« Ce jour est historique ».
C'est ce que je me dis depuis que je suis réveillé.
Aujourd'hui, ma meilleure amie fête ses 18 ans et elle les fête avec Gabrielle et moi.
Me voilà donc de retour, devant chez elle, avec mon fidèle VTT. Cette fois-ci, je dois sonner.
Je l’entends arriver en explosant de rire. Elle ouvre avec le sourire.
- Salut !
- Salut ! Réponds-elle. Entre vite !
- Qu'est-ce que tu me réserves, toi, encore ?
- Rien du tout... Viens, entre !
- Attends !
Je sors un paquet cadeau.
- Tiens, joyeux anniversaire !
- Oh, merci !
Elle me fait un bisou de remerciement et déballe.
C'est un DVD : Wollim. Le film où un nain sauve le monde avec un gland magique.
- Oh, je l'ai déjà.
- Ah.
Je suis, sans doute, aussi déçu qu’elle.
- C'est pas grave, va dans la salle à manger en attendant que Gabrielle arrive.
- Ok.
Je traverse la cuisine et le couloir et entre dans le salon. Un objet passe alors devant mon nez en fendant l'air. C'est Gabrielle tenant une épée en bois.
- En garde, Darrow !
J'éclate de rire, tandis qu'elle me tend une épée. Claire arrive en riant.
- Vous m'avez bien eu toutes les deux ! Ce mauvais tour mérite punition !
- Quand tu veux !
Elle me lance l'épée. Le combat commence contre Gabrielle. Nous voilà pris dans un combat épique à travers le salon. Les lames volent, se croisent. Je pare une attaque et « transperce » mon amie. Claire m'arrive alors dessus. Le combat est vif. C'est une bataille d'émotion. La colère m'envahit sans que je ne sache vraiment pourquoi. Mes attaques redoublent d'intensité et ma lame de bois se rompt.
- Merde !
- Bravo !
Le soir venu, après un après-midi chargé en jeux de société et discussions diverses, nous allons manger à une pizzeria. L'ambiance est très calme et nous rions bien tous les trois, jusqu'à aborder les sujets qui fâchent.
- Et quand tu partiras, que deviendrons-nous ?
- Je ne vous oublierai pas, réponds Claire. Vous êtes mes meilleurs amis.
- L'année passe si vite et on se voit si peu au lycée, dit Gabrielle.
- J'ai peut-être une idée.
- Dit.
- Je pensais créer une sorte de petit club pour faire... Un court-métrage. Je formerai les élèves pour jouer devant la caméra et faire toute la technique.
- C'est une super idée, Thomas ! J'en suis ! S’exclame Gabrielle.
- Moi, je ne sais pas… L'idée me plaît, mais je ne sais pas si je pourrai avec les examens.
- Oh, s'il te plaît, Claire, ça va être génial ! Lui dit Gabrielle.
- Bon… D'accord.
- Super ! On commence quand, Capitaine ?
- Dès que j'aurai une équipe.
- On va te la trouver !
Épée contre épée.
Télé allumée.
Il est 1h12.
Nous sommes dans le salon, refaisant le combat de Pirates des Antilles.
Je suis en sueur, mais loin d'être fatigué.
Parer, attaquer. Attaquer, parer, et voici mon ennemi au sol.
- C'est fini pour toi !
Mais elle se relève et tout continue pour s'arrêter brusquement, quelques 15 secondes plus tard, à cause d'une voix de femme disant : « Vous avez quel âge déjà ? »
Claire est gênée.
- Maman !
- Venez devant moi, tous les trois.
Nous obéissons.
- Souriez !
Elle sort un appareil photo numérique. Intérieurement, je dis « Ouf ! »
Le déclic, le flash et voilà le moment immortalisé.
Souvenir éternel d'une authentique journée d'amitié.
Sans arrières-pensées ? Non, bien sûr que non.
- Bon, les jeunes, faudrait penser à aller dormir, il est on ne peut plus tard.
- Oui, viens, Gabrielle, tu dors dans ma chambre.
- Et Thomas ?
- Lui, il a la chambre du fond.
- Là-bas ? Tout seul, comme un exilé ?
- Ben oui, je n'ai rien d'autre à lui offrir.
- D'accord, puisqu'il le faut vraiment.
- Bonne nuit.
- Bonne nuit.
Elle s'en va. Je vais dans la chambre et m'allonge sur le lit.
Les draps ont la même odeur qu'elle. J'éteins la lumière et ferme les yeux.
Comme c'est bon d'être ici, je ne veux pas repartir.
Et pourtant, il le faudra.
Il n'y a qu'ici que je connais la paix et la joie. Mais ma place n'est pas ici.
Quant à Claire, eh bien, je raisonne en me disant que je rigole plus avec elle en amie qu'en amoureux.
J'ai choisi le bon camp, mais jusqu'à quand ?
Car, tout comme cette journée, rien ne dure éternellement.
Chaque instant est à savourer.
Lorsque je rouvre les yeux le lendemain, je suis perdu.
J'ai l'impression que tout ce que j'ai vécu n'était qu'un rêve.
J'allume la lumière, ce n'est pas ma chambre, tout est vrai.
J'entends des voix venant de la cuisine, j'entends sa voix.
Je me lève pour aller rejoindre tout le monde.
- Salut à tous !
Tout le monde me répond par un grand sourire.
- Assieds-toi, dit la mère, qu'est-ce que tu veux manger ?
- Oh, je n'ai pas trop faim.
- Ne te prive pas, tu peux prendre tout ce que tu veux !
- Non, merci, vraiment.
- Bon.
- Bien dormi ? Demande Claire.
- Trop bien, j'ai eu du mal à sortir du lit !
Ils rigolent tous.
- Qu'est-ce que tu nous réserves encore aujourd'hui ?
- Rien, Gabrielle s'en va dans une heure. Toi, je ne sais pas.
- Moi non plus.
- Nous devons partir, dit le père, nous ne reviendrons que vers 17h.
- D'accord.
- Quelle chance, dit Gabrielle, en finissant de vider son bol de chocolat.
- Tais-toi ! Lui répond doucement Claire.
Après que Gabrielle soit partie, j'initie Claire au montage vidéo. A ma très grande surprise, elle se débrouille très bien et me crée de superbes séquences avec ses vidéos familiales.
Brusquement, un bruit de vase brisé se fait entendre.
Claire se lève et va voir.
- Charlène ? Mais... Qu'est-ce que t'as foutu ? Non, mais ça va pas !?
- Qu'est-ce qui se passe ? Demande la mère, en arrivant d'un pas vif. Oh, mon vase !
- C’est Claire qui l’a fait tomber ! Lance la petite Charlène.
- N'importe quoi !
- Tu vas le payer de ta poche, Claire, je te préviens.
- Mais, maman, c'est pas moi !
- Ne me mens pas ou je t'en mets une !
Claire va dans sa chambre, sans répondre davantage. Je vais la rejoindre. Elle est assise sur son lit et pleure.
- J'en ai marre, j'en peux plus ! J'en peux plus !
- Calme-toi... Calme-toi.
Je la mets contre moi, la caresse. Sa mère revient.
- Ce n'est pas elle, madame, c'est Charlène, je vous assure.
Elle ne sait plus quoi penser. Elle se retourne vers le couloir.
- Charlène, viens ici !
Plus tard, après que les parents soient partis, nous regardons un film. Un film que j'ai vu plus de 30 fois déjà, et elle aussi.
Étant très fatiguée par la journée d'hier, elle ne tarde pas à s'endormir.
Elle est encore plus magnifique quand elle dort. Toute sa beauté irradie.
Je repense à la première fois que je l'ai rencontrée.
Je n'ai pas eu le coup de foudre, mais j'ai su dès le début qu'elle serait différente de toutes les autres filles rencontrées dans ma vie.
C'était il y a un an. Que d'événements depuis.
Tout est si différent maintenant. Mais le choix m'appartient.
C'est juste que je ne veux pas raisonner. Elle a la bonne réflexion. Pas moi. La voir ainsi me donne une folle envie de l'embrasser, mais je ne peux pas et je ne veux pas.
C'est un fantasme amoureux, mais c'est aussi ma meilleure amie.
Quel dilemme d'émotions ! Comment le régler ?
J'en deviens de plus en plus fou.
Pour sûr, elle aura changé ma vie.
Autant en bien qu'en mal.
L'après-midi aura été très tranquille et aura été passé devant la télé.
Les parents reviennent et l'heure arrive pour moi de partir. Je vais voir Charlène avant.
- Pourrais-tu me rendre un service ?
- Ok !
- Laisse ta grande sœur tranquille. Elle a déjà beaucoup de soucis. Alors n'en rajoute pas. Veux-tu ? - Vous êtes toujours amoureux ?
- Pourquoi tu demandes ça ?
- Vous l'êtes encore ?
- Oui, je crois.
- Je le savais !
Je souris.
- Sois sage, petit monstre.
Je salue la mère et vais avec le père dans la désormais célèbre voiture, hantée par un souvenir aussi beau que douloureux.
Mon vélo est embarqué. Claire vient avec nous.
Bientôt, j'ai une vision familière. Me revoilà chez moi et nous revoilà devant l'allée menant à ma maison. Le père sort mon VTT.
- Eh bien, au revoir, Claire. Et merci beaucoup. C'était super.
Nous, nous faisons la bise simplement.
Et elle s'en va. Une fois de plus.
Revenir à la réalité va être encore plus difficile que la première fois.