Dorian était assis, le dos contre le mur d'une petite cabane de chasse surélevée.
Il avait trouvé refuge ici après avoir été contraint d'abandonner la vieille mobylette de collection qui lui avait permis, de justesse, d'échapper aux Punks qui l'avaient pris en chasse.
Quelque part dans une côte un peu trop abrupte, l'engin avait commencé à cracher, puis à vibrer et une épaisse fumée avait doucement commencé à s'en dégager.
En bas de la pente, les morts qu'il venait de dépasser avaient doucement entrepris leur ascension vers le sommet.
Alors, Dorian s'était à nouveau enfuit, à travers champs cette fois, et poussé par l'adrénaline il avait couru de toutes ses forces.
Sans s'arrêter un seul instant.
Droit devant lui.
C’est comme ça qu’il était arrivé jusqu’à elle.
C'était une construction plutôt sommaire, pourtant, elle lui offrait une sécurité non négligeable grâce à sa hauteur, puisque jusqu’à présent aucun mort n'avait su monter à l'échelle.
Là-bas, dans cette large boîte sur pilotis aux fenêtres étroites, le silence s'était abattu sur lui, et le stress avait fini par redescendre mais les images de la nuit ne l'avaient pas quitté.
Pas une seconde.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, le regard de Maxime l'attendait, de l'autre côté de ses paupières comme braqué sur lui en permanence, avec cette expression vide qui le hantait.
Il tenta de chasser les images de son esprit sans y parvenir et bientôt les bruits humides de la chair mâchée revinrent le tourmenter à leur tour.
Dorian s'effondra sur le sol de la minuscule cabane.
Le bois craqua sous son poids.
Il songea à la distance qu'il avait parcourue... et la rue des Arrimeurs revint le hanter elle aussi, il se souvint des rues de Saint-Denis, le Stade de France, les visages des gens du dépôt.
Son esprit dériva jusqu'à Jean-Pierre et sa mère, enfermés dans l'un des bureaux du premier étage.
Il se rappela l'assaut et à nouveau... sa culpabilité n’en fut que décuplée.
Tous ces gens, qui l'avaient aidé, accueilli ou même accompagné, étaient morts.
Lui avait survécu.
Pourquoi ?
Maxime avait toujours une idée, Lionel avait eu le courage de tenir.
Jean-Pierre, lui, avait compris bien avant les autres ce qui était en train d'arriver.
Et pourtant, c'était Dorian qui respirait encore aujourd’hui.
C'est là, dans le silence de la nuit, qu'il finit par comprendre.
Jusqu'ici, survivre n'avait été qu'une suite de gens à suivre.
À présent, il n'y avait plus personne devant lui.
Il inspira profondément, laissant son regard se promener sur le ciel bondé d'étoiles.
Tandis qu’il les observait, il se souvint des longues soirées d'été en famille, où il observait le ciel en compagnie de ses parents depuis le balcon de leur appartement.
Richard pestait contre les lumières des réverbères en contrebas, tandis que Catherine lui racontait déjà les légendaires chroniques du ciel.
Dorian pivota doucement sur le flanc.
Le visage rassurant de sa mère avait remplacé la figure déchiquetée de Maxime dans son esprit.
Et même si la situation ne s'y prêtait pas vraiment, il ne put s'empêcher de se demander si elle pouvait encore contempler ce ciel qu'il était en train d'observer.
Si ses yeux pouvaient voir encore aujourd'hui ou s'ils avaient fini par se voiler et par prendre cette couleur blanche qui avait recouvert les pupilles de tous les autres.
Il resta là, allongé sans pouvoir fermer l'œil de la nuit.
Au petit matin, son ventre gargouillait encore et il ne restait déjà plus rien de la bouteille de Coca trouvée la veille au relais des Chênes.
Dorian se recroquevilla doucement sur lui-même.
Il ne voulait pas partir, pourtant, il ne pouvait pas rester.
Il lui fallait avancer.
Il scruta rapidement l'horizon, avant de redescendre.
La direction n'avait plus d'importance à présent, il devait trouver des vivres... ou il allait mourir.
Le soleil se levait à peine quand il reprit la route.
La journée qui s'annonçait serait peut-être la dernière, pourtant, elle s'annonçait déjà longue.
Lorsque Richard ouvrit les yeux, le lendemain matin, les tout premiers sons qui lui parvinrent furent les gémissements étouffés du propriétaire de la ferme, toujours fermement ligoté dans une des pièces adjacentes.
Tout lui revint en mémoire, l'homme, sa tentative désespérée de les garder à la ferme... et le corps de sa mère dévalant l'escalier jusqu'au sous-sol.
Il se redressa rapidement et consulta sa montre.
Six heures et quart.
— Les filles... c'est l'heure de se lever. On se tire d'ici.
Stellina ouvrit les yeux.
— Oh la vache, oui... barrons-nous vite de cet endroit. J'en ai fait des cauchemars toute la nuit.
— La blague...
rétorqua Jacquie en la détaillant.
— Tu peux rester vivre ta grande histoire d'amour avec ton amoureux, si ça te chante... perso je suis pressée de partir, tu m'en veux pas hein...
— Pfff. Ce n'est pas moi qui rêve de lui ! Nan mais l'autre... Y'a des morts à tous les coins de rue mais elle nous joue les traumatisées avec ses cauchemars de cinglé !
— C'est bon... on rassemble nos affaires et on s'en va... plus de cinglé, plus de cauchemars !
lança aimablement Richard avec un léger sourire aux lèvres.
Elles acquiescèrent.
Tandis qu'ils terminaient leurs préparatifs, l'homme les suppliait toujours, pourtant, ils ne l'écoutèrent pas.
Ils emportèrent quelques paquets de nouilles puis desserrèrent légèrement ses liens.
— On met des ciseaux sur la table de chevet. Quand on sera parti... T'auras qu'à les prendre et couper le scotch. Désolé que ça se soit passé comme ça. Je suis sûre que t'es pas méchant en vrai... mais on n'oblige pas les gens à rester chez soi, sous la menace d'une arme... même pendant l'apocalypse... c'est fou de faire ça ! Enfin... J'espère que tu t'en sortiras. Bonne chance... et désolé pour ta mère.
lui dit Little Ruby avec une infime douceur.
L'homme s'immobilisa subitement, renonçant à se débattre comme s'il venait de comprendre qu'il ne pourrait pas les retenir.
Il n'avait jamais été un grand méchant.
Il avait seulement tenté de reproduire les traits de l'un d'entre eux.
Comme pour se glisser dans une peau différente de la sienne, pour tenter d'étouffer la peur qui lui retournait les entrailles.
Cette peur qui l'avait poussé à abandonner sa propre mère déjà condamnée.
Cette peur avec laquelle il était parvenu à leur faire découvrir le pire des visages de l'humanité.
Tandis qu'elle s'apprêtait à partir, l'homme tenta de lui faire comprendre quelque chose.
Ruby hésita un moment mais finalement elle vint défaire le scotch qui entravait sa bouche.
— Ne partez pas... je vous en supplie.
— Désolée, mon grand... y'a quelqu'un qui nous attend dehors...
— Il n'y a plus rien dehors... restez ici avec moi. Ne me laissez pas tout seul... s'il vous plaît...
— Le gosse de Richard a besoin de nous.
dit-elle avant de quitter la pièce sous les hurlements du faux Negan toujours ligoté.
— Restez... pitié... NE ME LAISSEZ PAS... je vous en prie... ne me laissez pas ici tout seul...
répétait-il sans cesse, des sanglots dans la voix.
Stellina rejoignit les autres dans l'entrée, son regard glissa sur Richard.
— Non mais c'est pas vrai ? Alors ? C'est laquelle des deux qui est allée nous remettre une pièce dans le jukebox ?
Ruby leva les yeux au ciel.
— Non mais ça va... on n'est pas des bêtes quand même...
Derrière eux, les cris s'intensifièrent, comme les supplications de plus en plus aiguës au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient.
— Le vrai Negan n'aurait jamais braillé comme ça !
— Jamais ! Jeffrey est bien trop sexy pour ces beuglements fragiles !
— C'était sans doute sa sœur... Megan !
Tous se mirent à rire à nouveau et la route reprit sa place.
Catherine s'étira confortablement installée dans l'une des chambres du spacieux et impeccable camping-car de Sandra.
La nuit avait été bonne, pourtant les larmes lui vinrent, à la seconde où elle ouvrit les yeux.
Instinctivement, son regard avait balayé la pièce à la recherche de Jérémy et presque instantanément elle se souvint.
La fête des Loges, la forêt de Saint-Germain-en-Laye, l'attaque et... la morsure.
Elle resta là, allongée et pleura.
Longtemps.
Elle n'avait pas vu l'heure défiler, pourtant le cadran de sa montre, lui, indiquait déjà dix heures.
Elle se leva d'un bond en le lisant, repoussant les draps frais dans lesquels elle avait dormi.
Elle sortit rapidement de la chambre encore vêtue du pyjama propre que lui avait gentiment prêté son hôte.
— Je suis désolée, je n'ai pas vu l'heure...
— Détends-toi... y'a pas le feu.
rétorqua la jeune femme en lui tendant une tasse de café fumant.
Catherine hésita presque mais rapidement, son amour pour le café l'invita à céder.
Elle porta la tasse à ses lèvres et instantanément, elle pensa à Théodora, puis, à Jérémy.
Elle inspira profondément et son visage afficha brusquement une mine plus triste.
Sandra le remarqua.
Elle resta silencieuse un moment puis elle reprit tout en ouvrant la porte.
— Tes habits sont propres.
Elle lui envoya un tube de crème depuis la porte.
— Essaie ça... voir si ça fait pas quelque chose... à ta vilaine tête...
Catherine ne répondit pas.
Sandra quitta le camping-car.
— Prépare-toi. J't'attends dehors.
Lorsqu'elle fut prête, elle sortit rejoindre les autres au centre de l'escargot.
— Bonjour...
tenta-t-elle timidement.
— Hé bah la v'la celle-là. Alors on dort bien chez les voleurs de poules ?
La femme éclata d'un rire franc.
D'autres se joignirent à elle.
— Commencez pas... elle vient de se lever... elle n'est pas encore bien réveillée.
surenchérit un autre homme plus loin.
Les rires reprirent.
— Ça y est. C’est bon.
Tous se turent.
— On a bien ri. Maintenant faudrait voir à penser au gazole... parce que y'en a qui disent comme ça qu'ils commencent à manquer. La nationale est derrière... on va y aller faire un tour.
Un premier groupe d'hommes s'avança.
— On part voir mon oncle. On jette juste un petit coup d'œil et on revient. Quinze minutes. Pas plus.
L'homme acquiesça d'un signe de tête.
Catherine, elle, se tourna vers lui l'air intriguée.
— On a des panneaux solaires sur le toit des campings... tant qu’il y a du soleil... on a du courant. L'essence... pour l'essence... c'est un peu plus compliqué mais... on se débrouille. Comme on a toujours su le faire.
Il désigna l'ensemble des véhicules autour d'eux.
— Quand ça a pété... ils ont tous couru comme des lapins... On est restés ensemble. Soudés. Et on a tenu... On tiendra... quand il n’y aura plus de soleil, et quand il n’y aura plus d'essence... Comme le faisaient les anciens dans leurs roulottes. T'imagines ? Non... tu peux pas... Enfin bref, tout ça pour dire qu'on survit. On reste loin des villes et on arpente les routes... on siphonne les autos abandonnées... c'était le boulot de la moitié d'entre nous avant... on a tout ce qu'il faut pour les déplacer... on se dégage les routes... on rase les aires d'autoroute. Et pour l'instant... Ça marche. Ensuite... on s'adaptera. Encore.
Son ton était grave, pourtant, elle sentait la part de vérité derrière chacun de ses mots.
Elle réalisa alors à quel point leur organisation était brillante.
Pendant des années, on les avait jugés pour leur manière de vivre, leur méfiance, leur tendance à rester entre eux, leurs caravanes alignées au bord des routes.
Et, pourtant, quand le monde s'était effondré, tous ces réflexes qu'on leur reprochait étaient devenus des avantages.
Ils savaient vivre ensemble, se déplacer ensemble, réparer, récupérer, protéger les leurs et disparaître avant que le danger ne les rattrape.
Là où tant d'autres avaient attendu qu'on vienne les sauver, eux s'étaient organisés.
Lorsque le groupe fut prêt à partir, elle les remercia pour leur accueil et reprit finalement sa route elle aussi.
Quelque part, l'un des siens avait besoin d'elle et ce court séjour chez les gens du voyage lui avait démontré que les liens de la famille restaient les plus forts.
Si Dorian l'attendait quelque part, elle était certaine de finir par le retrouver.
André avait posé sa canne près de lui.
À cet endroit, il venait pêcher depuis maintenant dix-sept ans.
Il n'y avait croisé du monde qu'en de rares occasions.
C'était son coin de tranquillité à lui.
Quelques arbres tamisaient la place mais la rivière qui coulait en dessous avait toujours été généreuse.
Il avait déjà fait plusieurs prises de belle taille mais il ne souhaitait pas encore rentrer.
Les poissons baignaient dans leur bassine, tandis qu'il profitait du calme de la solitude.
Il ne détestait pas ses voisins, mais ces derniers temps l'humeur mélancolique d'André l'avait poussé vers davantage de réflexions.
La disparition de Laura l'avait profondément affecté, pourtant, il ne pouvait pas se permettre d'en laisser paraître le moindre stigmate.
Il retenait ses larmes, jour après jour, pour ne pas avoir à leur dire.
Pour ne pas devoir leur montrer.
Laura, ou ce qu'il était resté d'elle.
Ce corps sans vie qui continuait inlassablement d'agiter ses membres contre les fenêtres du vieux C15.
Le moment était venu.
Ici, André pouvait librement se laisser aller et pleurer cet enfant qu'il avait lui aussi perdu.
Un léger courant d'air effleura son visage.
André ferma les yeux et profita de la chaleur du soleil sur sa peau.
Il inspira profondément, les bruits de l'eau chantant à son oreille.
Un sourire étira doucement ses lèvres et, alors, les larmes lui vinrent.
Et brusquement, autre chose.
Rapide.
Quelqu'un rampait.
André brandit son fusil, prêt à faire feu.
Une larme s'échappa malgré lui de son regard à présent dur.
Alors, le pauvre Dorian épuisé se traîna à ses pieds et se jeta dans l'eau fraîche de la rivière à bout de souffle.
Assoiffé.
Il tenta de remplir ses mains mais déjà la voix d'André fendit l'air.
— Bois pas ça, tu vas avoir la chiasse... Y'a les champs juste au-dessus... les saloperies qu'on met dans les légumes finissent ici... dans la rivière...
Dorian perdit connaissance.
André se précipita vers lui, puis plaça rapidement sa main sur sa gorge.
Il sentit battre son cœur.
Il l'examina rapidement... Pas de traces.
Il attrapa sa gourde et la lui déposa sur les lèvres.
Dorian but.
Pourtant, il demeura inconscient.
André le traîna rapidement jusqu'au véhicule garé non loin et chargea Dorian à l'intérieur, si vite qu’il en oublia sa canne et ses prises dans la panique.
Dorian ouvrit les yeux, paniqué, il ne reconnut pas l'endroit.
— Calme-toi, gamin... t'es tombé dans les pommes à la rivière... je t'ai ramené au village.
gronda une voix à l'autre bout de la pièce.
— On est où ?
demanda-t-il en se redressant.
— Au Bec-Hellouin... Bienvenue en Normandie !
— Quoi ? Mais ce n'est pas possible... j'ai...
— Tu t'es écroulé devant moi pendant que je pêchais... Je n'allais quand même pas te laisser te noyer... si ? Je t'ai ramené en voiture... T'as eu de la chance que je sois dans le coin.
— Merci.
Son regard glissa doucement sur la pièce, des meubles raffinés, un décor élégant, des murs épais.
L’ensemble était presque sinistre.
Il y avait quelque chose d'étrange dans ce lieu, un calme presque effrayant malgré la prestance de l’endroit.
— On s'est réfugié ici... dans le monastère, avec une poignée d'anciens habitants... c'est, comment dire... plutôt pas mal comme planque et... c'est solide. On ne craint rien ici.
Dorian acquiesça d'un signe de tête.
— Je suis André, repose-toi. Quand tu te sentiras prêt, viens nous rejoindre en bas. C'est quoi ton nom à toi ?
— Dorian.
— Ok Dorian. Prends ton temps, je serai en bas.
Il s'apprêtait à partir mais brusquement il se stoppa.
— Ah oui, j'allais oublier... Quand tu descendras... si tu tombes sur une certaine madame Valmont... Julienne de son prénom. Ne fais rien de ce qu'elle te demande, tu hoches la tête, tu dis "oui" et tu pars à la recherche de quelqu'un d'autre. Elle n'est pas méchante... mais elle n'a plus toute sa tête. Je préfère te prévenir avant que tu la rencontres. Bon... je te laisse.
André s'éloigna lentement dans le couloir, tandis que Dorian observait toujours le décor tout autour.
Son esprit dériva jusqu'à Catherine.
Qu'était-elle devenue ?
Une larme roula doucement sur sa joue mais rapidement, Dorian l'effaça d'un seul geste.
Ce matin même, il s'était interdit de renoncer, avant tout pour elle, pour ne pas risquer de la décevoir, de la laisser découvrir son abandon.
Il ne renoncerait pas non plus ce soir.
Lorsqu'il en fut entièrement convaincu, il finit tout de même par quitter la chambre.
Les longs couloirs du monastère s'ouvrirent devant lui, impressionnants.
Il avança jusqu'à discerner des bruits, des échanges... des voix.
Dans une pièce plus loin, trois petites grand-mères attablées crochetaient leur ouvrage.
— Regardez ! Le gamin qu'André a trouvé est réveillé... Bonjour !
— Oh, oui... il a l'air mieux... quand même.
— Oui... bien mieux.
— Bon... Bonjour.
répondit timidement Dorian.
— Pouvez-vous me dire où je peux trouver monsieur André...
— Monsieur André ?
s'amusa l'une d'elles.
— Oui... Monsieur André est au jardin !
répondit-elle sur un ton presque moqueur.
— Ce n'était pas très gentil, je trouve.
répliqua à nouveau l'autre femme.
— Je plaisantais, Maria !
Dorian s'éloigna, tandis qu'elles réglaient déjà leurs comptes.
Dans la cour, André terminait la fabrication du poulailler sous la surveillance du vieux garde champêtre, trop heureux de superviser l'opération.
— Ça va mieux, petit ?
— Je crois... Merci encore pour votre aide.
André haussa les épaules.
— Tu parles... Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Te laisser là-bas ?
— Par exemple.
Le ton de Dorian se fit plus grave, André le regarda un peu plus attentivement.
— La fin du monde vient seulement de commencer... et depuis... j'ai déjà croisé quelques survivants... Tous n'auraient pas fait comme vous. Y'en a… Y’en avait...
Son regard retomba doucement vers le sol.
André comprit.
— Tu m'as foutu une sacrée trouille... j'en ai oublié ma canne et mes poissons... Va falloir que j'y retourne. Et toi ? Tu as quelque part où aller ? Tu veux que je te redépose ?
Dorian fit non de la tête avant d'ajouter :
— Je dois retrouver ma mère... mais je ne sais pas du tout où elle est... et j'ai nulle part où aller... ni où la retrouver. Je n’ai rien.
Le vieil homme acquiesça.
— Tu peux rester vivre ici... si tu veux... en attendant. Le temps de t'organiser... ou le temps que tu voudras. Les murs sont épais... et on a ce qu'il faut. Une bouche de plus ne changera pas grand-chose.
À son tour, Dorian acquiesça d'un signe de tête.
Il l'ignorait encore, mais il venait de trouver un véritable refuge.
Une mine d'or de compétences humaines aux ressources encore ignorées.
Le garde champêtre s'avança à son tour et se présenta de lui-même.
Les deux hommes lui firent visiter les lieux et terminèrent de lui présenter le reste du groupe.
L'une après l'autre, Dorian découvrit chacune des personnes âgées qui constituaient à présent l'ensemble des survivants du village.
Lorsque les présentations furent terminées, il ne put s'empêcher de remarquer l'âge avancé des derniers habitants.
Où étaient passés les autres habitants ?
Et pourquoi Nathalie était-elle restée ?
Le village semblait posséder un grand nombre d’avantages qui avaient fait une véritable différence dans la survie de ces personnes âgées, alors pourquoi avait-on choisi de les ignorer ?