Le conte des trois frères

Chapitre 7 : Un lapin dans un café

8128 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/02/2026 15:49

Le brouhaha caractéristique de fin de journée emplissait la salle de classe dans une explosion joyeuse qui résonnait contre les murs défraîchis, tandis que la plupart des élèves se quittaient dans un déferlement d'enthousiasme débordant — cris excités, accolades chaleureuses, promesses de se retrouver le lendemain, rires qui fusaient de toutes parts créant cette atmosphère électrique qui précède toujours le début des vacances tant attendues.

Lily, elle, prenait délibérément son temps pour ranger ses affaires avec des gestes lents et méthodiques, presque rituels dans leur précision, sachant pertinemment qu'elle devrait patienter une bonne heure avant que Mikasa ne sorte enfin de ses propres cours et ne la rejoigne pour qu'elles puissent rentrer ensemble à l'appartement, comme elles le faisaient désormais chaque jour depuis le début de cette année scolaire qui avait apporté tant de changements dans sa vie autrefois solitaire.

La blonde redressa finalement la tête en s'étirant légèrement, sentant ses muscles endoloris protester avec vigueur après ces longues heures passées assise dans une position inconfortable sur cette chaise de bois dur qui avait certainement été conçue pour torturer les étudiants plutôt que pour leur confort, tout en avisant machinalement le tableau noir où subsistaient encore les traces poussiéreuses de craie blanche du dernier cours de la journée. L'inscription griffonnée dans le coin supérieur droit — un compte à rebours enthousiaste jusqu'aux vacances d'été que quelqu'un avait dessiné avec beaucoup de points d'exclamation — la troubla légèrement, créant un sentiment étrange et profondément contradictoire dans sa poitrine qui se serrait d'anticipation et de mélancolie mêlées.

Déjà les vacances d'été… pensa-t-elle avec un mélange complexe d'émotions qu'elle ne parvenait pas vraiment à démêler. Le temps passe si vite et si lentement à la fois, comme s'il obéissait à deux rythmes différents et totalement inconciliables, suivant des règles que je ne comprends pas…

Lily avait cette impression étrangement déstabilisante et persistante que les journées d'école s'étiraient avec une lenteur presque insupportable, chaque heure de cours se dilatant comme du caramel tiré à l'infini, les minutes s'écoulant avec une paresse frustrante tandis qu'elle regardait l'horloge murale avancer par à-coups imperceptibles, alors que les soirées qu'elle passait avec ses frères et Mikasa — ces moments si précieux de rires partagés et de complicité tranquille, de conversations légères et de silences confortables — fondaient comme neige au soleil, disparaissant bien trop rapidement avant même qu'elle ait vraiment pu en profiter pleinement et les graver dans sa mémoire avec toute l'attention qu'ils méritaient.

En soupirant profondément, un son qui portait tout le poids de sa fatigue accumulée et de ses pensées vagabondes, elle se leva finalement de sa chaise avec l'intention claire de se diriger vers la bibliothèque pour tuer le temps en lisant quelque chose — n'importe quoi vraiment, du moment que ça l'occupait — et manqua immédiatement de se rasseoir précipitamment dessus en remarquant avec un sursaut de surprise mal dissimulé la silhouette terriblement familière et reconnaissable entre toutes de Momiji Sohma. Il l'attendait patiemment dans l'encadrement de la porte de la salle, son sourire habituel et rayonnant illuminant son visage comme un petit soleil personnel qui refusait obstinément de se coucher même quand elle aurait vraiment préféré qu'il le fasse.

Elle grogna silencieusement, ce son de frustration restant coincé quelque part au fond de sa gorge sans jamais vraiment sortir, et ne cessa de se chantonner intérieurement comme un mantra protecteur qui la maintiendrait saine d'esprit :

Bientôt les vacances, bientôt les vacances, plus qu'un seul jour à tenir avant un mois entier de liberté, tu peux y arriver Lily, tiens bon…

La Takumi n'avait certainement pas attendu l'arrivée des vacances d'été avec autant d'excitation débordante et d'impatience joyeuse que la plupart de ses camarades de classe qui comptaient les jours restants sur leurs doigts en rayant chaque journée terminée sur leurs calendriers avec une satisfaction évidente. En fait, la seule chose — l'unique chose — qui la faisait sourire sincèrement rien qu'à entendre prononcer le mot magique et béni « vacances » était la perspective absolument réjouissante qu'elle ne verrait pas Momiji Sohma pendant un mois complet et entier. Trente jours glorieux sans cette présence persistante et joyeuse qui s'incrustait dans sa vie malgré tous ses efforts pour maintenir une distance polie mais ferme.

Oui, cette pensée délicieuse à elle seule suffisait amplement à la faire sourire malgré elle, même si quelque part dans un recoin de sa conscience qu'elle préférait ignorer, elle se sentait vaguement coupable de cette mesquinerie qui ne lui ressemblait pas vraiment et qui aurait probablement déçu ses frères s'ils l'avaient su.

« Ah ! Tu es donc toi aussi ravie de ce mois de repos bien mérité ! » s'exclama le lapin avec cet enthousiasme contagieux qui semblait inépuisable, alors qu'elle passait devant lui en essayant de ne pas croiser son regard trop direct et trop pénétrant qui semblait toujours voir plus qu'elle ne voulait montrer.

« Comme tout le monde, non ? » marmonna-t-elle d'un ton qu'elle espérait suffisamment neutre et détaché pour décourager toute conversation prolongée, tandis qu'il commençait immédiatement à sautiller joyeusement à ses côtés comme un chiot excité qui venait de retrouver son maître après une longue absence.

« Tu dois attendre Mikasa-chan avant de rentrer chez toi ? Je vais te tenir compagnie pendant ce temps ! C'est décidé ! » continua-t-il avec cette détermination guillerette qui ne laissait absolument aucune place à la négociation ou au refus poli.

Lily réprima difficilement un soupir de résignation. Mikasa et quelques membres de la famille Sohma s'étaient progressivement liés d'amitié au fil des jours et des semaines qui avaient suivi l'incident désagréable du vol de chaussures. À son plus grand dam et malgré toutes ses tentatives subtiles de l'éviter… Il n'était absolument pas rare maintenant qu'elle se retrouve à partager ses déjeuners avec la petite-amie de son cadet, ainsi qu'avec les cousins maudits qui formaient ce groupe étrange et attachant malgré elle.

Dans ces moments sociaux forcés où elle se retrouvait coincée à leur table, elle appliquait religieusement l'expression muette comme une carpe et gardait obstinément un silence presque monastique, ne faisant l'effort de desserrer les lèvres et de prononcer quelques mots que lorsque Mikasa lui posait directement une question à laquelle elle ne pouvait décemment pas ne pas répondre sans paraître grossière ou bizarre.

« Alors, qu'as-tu de prévu exactement pour occuper tes longues journées de vacances bien méritées ? » demanda Momiji avec une curiosité qui semblait sincère, la sortant brusquement de ses pensées vagabondes où elle se perdait souvent pour échapper à la réalité présente.

« Tu n'es vraiment pas obligé d'attendre avec moi, tu sais, » répondit-elle en s'efforçant de garder sa voix aussi neutre et détachée que possible malgré l'agacement qui commençait à pointer. « Je vais sûrement juste lire tranquillement en attendant Mikasa. On se voit à la rentrée dans un mois. »

Lily fut secrètement et immensément fière d'elle-même et de sa performance. Elle avait réussi à garder son calme olympien malgré la frustration croissante qui bouillonnait sous la surface, utilisé avec une précision chirurgicale le regard glacial de la mort que Tsuyo maîtrisait si bien et qu'elle avait passé des années à perfectionner en l'observant, employé le ton froid et distant que Kurai utilisait quand il voulait faire comprendre à quelqu'un de le laisser tranquille, tout en restant néanmoins polie et relativement aimable pour ne pas franchir la ligne qui la ferait passer pour quelqu'un de franchement désagréable ou mal élevé.

Elle se tourna rapidement et délibérément vers un banc de bois situé sous un grand arbre où Mikasa avait l'habitude bien établie de la retrouver pour rentrer ensemble à la fin de leurs journées respectives, s'y installa avec des mouvements précis et déterminés, et sortit immédiatement un livre épais de son sac — un roman qu'elle avait commencé la semaine précédente et qui était suffisamment captivant pour l'absorber complètement — pour faire comprendre clairement au lapin persistant qu'elle était plus que sérieuse dans son désir d'être laissée tranquille et qu'elle n'avait absolument aucune intention de poursuivre cette conversation plus longtemps que strictement nécessaire.

« Ne t'inquiète pas pour moi, je n'ai rien de mieux à faire de mon temps… » répondit Momiji avec une désinvolture qui sonnait presque trop innocente pour être honnête. « Et puis, comme ça, ça nous donne l'occasion parfaite de mieux se connaître un peu plus. On ne parle jamais vraiment ensemble, toi et moi ! »

La Takumi eut la soudaine et très étrange envie presque irrésistible de se fracasser violemment la tête contre le banc de bois dur où elle était assise de manière assez répétitive et probablement autodestructrice jusqu'à ce que mort ou inconscience s'en suive et la libère de cette situation inconfortable.

Se connaître mieux ? pensa-t-elle avec une incrédulité qui frisait l'hystérie intérieure. Mais je ne réponds jamais à tes questions et je garde le silence complet chaque fois que tu fais partie d'une conversation ou que tu te trouves simplement à proximité suffisante pour m'entendre ! Comment est-ce que tu peux vouloir me connaître mieux alors que je ne te donne rien avec quoi travailler ?!

Ce que la blonde ne savait absolument pas — et n'aurait probablement jamais deviné même si quelqu'un avait pris le temps de le lui expliquer en détail — c'est que Momiji commençait en réalité à la cerner remarquablement bien malgré son mutisme obstiné et ses efforts constants et soutenus pour le tenir à distance respectable. Malgré toutes ses tentatives consciencieuses de rester une énigme impénétrable et distante, Lily était en réalité expressive d'une manière qu'elle ne réalisait même pas elle-même, et le lapin observateur trouvait fascinant ce défi intellectuel de décrypter méticuleusement et d'analyser soigneusement chacune de ses micro-expressions fugaces ou de ses gestes inconscients révélateurs pour comprendre ce qu'elle pensait vraiment ou ressentait sous cette façade construite de froideur polie qu'elle maintenait si méticuleusement en sa présence.

Il avait développé au fil des semaines passées à l'observer discrètement une sorte de sixième sens quasi surnaturel pour la déchiffrer, compilant mentalement toute une encyclopédie détaillée de petits détails apparemment insignifiants qui, mis ensemble, formaient un portrait étonnamment complet et nuancé de Lily Takumi.

Par exemple, il savait avec une certitude absolue qu'elle détestait les raisins secs avec une passion qui semblait disproportionnée par rapport à l'objet de son dégoût, car il l'avait surprise un jour en train d'en retirer méticuleusement et systématiquement chacun d'entre eux d'un de ses gâteaux préférés avec un retroussement de nez dégoûté qu'il avait immédiatement qualifié mentalement d'adorable, même si elle l'aurait probablement frappé avec violence s'il avait osé exprimer cette pensée à voix haute et en sa présence.

Les langues étrangères constituaient manifestement sa faiblesse académique la plus flagrante et la plus évidente — il l'avait observée à de nombreuses reprises jeter des regards complètement perdus et profondément désemparés autour d'elle durant les cours d'anglais ou d'allemand, cherchant visiblement de l'aide désespérée ou au moins une explication compréhensible sur ce qui se disait exactement dans cette cacophonie de sons étrangers qui ne semblaient avoir aucun sens logique pour elle.

En revanche, les sciences naturelles étaient indéniablement et incontestablement les matières où elle excellait avec une facilité presque déconcertante — elle avait presque systématiquement les meilleures notes de toute la classe sans même sembler faire d'efforts particuliers, ses copies et examens revenant invariablement couverts d'annotations élogieuses et de compliments enthousiastes des professeurs impressionnés qui soulignaient ses raisonnements brillants et ses observations perspicaces.

Un sourire léger et discret se jouait presque constamment sur ses lèvres entrouvertes quand elle pensait que personne ne la regardait vraiment ou ne faisait attention à elle, comme si elle entretenait une conversation secrète et amusante avec elle-même ou se rappelait quelque souvenir particulièrement agréable qui la faisait sourire malgré elle. Les mathématiques, par contre, l'ennuyaient prodigieusement — Momiji la surprenait régulièrement en train de regarder par la fenêtre avec des yeux rêveurs et absents, son stylo suspendu au-dessus de son cahier dans une immobilité parfaite qui trahissait son désintérêt complet et son décrochage mental total pour les équations complexes inscrites méthodiquement au tableau par le professeur qui ne semblait jamais remarquer son inattention polie.

Oui, Momiji avait compilé mentalement des observations sur Lily Takumi, et il trouvait ce passe-temps secrètement addictif et étrangement satisfaisant, chaque nouvelle découverte même minuscule ajoutant une pièce supplémentaire au puzzle fascinant et complexe qu'elle représentait à ses yeux curieux et attentifs.

« Alors que fais-tu exactement pour occuper tes vacances bien méritées ? Vous partez quelque part en famille ? » insista-t-il avec cette persistance douce mais inébranlable qui était sa marque de fabrique et qui rendait pratiquement impossible de l'ignorer complètement même quand on le voulait vraiment.

La Takumi redressa très légèrement la tête sans quitter vraiment des yeux les pages de son livre qu'elle fixait avec une concentration peut-être légèrement exagérée et feinte, l'observant par-dessous ses cils baissés dans ce regard en coin qui aurait pu paraître timide si on ne connaissait pas son caractère réel. Cela fit involontairement sourire Momiji avec cette tendresse amusée qu'il ressentait si souvent en sa présence. Elle était curieuse malgré elle — il le voyait clairement dans la façon dont ses yeux s'étaient légèrement écarquillés et dans la tension presque imperceptible de ses épaules qui trahissait son intérêt malgré tous ses efforts pour paraître complètement indifférente.

Une véritable foule d'émotions contradictoires passa rapidement sur son visage expressif tandis qu'elle pinçait ses lèvres avec force pour s'empêcher physiquement de lui répondre et de briser son silence protecteur, accentuant considérablement le rictus amusé et attendri du Sohma qui la regardait lutter intérieurement contre elle-même. Elle était clairement ennuyée par son insistance qui ne faiblissait jamais, fatiguée par cette journée longue et épuisante, mais aussi visiblement fière de quelque chose qu'elle essayait de cacher et étrangement impatiente d'une manière qu'il ne comprenait pas encore tout à fait mais qu'il brûlait de découvrir.

Le lapin continua méthodiquement et patiemment de la questionner avec une détermination tranquille mais absolument inébranlable, enchaînant les questions innocentes et anodines avec ce sourire désarmant qu'il arborait constamment comme un bouclier contre le rejet, jusqu'à ce qu'elle craque finalement à bout de patience et de résistance, ses défenses si soigneusement construites et maintenues s'effondrant comme un château de cartes sous la persistance implacable et douce de Momiji qui ne lâchait jamais prise une fois qu'il avait décidé de quelque chose.

Les mots jaillirent presque malgré elle de sa bouche, arrachés par la fatigue accumulée et l'agacement combinés qui avaient finalement vaincu son obstination légendaire : elle avait décroché un travail d'été dans un restaurant familial sympathique, un petit établissement local tenu par un couple âgé et accueillant qui avait besoin d'aide supplémentaire pendant la haute saison touristique de l'été qui voyait affluer les visiteurs dans leur quartier habituellement tranquille.

Momiji fit immédiatement le lien mental évident entre ce travail nouvellement obtenu, cette fierté palpable qu'il avait détectée plus tôt dans son langage corporel et ses micro-expressions, et cette impatience presque tangible qu'elle dégageait malgré ses efforts pour rester impassible. Son visage s'illumina encore davantage si c'était physiquement possible, rayonnant littéralement de joie sincère pour elle, et il lui décocha un sourire si authentiquement fier et si sincèrement heureux pour cette réussite personnelle qu'elle en fut complètement désarçonnée l'espace d'un instant, ne sachant absolument pas comment réagir face à cet enthousiasme si démesuré et disproportionné pour quelque chose d'aussi banal et ordinaire qu'un simple job d'été temporaire que des centaines d'étudiants décrochaient chaque année.

Elle remarqua son expression radieuse et rayonnante — impossible de vraiment la manquer tant elle était éclatante et sincère — et détourna vivement la tête dans l'autre direction comme un réflexe de défense automatique, tout en grommelant des mots incompréhensibles et inintelligibles entre ses dents serrées contre son insistance irritante, essayant désespérément et vainement de cacher les rougeurs traîtresses qui envahissaient progressivement et inexorablement ses joues pâles malgré tous ses efforts héroïques de contrôle et de dissimulation.

« C'est vraiment génial ! Je suis tellement content pour toi ! » s'exclama-t-il avec un enthousiasme qui semblait totalement disproportionné mais néanmoins touchant dans sa sincérité évidente. « Je vais emmener tout le monde à la mer avec Tohru-chan pendant les vacances ! On a loué une maison près de la plage pour une semaine entière ! J'ai tellement hâte de nager et de manger des glaces et de ramasser des coquillages ! Ah ! Ne t'inquiète surtout pas, je penserai à te ramener un joli petit souvenir pour que tu te souviennes de nous même pendant les vacances ! Oh ! Ce ne serait pas Mikasa-chan que je vois là-bas ?! Bon, je vais te laisser tranquille maintenant ! On se revoit à la rentrée dans un mois ! Passe d'excellentes vacances ! »

Lily le dévisagea avec une expression qui oscillait entre l'amusement et la confusion totale, profondément troublée par sa longue tirade enthousiaste et sans pause où il ne semblait même pas avoir repris son souffle une seule fois, enchaînant les phrases à une vitesse qui aurait rendu jaloux n'importe quel commissaire-priseur professionnel. Elle le regarda s'éloigner en sautillant joyeusement hors de l'établissement scolaire avec cette énergie inépuisable qui le caractérisait tellement, et se releva lentement de son banc en rangeant son livre négligemment dans son sac, attendant patiemment que Mikasa arrive enfin à son niveau pour qu'elles puissent rentrer ensemble comme d'habitude.

Peut-être est-il secrètement amoureux d'Honda-san… pensa-t-elle distraitement en observant la silhouette énergique de Momiji disparaître au loin. Ça expliquerait tout cet enthousiasme excessif pour ce voyage à la mer… Oui, c'est sûrement ça.


Les vacances d'été de Lily passèrent à une vitesse absolument vertigineuse qui la laissa légèrement étourdie, comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton d'avance rapide de sa vie sans la prévenir et sans lui demander son avis. Les jours se fondirent les uns dans les autres dans une succession floue mais agréable de moments heureux et de routines nouvelles qui devenaient rapidement familières et réconfortantes.

Elle jonglait avec une habileté grandissante entre des matinées paresseuses et détendues passées avec Mikasa où elles ne faisaient absolument rien de productif et s'en réjouissaient, son travail au restaurant qui l'occupait jusqu'à tard le soir et la fatiguait physiquement mais lui donnait cette satisfaction du travail bien fait et de l'indépendance financière naissante, et des moments absolument précieux et irremplaçables avec ses frères qu'elle chérissait comme des trésors rares et fragiles.

Ils avaient passé plusieurs après-midis à la piscine municipale bondée et bruyante, plongeant dans l'eau chlorée merveilleusement fraîche qui apportait un soulagement immédiat et bienvenu contre la chaleur étouffante qui transformait la ville en véritable fournaise insupportable. D'autres fois, quand la température extérieure devenait vraiment intolérable même pour eux qui étaient habitués aux étés japonais, ils se réfugiaient dans les salles climatisées des centres commerciaux ou des bibliothèques, appréciant l'air frais artificiel qui leur donnait presque la chair de poule après la fournaise extérieure.

Ils ouvrirent toutes les fenêtres de leur appartement modeste mais confortable dans l'espoir vain de créer un courant d'air qui rafraîchirait ne serait-ce qu'un peu l'atmosphère étouffante qui y régnait, regardèrent des films d'action et des comédies romantiques jusqu'à des heures indues de la nuit en commentant bruyamment les scènes ridicules, et dévorèrent des quantités impressionnantes de pastèques juteuses et sucrées qui leur coulaient sur le menton et tachaient leurs vêtements légers.

La blonde appréciait de plus en plus cette vie de famille qui s'installait progressivement et solidement, tissant autour d'elle un cocon de sécurité et d'affection qu'elle n'avait jamais vraiment connu auparavant et dont elle découvrait maintenant qu'elle en avait désespérément besoin sans même le savoir. Tsuyo travaillant exclusivement de nuit dans sa société de sécurité et Kurai exclusivement de jour dans son bureau, elle passait la majorité de son temps libre avec Mikasa qui était devenue bien plus qu'une simple petite-amie de son frère — une véritable amie, une sœur presque, une confidente précieuse.

Ensemble, elles arpentaient inlassablement les rues commerçantes animées de leur quartier et au-delà, entrant et sortant de dizaines de boutiques différentes dans l'espoir toujours renouvelé de trouver les cadeaux absolument parfaits pour ces deux frères merveilleux qui avaient transformé sa vie et qui méritaient quelque chose de spécial qui leur montrerait combien elle les aimait et leur était reconnaissante sans avoir à prononcer ces mots embarrassants qu'elle avait tant de mal à exprimer à voix haute.

Lily souriait largement, écoutant d'une oreille distraite mais amusée les chamailleries affectueuses et familières de Tsuyo et de Kurai qui se taquinaient sans merci comme ils le faisaient depuis l'enfance, alors que Mikasa avait pitoyablement la tête plongée profondément dans ses mains tremblantes, cachant avec un succès très relatif ses rougeurs de plus en plus évidentes et flamboyantes qui trahissaient son embarras face aux taquineries de plus en plus osées de Tsuyo qui adorait la faire rougir.

La blonde était bien plus activement concentrée sur les attractions colorées et bruyantes qui les entouraient de toutes parts dans ce festival nocturne magique, les couleurs vives et éclatantes attirant irrésistiblement son attention comme un papillon attiré par les flammes, la musique joyeuse et entraînante qui rythmait naturellement leurs pas tandis qu'ils déambulaient lentement à travers les allées bondées de visiteurs excités et heureux.

La jeune fille était plus que ravie — elle était absolument enchantée et transportée — par l'idée géniale de son amie de venir à ce festival d'été traditionnel qui se tenait chaque année dans le parc principal de la ville. Cela faisait littéralement des années entières — trop d'années pour qu'elle puisse les compter précisément — qu'elle n'avait pas participé à un matsuri authentique avec ses stands colorés, ses jeux traditionnels, ses lanternes partout, cette atmosphère unique et magique qui n'existait que pendant ces soirées spéciales.

C'était également la toute première fois de sa vie qu'elle portait un yukata traditionnel, et l'expérience était étrange, à la fois inconfortable et merveilleuse. Une autre idée brillante de Mikasa qui avait insisté pour qu'elles aillent ensemble choisir leurs tenues et qu'elles s'habillent de manière traditionnelle pour vraiment profiter pleinement de l'expérience culturelle du festival.

Elle n'avait absolument pas été emballée immédiatement par cette proposition qui lui semblait compliquée et peut-être un peu excessive, mais s'était finalement laissée emporter et convaincre par la bonne humeur contagieuse et l'enthousiasme débordant de la brune qui était pratiquement impossible à contredire quand elle avait décidé quelque chose. Elle avait même arboré malgré elle un joli rose soutenu et révélateur sur ses joues habituellement pâles lorsque ses deux frères l'avaient complimentée avec une sincérité touchante sur son apparence dans ce yukata bleu clair orné de fleurs de cerisier blanches qui mettait en valeur ses yeux et ses cheveux blonds.

Elle fut brutalement et sans avertissement sortie de ses pensées vagabondes et de sa contemplation admirative des décorations scintillantes par la forte prise soudaine que Tsuyo avait posée fermement sur son épaule frêle alors qu'il rapprochait protectivement sa petite sœur adorée de lui dans un geste qui était devenu presque un réflexe au fil des années. Elle remarqua immédiatement un homme souriant se tenir en face d'eux avec un appareil photo professionnel pendu autour de son cou, proposant visiblement ses services pour immortaliser cette soirée spéciale.

Elle sourit immédiatement et spontanément, ravie de cette idée merveilleuse d'immortaliser ce moment parfait et de créer un souvenir physique de cette soirée magique qu'elle pourrait garder et chérir pendant des années. Après la première photo où ils posaient tous les quatre ensemble dans une composition classique et traditionnelle, Kurai entraîna délicatement mais fermement Mikasa à côté de Lily pour une deuxième photographie qui capturait les deux jeunes filles dans leurs yukatas coordonnés, leurs sourires sincères et leurs yeux brillants d'excitation.

Pour la dernière photo, Tsuyo et Lily s'éclipsèrent discrètement un instant avec des sourires complices et des clins d'œil exagérés, laissant généreusement le jeune couple avoir un moment d'intimité bien mérité et une photo juste pour eux deux qui pourrait décorer leur chambre ou leurs portefeuilles.

Quelques heures plus tard, après avoir déambulé à travers tout le festival en s'arrêtant à presque tous les stands qui attiraient leur attention, le petit groupe joyeux et légèrement fatigué se retrouva finalement assis un peu à l'écart de la foule bruyante et agitée, installés confortablement sur des nattes étalées sur l'herbe fraîche sous un grand arbre, nourriture variée et boissons rafraîchissantes posées sur leurs genoux ou étalées devant eux comme un festin improvisé.

« Ô Kurai ! » s'exclama soudainement Lily avec une voix théâtrale et exagérément mielleuse qui fit immédiatement sourire ses frères. « Fais 'ah' s'il te plaît ! » Elle tendit sa pomme d'amour rouge brillante vers Tsuyo avec des gestes dramatiques dignes d'une actrice de kabuki.

« Ô Mimi ! Tu es vraiment si mignonne et adorable ! Ah ! » répondit l'aîné en jouant parfaitement le jeu avec le même ton exagéré, ouvrant grand la bouche comme un oisillon affamé attendant la becquée.

« Sérieusement, quand est-ce que vous allez enfin vous trouver des personnes avec qui sortir et avoir vos propres moments romantiques embarrassants ? » grogna Kurai avec une exaspération qui sonnait fausse et amusée, tandis que la brune cachait son visage rouge tomate caractéristique dans le creux protecteur de son cou pour échapper aux regards taquins. « Mikasa et moi, on ne peut vraiment plus attendre de vous renvoyer la balle et de vous taquiner à notre tour ! »

« Qu'ils sont vilains avec nous ! » rétorqua dramatiquement la blonde en imitant parfaitement la position de son amie, cachant son propre visage contre l'épaule de Tsuyo.

« Le premier idiot qui pense seulement à toucher ma petite sœur adorée n'aura définitivement plus de mains l'instant suivant où je découvre son existence ! » grommela menaçant son grand frère, très rapidement et vigoureusement appuyé par un hochement de tête absolument vigoureux et menaçant de Kurai qui semblait tout aussi sérieux dans cette promesse de violence protectrice.

« C'est exactement pour cette raison précise que je suis vraiment très contente d'être fille unique, » marmonna Mikasa avec un soulagement évident dans sa voix, même si son sourire affectueux montrait qu'elle trouvait cette surprotection plus attendrissante qu'agaçante.

Un intense débat passionné et bruyant débuta immédiatement sur ce qui était objectivement le mieux entre être enfant unique avec toute la liberté et l'indépendance que ça impliquait, ou membre d'une fratrie avec tout le soutien et la complicité que ça apportait mais aussi toutes les restrictions et la surprotection que ça imposait. Les arguments fusaient de tous côtés, certains sérieux et réfléchis, d'autres complètement ridicules et inventés juste pour faire rire, créant cette atmosphère joyeuse et détendue qui caractérisait maintenant leurs sorties ensemble.

Lily écoutait en riant, participant occasionnellement avec des commentaires sarcastiques bien placés, et se dit qu'elle ne changerait absolument rien à sa vie actuelle même si on lui offrait le monde entier en échange.


Le dernier jour des vacances d'été était malheureusement arrivé bien trop rapidement au goût de tous les étudiants qui voyaient approcher avec appréhension la reprise des cours, marquant inexorablement la fin brutale de cette parenthèse enchantée de liberté totale et de moments insouciants partagés avec leurs proches. Pour cette ultime et précieuse journée de répit sans lycée oppressant, sans professeurs exigeants et sans devoirs stressants à rendre dans des délais impossibles, Lily devait travailler toute l'après-midi sous le soleil implacable et toute la soirée jusqu'à la fermeture tardive du restaurant qui n'arriverait pas avant vingt-trois heures passées.

Il faisait si horriblement et insupportablement chaud que l'air lui-même semblait vibrer et onduler comme dans un mirage du désert, créant des vagues de chaleur visibles qui montaient de l'asphalte brûlant, et elle pouvait sentir très physiquement les gouttes de sueur désagréables couler lentement et inexorablement le long de sa nuque exposée et humide malgré la climatisation poussive et vieillissante qui ronronnait vaillamment mais terriblement inefficacement dans un coin poussiéreux de la salle, faisant de son mieux mais ne parvenant qu'à créer un léger courant d'air tiède plutôt qu'une vraie fraîcheur réconfortante.

Ses pieds endoloris la faisaient vraiment souffrir maintenant après toutes ces heures interminables passées debout à arpenter sans cesse le restaurant dans tous les sens, allant et venant entre les tables et la cuisine dans une danse épuisante et répétitive, et son sourire professionnel et accueillant commençait sérieusement à peser sur ses joues fatiguées qui menaçaient de se figer dans cette expression forcée si elle devait la maintenir encore longtemps.

Elle offrit néanmoins consciencieusement un dernier sourire aussi chaleureux et authentique que possible compte tenu de son épuisement à la table qu'elle venait de servir — un groupe bruyant mais sympathique de touristes étrangers qui avaient laissé un généreux pourboire qui améliora considérablement son humeur — et se retourna enfin avec un soulagement palpable, essuyant discrètement d'un revers de main tremblante son front moite où perlaient encore quelques gouttes rebelles et tenaces qui menaçaient de couler dans ses yeux déjà irrités par la sueur.

Alors qu'elle revenait lentement vers l'accueil d'un pas légèrement traînant qui trahissait sa fatigue accumulée, la porte d'entrée s'ouvrit soudainement avec le tintement cristallin et familier de la clochette délicate suspendue au-dessus, laissant pénétrer une bouffée d'air extérieur encore plus chaud et étouffant et oppressant que l'atmosphère déjà très inconfortable du restaurant qui n'avait pas de vraie climatisation efficace.

Lily embrassa machinalement du regard le nouveau client arrivant avec ce professionnalisme automatique et bien rodé qu'elle avait soigneusement développé au fil des semaines de travail, un sourire de bienvenue déjà parfaitement en place sur ses lèvres fatiguées — sourire qui s'effrita très légèrement et imperceptiblement, ses coins retombant de quelques millimètres à peine, en reconnaissant avec un choc de surprise la silhouette terriblement familière et complètement inattendue de Momiji Sohma qui se tenait là debout face à elle dans toute sa gloire souriante, son éternel sourire rayonnant illuminant son visage joliment bronzé par le soleil d'une semaine passée à la mer.

« Lily-chan ! Ça fait vraiment si longtemps ! » s'exclama-t-il immédiatement avec cet enthousiasme débordant et cette énergie contagieuse qui le caractérisaient tellement et qui semblaient absolument inépuisables peu importe les circonstances. « Comment vas-tu ? Tu m'as tellement manqué ! »

La blonde aperçut du coin de l'œil son patron — un homme corpulent d'une cinquantaine d'années avec une moustache impressionnante — lui jeter un coup d'œil franchement surpris et curieux depuis sa position derrière le comptoir de la caisse, visiblement intrigué de voir quelqu'un venir spécifiquement pour elle plutôt que juste pour manger. Elle s'empressa de réciter mécaniquement son petit texte de bienvenue appris par cœur et répété des centaines de fois, gardant cette voix professionnelle et neutre malgré sa surprise intérieure, et guida efficacement le lapin jusqu'à une table modeste légèrement à l'écart des autres clients pour préserver une certaine intimité.

« Qu'est-ce que tu fais là ?! » siffla-t-elle discrètement entre ses dents serrées une fois qu'ils furent suffisamment éloignés des oreilles indiscrètes, sa voix basse mais chargée d'une confusion évidente et d'une pointe d'accusation.

« Nous sommes rentrés de notre voyage à la mer il y a quelques jours seulement et je ne pouvais plus attendre une seconde de plus de te voir ! » expliqua-t-il avec cette franchise désarmante qui le caractérisait. « Je me suis renseigné auprès de quelques personnes et j'ai réussi à trouver où exactement tu travailles ! L'endroit est vraiment adorable d'ailleurs ! Tu as l'air en pleine forme ! La décoration est trop mignonne avec tous ces petits détails partout ! »

Lily leva les yeux au ciel avec exaspération mais ne put complètement réprimer le petit sourire amusé qui tirait traîtreusement sur ses lèvres malgré elle, et dévisagea attentivement le jeune homme assis devant elle. Il avait effectivement pris quelques belles couleurs dorées pendant son séjour au bord de mer, son teint halé lui donnant un air sain et reposé, mais le pansement blanc et propre collé sur sa joue gauche jurait violemment et de manière troublante avec ce bronzage uniforme qui suggérait des heures passées au soleil.

« Comment tu t'es blessé ? » chuchota-t-elle avec une inquiétude sincère qu'elle ne chercha pas vraiment à dissimuler, tendant instinctivement la main vers sa joue abîmée comme pour vérifier par elle-même la gravité de la blessure cachée sous le pansement.

« Je suis bêtement tombé en jouant sur la plage, » répondit-il simplement avec un haussement d'épaules qui se voulait désinvolte et insouciant.

Mais le sourire étonnamment triste et tendre qui accompagnait cette explication simple figea instantanément son geste à mi-chemin, sa main restant suspendue dans l'air entre eux dans une hésitation soudaine. Il y avait quelque chose dans ce sourire — une vulnérabilité cachée, une douleur sous-jacente — qui lui disait que cette blessure n'était probablement pas aussi accidentelle ou anodine qu'il voulait bien le prétendre, mais elle n'osa pas poser de questions supplémentaires qui auraient pu être trop indiscrètes ou blessantes.

Elle secoua finalement la tête pour chasser ces pensées troublantes et lui offrit plutôt un sourire sincère et chaleureux qui effaça momentanément toute trace professionnelle de son expression. Elle prit consciencieusement sa commande en notant soigneusement ses choix sur son carnet, apporta quelques minutes plus tard son thé glacé soigneusement garni d'une fine tranche de citron frais et de quelques feuilles de menthe aromatique qui flottaient joliment à la surface, et s'apprêtait déjà à retourner efficacement à son poste et à ses autres clients qui l'attendaient quand il tendit soudainement la main et lui attrapa délicatement mais fermement le poignet pour la retenir près de lui, ses doigts chauds se refermant doucement autour de sa peau avec une tendresse inattendue.

Son regard se fixa immédiatement et presque hypnotiquement sur cette main posée sur la sienne, complètement fascinée par ce contact simple et innocent mais étrangement troublant, comme si elle n'arrivait pas vraiment à croire ce qu'elle voyait ou à comprendre pourquoi ce geste si anodin provoquait une telle réaction en elle.

Une sensation étrange et totalement indéfinissable lui tiraillait désagréablement le ventre — pas douloureuse exactement, mais profondément déstabilisante dans sa nouveauté déconcertante, comme des papillons affolés et confus qui se cognaient maladroitement et frénétiquement contre les parois de son estomac qui se contractait nerveusement. Son cœur accéléra très légèrement et imperceptiblement, battant un rythme irrégulier et inhabituel qu'elle ne comprenait pas vraiment et qu'elle n'était pas certaine d'apprécier particulièrement.

« Tu termines ton travail à quelle heure exactement ce soir ? » murmura-t-il en levant ses yeux marron vers elle, et quelque chose dans son regard — une inquiétude sincère et profonde peut-être, ou une vulnérabilité rare qu'elle n'avait jamais vraiment remarquée auparavant chez lui qui était toujours si joyeux et insouciant — la fit hésiter longuement dans sa réponse.

« Vers vingt-trois heures normalement… » souffla-t-elle finalement après plusieurs longues secondes de réflexion silencieuse où elle débattit intérieurement et intensément si elle devait répondre honnêtement ou inventer un mensonge protecteur pour éviter les complications potentielles et probables que cette information pourrait entraîner.

« Je vais t'attendre patiemment et te raccompagner ensuite chez toi en sécurité ! » déclara-t-il avec une détermination qui ne laissait aucune place à la discussion ou au refus. « Ce n'est vraiment pas sûr du tout dehors à cette heure aussi tardive de la nuit ! Tu ne devrais absolument pas rentrer toute seule dans les rues sombres et potentiellement dangereuses ! »

Il s'exclama cela avec une véhémence surprenante qui la désarçonna complètement, semblant profondément inquiet pour sa sécurité d'une manière touchante.

« Sans vouloir être méchante ou blessante… » commença-t-elle prudemment en choisissant ses mots avec soin pour ne pas le froisser ou le blesser inutilement. « Je ne suis pas entièrement convaincue que tu sois la meilleure personne qualifiée et capable pour me protéger efficacement de quoi que ce soit de réellement dangereux. »

Elle ponctua cette remarque mi-sérieuse mi-taquine en lui tapotant affectueusement et gentiment la tête avec sa main libre comme on le ferait spontanément avec un enfant adorable et attachant mais pas particulièrement intimidant ou menaçant, ce qui fit sourire Momiji encore plus largement.

Cela sembla momentanément faire taire le jeune homme bavard qui resta silencieux pendant quelques secondes inhabituelles. Lily sourit légèrement avec satisfaction, prenant intérieurement cette victoire rare comme un succès personnel significatif. Elle avait enfin réussi à rendre sans voix Momiji Sohma, ce moulin à paroles ambulant ! Une prouesse qu'elle n'aurait jamais cru possible et dont elle était secrètement assez fière !

« Je te raccompagne quand même ! C'est décidé et non négociable ! » déclara-t-il finalement avec cette obstination têtue qui ne laissait aucun doute sur le fait qu'il ne changerait pas d'avis peu importe ce qu'elle pourrait dire ou faire pour l'en dissuader.

Elle avait parlé beaucoup trop vite en pensant l'avoir fait taire définitivement…


Lily réajusta machinalement son sac en bandoulière fatigué sur son épaule douloureuse et salua chaleureusement ses collègues de travail épuisés tout en ouvrant précautionneusement la lourde porte de derrière du restaurant qui donnait sur une petite ruelle sombre et étroite rarement fréquentée à cette heure tardive. Elle croisa immédiatement le regard profond et marron de Momiji qui l'attendait patiemment exactement comme il l'avait promis, appuyé nonchalamment mais visiblement fatigué contre le mur de briques usées d'en face, ses mains dans ses poches et son éternel sourire toujours en place malgré l'heure tardive et l'attente qui avait dû être longue et ennuyeuse.

« Merci beaucoup pour ton dur travail aujourd'hui ! » s'exclama-t-il immédiatement et joyeusement dès qu'il l'aperçut, se redressant avec énergie. « Tu dois être vraiment épuisée après toutes ces heures debout ! »

La blonde lui répondit par un sourire fatigué mais sincère et reconnaissant, touchée malgré elle par cette attention, et ils se mirent en route silencieusement côte à côte à travers les rues maintenant désertes et étrangement calmes de leur quartier habituellement animé, ce qui surprit agréablement la jeune fille qui s'était attendue à un bavardage incessant comme d'habitude. Le silence était confortable et apaisant, seulement perturbé par le bruit régulier de leurs pas sur le trottoir et les bruits lointains de la ville qui ne dormait jamais complètement.

« Comment se sont passées tes vacances ? » questionna-t-il finalement après plusieurs minutes de marche paisible, brisant doucement le silence sans le fracasser.

Ça n'a vraiment pas duré bien longtemps ce silence agréable… pensa-t-elle avec amusement plus qu'avec agacement cette fois.

« Tranquilles et reposantes… » répondit-elle honnêtement. « Beaucoup de travail ici évidemment, quelques sorties sympathiques avec Mikasa et mes frères quand nos horaires concordaient… Rien d'extraordinaire ou d'excitant. Et toi ? Comment était la mer ? »

« Tu as deux frères, c'est bien ça ? » demanda-t-il avec curiosité au lieu de répondre à sa question, détournant habilement la conversation comme elle le faisait souvent elle-même.

« Tsuyo, l'aîné surprotecteur et un peu trop sérieux parfois, et Kurai, le cadet qui est beaucoup plus détendu mais tout aussi protecteur… » expliqua-t-elle avec affection évidente. « Je suis la petite dernière et la seule fille, ce qui explique probablement leur tendance à me traiter comme si j'étais en porcelaine… »

« Vous êtes des triplets alors ? » s'étonna-t-il visiblement surpris par cette information. « J'avais entendu Mikasa-chan mentionner quelque chose à propos de votre anniversaire commun mais je ne savais pas que vous étiez vraiment nés le même jour… »

« Oui, des triplets, » confirma-t-elle avec un sourire. « Ça a ses avantages et ses inconvénients comme tu peux l'imaginer… »

« Je suis vraiment très étonné que tu répondes si ouvertement et facilement à mes questions ce soir ! » s'écria-t-il soudainement en la dévisageant avec une surprise franche et non dissimulée. « D'habitude tu restes muette comme une tombe ou tu t'enfuis ! Qu'est-ce qui a changé ? »

« Pour tout te dire, je suis beaucoup trop fatiguée pour avoir la force ou l'énergie de me battre avec toi ce soir… » admit-elle avec un petit rire las. « Mes défenses sont complètement en panne après cette journée interminable… Et toi, tu as des frères et sœurs ? »

Lily avait appris très jeune l'art délicat et subtil de détourner efficacement l'attention d'elle-même en posant des questions personnelles aux autres qui les faisaient parler d'eux-mêmes et oublier temporairement leur curiosité à son égard.

Momiji se lança sans hésitation dans le récit détaillé et émouvant de son passé compliqué — sa malédiction familiale, sa mère qui avait choisi de l'oublier pour sa propre santé mentale, sa petite sœur qui ne savait même pas qu'il existait, sa vie solitaire dans cette grande maison vide. Il raconta tout cela avec cette franchise désarmante qui le caractérisait, sans chercher la pitié ou la compassion mais simplement en énonçant des faits comme on réciterait une liste de courses.

Lily resta silencieuse un long moment après qu'il eut terminé, digérant difficilement cette histoire tragique qui expliquait tant de choses sur sa personnalité joyeuse qui semblait presque forcée maintenant qu'elle en connaissait le contexte. Comment ce garçon faisait-il pour être aussi joyeux et optimiste avec une histoire pareille qui aurait brisé n'importe qui d'autre ? Comment trouvait-il la force de sourire chaque jour malgré ce poids écrasant qu'il portait sur ses épaules encore jeunes ?

« Les autres maudits de ma famille sont devenus mes vrais frères et sœurs ! » déclara-t-il finalement avec un sourire qui se voulait rassurant. « Ça me suffit amplement ! Je ne suis jamais vraiment seul finalement ! »

Lily lui envoya un sourire doux et compréhensif alors qu'ils arrivaient devant l'immeuble familier où vivait la fratrie Takumi, reconnaissant la façade éclairée par les lampadaires. Prise d'une soudaine impulsion face à ses yeux qui semblaient porter toute la tristesse du monde malgré son sourire courageux, elle fit quelque chose de complètement impulsif et irréfléchi — elle l'enlaça fermement et chaleureusement, voulant lui offrir ce réconfort physique qu'elle ne savait pas exprimer avec des mots.

Immédiatement, Momiji se transforma en un adorable petit lapin blanc et doux qui tomba dans ses bras tendus. La blonde tomba lourdement à genoux sur le trottoir dur en se prenant désespérément la tête entre ses mains tremblantes et en secouant vigoureusement celle-ci avec incrédulité et horreur face à sa propre stupidité monumentale.

« Mais quelle idiote je fais ! Comment j'ai pu oublier ça ?! » s'exclama-t-elle mortifiée. « Je suis vraiment désolée Momiji ! Tellement désolée ! »

« Ce n'est vraiment pas grave du tout, Lily ! » rit le petit lapin avec sa voix qui sortait étrangement de ce petit corps couvert de fourrure. « C'était vraiment gentil de ta part ! Ça m'a fait très plaisir ! »

Il redevint humain quelques secondes plus tard dans un nuage de fumée caractéristique qui se dissipa rapidement dans l'air nocturne, se rhabilla avec ces gestes rapides et efficaces qu'il avait visiblement pratiqués des milliers de fois au fil de sa vie maudite, et souhaita finalement une bonne soirée reposante à la jeune fille encore agenouillée sur le trottoir avec ce sourire doux qui cachait mal sa solitude profonde.

Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine en pensant au jeune garçon retournant seul dans sa grande maison vide et froide où personne ne l'attendrait ou ne s'inquiéterait de savoir s'il avait bien mangé ou s'il allait bien émotionnellement après cette longue soirée.

« Tu veux rentrer un instant ? » lança-t-elle soudainement et impulsivement avant même d'avoir vraiment réfléchi consciemment aux implications potentiellement dangereuses de cette proposition qui lui avait échappé presque malgré elle.

Mentalement, elle se gifla violemment et s'insulta copieusement pour cette stupidité monumentale et cette impulsivité irréfléchie. Certes, Kurai était chez Mikasa pour toute la soirée comme souvent ces derniers temps, et Tsuyo au travail pour toute la nuit comme tous les soirs depuis qu'il avait pris ce poste, ce qui signifiait qu'elle serait complètement seule avec Momiji dans l'appartement familial sans chaperon ou supervision d'aucune sorte, mais elle prenait quand même un risque potentiellement énorme et possiblement catastrophique à laisser ainsi Momiji Sohma — ce garçon beaucoup trop persistant et attachant malgré tous ses efforts soutenus pour garder une distance de sécurité — rentrer dans sa vie privée et son espace personnel qu'elle gardait habituellement si jalousement protégé.

Il était déjà beaucoup trop tard pour trouver une quelconque excuse plausible ou crédible qui ne sonnerait pas complètement fausse ou cruellement blessante de toute façon. Le visage de Momiji venait de s'illuminer comme un sapin de Noël décoré avec trop de guirlandes, ses yeux dorés brillant intensément d'un bonheur si pur et si sincère et si touchant face à cette invitation totalement inattendue qu'elle ne pouvait définitivement plus vraiment revenir en arrière maintenant sans le blesser profondément et irrémédiablement.

Le lapin venait d'accepter avec un enthousiasme débordant qui aurait été absolument touchant et adorable si elle n'avait pas été aussi paniquée intérieurement par ce qu'elle venait potentiellement de déclencher et par les conséquences imprévisibles que cette impulsion pourrait avoir sur leur relation future déjà compliquée.


REECRIT : 01/02/2026

Laisser un commentaire ?