La flèche noire de Cupidon

Chapitre 7 : 11 Janvier

1552 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 07/09/2026 10:18

- Action !

- Regarde ce que j'ai trouvé par terre !

- Waouh ! Mais c'est quoi ?

- Une bague, elle est tombée du ciel !

- Bien sûr, je te crois...

- Puisque je te le dis !

- Essaye là, alors, comme ça on verra... Non, c'était nul.

- Claire, c'était super ! Pourquoi tu t'es arrêtée ?

- Ça va pas ce que j'ai fait, je suis trop nulle.

- Eh, c'est moi qui critique ici ! Ce que tu as fait était génial. Allez, recommence, tu peux le faire. On y va.

Elle redit son texte à la perfection cette fois.

- Tu vois ?

Elle sourit.

- On la garde. Pour le reste, on verra ça au montage. Claire, tu manques de confiance en toi. Tu joues très bien, ne te limite pas, lâche-toi !

- Il y a les filles de ma classe, là-bas.

- Et alors ?

Elle me répond d'un regard inquiet.


La seconde scène à tourner, en ce jour, est une scène de combat. Pour la filmer, nous allons sur le grand terrain de foot inoccupé, vu que tout le monde est en cours quand nous avons trois heures d'études. Les deux ennemies, Claire et Maëlle, sont face à face.

- Action !

Elles se rapprochent.

- Je te propose de te rendre ou de mourir. Que choisis-tu ?

- La paix !

- Ah, je ne connais pas ce mot !

- Alors tu mourras en imbécile !

Elles se battent à l'épée. Claire ne cesse de sourire.

- Claire, sois plus sérieuse !

Elle se corrige. Le combat est rapide, intense. On s'y croirait presque. 40 secondes passent, une éternité dans le monde du cinéma.

- Coupez ! Je vérifie la prise.

- Elle est bonne ? Demande Maëlle.

- Avec le montage, elle le sera. Bien joué les Miss.

La joie se lit sur leur visage.

Comme sur le mien.


La seconde scène, de cet après-midi sans fin, est un dialogue entre Claire et moi.

Nous sommes dans notre jeu.

- Ta vie n'est pas la mienne, Cassandra. Ce n'est pas à moi de te dire qui est bien et qui ne l'est pas, mais tu aurais pu me dire que tu étais avec lui hier soir ! Pourquoi m'as-tu menti ? A moi qui suis ton ami !

- Je ne voulais pas que tu sois jaloux, c'est tout.

- Je n'ai pas à l'être ! La jalousie est la pire forme d'égoïsme qui puisse exister.

- De toutes façons, ce n'est qu'un ami, rien de plus.

- Pour l'instant seulement. Tu cherches une possibilité d'éprouver ce que tu ressens, alors que tu as une évidence devant toi.

- Que veux-tu dire ?

- Moi, Cassandra.

Elle ne dit rien. Le silence.

- Claire ?

- Hein ? Oh zut, pardon, je suis désolée !

- Ce n'est pas grave, c'était très bien.

- Si tu le dis...

Pour la scène suivante, nous aurons besoin d'aide et je sais à qui faire appel.


- Voilà pourquoi X ne peut être placé près de -1. Compris ? Bon, maintenant, qui vient faire l'exercice 2 ? Personne ? Cassandra.

Elle se lève et va au tableau. Elle fixe l'équation.

- Eh bien alors ? Fait le professeur.

Elle bloque.

- Quel est le résultat ?

- Je ne sais pas, monsieur.

- Tu te moques de moi ?

- Non, je suis désolée.

- Va à ta place. Tu viendras me voir à la fin de l'heure.

- Coupez ! Bravo. Excellent jeu, Cassandr... Claire, pardon.

- Et moi alors ?

- Pour un surveillant, tu fais bien le prof !

- C'est un compliment ?

- Comme tu préfères !

- Allez, les jeunes, je vous laisse. Continuez comme ça.

- Merci beaucoup, Pierre !

Il quitte la salle de classe.

- Alors ?

- Quel nul !

Nous éclatons tous de rire.


La dernière scène de la journée, je dois jouer au mort. La grande scène sentimentale avec Maëlle. J'arrive blessé. Le ketchup est crédible pour du faux sang. Arrivé devant Maëlle, je m'effondre.

- Que s'est-il passé ?

- Il m'attendaient devant le lycée. Ils m'ont eu, mais j'ai réussi à filer.

- Mais regarde ce qu'ils t'ont fait !

- Ce n'est rien, je vais aller à l'infirmerie. Toi, va dire à ton père que ses soucis sont terminés.

- Alors, c'est pour lui que tu as...

- Oui.

Elle a la larme à l'œil.

- Mais, pourquoi ?

- Parce que je t'aime.

Silence.

- Coupez !

Toujours silence.

Tout le monde applaudit brusquement.

- C'était magnifique, bravo !

- C'est mon boulot !

- Je te donne l'Oscar de la meilleure actrice tout de suite si tu veux !

On frappe à la porte de la salle, le surveillant se montre :

- Vous libérez la salle, s'il vous plaît ?

- Oui, pas de problème, nous avons terminé.

Nous prenons nos affaires et allons à l'extérieur. C'est très bizarre de revenir ainsi dans le monde réel, le monde présent, avec tous ses bons et mauvais côtés.

- Bon, eh bien, voilà encore une journée de tournage complétée.

- Une heure plutôt, rectifie Claire.

- Oui, bon.

- Le principal, c'est que nous soyons dans les temps, dit Gabrielle.

- Nous sommes même en avance, mais, par précaution, je préfère retourner nos scènes. Mieux vaut avoir trop de choix que pas du tout.

- C'est sûr !

La sonnerie du lycée retentit.

- Déjà ? Oh... Ça passe trop vite. Bon, eh bien, j'y vais. Encore une fois, je vous félicite. Vous avez bien bossé. Je suis fier de vous.

- De rien, merci à toi, réponds Gabrielle avant de partir rejoindre sa classe.

Je souris et m'en vais.

Mon sourire s'efface à mesure que j'avance vers ma classe.

Je déteste la réalité.


« What are we doing now, Gaëlle ? »

Le cours d'anglais fait partie de ces matières où je peux me permettre de rêver sans que cela n'affecte mes notes. Étant un très bon élément, la prof fait rarement attention à moi, ce qui me permet de faire ce que je veux, dans la limite du possible.

Ici, je sors le scénario de notre film, pour l'apprendre, mais, surtout et inévitablement, pour le modifier, très subtilement. Ce qui n'empêchera pas Claire et les autres d'en avoir après moi, à cause de mon esprit très perfectionniste.

Je ne fais que barrer quelques actions ou quelques répliques, de ci, de là, rien de bien méchant. Dans mon esprit, je vois déjà parfaitement les angles de caméra, les intonations, tout le film est déjà en moi, il ne reste qu'à le faire jaillir.

J'ai la chance unique d'avoir une équipe motivée et volontaire, des locaux à ma disposition. Je fais partie des élèves les plus influents désormais.

Je suis mon personnage : Un pirate qui s'infiltre en douceur pour tout faire imploser.


A la récréation de 15h, Gabrielle et Claire sont en pleine conversation quand j'arrive. Elles éclatent de rire.

- Vous parlez de moi ou quoi ?

- On repensait à ce qu'on a raté.

- Ce sera sur le bêtisier, promis.

- Oh là là, j'ai trop hâte de voir ça, franchement ! S’exclame Claire.

Deux filles l’accostent.

- Claire ? On voudrait te parler à propos des cours. Il y a toujours une odeur de transpiration, c'est très désagréable...

- Oui… D'accord.

Elles s'en vont. Je suis furieux.

- Non mais hé, vous allez la lâcher ?

- Thomas ! S’exclame Claire, terrorisée.

- On vous demande pas de vous brosser les dents, pourtant vous devriez, même un putois sent meilleur que vous !

Ne se sentant pas heurtées une seule seconde, elles partent en riant.

- Merci Thomas, ça va sûrement tout arranger...

- J'en ai marre qu'elles te traitent comme ça, c'est tout.

- C'est pas à toi de régler mes problèmes.

- J'essaye au moins.


- Tu ne pourras jamais rien changer, elles sont connes et elles le resteront, dit Claire en marchant rapidement dans la rue.

- Pourquoi tu n'en as pas parlé à la CPE ?

- Parce qu'elle est déjà au courant, mais elle ne fait rien, elle ne fera jamais rien.

- Mais alors que veux-tu faire ?

- Je ne sais pas, j'en ai marre.

- Claire, je veux t'aider, mais je ne veux pas faire empirer les choses non plus. Je tiens trop à toi pour ça, et je ne veux pas avoir un poids de plus sur la conscience.

- Je comprends, c’est pour ça que tu ne peux rien faire, toi non plus. Personne ne peut rien faire.

- Si, toi !

- Et comment ?

- Finis notre film, tu seras connue dans tout le lycée, tu gagneras l'admiration, le respect, le courage de leur fermer leur sale gueule à toutes ces pouffiasses !

- Tu rêves encore trop, Thomas.

- Non, plus maintenant.

- Je voudrais te croire.

Son bus arrive.

- Allez, bon week-end.

- Pareil.

Elle monte, s'installe. Un signe de la main, et la voici partie vers d'autres horizons, bien meilleurs.


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