Les fantômes au fond de tes beaux yeux
Chapitre 38 : Kai, de retour devant un juge
2690 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 03/11/2026 14:23
Chapitre 38 : Kai, de retour devant un juge
Je passe la meilleure nuit de ma vie.
Dès la fin de notre premier ébat véritablement tendre, il m’offre le bonheur le plus complet lorsqu’il me prend dans ses bras pour me câliner en nous endormant. Il ne me lâche pas de la nuit, il reste collé contre moi, il resserre même parfois son étreinte en dormant comme si j’étais sa peluche, si fort que ça me réveille, mais ça me fait fondre jusqu’au fond du cœur.
Dommage qu’après une aussi jolie fin de nuit, notre réveil soit si agaçant.
En effet, alors que nous dormons profondément comme des loirs lovés l’un contre l’autre, nous sommes réveillés par l’horrible vibration de mon portable sur ma table de nuit.
- Putain ! Mais qui est-ce qui vient nous casser les couilles dès le matin ?! râle-t-il furieusement en me serrant encore plus fort contre lui.
Sa petite mine est évidemment froncée dans une colère noire malgré ses yeux fermés et ça me fait suffisamment rire pour me sortir du sommeil. Je ne sais pas pourquoi j’aime à ce point le Kai grognon qui ne veut pas se réveiller, c’est un vrai péché mignon.
Mon portable se remet à vibrer et il sursaute quand ça le sort une deuxième fois du sommeil.
- Bordel !! s’énerve-t-il.
- Laisse-moi l’éteindre si tu ne veux plus qu’il sonne ! glousse-je.
- Non ! ronchonne-t-il.
J’attends donc avec un sourire immense aux lèvres de voir si je vais me faire appeler une troisième fois, simplement pour le voir devenir fou, et ça ne rate pas.
- PUTAIN ! crie-t-il en ouvrant enfin ses yeux glacés et féroces.
J’éclate de rire tandis qu’il daigne finalement balancer un de ses grands bras vers la table de nuit pour attraper mon téléphone.
Il l’observe avec des yeux furieux, mais son visage se calme lorsqu’il voit l’appelant.
- Monsieur le juge, précise-t-il en retenant un petit rire.
J’attrape mon téléphone pour décrocher, pas encore tout à fait réveillée, auquel cas j’aurais su qu’il n’aurait surtout pas fallu que je réponde.
- Papa ? demande-je d’une voix endormie.
- « Ma chérie mais qu’est-ce que tu fais ? Tu dors ?! Nous sommes en bas… ? »
Les quatre secondes suivantes sont comme suspendues hors du temps.
Je me souviens comme une claque cinglante que je devais manger avec eux à midi, je tourne les yeux sur mon réveil pour découvrir qu’il est midi, puis je réalise qu’il est en bas : en bas de chez moi, tout de suite et maintenant.
- « Tu peux nous ouvrir ? La porte du bâtiment est fermée ? Julia… ? »
Je me redresse si vite dans mon lit que Kai ouvre des yeux complètement réveillés. Je tourne un visage livide vers lui, le regardant comme si je voyais un fantôme. Il fronce les sourcils en secouant la tête pour me demander silencieusement ce qu’il se passe alors que la tension monte de dix étages dans la pièce.
La voix de ma mère finit de me sortir de mon état de choc :
- « Julia, chérie ? Tu ne captes pas ? Viens nous ouvrir la porte, mon trésor… ? »
J’écrase la touche du micro pour le couper avant de plaquer une main sur mes lèvres, partagée entre partir dans le plus gros fou rire de ma vie et paniquer complètement.
- Qu’est-ce qu’il y a, bébé ?! s’inquiète Kai.
- Mes parents sont ici, chez moi, en bas du bâtiment ! annonce-je avec une pointe d’hystérie.
- Quoi ?!
Le rire sort finalement.
J’éclate de rire comme une dingue en sautant hors du lit et Kai bondit sur ses pieds dans la foulée. La panique est complète, mais nous n’arrivons pourtant pas à arrêter de pouffer comme des déments malgré tout.
- Ici, ici ?! Genre là ?! s’exclame-t-il en enfilant son caleçon.
- Genre là ! Maintenant ! En ce moment ! En bas du bâtiment ! couine-je en me jetant sur ma commode pour enfiler des sous-vêtements.
- QUOI ?! s’étrangle-t-il de rire.
Je mets mes parents sur hautparleur pour avoir un indicateur de leur position en temps réel, puisqu’ils essaient toujours de communiquer avec moi en pensant que je ne capte pas.
Kai ouvre des yeux ronds en comprenant que je ne me moque pas de lui et à ce stade, nous n’arrivons définitivement plus à arrêter de nous plier en deux.
- Dépêche-toi Kai ! Habille-toi plus vite !! Il faut que tu te tires de ma chambre avant qu’ils n’entrent !
- Je suis au max !! s’esclaffe-t-il en sautillant sur place pour enfiler son jeans avec urgence.
- « Quelqu’un nous a ouvert, on monte ! »
Je plaque encore une main sur mes lèvres, même Kai a un mouvement d’arrêt en comprenant que nous n’allons pas échapper à la rencontre désastreuse qui s’annonce et après un échange de regards choqués nous nous remettons à glousser comme des hystériques.
- Oh mon dieu ! Passe par la fenêtre ! couine-je.
Il se jette dessus pour l’envisager mais il est vite rattrapé par la hauteur.
- On est au deuxième, putain !
J’ouvre mon dressing en grand pendant qu’il enfile son tee-shirt en secouant la tête :
- Je rentre pas dedans, bébé ! Sous le lit ?!
- Non mais au secours ! Imagine qu’ils voient tes pieds !!
Nous pleurons presque de rire à ce stade.
J’ouvre ma porte de salle de bain, mais il serait encore pire d’imaginer ma mère aller se laver les mains et tomber sur lui dans ces circonstances, comme s’il était le tueur en série qui m’y attendait, alors je la referme.
- « C’est le deuxième c’est ça… ? Elle n’entend rien de toute façon je suppose… »
Localiser mes parents à une trentaine de mètres de nous est terriblement drôle, terriblement gênant et terriblement désastreux.
- Oh non… oh non… !
- Putain, Monsieur le juge va péter un câble ! se marre-t-il.
Il attache sa ceinture rapidement tandis que j’attrape la couette et l’oreiller d’Hestia pour les jeter dans son ancien lit.
- Oh mon dieu, je ne peux pas croire que ça m’arrive à moi, avec toi ! m’esclaffe-je en le désignant.
Il me lance un regard rieur en fourrant son téléphone et ses clés dans ses poches, puis je lisse mes cheveux en trottinant jusqu’à la porte où il enfile ses chaussures.
- On se souviendra de ce réveil ! se marre-t-il à voix basse.
- Oh oui… Je vais mourir de honte ! couine-je.
- Et moi donc, putain !
Les coups résonnent sur ma porte, nous nous lançons un regard hilare, puis il attrape ma tête pour m’embrasser rapidement. Après un dernier coup d’œil amusé, j’ouvre la porte en mordant ma joue pour m’empêcher de rire.
Mes parents affichent des airs heureux jusqu’à ce que leurs yeux se posent sur Kai et que le choc le plus total les saisisse.
Je l’observe moi aussi : avec ses tatouages jusqu’en haut du cou, son crâne à moitié rasé, ses cheveux longs, ses oreilles percées dans tous les sens, son jeans déchiré… et ses beaux yeux glacés qui rencontrent ceux de mon père.
- Salut papa… salut maman…, dis-je d’une petite voix pour essayer de récupérer leur attention.
- Euh… bonjour ma chérie… nous… tu te réveilles ? articule ma mère d’une voix aiguë en entrant.
Ils sont toujours complètement ahuris. Mon père ne dit rien, il s’obstine à fixer Kai avec des yeux de plus en plus noirs de colère. Il fait simplement un pas pour entrer en direction de mon amant avec une attitude menaçante – aucun doute permis sur son identité au vu de nos yeux bouffis, nos cheveux ébouriffés et l’heure à laquelle nous venons visiblement de nous lever.
Je crois que je n’ai jamais été aussi gênée tout en étant à deux doigts de me plier en deux. Voir mon père et Kai dans la même pièce est un concept : un papa et l’homme qui couche avec sa petite fille chérie ; mon juge de père et mon criminel d’amant…
C’est une catastrophe, mais une catastrophe cocasse.
- On peut savoir qui vous êtes ? lui demande froidement mon père.
Kai lui tend immédiatement une main avec un sourire jusqu’aux oreilles, aussi insolent qu’à croquer selon moi.
- Le meilleur ami, gay bien entendu…, se présente-t-il en retenant son rire.
- Bien entendu…, ronchonne mon père en serrant sa main.
Personne n’est dupe, mais les hommes de ma vie savent qu’ils savent, et ils savent surtout qu’il est bien plus simple de jouer les idiots pour éviter que mon père ne lui fiche son poing dans la figure par principe.
Il serre rapidement la main de ma mère, qui le détaille toujours de ses grands yeux.
- Bon… Sur ce, je vais vous laisser en famille… et euh… merci pour le café, Julia, dit-il en me lançant son regard rieur.
- De rien… à la prochaine, réponds-je en mordant plus fort ma joue pour retenir mon sourire immense qui menace.
- Bonne journée, lui glisse ma mère.
- Merci Madame, à vous trois aussi, répond-il en passant la porte.
C’est drôle… je ne le trouve pas si à côté de la plaque que ça…
Je trouve que cette rencontre ne s’est pas mal passé compte tenu des circonstances.
Je l’ai trouvé plutôt réfléchi et poli, il a su désamorcer la situation, mon père n’a pas hurlé, ma mère ne s’est pas évanouie… En fait, une part de moi est même ravie de me dire que mes parents ont pu rencontrer Kai.
En tout cas, dès que ma belle panthère disparait, mon père décide d’en faire un non-événement, sans doute pour protéger sa tension artérielle.
Il agit comme s’il n’avait jamais été là et nous partons au restaurant.
*
Nous brunchons dans la bonne humeur, en discutant de plein de choses. Pourtant, dès que mon père nous laisse pour aller payer, ma mère se jette en avant sur la table :
- Julia ! s’exclame-t-elle.
- Quoi ?!
- Tu veux faire mourir ton père d’une crise cardiaque, ma chérie ?! Qui est ce garçon ?!
- Mon meilleur ami gay ! me récrie-je.
- Julia !! siffle-t-elle.
- Mais quoi ?! ris-je.
- Tu as vu ce garçon ? Tu as vu ses tatouages ? Il a fait de la prison ma chérie, c’est évident ! Ça se voit comme le nez au milieu de la figure quand on connait un peu ces spécimens ! Qu’est-ce donc que ces histoires ?! s’angoisse-t-elle.
- Mais rien ! Maman ! Calme-toi…, soupire-je en levant les yeux au ciel.
- Oh mon dieu… mais pourquoi faut-il toujours que tu nous en fasses voir de toutes les couleurs, ma Juju… ? Est-ce sérieux entre vous ??
- Oui, on s’est marié la semaine dernière. Les invitations ont dû se perdre, raille-je.
- Julia !! me rabroue-t-elle encore.
Je glousse pour toute réponse en finissant ma dernière cuillérée de glace et elle soupire en époussetant la table machinalement :
- Tu nous les feras toutes… toutes… Ma foi, c’est comme ça depuis que tu es petite de toute façon…
- Vous avez l’habitude, acquiesce-je.
- Dis-moi au moins que ce n’est pas sérieux ma chérie, je t’en prie… Tu ne reverras pas ce garçon n’est-ce pas ? Dis-moi la vérité…, chuchote-t-elle en voyant mon père finir de payer au loin.
- Si. Il est sincèrement mon meilleur ami maman… mais… pas tout à fait gay, avoue-je.
Elle soupire avec désespoir en posant sa main sur son front, à bout, terriblement fatiguée par sa petite Julia.