Ce Qui Nous Échappe

Chapitre 5 : Nous étions là

Chapitre final

440 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 01/09/2026 11:27

Histoire répondant au Défi Nocteller « Un poème sur le monde » par Clara_LA




Nous étions là



Nous étions là.

Quand les forêts avaient encore

assez d’arbres

pour que le vent s’y perde.


Quand certaines espèces

avaient encore un nom

qui ne figurait pas seulement

dans les livres.


Nous étions là.


Nous avons vu les rivières se salir,

les océans avaler notre plastique,

les glaciers reculer

comme s’ils essayaient eux aussi

de nous fuir.


Nous avons compté les animaux disparus.


Un.

Puis dix.

Puis cent.


Et à force de compter,

nous avons cessé de retenir leurs noms.


Nous appelons cela le progrès.


Nous abattons une forêt

et construisons une route

pour aller plus vite

vers un endroit

où il n’y aura bientôt plus rien à voir.


Nous creusons la terre.

Nous vidons les mers.

Nous brûlons ce qui pousse.

Nous tuons ce qui dérange.


Et lorsque quelque chose disparaît,

nous prenons une photographie.

Pour nous souvenir.


C’est étrange,

cette manie que nous avons

de vouloir conserver l’image

de ce que nous n’avons pas su protéger.


Pendant ce temps,

les hommes continuent de faire la guerre.


Pour une frontière.

Pour un dieu.

Pour de l’argent.

Pour un morceau de terre

qui existait bien avant eux

et qui existera peut-être

bien après.


Des enfants apprennent

le bruit des bombes

avant celui de la pluie.


Des familles quittent leur maison

avec toute une vie

enfermée dans une valise.


Ailleurs,

on tombe malade.


On attend un diagnostic,

un traitement,

une guérison.


On découvre brutalement

que malgré nos villes immenses,

nos machines,

nos écrans

et toutes nos certitudes,

nous sommes toujours

terriblement fragiles.


Alors parfois,

je regarde le monde.


Pas celui des cartes postales.


L’autre.


Celui derrière les jolies photographies.


Je vois les arbres tomber.

Les espèces disparaître.

Les bombes exploser.

Les hommes mourir.

Les océans suffoquer.


Et surtout,

je nous vois continuer.


Comme si tout cela

était normal.


Comme si la Terre

était infinie.


Comme si quelqu’un viendrait

réparer derrière nous.


Mais personne ne viendra.


Un jour,

peut-être,

le dernier animal de son espèce

fermera les yeux.


Le dernier arbre d’une forêt tombera.


Une rivière cessera de couler.


Et quelque part,

un être humain regardera cela

à travers l’écran de son téléphone.


Il trouvera probablement l’image triste.


Puis il fera défiler.


Et le monde

s’éteindra peut-être ainsi.


Pas dans un grand fracas.


Mais doucement.


Une espèce après l’autre.

Un arbre après l’autre.

Une guerre après l’autre.


Jusqu’au jour où il ne restera plus personne

pour se souvenir


que nous étions là.


Laisser un commentaire ?