La mort

Chapitre 1 : La mort

Chapitre final

791 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 04/10/2026 22:52

“Hey... It’s okay.”

    

    Il tombait. Il tombait dans un vide sans fin. Il ne ressentait plus rien, plus douleur, plus froid, plus chaleur, plus peur, plus bonheur. Seulement un vide étrange. 

    Ses vêtements, faits d’un tissu doux et rêche à la fois, semblaient poisseux, presque collants. 

    Plus il tombait, plus la lumière semblait se retirer. Il revoyait des images de son passé, mais elles devenaient de plus en plus floues. Il sentait sa mémoire lui échapper, comme le ferait de l’eau qu’il aurait tenté de garder entre ses mains. 

  Qu’est-ce qu’il se passe ? – Je meurs, je crois... – Qu’est-ce que c’est, la mort ? – Je... – Je ne sais pas... –

    Où suis-je ? – Pourquoi tout est flou... ? – Qui... -- Qui parle ? – Est-ce moi qui pense ? – Est-ce quelqu’un qui parle dans le vide, près de moi ? – Qui suis-je ? – Suis-je encore quelqu’un ? – Je... – Je ne sais pas... –

 

    Son corps frappa violemment quelque chose alors qu’il touchait enfin le sol. Il ouvrit les yeux. Il était étalé sur une montagne de morceau durs et blanchâtres. 

  Du bois ? – Ou des os ? – Qu’est-ce que c’est, des os ? – Et du bois, qu’est-ce que c’est ? – Je... – Je ne sais pas. –

  C’est désagréable, cette brûlure... – Je voudrais que ça s’arrête... – C’est ça, la douleur ? – Qu’est-ce que c’est, la douleur ? – Je... – Je ne sais pas. –

    Ses yeux le brûlaient. Mais, au moins, il voyait quelque chose, maintenant. Même si tout était flou. Il y avait des tâches dorées dans son regard. 

    C’est ça, la lumière ? – C’est désagréable... – Qu’est-ce que c’est, la lumière ? – Je... – Je ne sais pas. –

    « Alphée ! »

    Qu’était-ce ? 

    « Alphée... ! »

    Cette voix lui disait quelque chose. Qu’était-ce ? Il voulait savoir, mais le souvenir lui échappait, alors qu’il sentait qu’il était à seulement quelques centimètres de l’attraper.

    « Alphée... »

    Il fronça les sourcils. Il mourrait d’envie de comprendre. Mais le son semblait s’effacer.

    « Al... phée... »

    Le silence se fit de nouveau, seulement rompu par le craquement des morceaux blancs. Son Esprit était vide de toutes choses. Il voyait, mais était devenu aveugle. Il entendait, mais était devenu sourd.

    Où... -- Suis... -- Je... ? –

    Sa tête bascula en avant, et il s’effondra, roulant au pied de la montagne blanche, pour aller s’échouer dans une mare d’écarlate, le corps totalement inerte. Et, à perte de vue, des dizaines de milliers d’autres montagnes livides, les pieds dans ce même océan pourpre. 

    Partout, d’autres corps. De tout âge, de tout espérance, de toute race, de toute richesse.


    La mort n’a que faire de nos différences, et frappe bien souvent au hasard.

 

 

 

 

 

    “Veni, vedi, vici”, comme le disait César.

    Ils avaient vaincu. Mais à quel prix ?

    Alphée était étalé, immobile, couvert de sang, son casque déformé abandonné au sol dans la boue que la pluie avait causé en pénétrant la terre argileuse. 

    Eumène, son cadet, tentait, en vain, de le réanimer, les épaules secouées de sanglots, le visage rendu méconnaissable par la couche de suie qui coulait sous ses larmes.

    Un pas derrière lui, Orestes restait immobile, les muscles tendus, le regard éteint. Il semblait avoir perdu sa foi en la vie.

Au début de la guerre, il avait perdu son innocence en même temps que ses parents ; à la fin de la guerre, il perdait son âme en même temps que son meilleur ami.


Qui sont les véritables victimes de la mort ? Ceux qui meurent... ou ceux qui survivent à ceux qu'ils aiment et qui doivent vivre avec le poids de leur absence ?


...


Laisser un commentaire ?