Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 3 : Tête à tête

Par bzllrose

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Chapitre 3 : Tête à tête


Nous saluons Hunter et Hestia puis nous avançons dans le couloir côte à côte. Dès qu’il se plante devant l’ascenseur mais voit que je ne le rejoins pas, il m’interroge du regard.

-         Je ne suis pas fan de ces trucs, je préfère prendre l’escalier, précise-je.

Il hoche la tête et me rejoint en deux grandes enjambées, puis nous descendons l’escalier en silence. Dès que nous sortons du bâtiment, un doute m’envahit :

-         Rassure-moi Kai, tu ne vas pas conduire avec une demi-bouteille de whisky dans le sang ? demande-je.  

-         Non, j’ai eu assez d’emmerdes, j’essaie de calmer les conneries… J’habite dans un motel pas très loin, celui à la sortie de la ville, j’ai une heure et demie de marche pas plus… une heure si je me bouge le cul, répond-il tranquillement.

-         Quoi ?! C’est ridicule, tu ne vas pas marcher une heure alors que j’en ai pour quelques minutes en voiture pour te déposer Kai !

-         Mais non, pas la peine de t’emmerder, je décuverai.

-         C’est hors de question, je ne te laisserai pas marcher.

Je me plante à côté de ma voiture alors qu’il me regarde avec des yeux hésitants et les sourcils froncés.

-         Soit tu montes de ton plein gré, soit je te mets dedans par la peau du cou, je te préviens, menace-je.

-         C’est bon, c’est bon… Je monte…, répond-il en riant un peu.

Nous nous installons à bord et il fixe son regard par la fenêtre :

-         C’est vraiment sympa de ta part, dit-il.

-         Je suis quelqu’un de vraiment sympa, réplique-je.

Il rit encore un peu, en fixant toujours l’extérieur.

-         Très sympa… Surtout quand tu menaces de me trainer par la peau du cou, tu es charmante, plaisante-t-il.

Nous rions mais le silence s’abat lorsque je m’engage dans la circulation alors je décide de faire la conversation :

-         Alors ? Tu habites dans un motel ? Comment ça se fait ?

-         Ouai... Mes… les types pour qui je bossais m’attendent au pied de mon appartement, enfin c’est compliqué mais je ne peux pas vraiment être chez moi… c’est une histoire de merde, laisse tomber.

-         Explique-moi, nous n’avons rien de mieux à faire, insiste-je.

-         On s’en fou, tu n’as pas envie de savoir, fais-moi confiance.

Bon… Encore une histoire louche il faut croire… Est-ce que tout ce qui concerne Kai est louche ? Qui est ce garçon à la fin ? Il allume ma curiosité de journaliste autant que ma petite fascination pour sa personne et j’ai envie de creuser un peu.

-         Tu n’aimes pas qu’on connaisse ta vie ? Tu es réservé ? demande-je.

-         Ma vie est une succession d’histoires de merde, entrecoupées d’histoires d’horreurs, c’est tout. Ce n’est pas le genre de truc qu’on raconte à une nana qu’on rencontre à peine, encore moins une nana comme toi.

-         C’est-à-dire ?

-         Une nana premium, répond-il.

-         Quoi ?! Mais qu’est-ce que c’est que ça ?! demande-je en éclatant de rire.

Il tourne la tête vers moi lorsque je ris, et s’explique :

-         Une jolie fille bien comme il faut, de bonne famille, intelligente… qui fait des études intelligentes de journaliste dans une école de gens coincés du cul… Je ne suis pas réservé, je me foutrais de raconter ma vie à la pute du coin, elle en a vu d’autres… mais pas à une nana comme toi qui flipperait.

-         Je ne suis pas sûre que je flipperais, ce n’est pas mon genre, plutôt celui d’Hestia… Je veux devenir journaliste justement, trainer dans les coins dangereux pour faire des reportages, mettre en lumière des choses graves…

-         On peut parler de ça si tu veux vraiment discuter, du métier que tu aimerais faire, c’est plus intéressant que ma vie de merde, propose-t-il.

-         Ta vie m’intéresse… j’aimerais bien mieux te connaitre, c’est tout, réplique-je en fronçant les sourcils. 

Un petit blanc accueille mes mots, mais ça ne m’étonne pas, puisque Kai a toujours un temps pour vérifier si je ne me moque pas de lui quand je suis gentille, comme s’il attendait toujours que je lui dise que je plaisante et que je me fiche de lui.

-         Qu’est-ce que tu veux savoir ? demande-t-il finalement à voix basse.

-         Pourquoi as-tu fait quelques années de prison ? Hestia m’a dit que tu étais sorti l’année dernière mais je ne sais rien d’autre.

-         Violences répétées. J’ai tabassé beaucoup de monde, beaucoup de fois… Ça passait tant que j’étais mineur, j’avais des rappels à la loi et ce genre de conneries, mais j’ai continué dès que je suis devenu majeur et ce n’est pas passé… J’ai tabassé trois hommes qui me cherchaient des noises un soir, je me suis fait chopper et j’ai eu le droit à mon ticket d’entrée pour la taule…, répond-il en passant son bras par la fenêtre pour caresser l’air tiède.

Mes poils se dressent sur ma peau et je suis plutôt très étonnée qu’il m’avoue aussi simplement que ça qu’il a fait de la prison pour « violences » alors que nous sommes seuls dans ma voiture.

-         Euh… ok…

Il tourne alors la tête vivement vers moi en fronçant les sourcils :

-         Je ne frappe pas les femmes, précise-t-il tout de suite. Je ne frappe que les cons qui me provoquent, tu n’as pas à avoir peur de moi ou ce genre de conneries…

-         Ah oui… ? Tu en es sûr ? Parce que je peux toujours te foutre dehors…, plaisante-je timidement.

-         Je n’ai jamais levé la main sur une femme de toute ma vie… même quand elles sont aussi chiantes que toi, tente-t-il de plaisanter en retour.

Je me détends face à sa blague et je lui lance un regard rieur qu’il me retourne, malgré la pointe d’hésitation au fond de ses yeux glacés, qui sont décidément magnifiques.

-         C’est vrai, j’ai bien vu ça…, confirme-je. Après tout, je t’ai embêté dans le jacuzzi et tu n’as pourtant pas attaqué, tu te débattais plutôt gentiment !

-         Tu vois, je suis un amour, réplique-t-il en riant un peu.

-         Alors que j’attrapais ta tête, que j’osais te toucher ! ris-je. Ce n’est pas le genre de trucs que tu apprécies visiblement.

-         Non, personne n’a le droit de me toucher en règle générale et j’aurais sans doute réagit plus violemment face à une autre… sans la frapper, précise-t-il une dernière fois pour me rassurer.

Mais j’étais déjà rassurée, je suis bien plus choquée de comprendre qu’il sous-entend que j’ai des passe-droits avec lui et je crois qu’il ne s’en est pas rendu compte lui-même.

-         Ah bon… tu aurais réagi plus violemment, mais pas avec moi ?

-         Il faut croire que non, marmonne-t-il en reportant son attention sur l’extérieur.

J’aperçois alors le voyant essence sur le tableau de bord et je réalise que j’ai intérêt à faire le plein si je compte rentrer chez mes parents sans tomber en panne.

-         Ça te dérange si je passe à la station ? Ça rallonge la route mais… ?

-         Bien sûr que non, c’est déjà sympa de me déposer… et puis j’en profiterai pour me racheter des clopes.

Quelques minutes plus tard, je le dépose devant le petit bâtiment ouvert toute la nuit, puis je me mets en route vers les pompes. Les lumières dansent tout de même drôlement, je suis loin d’avoir éliminée ma sangria et mes temps de réaction sont clairement réduits, parce qu’une voiture débarque sur ma droite pour me couper la route et je mets un temps fou à piler comparé à ce que j’aurais fait dans mon état normal. Nos voitures manquent de se taper et je m’énerve déjà après le conducteur qui m’a grillé la priorité en lui faisant des gestes agacés. Il vocifère dans son habitacle, et en sort finalement avec deux amis, en me criant dessus et en m’insultant.

Comme d’habitude, mon sang ne fait qu’un tour et j’ouvre ma portière pour me lever et leur crier dessus à mon tour :

-         Non mais je rêve ! C’est vous qui me grillez la priorité et c’est encore vous qui gueulez ?! m’enflamme-je en les pointant du doigt.

Ils m’insultent plus vivement en approchant – comme s’ils allaient m’impressionner – et ni une, ni deux, je claque ma portière pour leur foncer dessus, droit sur le conducteur.

-         Non mais tu imagines que tu me fais peur espèce de connard ?! feule-je.

-         Putain tu ne m’insultes pas, connasse ! réplique-t-il en faisant deux pas dans ma direction alors que ses amis beuglent plus fort.

Il attrape la bandoulière de mon sac à main pour me secouer un coup et ça hérisse jusqu’au dernier poil de chat en colère de mon corps.

-         Non mais pour qui tu te prends ?! crie-je en poussant ses épaules avec force. 

Ses amis se mettent à hurler comme des putois en criant à leur copain de me calmer et il me tire violemment tout près de lui alors que je lève déjà mon poing pour lui en mettre une dans les dents. Comme toujours, je refuse de me laisser faire, je ne cède jamais face à l’oppression et même si je sais que ça pourrait très mal tourner un jour, je ne me laisserai jamais malmener sans me battre.

Les yeux de mon adversaire se décomposent alors sous la terreur et la seconde d’après, un grand bras tatoué l’attrape par le cou pour le détacher de moi et l’éclater sur le capot de sa voiture.

-         Putain mais tu la touches pas espèce de fils de pute !! hurle Kai.

Il lui colle une droite violente dans la mâchoire sans autre forme de procès avant de le jeter par terre où il s’effondre, complétement sonné. Il se tourne ensuite rageusement vers les deux autres, complétement dingue à ce stade, et je crois qu’ils voient très bien que l’heure est grave pour eux puisqu’ils lèvent vivement les mains en apaisement :

-         Tout va bien ! On ne veut pas se battre ! lance craintivement l’un d’eux.

-         Putain vous allez vous foutre à genoux dans les deux secondes pour vous excuser auprès d’elle ou je vous jure que je vous y fous de force !! vocifère Kai en faisant deux pas vers eux.

Ils bondissent en arrière pour s’éloigner de lui tout en s’excusant auprès de moi avec zèle, visiblement terrifiés par le dingue sur lequel ils viennent de tomber.

-         A genoux !! Ou je vous démonte ! hurle Kai.

Je suis scotchée par la scène sous mes yeux, par les deux idiots qui riaient en voyant leur ami me malmener alors qu’ils sont désormais à genoux, les yeux exorbités, à s’excuser en levant leur bras toujours plus haut pour que Kai ne leur fasse pas de mal.

Si je ne le connaissais pas un minimum, je serais moi aussi actuellement terrifiée par ses yeux complétements fous et sa violence, comme le sont les trois hommes par terre devant moi puisque le conducteur est enfin plus ou moins revenu à lui.

J’ai les yeux rivés sur Kai, sur ce monstre de testostérone à deux doigts d’exploser alors qu’il se retient très visiblement de leur sauter dessus pour les terminer et je suis incapable de dire s’il va céder à sa rage ou non.




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