas réfléchi. J'ai jailli de ma cachette et je me suis ruée vers la porte de service.

Cette nuit-là, je n’ai pas seulement laissé derrière moi les corps et les ruines de ma famille. J'ai abandonné mon enfance sur ce parquet taché, perdant à jamais la fille que j'étais avant.





Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés