Lorsque je me gare sur son parking, il m’attend torse nu devant sa porte en train de fumer, appuyé contre le mur, la nonchalance incarnée… la sensualité aussi. Je ne peux pas croire que c’est moi qu’il attend et lorsque je descends, je ne peux plus attendre une seconde avant de le retrouver.
Je me mets à courir vers lui au moment où il se redressait. Chaque pas augmente mon bonheur, un beau sourire naît sur mes lèvres et il m’attrape au vol lorsque je me jette dans ses bras pour l’embrasser, comme dans tous les plus beaux scénarios d’Hollywood.
Mes soucis s’évaporent, je me plonge dans notre baiser en savourant l’odeur de son savon, de sa cigarette et sans doute d’un verre de whisky. Je serre sa nuque à la casser et mon sourire devient si radieux que nous n’arrivons plus à nous embrasser correctement.
- T’avais envie de me voir comme ça ? me taquine-t-il à voix basse.
- J’avais besoin de sentir cette douce odeur de minéraux et bois de cèdre, réplique-je.
Nous rions déjà.
Bon sang, je suis arrivée depuis trente secondes et je ris déjà aux éclats, ce garçon est mon antidépresseur.
- Fais-moi penser à racheter ce putain de gel douche s’il te fait courir chez moi, murmure-t-il en louchant sur mes lèvres avec des yeux sombres.
Je me jette sur ses lèvres et notre baiser est de plus en plus brûlant.
- Je peux finir ma clope ou ça ne peut pas attendre à ce point ? demande-t-il avec son sourire en coin.
Je me tortille pour qu’il me repose par terre, ce qu’il fait, puis je lui lance un regard agacé :
- Fût un temps où tu jetais ta clope à peine entamée pour me sauter dessus, souligne-je.
- C’était la première fois ! Exagère pas emmerdeuse ! J’avais pas baisé depuis des mois ! se récrie-t-il.
Je me détourne de lui en croisant les bras pour observer son parking.
- Ah, donc je deviens la routine… une fille que tu « baises » trop régulièrement pour la préférer à ta clope, finis-je par lâcher en lui jetant un coup d’œil.
- Oula…, murmure-t-il en fronçant les sourcils.
- Quoi ?
- Qu’est-ce que tu as ? demande-t-il.
- Rien, je passe après une clope, excuse-moi d’être un poil vexée ! siffle-je.
- On va baiser dans la seconde si c’est ce que tu veux Julia et tu le sais très bien, alors arrête de m’emmerder et dis-moi ce qui ne va pas.
Je soupire avant d’aller m’assoir sur le petit rebord en béton, où il me rejoint, et j’attrape la cigarette entre ses lèvres pour lui voler. Ce qui me récolte un joli sourire de ma panthère.
- Alors ? Qu’est-ce que tu as ? insiste-t-il.
- Je passe une journée pourrie…, avoue-je en regardant mes pieds.
- Raconte.
Nous fumons deux cigarettes pendant lesquelles j’explique à Kai à quel point j’ai envie d’étrangler Fabio et ça me fait un bien fou. Kai écoute avec patience tout ce que je lui raconte, et il conclut en me donnant des façons pour le mettre hors-service voire le tuer discrètement sans preuve.
Il me mime les actions en faisant l’idiot, il en fait des caisses, et je ris, je ris, je ris.
C’est finalement tout ce que j’étais venu chercher désespérément, un bon moment. Que ce soit au lit ou non, je crois que Kai sait comment me faire passer des bons moments autant que me sortir de mes gonds.
En tout cas, une fois que je lui ai promis que j’appliquerais deux ou trois de ses techniques de tueur, il se lève en me tendant les mains et nous rentrons chez lui.
- Tu dors là ou tu rentres chez toi ? demande-t-il en finissant son whisky d’une traite.
- Pourquoi ? Ça t’embête que je me lève tôt ? C’est ce que je me disais… mais je peux partir après nos affaires si tu préfères, propose-je.
- Pas du tout. Je veux juste m’éviter de serrer si tu prends tes affaires pour te barrer dans une heure, alors je demande.
- Ça dépend de toi… Je pense que ça me ferait plaisir de dormir là mais je ne veux pas abuser, déjà que je débarque en semaine…
- Tu dors là, tranche-t-il.
Voilà qui pose un joli décor et j’enlève mes chaussures joyeusement.
Je vois le petit coup d’œil amusé qu’il pose sur mes converses, mais nous n’avons pas l’occasion d’en rire, parce que deux secondes plus tard, je suis déjà serrée dans ses bras à me faire embrasser par ses baisers les plus excitants tandis qu’il me recule vers son lit.
Dès que nous nous y échouons, les choses accélèrent, nos corps se cherchent, nos mains jouent, nos souffles reflètent nos désirs qui s’envolent et c’est trop bon.
Mes habits tombent les uns après les autres sur son sol, son short suit, la température devient suffocante et lorsque nous sommes à deux doigts d’y aller pour de bon, il relève son visage fou de désir du mien pour me regarder :
- Est-ce que… est-ce qu’on doit mettre un truc du coup ?
- Oui, souffle-je en me jetant sur ses lèvres avec appétit.
- Tu préfères avec ? marmonne-t-il contre mes lèvres avec une voix aussi étonnée qu’étourdie par nos baisers.
- Non ! glousse-je en croquant sa lèvre.
Il détache correctement nos visages cette fois, pour m’interroger du regard en fronçant un peu les sourcils :
- On fait comme tu veux bébé, que ce soit clair. Mais je me demande juste pourquoi ? Je croyais qu’on… enfin qu’on se faisait confiance quoi… si on préfère les deux sans, je t’avoue que je ne comprends pas trop là… ?
- Je te fais entièrement confiance Kai ! le rassure-je. Je n’ai absolument pas peur d’attraper quoi que ce soit, je ne veux juste pas prendre de risque.
- Mais de risque de quoi ? On a fait des prises de sang… ?
- De tomber enceinte, c’est tout ! ris-je en essayant de tirer sa nuque pour l’embrasser encore.
Sauf que non.
Je vois un switch au fond des yeux de Kai, un switch que je n’ai jamais vu depuis que je le connais et qui brise le charme pour lui rendre sa vraie apparence, celle du mec terrifiant.
- De tomber enceinte ? articule-t-il.
- Oui, c’est en général ce qu’il peut se passer quand on couche avec quelqu’un… ? réponds-je sans comprendre.
- Ouai, c’est ce qu’il peut se passer quand il n’y a pas d’autre putain de moyen de contraception ouai. Sauf que tu prends la pilule, répond-il de sa voix glaciale.
Son ton et son regard font chauffer le sang dans mes veines, parce que j’y lis une froideur, une colère et un dégout qui me répugnent… Et comme d’habitude, peu importe le type terrifiant que j’ai en face de moi, je ne cède pas face à l’oppression.
- Je peux savoir pourquoi tu pars du principe que je prends forcément la pilule ?! Parce que toutes les femmes doivent la prendre c’est ça ? Pour que les hommes n’aient pas à faire attention à ce genre de chose ? siffle-je avec colère.
Il se redresse du lit en me fixant de ses yeux assassins et vides d’affection, qui me font me sentir plus à nue que jamais face aux yeux gris qui représentaient ma « safe place » il y a encore cinq minutes.
Il se détourne en fixant dans le vague, presque frémissant de colère et lorsque je vois ses mains qui se mettent à trembler, je comprends bien qu’il y un énorme problème. Il remet son short en fixant son regard fou au sol, l’intégralité de ses muscles contractés, et à ce stade, je ne le reconnais tellement pas que j’attrape ma robe pour la remettre, juste pour me couvrir de cet homme inconnu en face de moi.
Dès que je suis couverte, je reprends confiance et je passe à l’attaque :
- Alors ?! Je peux savoir pourquoi tu pars de ce principe complétement débile ?! feule-je.
Il se tourne lentement vers moi, il me regarde pendant quelque secondes où je peux voir le feu qui brûle au fond de ses yeux, le regard d’un félin prêt à passer à l’attaque, celui de la panthère assassine que j’aurais aimé ne jamais voir se poser sur moi. Et il explose :
- Je pars de ce principe débile parce que tu prends la putain de pilule Julia ! Tu la prends forcément ! Il n’y a pas un putain de monde de merde dans lequel tu m’aurais laissé te baiser sans rien alors que tu ne prends pas cette putain de pilule ! vocifère-t-il.
- Non mais je rêve ! Tu recommences à me parler comme à ton chien Kai !
- Je n’en ai rien à FOUTRE !! hurle-t-il. Tu prends la pilule oui ou non ?! Bordel Julia, maintenant tu vas me répondre avant que je ne m’énerve pour de vrai !!
J’ouvre des yeux immenses, en me demandant un peu ce qu’il peut appeler « s’énerver pour de vrai » quand je vois ce qu’il m’envoie déjà dans la tête.
Mais j’ai toujours aimé jouer avec le feu, alors je bondis dans sa direction pour me planter juste devant lui, le menton haut et les yeux fixés dans les siens :
- Non Kai, je ne prends pas la pilule, affirme-je avec défiance.
Il se transforme en bête, en animal féroce. Ses épaules se soulèvent de plus en plus fort sous les inspirations qu’il est en train de prendre pour essayer de se calmer mais il n’y a rien à faire, il n’est plus là.
- Tu te fous de ma putain de gueule ?!! hurle-t-il.
- Non et arrête de me crier au visage Kai ! Parce que je peux le faire aussi ! Ça n’impressionne personne, putain !! hurle-je encore plus fort que lui.
- Je ne dois pas crier ?! Quand une putain de trainée me ment pour que je la baise alors qu’elle risque de tomber en cloque, bordel de merde !!
La claque part toute seule. Je ne la contrôle même pas dès la seconde où je l’entends me traiter de trainée, parce que c’est impossible à entendre pour moi. Ça ne met mets pas simplement en colère, ça me brise le cœur, ça me déchire en deux et je crois que je ne me suis jamais sentie aussi blessée qu’en cet instant.
Kai n’a pas cillé malgré la violence de ma claque, mais il atteint un nouveau niveau de colère au fond de ses yeux meurtriers. Je sursaute quand il se tourne brusquement, mais il se retourne simplement pour attraper son verre vide sur le bureau et le jeter de toutes ses forces contre le mur pour passer sa haine.
Le bruit est assourdissant, la violence de toute la scène l’est et je ne sais plus comment gérer la situation qui dégénère de seconde en seconde lorsqu’il fait volteface vers moi :
- Tu ne me frappes pas putain !! Ou je t’en mets une dont tu te souviendras, en considérant que tu puisses t’en relever, putain !!
J’ai toujours mon instinct de survie de limace il faut croire, même à ce stade, parce que je retourne me coller devant lui :
- Alors frappe moi Kai !! Qu’est-ce que tu attends ?!! Tu attends que je te mette la deuxième ?! Soit tu passes à l’acte, soit tu la ferme si c’est pour me menacer comme un connard uniquement pour me faire peur !!
- PUTAIN MAIS VA TE FAIRE FOUTRE JULIA !
Il lève le bras et j’y crois pendant un instant, mais heureusement pour moi, il attrape sa bouteille de whisky pour l’éclater contre le mur à la suite de son verre.
- PUTAIN !! s’époumonne-t-il.
Sous mes yeux hallucinés, il met un énorme coup dans le mur dans la foulée, qu’il traverse évidemment pour y laisser un énorme trou, avant d’enchainer avec un deuxième, puis d’attraper son bureau pour l’envoyer voler.
- Mais tu es complétement fou Kai !! beugle-je de toutes mes forces.
- Ouai ! Je suis complétement cinglé ! Un putain de cinglé sorti de taule pour violence Julia ! Alors ne commence pas à me faire ta putain d’étonnée quand je balance mon poing dans un mur !
- Mais pourquoi est-ce que tu te mets dans cet…, commence-je à siffler.
- Parce que je te faisais CONFIANCE ! rugit-il. Je faisais confiance à une putain de meuf pour la première fois de toute ma vie !! Mais non ! Il a fallu qu’elle m’encule, putain de merde ! Il a fallu qu’elle n’en ait rien à foutre de ma gueule ! COMME TOUT LE MONDE ! Qu’elle me mente, qu’elle me fasse croire que tout était ok !! Alors que je pourrais me retrouver avec un putain de marmot parce qu’elle a pris une putain de décision égoïste ! Sans même m’en parler, BORDEL !
Quand je comprends le fond du problème, malgré sa violence inacceptable, je comprends que j’ai effectivement merdé et pas qu’un peu.
Je tente de garder une voix énervée, mais c’est difficile après ce que je viens d’entendre.
- Je… je venais d’avoir mes règles Kai ! Je suis désolée mais je n’ai pas considéré que ça craignait, je… j’ai fait un test au cas où et je ne suis pas enceinte si ça peut te rassurer. Je suis désolée que tu l’aies pris comme…
- Je m’en bats les couilles, Julia ! Je me fous de tes excuses de merde ! Je me fous de tout ce que tu pourras me dire ! Tu n’es qu’une putain de trainée qui s’est servie de moi et de ma confiance pour me faire un doigt d’honneur en pleine gueule !
Et il dépasse les bornes quand il me pousse.
Il me pousse du bout des doigts sur les épaules, le mouvement est sec et me fait à peine bouger, mais c’est inadmissible. Ma deuxième claque part mais il attrape mon poignet au vol cette fois et l’écarte violemment de lui pour m’empêcher de lui en remettre une.
- ET BIEN VA TE FAIRE FOUTRE ESPECE DE CONNARD !! hurle-je.
Je l’attaque encore, il m’arrête encore, et j’attrape la boite de mouchoir pour lui lancer dessus, bien plus violemment que je ne l’avais fait quand nous nous chamaillions.
Une seconde après, je le dégage d’un coup d’épaule pour me jeter sur mes chaussures et les enfiler :
- Je me barre ! Je me barre putain et tu ne me reverras JAMAIS ! crache-je.
- Et bah barre-toi Julia ! Je n’en ai rien à foutre ! Va donc te faire baiser par ta liste de tocards longue comme le bras !
Je saute sur mes pieds sous la fureur :
- J’ai peut-être une liste de tocards longue comme le bras mais c’est assurément toi qui remportes la palme ! Tu es le plus gros con de ma liste, Kai ! Et tu vas pouvoir retourner baiser des prostituées puisqu’elles sont sans doute les seules à accepter de coucher avec toi à part moi ! Moi qui suis trop conne pour passer mon chemin quand un déchet me veut dans son lit !
Il recule d’un pas, les yeux fous, et il se barre en claquant la porte.
J’attrape mes clés de voiture dans un geste rageur et je sors à sa suite. Il est en train de marcher le long des portes de chambres, comme un lion en cage, et dès qu’il voit que je ne vais pas sur le parking mais dans sa direction, il se redresse déjà comme un diable.
- Si tu ne t’excuses pas, je me barre Kai ! Tu connais la chanson à force de me manquer de respect !!
- Je ne vais pas m’excuser ! Je ne m’excuserai pas ! C’est toi qui me dois des putains d’excuses !
- Non mais tu te fous de ma gueule ?! Je ne m’excuserai pas ! Surtout pas après la crise de nerf que tu viens de taper et les insultes que tu m’as dites ! Il faudrait au moins que tu rampes pour que je reste !!
- BARRE-TOI, JULIA !! PUTAIN MAIS BARRE-TOI !!
Je prends la direction de ma voiture d’une démarche rageuse, je monte dedans, je claque ma portière encore plus férocement et je pars.
Pourtant, alors que je quitte le motel en voyant Kai s’acharner contre le mur extérieur, je ne peux pas croire que je vienne effectivement de partir, qu’il vienne de me laisser partir, que c’était la dernière fois que je voyais mon diable, qui n’a jamais aussi bien porté son nom.